Balade sur le Dniestr et ses cités perdues (partie 1)

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 4 décembre 2017

Footballski vous avait déjà fait voguer sur le Dniepr et la Volga, il est maintenant temps d’embarquer sur un autre fleuve chargé d’histoire, à savoir le Dniestr. Celui-ci prend sa source en Galicie pour bercer ensuite l’Ouest de l’Ukraine et transpercer, pour le meilleur et pour le pire, la République de Moldavie, avant de retrouver l’Ukraine et la Mer Noire au sud-ouest d’Odessa. Au-delà de ses composantes géographiques, touristiques, historiques voire politiques, le Dniestr est aussi le rivage de bien des clubs de football de la région, surtout en Moldavie. En route moussaillon !

Différents noms, différentes histoires

Pe malul drept, pe malul stâng –
Livezi înfloritoare.
Bătrânul Nistru curge lin
La vale către mare.

Nu are valuri înspumate,
Ca un bătrân ce este,
Domol şopteşte ani la rând
A neamului poveste…

Sur la rive droite, sur la rive gauche –
Fleurissent des vergers prospères
Le Vieux Dniestr coule paisiblement
Depuis la vallée vers la mer

Il n’a pas de flots écumeux
Tel un vieil homme qui demeure,
Doucement et des années durant
Il chuchote l’histoire du peuple…

– Emilia Plugaru, Bătrânul Nistru.

Il est correct de dire que l’histoire de la République de Moldavie sur les cinq cent dernières années se retrouve dans le cours du Dniestr. Des limites de son autonomie principautaire, forgée par Etienne le Grand, jusqu’à son existence contemporaine, de son inclusion dans l’Empire russe dès le 19e siècle, sous le nom de Bessarabie, jusqu’à l’auto-proclamation de sa rive gauche en République moldave du Dniestr en 1990, en passant par la frontière roumano-soviétique de l’entre-deux guerres et l’amputation de territoires lors du second conflit mondial, le Dniestr concentre son rôle de marge et de frontière qu’a représenté soit sa rive droite soit sa rive gauche le long des époques.

Les cours sinueux du Dniestr symbolisent à eux-seuls le tourment et la mélancolie moldaves autant que la beauté d’un paysage et d’une terre fertile pour lesquels l’amour et la nostalgie, le « Dor », n’ont pas de limites. Les âpres falaises et les canyons, ici où là, rappellent quant à eux la cruauté et la barbarie dont ses eaux ont été témoins au cours des siècles, ainsi que la possibilité de s’y réfugier, comme certains moines l’ont compris aux alentours de Țipova, ou sur l’un de ses affluents à Orheiul Vechi.

Du fait de cette histoire complexe, mouvante et parfois trébuchante, le fleuve se décline de manière différente selon ses occupants. Nistru en roumain, Dnister (Дністер) en ukrainien, Dniestr en français (conforme à son nom russe, Днестр), Tyras en grec. D’une longueur de 1 362 kilomètres (un peu plus long que le Rhin), il s’agit du 12e fleuve le plus long d’Europe et le deuxième d’Ukraine après le Dniepr. Sa source se situe dans les environs du village de Vovce, dans les Carpates ukrainiennes, à quelques kilomètres des frontières polonaise et slovaque. Une terre ayant fait partie de la République des Deux Nations avant de tanguer entre l’Empire d’Autriche, lors de la Première partition, la Deuxième République de Pologne au sortir de la Première Guerre mondiale et l’URSS suite à l’occupation de l’Ukraine jusqu’en 1991.

De là, le ruisseau descend les flancs carpatiques vers le nord-est, pour reprendre son orientation sud-est à Mykolaïv, entre Lviv et Stryï. Le Dniestr borde alors la Podolie au sud, la Bucovine au nord et forme ensuite la frontière orientale de l’ancienne principauté de Moldavie jusqu’à son liman et son passage vers la Mer Noire, cette lagune qui sépare le Boudjak et Odessa. Comme toute la région, le bassin du Dniestr est habité depuis des millénaires, jusqu’à former une partie de la frontière entre les Géto-Daces et les Sarmates (qui seraient à l’origine du nom, « dānu nazdya » soit « la rivière en face » en scythe) durant l’antiquité et accueillir des colonies grecques sur son liman, pour en faire déjà, avant l’arrivée des Romains, un carrefour de populations et un sujet d’étude pour Hérodote et Ptolémée.

© UNEP/GRID, 2010.

Surviennent ensuite des invasions incessantes et la Horde d’Or turco-mongole de développer une route de commerce importante le long du fleuve. Son déclin, au 14e siècle, amène les Hongrois à soumettre le territoire avant que Bogdan Ier s’en réchappe et instaure une principauté de Moldavie indépendante entre Dniestr, Carpates et Mer Noire, en 1359. La principauté devient ensuite vassale de l’Empire ottoman tout en gardant une certaine autonomie.  La rive gauche sert alors de zone tampon entre les Tatars et les Moldaves, d’où la fortification poussée de la rive droite. A partir du 18e siècle, les guerres russo-turques changent la donne. Le Dniestr est désormais concurrencé par le Prout en tant que fleuve-frontière, au gré des aspirations russes et roumaines. En 1812, la partie orientale de la Moldavie est cédée, en compagnie des terres déjà annexées du Boudjak et d’Hotin, par les Ottomans à l’Empire russe, qui en  constitue une province à ses marches : la Bessarabie.

La Bessarabie ou les maux moldaves

Pour comprendre l’importance des eaux pour la Bessarabie, un coup d’œil à une carte de l’époque permet de s’accorder sur son appellation d’entre « Prut şi Nistru » et d’apercevoir à la fois un accès au Danube et à la Mer Noire ainsi que la présence de forteresses le long de la rive droite du fleuve, construites avant la période impériale et qui constituent sa frontière orientale, à Hotin, Soroca, Bender et Cetatea Albă (auxquelles on peut rajouter celles d’Orhei, sur le Răut, et de Chilia, sur le Danube). Aujourd’hui, trois de ces localités se trouvent désormais en dehors du territoire contrôlé par la République de Moldavie. L’accès à la Mer Noire est également un lointain souvenir tandis que celui au Danube est limité à 480 mètres et le fruit de tractations incessantes.

Carte du gouvernorat de Bessarabie, 1883 | © Inconnu / Wikipedia

L’époque impériale est aussi à l’origine d’un autre désastre qui hante, c’est un euphémisme, la Moldavie contemporaine. En coupant la partie orientale de la Moldavie de sa partie occidentale, la Bessarabie est orpheline de la destinée de sa désormais voisine, qui s’unit avec la Valachie pour former la Roumanie, dès 1859. Les Bessarabes, inclus dans le récit national d’un Etat roumanophone fondé sur l’union de ses provinces historiques, ne peuvent embrasser sa concrétisation politique. Le mouvement est tout inverse, d’ailleurs : autonomie rapidement abolie, interdiction progressive de la langue « moldave » (qui n’est autre que le roumain) au profit du russe comme langue interethnique, émigration forcée vers l’Empire et apport de populations russes et ukrainiennes, échange de populations (l’arrivée de Gagaouzes et de Bulgares, par exemple, selon certaines théories), la création d’un Archevêché lié au Patriarcat de Moscou, etc.

Le 20e siècle aggrave cette dissonance entre pôle russe et pôle roumain en intégrant, au sortir de la Révolution de 1917 et de la Première Guerre mondiale, la Bessarabie dans la Grande Roumanie, après une brève indépendance, avant qu’elle ne soit incluse dans le protocole secret du pacte Ribbentrop-Molotov comme faisant partie de la zone d’influence soviétique. Entre-temps, les Soviétiques avaient préparé le terrain en créant en 1924 une « République soviétique socialiste autonome moldave » (RSSAM) sur la rive gauche du Dniestr, territoire qui comprend en partie l’actuelle bande de terre transnistrienne, afin d’élaborer le projet d’une nation moldave soviétique différenciée de la Roumanie, un projet prêt à être « embrassé » par la population d’entre le Dniestr et le Prut.

Le second conflit mondial est un carnage des plus édifiants, près d’un tiers de la population de la région disparaît de surface du globe durant la décennie 1940-50, à commencer par la minorité juive qui était la plus grande minorité de la province (il y en avait plus de 250 000 en 1918). La Bessarabie est d’abord annexée par l’URSS, dès juin 1940, avant d’être reprise par la Roumanie alliée de l’Allemagne nazie en 1941, puis de nouveau par les Soviétiques en 1944 pour une occupation qui durera jusqu’en 1991. Juifs, Koulaks, minorités allemandes, ecclésiastiques, intellectuels, « antibolchéviques », « bourgeois roumains », tous ont subi des déportations, au mieux, et le trépas, au pire. Sans parler des simples gens victimes du conflit, des petits soldats transformés en chairs à canon et ballottés d’un camp à l’autre, ni la famine organisée de l’après-guerre au cours de laquelle plus de 100 000 personnes, d’après les estimations basses, ont perdu la vie, en grande partie à cause des mesures de collectivisation imposées. Enfin, l’indépendance de 1991 et le conflit autour du Dniestr qui s’en est suivi achèvent le chapitre tourmenté sur lequel la Moldavie actuelle tente de bâtir sa destinée et dont elle n’arrive jamais à complètement tourner la page.

Le Dniestr, une histoire de la Moldavie

Le 28 juin 1940, les troupes soviétiques avancent jusqu’au Prut pour occuper la Bessarabie, de même que la Bucovine du Nord qui était incluse dans le pacte germano-soviétique. L’armée roumaine encore balbutiante ne s’y est pas opposée et s’est immédiatement retirée des territoires occupés, sauf de l’un d’entre eux. L’arrondissement de Herța, coincé entre la Bessarabie et la Bucovine et n’ayant jamais fait partie des prétentions russes ou soviétiques, se voit occupé par l’Armée Rouge. La légende dit que le trait délimitant l’avancée des troupes soviétiques sur un plan de la région était si gros qu’elles ont cru que cet arrondissement faisait partie de la zone à occuper ! L’armée roumaine, qui ne s’y attendait pas, n’a pu y opposer une réelle résistance et déplore ses premiers morts du conflit lors de ce court affrontement. Depuis, Herța a fait partie de la RSS d’Ukraine et est toujours ukrainienne aujourd’hui, malgré une population à grande majorité roumaine et quelques réclamations de Bucarest dans les années 1990.

D’un point de vue géographique, c’est surtout cette première annexion soviétique qui démembre pour de bon la Bessarabie. Au lieu d’intégrer le territoire conquis à l’existante RSSAM, initiée sur la rive gauche du Dniestr, les autorités soviétiques décident de dissoudre les deux pour en reconstituer sa suite, la République Soviétique Socialiste de Moldavie (RSSM), composée de la partie centrale de la Bessarabie et d’une portion réduite de l’ancienne république – équivalent de l’actuelle Transnistrie. Une partie du județ d’Hotin (extrême nord) et la majorité des județs d’Ismail et de Cetatea Albă (extrême sud, comportant l’accès au liman du Dniestr, au Danube et à la Mer Noire) n’en font pas partie et sont plutôt offerts à la RSS d’Ukraine, fixant ainsi les contours actuels de la République de Moldavie.

… Apleacă-ncet urechea ta
Spre murmurul de apă,
Ascultă doina strămoşească,
Ce-n mal de piatră sapă.

De-i malul drept, de-i malul stâng,
Aceeaşi doină sună.
În nopţi adânci şi liniştite,
Acelaşi clar de lună.

În inimă de ţară, râuri,
Cu ziduri şi hotare,
Îşi duc povara lor amară,
La vale, către mare.

… Incline lentement ton oreille
Vers le murmure des eaux,
Ecoute la mélancolie ancestrale,
Qui creuse dans la berge rocheuse

Qu’il s’agisse de sa rive droite, de sa rive gauche,
La même mélancolie carillonne,
Au cours de nuits profondes et tranquilles
Le même clair de lune.

Dans le coeur du pays, les rivières,
avec leurs murailles et leurs frontières,
Portent leur fardeau amer
Depuis la vallée vers la mer.

– Emilia Plugaru, Bătrânul Nistru.

Autrefois frontière de la Moldavie ou de la Grande Roumanie, le Dniestr rassemble désormais sa rive gauche et sa rive droite sous la même bannière de la RSS de Moldavie. Celle-ci n’est plus quasi exclusivement roumanophone, son roumain s’appelle moldave et s’écrit en cyrillique, tandis que les Bulgares, Gagaouzes, Russes et Ukrainiens forment autant de minorités aux particularités propres mais qui s’unissent pour le projet commun soviétique. Lorsque celui-ci agonise, la question nationale refait surface et empoisonne l’émancipation moldave, confrontée dès 1990 à l’auto-proclamation d’une République (Socialiste Soviétique) moldave du Dniestr, proto-État qui existe encore et qu’on appelle communément la Transnistrie. Riche en industries et infrastructures, peuplée d’un melting pot de Russes, d’Ukrainiens et de Moldaves, elle ne veut pas la fin du communisme et craint une réunification d’une Moldavie bientôt indépendante avec la Roumanie, dans laquelle elle ne constituerait qu’une infime minorité.

Le Dniestr retrouve son côté yang et redevient source de tensions. La Russie y garde sa 14e armée, la Moldavie crée la sienne, les volontaires complètent les troupes, et le conflit de s’ouvrir en 1992, après quelques escarmouches et l’échec de négociations, de part et d’autre du fleuve. Plus d’un millier de vies sont perdues en quelques mois. Chacun grignote du territoire jusqu’au cessez-le-feu du 21 juillet sous l’égide de la Russie. La Transnistrie reste de jure moldave mais est de facto autonome, ayant développé depuis lors tous les attributs d’un quasi-Etat (administration, monnaie, drapeau, hymne, passeports, etc.), la reconnaissance internationale en moins. Depuis lors, la région est sous perfusion russe, le conflit est toujours considéré comme gelé et toute une génération, de part et d’autre du fleuve, a désormais appris à vivre dans son coin et à faire avec cette frontière poreuse mais pourtant bien réelle. Surtout, les deux côtés du fleuve connaissent le même phénomène de dépeuplement, comme si cette génération cherche avant tout une meilleure vie ailleurs, et ce qu’elle soit de Moldavie ou de Transnistrie – comme quoi certaines similitudes persistent.

La ville de Rîbnița (Transnistrie) vue depuis les hauteurs de Rezina (Moldavie), toutes deux reliées par un pont sur le Dniestr. | © Vasiok1

La schizophrénie identitaire contre laquelle la République de Moldavie contemporaine se bat depuis son indépendance de 1991, empiétant son redressement économique, fragilisant sa position diplomatique et entravant sa construction nationale, et structurant continuellement son paysage politique, trouve donc ses origines dans ces deux derniers siècles d’influence russo-soviétique. C’est le conflit entre le moldovénisme et le roumanisme, abordé notamment par Julien Danero Iglesias dans son excellent « Nationalisme et pouvoir en République de Moldavie » (2014).

Et l’eau d’avoir coulé sous les ponts qui enjambent le Dniestr, imperturbable face à tant d’atrocités mais dont la psychanalyse révélerait sans doute des souvenirs incessants de chair et d’os s’érodant durant des siècles dans les tréfonds de son âme. Lieu de discordes, de migrations, de commerce et d’histoires, le Dniestr comme tout fleuve céleste n’arbore pourtant que ses plus beaux habits et sa tonalité la plus douce quand on s’engage à sa rencontre. Le Dniestr est l’un de ces dons de Mère Nature, l’un de ces cadres bucoliques qui n’inspire que paix, sérénité et joie et tant de choses que l’Homme a trop souvent décidé de travestir et d’anéantir pour ses intérêts les plus bas.

Après ce bref aparté sur les considérations géographiques, historiques et politiques d’une région dont la soif est en grande partie assouvie par les eaux du Dniestr, embarquons sur celles-ci. S’il est plaisant de bronzer sur sa rive, de s’y baigner allègrement, de faire du kayak dans ses lacets ou encore mieux, de griller quelques mici ou du poisson frais en bonne compagnie avec un peu de vin fait maison, certains ont tout simplement décidé de jouer au foot sur son rivage. Il est temps pour nous de mettre les voiles et commencer notre périple sans plus attendre, au bout duquel la Mer Noire nous offrira la chaleur de ses bras.

Le Dniestr près de Vărăncău | © @a.mihaela_p

Aux sources galiciennes

Le premier village que traverse le Dniestr est Vovche, où évolue le modeste FK Vovche-Dniestr. Ensuite, dans le championnat local, le FK Strilets de Strilky offre aussi de belles parties à ses habitants sur la route vers Staryi Sambir et Sambir, centre administratif du raion (département) peuplé d’environ 35 000 habitants et duquel est né, en 1931, le FK Sambir qui bataille entre la troisième et la quatrième division depuis 1992 et qui dispose d’une belle petite base d’ultras. Le club s’est d’abord dénommé « Dniestr » et joue dans le stade du même nom, ensuite Lokomotiv puis Spartak Sambir, sous lequel il remporte en 1982 le championnat de la région de Lviv en terminant invaincu.

Le fleuve contourne ensuite Drohobytch par le nord, la ville natale d’un certain Yaroslav Popovych, pour ensuite bercer Mykolaïv-sur-le-Dniestr et Jouravno, qui comptent chacun leur club amateur dans le championnat régional de l’oblast, dont le FC Mykolaïv qui a également participé à cinq saisons de Druha Liga (troisième échelon) à la fin des années 1990 jusqu’à ce que les sponsors interrompent leur financement lors de la cinquième saison.

Quand le fleuve joue son rôle de frontière entre les oblast de Ternopil et d’Ivano-Frankisk, il est préférable d’enlever ses crampons et de chausser de bonnes bottines ou de louer un kayak voire même un parapente, afin de s’aventurer dans les océans de verdure bucoliques et les canyons que dessine le Dniestr sous ces latitudes. Faites une pause à Koropets et Khmeleva et mettez-vous en plein la vue.

Nous entrons alors dans Zalichtchyky, village multiséculaire autrefois surnommée la « Riviera polonaise » avant la Seconde Guerre mondiale, faisant partie de la seconde République, pour son climat très agréable, ses plages de sable le long du Dniestr et la qualité de ses vignes. Son club de football, le FK Dnister Zalichtchyky, devient professionnel en 1992 et remporte la première Ligue de Transition lui permettant de monter en Druha Liga (troisième échelon) où il survit deux petites saisons, avant de retomber en quatrième division puis dans l’anonymat du championnat de l’oblast de Ternopil, duquel il finit deuxième en 2013 et 2015.

Puis voilà donc qu’elle se dresse, fière et belle du haut de ses six cents et quelques années. La forteresse de Khotyn (Hotin en roumain) été bâtie sur des structures de défense existantes par le voïvode moldave Alexandre Ier le Bon (Alexandru cel Bun) au début XVe siècle, après la conquête de ce territoire convoité. Elle est agrandie et renforcée par Etienne le Grand lorsqu’il la reprend aux Polonais et la conserve face à Mehmed II, avant d’être le terrain de grandes batailles contre l’Empire Ottoman au XVIIe siècle. Les Ottomans la soumettent avant que les Russes n’en prennent le contrôle pour ensuite attacher ce district administratif à la Bessarabie. A la fin du premier conflit mondial, la zone est encore occupée par l’Autriche, tandis que le reste de la Bessarabie a déjà voté sa réunion avec la Roumanie. Les Roumains décident alors de prendre la ville dans un contexte où l’Ukraine bataille sur d’autres fronts (Pologne, URSS). Une révolte de la population de Khotyn est amorcée en janvier 1919, rapidement écrasée par l’armée roumaine dans un bain de sang (on compte jusqu’à 15 000 victimes) et par l’incendie de villages voisins.

De par sa beauté architecturale et son histoire, la forteresse vaut clairement le détour et est d’ailleurs considérée aujourd’hui comme l’une des Sept Merveilles d’Ukraine, tout en faisant également partie du patrimoine historique moldave, au vu de l’importance de son marché à l’époque principautaire puis de son importance stratégique, politique et même culturelle avec des écrits et des œuvres d’art y ayant pris leur source sous la période tsariste. Cependant, on n’y trouve pas de trace conséquente d’un club de football intéressant.

En s’approchant de la frontière moldave, le Dniestr se galbe et s’envoûte pour offrir, à Bakota, l’un des lieux les plus exceptionnels du pays. Bakota était à la frontière de la Bessarabie puis de la Grande Roumanie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le village dispose dans ses environs d’un monastère qui date du XIIe siècle, creusé dans ses rochers et fondé dit-on par Saint-Anthony de Kiev, le même qui est à l’origine de la Laure des Grottes (Pechersk Lavra) de la capitale.

Panorama sur le paysage offert à Bakota. | © amphitrite/indiapalette

Aujourd’hui, lorsqu’on se rend à Bakota, on est submergé par la force de la nature, par l’étendue de ces eaux calmes et par le silence qu’elles inspirent. Un silence forcé, puisque la construction d’une centrale hydroélectrique à une trentaine de kilomètres de là a poussé les autorités soviétiques, en 1981, à inonder le village de Bakota. Le lagon du Dniestr rend ce lieu unique et incontournable pour qui désire s’enivrer de la beauté de la nature en arpentant les collines rocailleuses et verdoyantes qui l’entourent.

Bakota. | © facebook.com/UkraineTravelBook

Avant d’amarrer en Moldavie, soulignons que le complexe hydroénergétique construit en 1981, sous l’ère soviétique, peu avant l’entrée du Dniestr en territoire moldave, constitue encore une pomme de discorde entre l’Ukraine et la Moldavie. Devenus voisins en 1991, une partie du territoire de la RSS moldave avait été rétrocédée à l’époque pour construire les bâtiments et les lacs d’accumulation, et une enquête a récemment découvert que l’extension de l’exploitation, notamment le barrage de Naslavcea, dont la négociation est en cours, réduirait la marge de manœuvre de la Moldavie sur son accès à l’eau (le Dniestr couvre 70 % des besoins du pays), parfois avec un soupçon d’assentiment des leaders moldaves, et sans aucune considération pour l’éco-système, voire même les règles établies en 1987 pour l’exploitation initiale du complexe. Une situation qui inquiète l’opposition moldave qui demande une étude indépendante de l’impact de cette exploitation et de son extension avant tout accord.

L’entrée en Moldavie, rive droite

C’est dans les environs de Naslavcea que la République de Moldavie peut goûter aux joies que procure naturellement le Dniestr. Petit village de 782 habitants, il s’agit du point le plus au nord du pays. Un peu plus loin, Otaci a ceci de particulier qu’il n’est constitué que de 7,6% de Moldaves sur les 6 000 âmes recensées en 2014. Les Roms forment la majorité de la population (52%) et les Ukrainiens une grande minorité (34%). Otaci a de tous temps constitué un point-frontière, c’est la raison pour laquelle un pont routier la relie à l’Ukraine et à la ville de Mohyliv-Podilskyï, ainsi qu’un pont ferroviaire qui permet la liaison KievChișinău.

Le Dniestr entre en Moldavie à Naslavcea. | © dusha_petrovsky

En 1953, le club du Nistru Otaci est fondé et joue dans les divisions de district jusqu’en 1984, lorsqu’il intègre le championnat de la RSS moldave. A l’indépendance, le club débute dans l’antichambre et monte directement dans l’élite, pour une huitième place finale en 1993. Finaliste de la Coupe la saison suivante, le Nistru Otaci navigue dans le ventre mou jusqu’à être exclu en 1999 pour ne pas s’être présenté à deux rencontres. Le club fusionne alors avec Unisport Chișinău pour garder une place dans l’élite, mais le deal est annulé l’année suivante, renvoyant Unisport au second échelon, le Nistru Otaci restant au premier !

Peu importe, commence alors les plus belles années du club, avec trois médailles d’argent et trois de bronze entre 2001 et 2008, ainsi que la victoire en Coupe contre le Dacia Chișinău (1-0) en 2005, une compétition dont le Nistru Otaci atteint la finale à huit reprises! Des résultats qui lui permettent de jouer les coupes européennes, où l’équipe passe difficilement le premier tour puisque le BATE, Budapest Honved, Aberdeen, Crvenza Zvezda ou le Hertha Berlin sont synonymes d’élimination en Coupe UEFA.

C’est au Nistru Otaci qu’Alexandru Spiridon fait son dernier boulot d’entraîneur, de 2002 à 2004, avant de rejoindre Mircea Lucescu au Shakhtar Donetsk, en tant qu’adjoint, pour les succès que l’on sait. On compte également Vadim Bolohan ou Sergiu Epureanu parmi les anciens pensionnaires de l’équipe. Une autre personnalité du club est Lilian Popescu, qui y a joué plusieurs périodes jusqu’en 2006 avant d’en prendre les rênes de 2008 à 2012. A son départ, en 2013, Nistru Otaci est relégué sportivement et administrativement, sanctionné par la Fédération pour le non-paiement du salaire d’un joueur par le passé, au cours d’une saison qui a notamment vu le président virer huit joueurs qu’il suspecte d’avoir parié sur le résultat du match contre le Sheriff (0-7).

Après vingt années au plus haut niveau, c’est un coup dur pour le club qui décide de se retirer du football professionnel.  Le Stadion Călărășăuca, encore vierge de groundhopper sur l’application éponyme, est l’enceinte de 2 000 places qui accueille l’équipe. Le présent est ici de mise car oui, le Nistru Otaci a amorcé un retour en compétition en troisième division, zone nord, dès 2016. Le club a volontairement fait l’impasse sur la saison de transition en 2017 pour terminer les travaux d’aménagement d’un complexe sportif destiné aux enfants, qui inclut un stade de 5 000 places avec terrain synthétique. Une surface sur laquelle ne peuvent pas jouer les clubs de première division, ce qui entraînerait éventuellement la rénovation, en cas de retour au premier plan, de l’historique Stadion Călărășăuca ? Avis aux groundhoppers, c’est maintenant qu’il faut découvrir ce bijou rustique en bordure de Dniestr !

Soroca, entre forteresse et Capitole

En face d’Otaci, s’élève la ville de Mohyliv-Podilskyï où l’on ne trouve, à côté des monuments dédiés à Taras Chevtchenko, Nikolai Gogol et… John Lennon, aucun club de football intéressant. Descendons donc un peu plus la rivière pour admirer la deuxième cité de notre voyage et la seule sous autorité moldave à l’heure actuelle. Ayant vu sa toiture récemment rénovée grâce à des fonds européens, la forteresse de Soroca en impose sur les bords de la rivière, au pied d’une colline dite « des Tsiganes » qui dénote par ses édifices somptueux copiant, de gré et grossomodo, le Capitole de Washington, le Théâtre Bolshoï de Moscou ou la Basilique Saint-Pierre de Rome. Ostentation et faux-semblant sont de rigueur ici, tant ces palais impressionnants de prime abord semblent toutefois bien fragiles, inhabités voire pas finis à l’œil attentif, tandis que le tarmac reste rare et que les habitations voisines sont d’un moindre luxe. Peu importe, c’est l’apparence qui compte.

Dans cette jungle urbanistique, le palais du « baron » Artur Cerari, polyglotte, musicien et savant à la mine de Père Noël, se veut accueillant pour quiconque souhaite en savoir plus sur sa communauté tout en servant d’intermédiaire pour le règlement de conflits ou pour aider des compatriotes. Les Tsiganes se seraient sédentarisés sur cette colline dès le XVe siècle, lorsqu’Etienne le Grand – évidemment – leur a demandé de fabriquer des armes pour se protéger des Ottomans, vu leur habilité à manier les métaux. Il y aurait environ 3 000 Roms à Soroca.

Quant à la forteresse de Soroca, c’est de nouveau Etienne le Grand qui serait à l’origine de sa première version en bois, avant que son fils Petru Rareș ne la fortifie au 16e siècle pour lui donner son aspect actuel. Son architecture impeccablement ronde et ses cinq tours réparties à équidistance rappellent les châteaux construits à la même époque en Europe de l’Ouest et témoignent surtout d’une maîtrise certaine du bâti. La citadelle fait partie de ce dispositif de défense installé le long du Dniestr pour faire face aux invasions tatares, Soroca étant un point de passage assez aisé avant le relief abrupt qu’adopte le fleuve par la suite. Il joue donc ici son rôle de séparation et aucune route n’existe entre Soroca et le village ukrainien d’en face, Tsekynivka.

Aucune ? Pas tout à fait… Un ferry reliant les deux rivages fait office de poste-frontière officiel tandis que les locaux, eux, peuvent emprunter l’embarcation de fortune  d’« Oncle Sasha », joliment contée dans l’excellent NOUĂ Magazine (#2, 2015) par Maria Axenti :

« Depuis le quai, je regarde le bateau s’éloigner de la rive ukrainienne et approcher la moldave. Je ne m’étais jamais rendu compte combien il est simple d’arriver dans un autre pays, en quelques minutes à peine. Cette facilité a vécu, ici, elle a entretenu cet endroit et les gens s’y sont habitués. Trois hommes, peut-être Ukrainiens, peut-être Moldaves, sortent du bateau. Ils montent les marches pour passer devant le douanier, qui reluque leurs cartes d’identité en acquiesçant, les laissant ainsi vaquer à leurs propres affaires. »

© Diana Erhan – NOUĂ Magazine #2, 2015.

Le canot, non motorisé et utilisant principalement le courant de la rivière pour arriver à bon port, évoque un temps où la frontière n’existait pas en ce lieu et où des familles et amis pouvaient s’éparpiller des deux côtés du rivage. Une époque où la rivière était un pont.

Le poste-frontière de Sasha n’est accessible qu’aux résidents des deux cités qui jouxtent le Dniestr, mais un autre poste-frontière, plus officiel cette fois, se trouve à deux pas de la forteresse et utilise toujours un bateau pour relier les deux rives.

Pour le moins, le football n’est pas mort à Soroca. Le FC Dava Soroca a bien tenté d’exister en troisième division, il y a quelques années, mais sans succès. Le CF Soroca a pris la relève cette saison dans cette zone Nord et a terminé la saison à une encourageante deuxième place, cinq points derrière le FC Florești, ce qui pousse à l’optimisme pour la suite. Le stade de Soroca, avec sa petite aubette turquoise, se situe à deux pas du marché central, à quelques mètres du Dniestr, où les joueurs alternent entre un terrain sec comme du béton l’été et boueux à souhait dès les premières pluies.

Au niveau amateur, notons que Soroca a gagné la Coupe nationale en 2016, compétition organisée entre les associations de raion qui lui a permis de participer à la Coupe des Régions de l’UEFA, le graal des équipes amateurs. La Moldavie a accueilli le groupe préliminaire de l’équipe, sur les terrains du Zimbru et du Milsami, mais Istanbul et Genève étaient trop forts pour Soroca qui a terminé troisième de sa poule, en battant toutefois les Nord-Irlandais de la Région Ouest. Enfin, soulignons que deux équipes féminines juniors (U14 et U16) ont été fondées en octobre 2016 pour participer au championnat (zone nord). Cette saison, les résultats sont mi-figue mi-raisin pour les U14, et assez mauvais pour les U16, mais l’important n’est pas là et l’apprentissage continue.

Continuons notre chemin par un dernier détour par la chapelle du Cierge de la Reconnaissance, qui s’élève à une trentaine de mètres pour un total de 656 marches à gravir. Érigée en 2004 à l’initiative de l’écrivain Ion Druță, en l’honneur de ces « héros anonymes qui ont préservé la culture, la langue et l’histoire de la Moldavie », elle offre surtout un panorama splendide sur le fleuve.

Le cierge de la reconnaissance de Soroca. | © @aronleyy

Frontière gelée

A partir de Nimereuca, le Dniestr ne suit plus la frontière ukrainienne et endosse le costume de son rôle le plus récent, celui d’une frontière hybride et incertaine, celui d’une balafre ancrée à jamais dans le territoire moldave, celui de toponymes qui résonnent comme autant de cicatrices (Dubăsari, Tighina-Bender), celui d’une mixité qui s’est retrouvée tout d’un coup d’un côté, ou de l’autre, dans un camp ou dans l’autre. A Nimereuca, les quelque 3 000 habitants achètent leur colac avec des lei. En face, sur l’autre rive du fleuve, à Hrușca, on ne se le procure pas avec des hryvnas, car on ne se trouve pas en Ukraine, mais plutôt avec des roubles transnistriens. Il n’y a plus de radeau pour relier les deux berges, dont les embarcadères prennent la poussière, car à Nimereuca, « Oncle Sasha » n’est pas.

Le Dniestr à Nimereuca. | © @irisha.yanson

Sans revenir trop en détails sur le conflit sanglant qui a traumatisé la jeune république en 1992 et dont l’issue n’est toujours pas réglée, soulignons que la « rive gauche du Dniestr » (« Stânga Nistrului », appellation usitée par les médias moldaves pour désigner le proto-Etat) n’a pas fait partie de la Moldavie historique et s’est trouvée intégrée au cours des siècles tantôt à la Rus’ de Kiev, tantôt au Grand-Duché de Lituanie avant d’être peuplée par de multiples colonies sous l’Empire russe (notamment allemandes). Durant l’Empire, le territoire était alors principalement habité, de façon clairsemée, par des Moldaves, des Ukrainiens et des Tatars. La Transnistrie ne fait pas partie de la Bessarabie impériale et trouve son nom suite à la création, ex nihilo, de la République autonome en 1924 qui a pour projet de façonner une nation moldave soviétique différente in sine de la nation roumaine (voir ci-dessus). La RSSAM, encore assez roumanophile à cette époque, subit un nettoyage identitaire et les autorités soviétiques y testent les purges pour « trahison de classe » et pour les « agents de la bourgeoisie » et les « agents de l’ennemi roumain », des mesures qui séviront par la suite en Bessarabie.

Une partie de cette république autonome, une bande de terre le long du Dniestr, est intégrée à la RSS moldave conquise en 1940 et c’est elle qui s’auto-proclame indépendante le 2 septembre 1990 de par sa volonté de rester dans l’URSS et par crainte d’être absorbée dans une Grande Roumanie en cas d’indépendance de la République de Moldavie. Celle-ci survient en août 1991 et intègre dans son territoire hérité la rive gauche du fleuve, pour transférer les frontières de l’ancienne RSS moldave comme ce fut le cas pour toutes les anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes. La puissance du parc industriel et le passage des gazoducs russes en Transnistrie font de la rive gauche du fleuve des atouts indispensables pour les deux camps.

Comme évoqué auparavant, les séparatistes organisent dès 1990 des bataillons paramilitaires avec l’aide de la 14e armée russe, restée sur place, et de Cosaques, tandis que la police et l’armée moldave se forment vaille que vaille après la proclamation d’indépendance. Sur le Dniestr, ligne de démarcation, la dualité de pouvoir et les inversions d’allégeances entraînent provocations et dérapages dès la fin de l’année 1991, les captures de policiers, confiscations et tirs à vue se multiplient et provoquent l’intervention militaire de Chișinău en mars 1992, peu après son entrée à l’ONU, et la participation de nombreux volontaires de part et d’autre. Le conflit fait plus d’un millier de morts en quatre mois, pour un relatif statu-quo au niveau territorial, jusqu’au cessez-le-feu du 21 juillet 1992. C’est celui-ci qui prévaut depuis lors étant donné qu’aucune solution satisfaisante n’a encore été trouvée entre les parties.

Il est trop périlleux de dresser ici un compte-rendu détaillé et complet des origines du conflit, des facteurs qui ont mené à son explosion militaire et du calme statu-quo qui prévaut depuis lors. Les braises de la discorde ne sont pas encore éteintes et malgré les relations qui existent et continuent d’exister entre les deux rives et l’indifférence qui gagne peu à peu les citoyens face à une situation qui arrange tout le monde sans arranger personne, l’objectivité manque encore de recul et les avis restent catégoriques lorsqu’il est question de la responsabilité de l’un ou de l’autre. Quand la rhétorique de Tiraspol continue de parler de protection des minorités russophones et d’une agression moldave, certains à Chișinău pointent plutôt la responsabilité directe de la Russie dans le conflit. « Je crois qu’avec ce dont nous disposons, en tant qu’historiens de République de Moldavie, nous pouvons dire, avec une forte probabilité d’être proche de la vérité, que cette guerre a été une guerre entre la République de Moldavie et la Fédération de Russie, avec la participation des forces sécessionnistes de Tiraspol qui ont été entraînées et stimulées par les politiques promues par le Kremlin » expliquait l’historien Anatol Ţăranu en 2013, tout en soulignant qu’il est « très compliqué de sortir des tranchées de la guerre pour la simple raison que la guerre en tant que telle n’est pas encore finie ». Selon Adam Eberhardt, cependant, « ce qui a déclenché la guerre civile n’était pas un antagonisme entre des groupes ethniques différents mais une hostilité au sein de l’élite politique. (…) Les séparatistes ont habilement joué la carte ethnique en fomentant la crainte d’une Romanisation prétendument imminente de la Moldavie, parmi une population russophone qui prédomine sur la rive gauche du Dniestr. »

Le fait est que depuis le cessez-le-feu du 21 juillet 1992, les relations soufflent le tiède et le froid, sans jamais atteindre une once de résolution ni de réouverture des hostilités. Un nouveau format de discussions « 5+2 » a été  adopté en 2006 (Moldavie, Transnistrie, Russie, Ukraine, OSCE avec Union européenne et Etats-Unis en observateurs), mais peine à donner des résultats tangibles tout en réussissant à garder le conflit éteint. Nous y reviendrons.

Cela fait donc 25 ans que le statut de la « République moldave du Dniestr » n’est pas résolu. Une génération entière a appris à s’accommoder de cette incertitude, ou plutôt à y faire face avec débrouillardise ou de façon radicale. « Les héros de notre histoire sont des jeunes gens qui vivent dans le nord rural de la Transnistrie, » racontent Anna Galatonova et Anton Polyakov en préambule de leur fantastique reportage photo « Mahala ».

« A première vue, ils semblent avoir une vie idyllique au milieu des rochers et des collines couvertes de denses forêts. Ils ont une relation particulière avec la terre, la nature et les animaux de ferme, ils sont habitués au dur labeur et ils aiment leur pays natal. Pourtant, à part le fait que leur Etat n’est pas reconnu, il y a un autre problème : le village est en train de disparaître. Il y a trop peu d’emplois rémunérés, de divertissements ou d’opportunités de croissance dans le village. C’est pourquoi les jeunes doivent faire un choix, à un moment donné : rester au village ou quitter le domicile pour chercher une vie meilleure ailleurs. Ayant grandi dans une zone frontalière, où les cultures et les histoires de différents pays et nationalités se sont mélangées, ils ressentent une certaine incertitude devant un futur indéfini. » – Anna Galatonova et Anton Polyakov, « Mahala ».

Le pont qui relie Camenca à Sănătăuca. | © @travis.ms / Mapio

Après quelques boucles dont le fleuve a le secret, nous arrivons à Camenca, côté transnistrien, petite cité qui recensait 10 000 habitants en 2004, dont plus de la moitié sont Moldaves, un tiers sont Ukrainiens et un dixième Russes. On y compte aussi quelques Biélorusses, Polonais, Bulgares, Gagaouzes, Allemands, Juifs et Tsiganes, preuves s’il en fallait de la cohabitation ethnique des lieux.

Un endroit où en trois ans seulement, à partir de 1999, un club du nom de « Happy End Camenca » a connu sa création, deux promotions d’affilée et une seule saison en Divizia Națională, en 2001-02, pour un début prometteur avec six matchs nuls et deux victoires (dont une contre le Constructorul) en 12 matchs, mais la suite est une dégringolade dans les performances. Le club termine alors à la dernière place et cesse d’exister suite à cette éphémère apparition dans l’élite. Trois petits ans et puis s’en va.

Le stade de Camenca, située au 38 Rue Lénine, a une capacité de 1 000 places. Il faut remonter dans les archives du groupe ultra du Zimbru, les Oastea Fiară, pour retrouver une trace de ce stade municipal, époque Happy End. Le 30 mars 2002, une dizaine de Zimbristes avaient fait le déplacement à Camenca pour supporter les leurs (score final 0-3). Depuis 2016, le stade est investi par un nouveau club, le FC Cruiz Camenca, qui a fini 8e en 2015-2016 et 9e (sur 10) cette saison. On ne sait pas encore ce qu’il adviendra du FC Cruiz pour la saison prochaine, et à vrai dire peu de choses sur cette mystérieuse équipe.

À suivre…


Lire aussi : Balade sur le Dniestr et ses cités perdues (partie 2)


Par Thomas Ghislain


Image à la une : © Vadim Șterbate

Balade sur le Dniestr et ses cités perdues (partie 1)
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La Syldavie gagnera l’Euro 2020. Folie sur la PMAN.

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