L’oeil du recruteur #21 : Nemanja Maksimovic

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 28 juillet 2016

L’œil du recruteur revient et c’est toujours le même principe. Un rapport détaillé, technico-tactique d’un joueur de nos championnats, tous les quinze jours, qui mériterait de jouer à un niveau un peu plus élevé qu’il ne le fait actuellement. L’occasion aussi de vous faire découvrir un joueur qui pourrait débarquer dans un grand championnat d’ici quelques mois. Aujourd’hui, Nemanja Maksimović du FC Astana.

NEMANJA MAKSIMOVIĆ

Nom complet : Nemanja Maksimović
Né le : 26 janvier 1995 à Banja Koviljača
Pays : Serbie
Taille – poids : 1.89 m – 75 kg
Poste (pied) : Milieu central
Autre(s) poste(s) : Milieu offensif
Club : FC Astana – Kazakhstan Premier League, Kazhakstan
3 sélections, 0 buts avec la Serbie

CARRIÈRE

Nemanja Maksimović, c’est l’homme qui a fait basculer la Serbie dans le délire, l’année dernière, lorsqu’à la 118e minute de jeu de la finale de la Coupe du Monde des moins de 20 ans, il s’est présenté seul face à Jean, le gardien brésilien, qu’il a trompé calmement. Ce n’était qu’une juste récompense pour celui qui avait déjà fait la passe décisive sur l’ouverture du score serbe et qui avait réalisé un excellent tournoi, confirmant tout le potentiel qu’il avait pu laisser entrevoir lors de la conquête du championnat d’Europe U19 en 2013. Maksimović n’est qu’un symbole de plus d’une génération de jeunes joueurs serbes exceptionnels. Il suffit de regarder l’effectif champion du Monde pour s’en rendre compte : Andrija Zivković, Marko Grujić, Ivan Saponjić, Predrag Rajković… les talents sont à toutes les lignes. Reste maintenant à confirmer au plus haut niveau, ce que les talents serbes ont parfois du mal à faire (Tosić, Kacar, Sulejmani, Slobodan Rajković…).

© Marty Melville/AFP/Getty Images

© Marty Melville/AFP/Getty Images

Mais Nemanja Maksimović n’a pas une carrière comme les autres. Son parcours est étrange. Après avoir débuté le football dans sa petite bourgade d’origine, il rejoint l’Etoile Rouge de Belgrade à l’âge de 12 ans. Il y joue dans toutes les catégories de jeunes mais le club ne lui offre pas de contrat professionnel à l’issue de sa formation. Maksimović quitte donc la Serbie pour rejoindre la Slovénie et le NK Domzale qui lui offre ses débuts chez les pros, à 18 ans. Il joue 11 matchs la première saison, 16 la seconde avant de rejoindre le juteux projet du FC Astana en février 2015, pour deux ans et demi. Un choix très étonnant pour un des jeunes joueurs serbes les plus cotés, mais un choix judicieux puisque, outre ses premiers titres en club, Astana lui a fait découvrir la Ligue des Champions la saison passée, lors de laquelle il a joué les six matchs. Un transfert qui n’a ni ralenti sa progression ni fait disparaître des radars de la fédération : il a fêté sa première sélection contre la Pologne en mars dernier. Ce n’est pas pour rien si Footballski l’a choisi comme espoir de l’année 2015 !

UTILISATION ACTUELLE

Comme dans certaines de nos présentations de joueurs jusque-là, nous sommes dans une configuration où le club du joueur, Astana en l’occurrence, domine outrageusement son championnat et où la concurrence est plutôt moyenne. Nous sommes donc dans un cas de figure où il faut diviser le championnat de la compétition européenne où Astana est plus en difficulté et a beaucoup moins le ballon.

Stanislav Stoilov, l’entraîneur d’Astana, ne quitte que très rarement son 4-2-3-1 fétiche, que ce soit en championnat ou coupe d’Europe. Les « 2 », ce sont Nemanja Maksimović et Roger Cañas, le Colombien. Ils ont des profils similaires et la plupart du temps, Stoilov utilise leur intelligence de jeu pour tromper l’adversaire. Si Maksimović joue en moyenne plus haut et qu’il est moins rare de le voir dans le dernier tiers adverse, le Serbe compensera si le Colombien monte, et vice-versa. En championnat, Maksimović touche beaucoup plus le ballon et a plus de liberté créative, de temps et de place. En coupe d’Europe, il évolue dans un rôle plus défensif, monte moins et Astana n’hésite pas à sauter les lignes car l’adversaire joue plus haut. Son implication dans le jeu en souffre un peu.

Même chose avec son équipe nationale. L’été dernier, lors de la Coupe du Monde, Veljko Paunovic utilisait également un 4-2-3-1 où Maksimović avait un rôle similaire à celui qu’il occupe à Astana, mais où il était clairement le milieu le plus offensif des deux. Il faisait le lien entre l’attaque et la défense, était le joueur qui dictait le tempo de sa sélection et se retrouvait même parfois dans la surface adverse. Tout ça pour dire qu’il aura peut-être besoin d’un petit temps d’adaptation tactique en cas de changement puisqu’il est vraiment habitué à un système.

PROFIL

  • La première chose qui frappe chez Maksimović est son intelligence de jeu. Il prend constamment des informations, il sait où se trouvent ses adversaires et ses coéquipiers. Quelque chose de très simple qu’on apprend au plus jeune âge mais peu ou pas assez utilisé et qui permet de gagner du temps.
  • Maksimović préfère l’anticipation au duel. Il utilise son intelligence et son placement plutôt que son physique pour anticiper les mouvements adverses et récupérer les ballons.
  • Son physique, justement, est encore perfectible. Il pourrait gagner quatre ou cinq kilos à un poste où il est important d’en avoir. Cela peut-être dû au fait qu’il n’a pas encore joué dans un championnat de très haut niveau où le combat physique est prépondérant. S’il n’en a pas peur, Maksimović est encore un peu frêle dans les duels. Et puisque tous les joueurs ne savent pas le faire, on peut préciser qu’il sait tacler mais préfère défendre debout.
  • S’il lui manque encore un peu de coffre, courir n’est pas un problème pour lui. Il est capable de répéter les courses jusqu’à la 118e minute de son septième match complet de la Coupe du Monde U20 à la fin du mois de juin. Cela en dit long sur ses capacités d’endurance. Il est là pour faire les petites courses pour compenser, étouffer l’adversaire ou proposer des solutions.
  • Il n’est ni lent, ni rapide. Il peut être en difficulté face à des joueurs plus vifs que lui, mais il n’y a absolument rien de dramatique à ce niveau-là.
  • Techniquement, Nemanja Maksimović n’est pas un joueur flashy, mais tout est propre et efficace. Il utilise le pied droit et le pied gauche, est calme sous la pression adverse, maîtrise son ballon, est capable de faire les bonnes passes à 10 mètres comme à 60. Il a une très bonne utilisation de son corps également, que ce soit pour récupérer le ballon ou le protéger.
  • Utilisé en meneur de jeu en retrait, il est à son meilleur niveau lorsqu’il a le jeu devant lui. Son intelligence couplée de son excellente vision du jeu lui permettent de casser les lignes et de souvent réaliser la première passe qui créé le décalage. Maksimović adore jouer en première intention pour faire vivre le jeu et sortir des zones de danger.
  • Il y a quelques progrès à faire sur la frappe de balle néanmoins. Elle doit être plus régulière et plus dangereuse à un poste comme le sien. Si marquer n’est pas son rôle, il pourrait devenir plus décisif.
  • Le Serbe a déjà marqué quelques buts de la tête. Il est relativement grand et ne tire pas les coups de pied arrêtés puisqu’il se place dans la surface pour ceux-ci, donc il peut être une menace dans ces phases de jeu.
  • Maksimović a un excellent état d’esprit. Il travaille pour le collectif, il n’hésite pas à encourager ses coéquipiers. Il est constamment concentré sur son rôle, ne se cache pas et cherche tout le temps à être disponible pour ses partenaires. Il a déjà été capitaine des jeunes serbes, c’est un leader.
  • Maksimović peut aussi disparaître d’un match pendant plusieurs minutes lorsque son équipe est dominée. Il met parfois du temps à se défaire du marquage lorsque l’adversaire joue plus haut et que son équipe est en difficulté. Etant l’un des premiers relanceurs et un leader technique de son équipe, s’il n’est pas trouvé rapidement à la récupération du ballon, c’est souvent un dégagement qui s’en suit et la pression qui revient.

ÉVALUATION

Maksimović est l’archétype du joueur serbe. Les fondamentaux techniques sont excellents, l’intelligence de jeu est ce qui frappe en premier chez ce joueur mais il y a encore des progrès physique à réaliser. Le jeune serbe comprend le jeu et son placement est souvent excellent, notamment lors des transitions défensives où il se replace dans la bonne zone très vite. Sans être un pur box-to-box, Maksimović est un joueur complet, capable de faire le lien entre une attaque et une défense et de donner un excellent équilibre à son équipe. Il intercepte beaucoup de ballons pendant le match et se permet aussi d’aller titiller la surface adverse à bon escient. C’est au niveau du coffre et de la régularité, que ce soit dans un match ou sur une saison, que Maksimović doit encore progresser pour passer dans la catégorie supérieure. Il a parfois été en difficulté par l’intensité et la vitesse des matchs en Ligue des Champions l’an passé, ce qui est loin d’être anormal pour un joueur qui joue au Kazakhstan, donc il ne faudra pas être surpris si son adaptation dans son futur championnat prend un peu de temps.

© OZAN KOSE/AFP/Getty Images

© OZAN KOSE/AFP/Getty Images

Nemanja Maksimović est depuis quelques années considéré comme un grand espoir du football européen. Si sa progression n’est pas éclaire, elle est linéaire mais, à 21 ans et après avoir découvert la Ligue des Champions, Maksimović doit maintenant sauter le pas et jouer à haut niveau tous les week-ends. Comme précisé plus haut, le club qui l’achètera devra faire attention à sa condition physique puisque le championnat kazakh joue à un rythme estival et non hivernal comme les championnats occidentaux. Un an et demi sans trêve de plus de deux semaines, ça peut être dangereux pour un jeune joueur comme ça. Astana pourrait également attendre d’être éliminé de la course aux poules de la Ligue des Champions ou justement de s’y qualifier pour le laisser partir.

Cibles types : Bayer Leverkusen, Olympique Lyonnais, AS Monaco, AS Roma, Villarreal, Benfica
Prix : 8.000.000 € – Astana grandit, a des sous, ne cherche pas à vendre (Lire aussi : Astana, le football pour promouvoir la marque) mais il ne reste qu’un an de contrat à un des grands espoirs du football européen.
Rapport qualité/prix : Bon – c’est un investissement, mais les qualités et le potentiel sont là.
Note du joueur : B+
Note du potentiel : A+

Quentin Guéguen


Image à la une : © Getty Images

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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