L’oeil du recruteur : que deviennent-ils ? (2/3)

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 8 mars 2018

Cela fait désormais deux ans et demi que nous avons lancé l’Œil du recruteur avec pour objectif de vous faire découvrir des futurs joueurs de championnats plus médiatisés et vous faire passer pour de véritables génies lors de vos discussions au boulot. 31 yeux après, c’est l’occasion de revenir sur les parcours de chacun. S’ils restent pour la plupart jeunes, tous n’ont pour le moment pas eu la carrière ou la progression espérée. Deuxième épisode avec les joueurs qui, sans décevoir, n’ont pas encore démontré tout ce dont ils sont capables tout en ayant évolué dans le bon sens.

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L’année dernière, Adam Nagy aurait sûrement été dans l’article d’il y a deux semaines tellement ses performances étaient bonnes. Après un superbe Euro avec sa sélection hongroise, le joueur de Ferencvaros avait choisi l’Italie et Bologne pour continuer sa carrière. Un bon choix intermédiaire avant de pourquoi pas voir plus loin. Sur les bases de son été 2016, le début de saison de Nagy est excellent. Nagy joue, Nagy est important dans son nouveau club, tout le monde veut prendre sa place, mais Nagy la garde. 25 matchs de Serie A, mais une blessure en fin de saison qui l’empêche de dépasser la barre des 30 matchs. Cette saison en revanche, c’est totalement l’inverse. Nagy ne joue pas avec seulement 6 matchs de championnat. Lui-même ne comprend pas pourquoi il n’a pas sa chance et quand il demande à Roberto Donadoni ce qu’il doit faire pour jouer, il ne reçoit pas de réponse. Adam Nagy est dans une impasse.

Même situation pour Nikita Korzun au Dynamo Kiev. Le Biélorusse a quitté le pays et son club formateur du Dinamo Minsk pour l’Ukraine après deux campagnes européennes très intéressantes. L’écart entre les deux clubs semblait tout de même relativement important et sa situation ne change pas depuis son arrivée il y a un peu plus d’un an. Korzun joue par intermittence, une fois tous les trois matchs. Un prêt avait été évoqué cet hiver, mais le milieu de terrain biélorusse restera finalement au Dynamo jusqu’à la fin de la saison. Dommage, car le transfert était prometteur et intéressant pour celui qui était devenu très jeune un cadre de la sélection.

Sardar Azmoun est quelqu’un de très difficile à cerner. L’Iranien a un talent fou, mais une carrière étrange, car il ne semble pas vouloir sortir de sa zone de confort. Partout où Kurban Berdyev va, Sardar Azmoun le suit. Il est la raison pour laquelle Azmoun avait rejoint le Rubin Kazan à 17 ans. Il l’a ensuite suivi à Rostov et, puisque l’entraîneur turkmène est retourné dans le Tatarstan cet été, Azmoun en a fait de même malgré les nombreuses sollicitations étrangères. Après une saison passée excellente à tous les points de vue, Azmoun galère cette année à l’image de son club. Le magicien Berdyev n’y arrive pas et, avec 1 seul but en 20 matchs, Azmoun non plus. La Coupe du Monde arrive en fin de saison et, ayant grandement contribué à la qualification de sa sélection, elle doit être le tremplin pour l’Iranien.

L’éternel problème serbe

Les premiers joueurs présentés qui viennent à l’esprit quand on parle d’incertitude sont Serbes. Les jeunes serbes ont une très mauvaise tendance à stagner après avoir tout explosé dans les catégories de jeunes, à l’image de leur équipe nationale. Parmi ces joueurs, trois sont vainqueurs de la Coupe du Monde U20 en 2015.

Le premier est Andrija Zivkovic. Après un conflit entre plusieurs personnes comme le football serbe peut nous l’offrir, la pépite du Partizan Belgrade s’est engagée gratuitement avec le Benfica il y a un peu plus d’un an et demi. Sur le papier, et contrairement à ce que nous offrent parfois les pépites serbes, Zivkovic réalisait là un transfert très intelligent dans un club connu et reconnu pour faire exploser les jeunes joueurs. De plus, le club portugais possédait et possède toujours dans ses rangs un autre serbe en la personne de Ljubomir Fejsa, idéal pour son intégration. Ses débuts se sont faits en douceur. Le Serbe n’a pas démarré un match avant janvier 2017, soit six mois après son arrivée. Baladé à droite et à gauche, Zivkovic s’est petit à petit imposé et a enchaîné les matchs, mais a beaucoup de mal à passer un palier. Il brille par une certaine inconstance, capable de réaliser de bons matchs comme de mauvais, d’excellents choix comme des erreurs, mais son jeu le rend utile, car Zivkovic n’arrête jamais de travailler. Lui a toujours la confiance de son entraîneur et joue dans un club patient avec ses jeunes, où il a notamment découvert la Ligue des Champions. Alors, il y a toujours de l’espoir pour le grand espoir.

Ensuite arrivent deux milieux de terrain avec Nemanja Maksimovic et Marko Grujic. Trop petits pour leur club, respectivement le FC Astana et l’Etoile Rouge de Belgrade, les deux Serbes ont décidé de passer à l’étape au-dessus en signant dans deux très bons clubs européens, respectivement le FC Valence et Liverpool. Comme on pouvait s’y attendre, les deux joueurs jouent très peu. Maksimovic a attendu la fin de son contrat pour s’engager en Espagne. Là-bas, il fait la découverte de ce qu’on appelle la concurrence, absente au Kazakhstan puisque Maksimovic était un élément indispensable de son équipe. Statistiquement, sa première partie de saison n’est pas mauvaise avec 11 matchs de Liga, mais seulement 302 minutes jouées. Le Serbe doit se contenter des miettes derrière Parejo et Kondogbia. Le format aller-retour de la Coupe du Roi lui offre en revanche du temps de jeu. Pas idéal pour se montrer avant la Coupe du Monde. Le transfert est prometteur, mais il faut attendre un peu.

C’est un peu différent pour Grujic, deux ans plus jeune (21 ans), qui n’avait objectivement aucune chance de jouer en Angleterre. Il a rongé son frein, joué quelques bouts de rencontre ici et là avant d’être prêté à Cardiff cet hiver. Un choix vraisemblablement malin dans un club qui carbure en Championship et où il joue ! Sept matchs, son premier but contre Barnsley mardi dernier et trois cartons jaunes, le grand Serbe va enfin pouvoir montrer de quoi il est capable. De là à impressionner Jürgen Klopp et régulièrement fouler les pelouses d’Angleterre en maillot rouge la saison prochaine ? Pas sûr, d’autant que Liverpool a déjà signé Naby Keita au milieu de terrain en vue de la saison prochaine.

L’Ukraine dans l’attente

Viktor Kovalenko et Oleksandr Zinchenko sont les deux plus grands espoirs ukrainiens actuels. Dans un pays qui continue à sortir d’excellents joueurs de football grâce à deux principales académies ultra-performantes, ces deux joueurs se distinguent avec pour preuve leurs convocations désormais régulières en sélection nationale. À l’image d’un Maxym Koval, ancien grand espoir ukrainien au poste de gardien de but, Kovalenko et Zinchenko ont tendance à stagner dans deux situations totalement différentes. Pour l’un, toujours au pays du côté du Shakhtar Donetsk, l’abondance de Brésiliens dans le secteur offensif nuit à sa progression. Cela lui permet de jouer sans problème en championnat du fait de la limite du nombre d’étrangers sur le terrain, mais à 22 ans, Kovalenko a besoin de voir plus grand, ce que ses performances loin d’être exceptionnelles en championnat ne lui permettent pas. De ce fait, il regarde depuis le banc ses coéquipiers jouer la Ligue des Champions. 56 minutes de jeu en moyenne sur 20 matchs de championnat pour 41 minutes de jeu… au total en 5 matchs de Ligue des Champions, la différence en dit long sur les choix de son entraîneur dans les matchs importants. Viktor Kovalenko joue mais ne progresse pas et il serait peut-être temps d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte.

La situation est totalement différente pour Oleksandr Zinchenko. A 19 ans, Zinchenko lui a décidé d’aller voir ailleurs en quittant le Shakhtar pour le FC Ufa, en Russie, un petit club jouant régulièrement le maintien en Russian Premier League. L’avantage, c’est qu’il a pu jouer et montrer ce qu’il savait faire. Et un gamin qui crève l’écran dans un petit club de RPL qui préfère utiliser des joueurs plus expérimentés pour se maintenir, ce n’est pas commun. Du coup, beaucoup de clubs sont venus aux nouvelles et Zinchenko a choisi Manchester City pour poursuivre sa carrière. Un choix risqué, aux antipodes de celui qu’il avait fait en quittant le Shakhtar. Dans un effectif de stars où il a peu de chance de jouer, Zinchenko est immédiatement prêté au PSV Eindhoven. Son prêt ne se passe pas très bien. Son temps de jeu diminue au fil de la saison pour au final cirer le banc. Pas idéal pour se montrer avant de revenir à City, mais cette année, Zinchenko joue en coupe et effectue même de plus en plus d’apparitions sur le terrain en Premier League puisqu’il a participé à cinq des six derniers matchs des Citizens. En plus de progresser sous Guardiola et de s’entraîner quotidiennement avec les meilleurs joueurs du Monde, l’Ukrainien commence à jouer. Reste maintenant à le prouver sur la durée.

Quentin Guéguen


Image à la une : Mark Pollitt / Pro Sports Images Ltd / DPPI via AFP Photos

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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