2017 : un an de football en Moldavie

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 26 décembre 2017

En Moldavie, la saison 2017 de transition fut courte, intense et assez riche en enseignements. Le Sheriff Tiraspol garde sa couronne et n’a jamais été inquiété. Milsami Orhei et le Dacia Chișinău ont essayé d’opposer une résistance mais sans succès. Le Zaria Bălți rentre dans le rang,  le Petrocub-Hîncești s’affirme, le Zimbru Chișinău déçoit, le Spicul Chișcăreni redescend…

Retard à l’allumage

Un jour avant le début du championnat, l’annonce fait l’effet d’une bombe. Deux clubs de Divizia Națională décident de déclarer forfait, à savoir l’Academia Chișinău et le Saxan Ceadîr-Lunga. Du côté de l’Academia, on évoque des problèmes financiers, tandis que le Saxan estime que la règle de jouer sur du gazon naturel les pénalise d’une obligation de jouer à l’extérieur, qui coûterait trop cher (le président du club affirme alors que le Zimbru demandait 30.000 euros pour disputer les matchs sur leur terrain). L’Academia a disparu des radars, tandis que le Saxan avait fusionné avec le FC Gagauzyia et a donc repris sa place au second échelon – pour une suite malheureuse (lire ci-dessous).

La règle imposée par la Fédération dès cette saison était donc l’obligation de jouer sur un gazon naturel. Cela a causé des soucis à deux équipes, le Spicul Chișcăreni et le Speranța Nisporeni, qui disposent eux d’une pelouse synthétique jusqu’à nouvel ordre. Le Spicul a donc joué ses matchs à domicile à Orhei, dans le stade du Milsami, tandis que le Speranța a investi le stade d’Hîncești, où évolue le Petrocub. Retour club par club sur cette courte saison de transition.

1) Sheriff Tiraspol, 45 points

Intraitable, tout simplement. Le Sheriff restait sur une saison à suspense, avec une victoire à l’arraché dans le match d’or contre le Dacia, aux tirs au but, après avoir gagné facilement la Coupe contre le Zaria. Avec un manager italien aux commandes, Roberto Bordin, et un effectif diablement chamboulé durant l’intersaison, le Sheriff a eu les armes pour lutter à la fois sur le plan national et faire des exploits sur la scène européenne.

Exit les Ricardinho, Savic, Koșelev, Gînsari, Jo Santos et Bayala, remplacés par des joueurs aguerris de Divizia Națională, à savoir tout simplement les capitaines du Milsami (Petru Racu), du Dacia (Veaceslav Posmac) et du Zimbru (Gheorghe Anton). A cela s’ajoutent des recrues bien senties comme Jairo, De Nooijer, Kulusic, Mugoša, ou encore la location de Cristiano, Mikulic et Kendysh. Sur le terrain, la différence s’est à peine fait sentir. Le Sheriff est ultra solide derrière et enquille les buts devant, terminant avec 50 buts au compteur en 18 matchs, soit 22 de plus que la deuxième meilleure attaque de l’élite… Brezovec, Jairo, Mugoša, Oancea participent  la fête mais c’est bel et bien Vitalie Damașcan qui fait forte impression et fait gagner de précieux points, surtout en début de saison. A 18 ans, il devient meilleur buteur avec 13 buts en 14 titularisations. Cristiano s’empare lui de l’accessit du meilleur passeur de la saison avec 9 assists.

Après avoir été accroché au Dacia puis par le Zimbru à domicile, le Sheriff a enchaîné 11 victoires d’affilée pour prendre définitivement la tête du championnat. L’équipe s’est même permis de fêter le 16e titre de son histoire en l’emportant chez son dauphin, le Milsami, lors de l’avant-dernière journée de championnat. On aurait pu prédire une baisse de forme en championnat dû aux performances européennes réalisées par le club, il n’en a rien été.

© fc-sheriff.com

Car le Sheriff a atteint, pour la quatrième fois de son histoire, la phase de groupes de la Ligue Europa, après avoir éliminé Kukësi puis chuté contre Qarabag en Ligue des Champions, puis sorti le Legia dans les barrages de la C3. Dans un groupe homogène composé du Fastav Zlin, du Lokomotiv Moscou et du FC Copenhague, le Sheriff est passé à un cheveu de la qualification, avec un total de neuf points (dont une victoire de prestige au Lokomotiv Moscou) et une deuxième place ex aequo avec Copenhague, qui passe au tour suivant…

Sur tous les plans, le Sheriff a montré des signes d’amélioration par rapport à l’an dernier. Une flexibilité tactique et un noyau complet et complémentaire, une science tactique et de motivation des troupes de la part de Bordin et un surplus de talent par rapport aux autres équipes, tout simplement. Il faudra être attentif, en vue de la saison suivante, aux futurs départs et arrivées, certains joueurs ayant attiré l’attention avec cette belle saison européenne. Tant que Roberto Bordin reste à la barre – le coach italien vient de prolonger son contrat, on peut affirmer que le Sheriff est le principal favori à sa propre succession pour la saison 2018.

Petru Racu et Vitalie Damașcan. | © @dama_v99

2) Milsami Orhei, 40 points

En intronisant Veaceslav Rusnac en tant qu’entraîneur à l’intersaison, Milsami avait l’intention de mettre derrière lui le relatif échec de la saison précédente, ponctuée à une troisième place – à un point seulement du duo de tête – mais surtout émaillée par des retards de paiement de salaire qui ont terni l’ambiance du collectif, alors que l’équipe avait pris la tête du championnat à la trêve. La saison a mal débuté avec une défaite contre le Speranța puis une élimination humiliante contre les Luxembourgeois du Fola Esch, au premier tour qualificatif de la Ligue Europa.

En championnat, Rusnac parvenait petit à petit à imposer sa griffe, sortant ainsi une saison honorable avec quatre petites défaites et un match nul sur les 18 matchs. La défaite face au Sheriff, à la fin de l’été, a mis un terme aux espoirs de titre, la course poursuite devenant du même coup presque impossible. Les Jaune et Noir se payant même le luxe de s’offrir le titre sur le terrain de son dauphin, à l’avant-dernière journée. Milsami était alors assuré de finir second.

Rusnac a pratiquement utilisé le même onze de base toute la saison, articulé au milieu du jeu autour de CojocariAntoniucDedov et d’une défense solide, la meilleure de l’élite, sans doute dû au fait que Radu Mîţu a enfin joué une saison complète. Artur Crăciun et Andrei Rusnac, fils de, ont confirmé les espoirs qu’ils représentent, tout comme un Dinu Graur repris par Dobrovolski pour la fin de la campagne qualificative. Boiciuc, revenu pour quatre matchs (et deux buts) est un renfort de poids, viendrait-il à rester en 2018. On notera aussi le retour de Surdu au club, même s’il n’a pas été aussi décisif qu’il y a deux ans lors de la saison du titre. Rusnac peut en tout cas se baser sur une solide saison en vue de l’an prochain, le Milsami semble être le plus gros concurrent du Sheriff à l’heure actuelle.

3) Petrocub-Hîncești, 26 points

La surprise, elle est là. Petrocub a ravi la dernière place du podium au Dacia lors de l’ultime journée, sans qu’on puisse dire que c’est immérité. Le club d’Hîncești a judicieusement nommé Lilian Popescu comme entraîneur et amené quelques joueurs revanchards (Maxim Potîrniche, Vadim Paireli, les frères Macrițchii, Roman Şumchin, Artiom Rozgoniuc), en plus du retour de la révélation de la saison, Vadim Ambros. L’attaquant de 23 ans, prêté quelques mois au Sheriff la saison passée, a crevé l’écran avec une présence de tous les instants et un total de 9 buts et 5 assists en 17 matchs, ce qui en fait le deuxième meilleur buteur de Divizia Națională et un néo-international depuis septembre. Ambros s’est fondu à merveille dans le système de Popescu au point d’en devenir la véritable plaque-tournante offensive, autour duquel les Paireli, Macrițchii, Taras et Ursu s’éclatent.

Le Petrocub-Hîncesti est un club qui grandit. Demi-finaliste de la Coupe la saison dernière, battu par le Sheriff aux tirs au but seulement, peu après avoir rénové quelque peu son stade à Hîncești, le club avait alors terminé la saison à une belle 6e place pour sa deuxième saison dans l’élite. Le président Mihai Usatîi avait déclaré, en début de saison, viser le podium, voilà qui est fait et qui permettra au Petrocub de goûter pour la première fois au parfum des coupes européennes en juin prochain. Signe de sa grande forme cette saison, Petrocub a infligé une cinglante défaite 18-0 à Sokol (troisième division) en Coupe de Moldavie. « Ce n’est pas tous les jours qu’un club de province gagne la médaille de bronze du championnat. Avec ces résultats, vous êtes un exemple pour d’autres équipes, en dehors de Chișinău et de Tiraspol, auxquelles vous montrez la voie et la possibilité de gagner et de se qualifier pour la Coupe d’Europe » déclarait ainsi Pavel Cebanu, le président de la Fédération, lors de la cérémonie de remise du bronze le mois dernier.

Petrocub accueille le Sfîntul Gheorghe. | © facebook.com/FCSGS

Le club continue de grandir et les mouvements de l’intersaison nous confirmeront sans doute ces ambitions. Pas mal de joueurs étaient encore prêtés par le Sheriff, d’autres ont attiré les convoitises, il faudra voir comment Lilian Popescu gère son effectif et parvient à faire venir les joueurs qu’il souhaite pour continuer la belle aventure que connaît le Petrocub.

4) Dacia Chișinău, 26 points

L’avenir est incertain, au Dacia. Le titre s’est envolé le 23 septembre, avec une lourde défaite 6-3 au Sheriff. Alors que les Blancs étaient au mano-à-mano, ces deux dernières saison, avec le club de Tiraspol, il en fut tout autrement cette saison. Après ce match, le Dacia a terminé la saison en eau de boudin, par quatre matchs nuls et trois défaites. La dernière, face au Dinamo-Auto, a fait couler beaucoup d’encre. Les coups d’envoi des deux mi-temps étaient chaque fois décalées, faits pour lesquels le Dinamo-Auto s’est tapé une amende, afin semble-t-il de savoir le score des adversaires et principaux concurrents au maintien. Résultat, le Dacia ne gagne pas contre le Dinamo-Auto pour la première fois de leurs confrontations directes. Pire, cette défaite 2-1, si elle permet au club filiale du Dinamo-Auto de sauver sa peau en Divizia Națională, elle fait surtout basculer le Dacia à la 4e place. Avant cette claque du 6-3, le Dacia s’était aussi fait fesser par Shkëndija au premier tour qualificatif de la Ligue Europa (3-0, 0-4) et avait encaissé deux défaites en championnat, au Milsami et au Petrocub, deux équipes légitimement plus solides cette saison.

Le club peut encore rêver de la Ligue Europa, à condition soit de gagner la Coupe, soit qu’une des trois premières équipes la remportent. En réalité, depuis ce sombre 23 septembre, le mécène et dirigeant du Dacia, coach à la place du coach, Adlan Shishkhanov, avait décidé de quitter ses fonctions, ce qui en grande partie explique l’état d’abandon dans lequel l’équipe a terminé la saison. Les joueurs ont appris sa décision au terme du championnat. A l’heure qu’il est, il est difficile de prévoir quoi que ce soit pour le Dacia, on ne peut qu’espérer que l’un des clubs les plus solides du championnat, vainqueur en 2011 et à moult reprises finaliste de la Coupe et dauphin de la Divizia Națională, trouve un second souffle, de nouvelles finances ou un nouveau modèle pour rester un sérieux concurrent au Sheriff.

Le ciel s’assombrit sur le stade du Dacia, à Speia. | © facebook.com/daciafc

5) Zaria Bălți, 24 points

On s’attendait à la saison de la confirmation à Bălți. Après une finale malheureuse de Coupe et une belle 4e place en 2016-2017, l’équipe de Vlad Goian semblait sur la bonne voie pour faire de belles choses cette saison. Une qualification à l’arrachée en Ligue Europa, aux tirs au but, à Sarajevo, venait renforcer cette idée. Puis, le premier match du championnat vient tout faire valser. Un déplacement au Sheriff qui se solde par un 5-0 dans la tronche. Dur. Le Zaria a toutes les peines du monde pour s’en relever. Eliminé en Ligue Europa par Apollon, les Rouge et Noir devenus Bleu et Blanc (à savoir les couleurs du partenaire, la Fondation Renato Usatîi, maire de Bălți, couleurs partagées par le parti dont il est le président) sont sur courant alternatif en championnat et comptent déjà cinq défaites après neuf journées. Autant dire que la course au titre est foutue.

Un été désastreux auquel Vlad Goian ne survit pas. Il est débarqué de ses fonctions après une défaite malheureuse au Dinamo-Auto (1-0). Dans la foulée, Ștefan Stoica le remplace au pied levé, peu après avoir lui aussi été lourdé par le Zimbru (lire ci-dessous). Le Roumain redresse quelque peu la barre et le Zaria enchaîne une série de sept matchs sans défaite durant l’automne, lui permettant d’être quatrième à l’aube de la dernière journée. Une défaite 2-1 au Sfîntul Gheorghe fait tout capoter, le Zaria se retrouve cinquième alors qu’une victoire l’aurait amené sur le podium.

Pour boucler la boucle, le club a résilié le contrat de Ștefan Stoica à l’issue du championnat. Avec un effectif expérimenté mais vieillissant, quelques jeunes ont poussé la porte de l’équipe première mais les légionnaires sont de nouveau admis, on note ainsi les bonnes perf’ d’Obekop, Bruno ou Mbala. Il ne serait pas étonnant de voir Gheorghe Boghiu, intronisé entraîneur assistant après avoir raccroché ses crampons à la fin de l’été (lien lire aussi), reprendre les rênes du club à la rentrée.


Lire aussi : Merci pour tout, Gheorghe Boghiu


6) Speranța Nisporeni, 21 points

Derrière le Zaria, la lutte pour le maintien était féroce et concernait les cinq dernières équipes du championnat. Le Speranța est celui qui s’en sort le mieux, notamment grâce à un Sergiu Platica qui sort une deuxième grosse saison d’affilée. Titularisé en équipe nationale à la fin de la campagne, il a étonné de par sa vivacité et son envie, même s’il n’a pas marqué. L’attaquant moldave en a planté quatre en championnat, soit un but de moins que Viorel Primac, qui a une nouvelle fois prouvé son sens du but, pour sa deuxième saison dans l’élite. A eux deux, ils ont inscrit la moitié des buts de leur équipe, qui a toujours des difficultés pour trouver la faille.

Mais le Speranța garde son identité d’une équipe bien en place, qui propose du jeu, coachée par un très jeune entraîneur (Cristian Efros aura 26 ans le 6 janvier prochain) et véritable poil à gratter des grosses cylindrées. Victoire à Orhei contre Milsami, victoire contre le Zimbru, victoire au Sheriff lors de la dernière journée, rien que ça.

Surtout, à l’image du Petrocub, le Speranța est un club qui progresse petit à petit et qui ne cache pas ses ambitions. L’équipe veut participer aux compétitions européennes dans les années à venir. Dans cette optique, la première pierre du nouveau stade de Nisporeni a été posée début octobre. Une enceinte de 6 000 places, avec gazon naturel et infrastructures annexes, qu’on attend impatiemment du côté des ultras de la Republica Nisporeni, l’un des groupes les plus actifs du pays, étant donné que le club doit pour l’instant emprunter le terrain d’Hîncesti pour ses matchs à domicile – le terrain annexe construit pour la durée des travaux n’est doté que d’un terrain synthétique, interdit désormais dans l’élite…

7) Sfîntul Gheorghe Suruceni, 20 points

Félicitations, Sfîntul Gheorghe ! Arriver dans l’élite dans une saison aussi courte et intense que celle-ci et parvenir à y garder sa place était un vrai défi que l’équipe de Suruceni a relevé avec succès. Durant l’été, Sergiu Secu est venu prendre en main l’équipe, en compagnie de Sergiu Epureanu. La phase aller s’est avérée très compliquée avec deux petites victoires et un match nul, mais des performances de haut vol durant l’automne ont permis au Sfîntul Gheorghe d’atteindre leur objectif de maintien alors qu’on ne donnait pas cher de leur peau en début de saison.

Un recrutement intelligent avec la venue des expérimentés Denis Rassulov, Iulie Erhan, Vitalie Plămădeală, Artur Patraș, Sergiu Istrati, Eugen Slivca sans oublier l’inénarrable Alexandr Suvorov qui y retrouve une seconde jeunesse, couplé à une structuration interne solide (équipementier et design du maillot, site web, communication, etc.), ont permis au Sfîntul Gheorghe de souffler un grand coup au terme de la saison. Le club a maintenant un peu plus de temps pour continuer à développer son projet et préparer la nouvelle saison qui arrive. On attend déjà avec impatience la fraîcheur qu’ils amèneront en 2018.

Alexandr Suvorov renaît au Sfîntul Gheorghe Suruceni. | © facebook.com/FCSGS

8) Zimbru Chişinău, 19 points

No comment.

Indigne, ridicule, bordélique, comment qualifier la saison du Zimbru ? Avec 19 points au compteur, soit cinq de plus à peine que l’unique relégué, le Zimbru a joué à se faire peur tout au long de la saison. Surtout, avec 17 buts marqués et 21 encaissés, n’ayons pas peur des mots, on s’est bien emmerdé cette année.

Les signes étaient au vert, pourtant, à l’intersaison avec Stoica qui avait intégré plusieurs jeunes joueurs et bâti une solide équipe depuis janvier, mais patatras, premier coup de massue avec l’annonce du groupe ultra Oastea Fiară, le plus vieux du pays et a fortiori du club, de s’absenter du secteur 13 durant les matchs à domicile. D’une part, parce que les membres du groupe ont pour la plupart quitté le pays pour compléter les rangs d’une diaspora toujours plus grande à la recherche d’une vie meilleure ailleurs, d’autre part car ils considèrent que la répression des forces de l’ordre est trop importante. Du coup, seuls les Ultras Boys sont là pour encourager les Jaune et Vert, mais ils sont bien isolés, les affluences de cette saison ont été faméliques et ce ne sont pas les résultats qui ont arrangé les choses. Le seul grand moment fêté par les supporters du Zimbru cette saison, c’est lorsque l’un des siens a streaké magistralement le match Moldavie – Pays de Galles en septembre dernier. C’est dire.

Les Ultras Boys, accompagnés de la Republica Nisporeni, ont un peu réveillé le stade lors de la venue du Sheriff. | © facebook.com/UltrasOasteaFiara/

Au bord du terrain, Iurie Osipenco arrive en tant qu’assistant à l’intersaison. L’entraîneur devenu champion avec Milsami, numéro 2 au Zimbru ? Difficile à y croire. Le 11 juillet, on y voit plus clair : Ștefan Stoica est limogé après une défaite au Dinamo-Auto, Osipenco prend les rênes. Une victoire 4-0 contre le Sfîntul Gheorghe et un nul 2-2 à Tiraspol, arraché avec les tripes face au Sheriff, ne sont qu’un mirage. S’en suit une inexorable fuite en avant dans une lourde grisaille où l’horizon reste imperceptible. Les victoires contre le Zaria, et surtout contre un Dacia, même en roue libre, sont les seules éclaircies dans cette balade au bout de la nuit. Dernière journée, dernière défaite, dernière humiliation 4-1 sur le terrain du Petrocub, là où Osipenco officiait encore il y a quelques mois. Le coach est viré au terme de la saison.

Quel avenir pour le Zimbru ? Nul ne le sait. Valeriu Andronic avait fait du travail correct avec l’équipe 2 et puis les U19 en Youth League, mais il quitte aussi le club. L’effectif n’est pas trop chamboulé et reste très jeune, avec l’apport bien senti de quelques légionnaires comme Jean Theodoro auteur d’une bonne saison. Un bon recrutement et un projet basé sur l’éclosion de ces talents en devenir serait une piste à creuser. Vu le trou dans lequel se trouve le club, il ne devrait pas manquer de pelles. Qui pour reprendre l’équipe ? Un retour de Ștefan Stoica est-il envisageable ? A quoi bon l’avoir viré en juillet ? Quand reverra-t-on le Zimbru en haut de l’affiche ? Quand reverra-t-on une arène pleine qui baigne dans les chants et les fumis à Chişinău ? Rendez-vous dans 10 ans pour les réponses.

9) Dinamo-Auto Tiraspol, 15 points

Il est relativement compliqué de considérer objectivement la saison du Dinamo-Auto. Le club s’en était sorti de justesse la saison dernière et cette année encore il a dangereusement vogué dans les eaux troubles de la relégation jusqu’à la dernière journée. Cette 18e journée où le Dinamo-Auto reçoit son club ami du Dacia avec comme principal dilemme une place assurée en Coupe d’Europe pour le Dacia, ou une place assurée dans l’élite pour le Dinamo-Auto.

A Ternovca, le match démarre en retard, la seconde mi-temps aussi, le Dinamo-Auto gagne 2-1. Malgré les premiers points remportés face au Dacia depuis qu’ils sont en Divizia Națională, les joueurs ne fêtent aucun des buts. Le score permet au Dinamo-Auto de devancer le Spicul d’un petit point au classement et ainsi de se maintenir dans l’élite.

10) Spicul Chișcăreni, 14 points

Le Spicul serait donc le dindon de la farce, mais le club entraîné par la légende Denis Calincov n’a pas montré grand-chose cette saison non plus, hormis de la bonne volonté. A l’instar du Speranta, le Spicul jouait tous ses matchs à domicile à l’extérieur, dans le stade du Milsami. Avec un 7/9 pour débuter, dont deux victoires à l’extérieur au Petrocub et au Dinamo-Auto, on pensait que le Spicul pouvait poursuivre sur sa lancée et assurer rapidement son maintien. Mais à part une victoire contre le Zimbru au milieu de l’été, le club ne gagne plus aucun match jusqu’à la fin de la saison.

Hormis les vétérans Molla et Sofroni, ou encore Sergiu Matei et Petru Ojog, le Spicul présentait une équipe dont les carences étaient trop grandes pour espérer faire mieux même si, rappelons-le, le maintien ne passe finalement qu’à un petit point. Dans le récit de la saison, la spectaculaire défaite 4-3 à Suruceni, face à un rival pour le maintien, a sans doute pesé lourd dans la balance.

Le Spicul retombe en Divizia A mais garde toutes ses chances pour refaire l’ascenseur dès la saison prochaine avec, on l’espère, plus de réussite.

Classement

© fmf.md

Meilleurs buteurs

  1. V. Damașcan (Sheriff) – 13
  2. Ambros (Petrocub) – 9
  3. Mugosa (Sheriff) – 7
  4. Theodoro (Zimbru) – 5
  5. Primac (Speranţa Nisporeni) – 5
  6. Paireli (Petrocub) – 5
  7. Brezovec (Sheriff) – 5
  8. Jairo (Sheriff) – 5
  9. Zagynailov (Zaria) – 5

Récompenses de fin d’année

Vitalie Damașcan, ce héros

Il n’y en avait que pour lui. Golgheter du championnat, Vitalie Damașcan a aussi été élu, lors du traditionnel Gala de fin d’année, meilleur attaquant et meilleur jeune joueur du championnat. Avec 13 buts en 17 matchs cette saison, et après avoir brillé lors de la fin de saison du Sheriff au printemps dernier, ce n’est pas étonnant de le voir rafler toutes ces récompenses, le football moldave étant bien conscient que le gamin doit recevoir ce qui lui est dû avant d’aiguiser son talent brut sous d’autres cieux.

Car les prétendants pour la jeune pépite moldave de 18 ans sont bel et bien là. On avait pressenti un départ in extremis au Palermo, en fin de mercato, mais cela ne s’est pas concrétisé. « Damascan a trois offres de Serie A, deux de Serie B et quelques-unes venant d’autres pays. Jusqu’en décembre, nous n’allons parler de transfert avec personne » déclarait son agent, Leonid Istrati, en août. Aujourd’hui, Istrati affirme que « quatre équipes italiennes et une équipe anglaise discutent avec le Sheriff à propos d’un transfert. Nous n’avons encore pris aucune décision, mais tout sera plus clair dans un futur proche. Nous allons dans tous les cas choisir ce qui est le mieux pour le jeune joueur. »

Un transfert durant l’hiver est donc, selon ces dires, une possibilité à ne pas écarter, le championnat moldave étant devenu trop petit pour Damașcan dès qu’il en a foulé les pelouses, en mars dernier. Mais un accord pour rester un an de plus, une saison européenne en prime, sous les ordres de Roberto Bordin, n’est pas à exclure non plus. Il doit encore travailler sa stature physique et son sang-froid dans les grands matchs, comme on l’a vu lors de quelques occasions loupées en Ligue Europa. Cela s’acquiert avec de l’expérience à l’étranger, mais le jeune a tout l’avenir devant lui vu les énormes qualités qu’il a déjà démontrées.

© @dama_v99

D’autres joueurs primés…

D’autres récompenses ont plutôt étonné l’assemblée, lors de ce Gala. A commencer par le titre de meilleur gardien de l’année, décerné à Ilie Cebanu, gravement blessé durant une grande partie de l’année et venu prêter main forte au Zimbru cette saison, prenant dès lors le brassard de capitaine. Dès son retour dans le championnat moldave, Cebanu a retrouvé sa place en sélection nationale. Doté d’une longue expérience à l’étranger, Cebanu est cependant souvent raillé pour ses bourdes à répétition en équipe nationale et considéré « protégé » en tant que neveu du président de la Fédération. Lui-même a déclaré, après avoir reçu son prix, « qu’il est décerné un peu en avance, des gardiens tels que Pascenco et Calancea ont réalisé une très grosse saison également. »

L’entraîneur de l’année est Veaceslav Rusnac (Milsami), devant Lilian Popescu (Petrocub) et… Igor Dobrovolski, le sélectionneur national pourtant décrié depuis de nombreux mois. Pas de Bordin, tout comme Mikulic absent des radars pour le poste de meilleur gardien. C’est compréhensible de privilégier les joueurs et entraîneurs moldaves, mais ce n’est pour autant pas une règle non plus, puisque Ricardinho a bien été élu meilleur attaquant deux années de suite. Bref, toutes ces récompenses ne sont à prendre qu’avec des pincettes.

Veaceslav Posmac a une nouvelle fois reçu le prix du meilleur défenseur pour la troisième année consécutive, tandis qu’Alexandru Gațcan (Rostov) a été désigné meilleur milieu ainsi que, pour la quatrième fois, meilleur joueur de l’année, la récompense suprême. Le meilleur légionnaire est le Belgo-congolais Ziguy Badibanga, qui avait véritablement dynamité la fin de saison 2016-2017, devant ses coéquipiers Josip Brezovec et Mateo Susic. Quoi de plus normal pour un club qui a gagné deux championnats et une Coupe nationale en une année. On notera aussi les deuxième et troisième places de Gînsari et Ambros pour le titre de meilleur attaquant de l’année. Du côté du meilleur jeune de l’année, on retrouve Alexandru Boiciuc et Victor Stîna derrière l’intouchable Damașcan, soit trois de nos cinq espoirs épinglés à l’aube de la saison. Enfin, Maxim Mihailov  (Zaria) a remporté le prix du but de l’année pour son coup-franc supersonique contre le Dinamo-Auto, en novembre (voir ci-dessous), Alexandru Ionița (Cagliari) a reçu le prix du public et Alexandru Epureanu (Istanbul BB) le prix « Nicolae Simatoc », sorte d’Hall of Fame du football moldave.

Le XI de la saison 2017

Gardien : Radu Mîtu (Milsami)

Défenseurs : Cristiano (Sheriff), Veaceslav Posmac (Sheriff), Constantin Bogdan (Milsami), Mateo Susic (Sheriff)

Milieux : Alexandru Antoniuc (Milsami), Maxim Mihaliov (Zaria), Josip Brezovec (Sheriff)

Attaquants : Jairo (Sheriff), Vitalie Damașcan (Sheriff), Vadim Ambros (Petrocub)

Top 3 buts de la saison

Petit détour par la Divizia A

La saison 2016-2017 avait été palpitante avec une lutte à trois entre le Spicul Chișcăreni, le Sfîntul Gheorghe et le Victoria Bardar. Le premier est monté mais redescend en Divizia A, le second s’est maintenu dans l’élite, et le Victoria n’avait plus d’autre adversaire à sa taille, en dehors du Sheriff-2 s’entend, pour glaner la promotion en Divizia Națională. Cette saison, la Divizia A était scindée en deux à mi-parcours pour faire deux groupes de play-off, l’un pour la montée, l’autre pour la descente. Le Victoria, qui pouvait s’appuyer sur la grande forme de l’expérimenté Ghenadie Orbu, auteur de 19 buts, a terminé un point devant le Sheriff-2. Le Grănicerul, le Sparta Selemet et Sîngerei, tous promus cette saison, suivent tandis que le Cahul-2005 ferme la marche de cette série de tête.

En-dessous, c’est sans surprise le FC Edineț et le FC Codru qui sont relégués à l’étage inférieur. Ils sont accompagnés du… FC Saxan, dont six points ont été retiré en fin de saison suite à une décision de la FIFA après que le club belge du Lierse a entamé une procédure judiciaire quant au transfert de Wanderson, qui avait une entente préalable avec le club moldave avant de se raviser et de signer au Krasnodar, en 2015. Lierse estime que le joueur brésilien a eu cet accord préalable en étant encore un de ses joueurs et réclame donc une compensation de 50 000 euros de la part du club moldave. « A notre interrogation de la raison de cette demande, puisque Wanderson n’a pas évolué pour le club et n’est même jamais venu en Moldavie, les Belges ont répondu qu’ils maintiendront leur position jusqu’au bout et espèrent obtenir la rétrogradation du club de Saxan jusqu’au plus bas échelon du football moldave », explique le club gagaouze. Dont acte.

Du côté des promus, on notera le FC Sireți qui a gagné de justesse son droit à évoluer en Divizia A, terminant premier de la Divizia B – Zone Centre à la différence de buts, par rapport au FC Tighina qui est donc bel et bien de retour. En Zone Sud, c’est le Sparta Chișinău qui a dominé la série, tandis que le FC Florești remporte la Zone Nord devant le CF Soroca et l’Intersport Sanatauca. Ces trois clubs vont donc disputer la Divizia A l’an prochain.

Rendez-vous en mars pour le début d’une saison de championnat de Moldavie nouvelle mouture avec des matchs à foison durant le bel été que peut nous offrir le pays des merveilles.

Par Thomas Ghislain


Image à la une : © fc-sheriff.com / fmf.md

2017 : un an de football en Moldavie
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