#7 – Coupe du Monde de la Conifa – On a vécu une finale de Coupe du Monde

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 11 juin 2018

La Coupe du Monde c’est pour bientôt…et ça a déjà commencé ! Vous commencez à en entendre parler sur toutes les télévisions, dans tous les postes de radio, peut-être même que votre boulanger a déjà ressorti les fanions aux couleurs des différentes équipes. Mais si le plus grand événement sportif mondial occupera un mois de l’année, se payant le luxe de concurrencer pour quelques semaines le Tour de France en terme d’engouement, une autre compétition se déroule quelques jours avant le coup d’envoi du match d’ouverture Russie – Arabie Saoudite à Moscou. Toute la semaine nous vous faisons ainsi vivre cette compétition par une série d’articles, portraits et interviews.

Il s’agit bien entendu de la Coupe du Monde de la Conifa, qui s’est déroulée à Londres et s’est conclue avec la victoire de l’équipe de Transcarpatie face au champion d’Europe Nord-Chypriote au bout d’une séance de tirs au but ce samedi 9 juin.

Une finale que nous ne pouvions évidemment pas manquer et que nous vous proposons de revivre ici. Des Turcs-chypriotes dans leur jardin, des ultras hongrois, un Tibétain qui se prend pour Mario Balotelli, des tacles, un stade auto-géré, des fumigènes, Mark Clattenburg et 3000 personnes pour voir des semis-pro se disputer un titre mondial, bienvenue dans la Coupe du Monde version Conifa.


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Tibet-Coréens Unis du Japon, un match débridé en guise d’avant-gout

Samedi 9 juin, 12h. La finale a lieu dans 6 heures mais nous entamons cette journée de football dans le charmant petit stade de Saint Paul’s, terrain de l’équipe féminine de Milwall et surtout seul stade de la compétition qui ne soit pas perdu au fin fond du grand Londres. Si la finale a lieu dans 6 heures, un premier match va bientôt prendre place, entre la sélection du Tibet et celle des Coréens du Japon pour s’attribuer les 11 et 12e place (sur 16 équipes engagées). En effet, les organisateurs ont choisi d’organiser des matchs de classement jusqu’au bout de la compétition, afin d’assurer à chacune des sélections un nombre de matchs suffisants pour avoir l’impression de rentabiliser le trajet.

© Antoine Gautier/Footballski

Mine de rien les deux équipes entament là leur 7ème match en 10 jours, un rythme effréné qui ne semble pas vraiment effrayer les Tibétains, impressionnants au niveau de leur condition physique. En face, les coréens-japonais, supérieurs pourtant techniquement et tactiquement, ne parviennent pas à inquiéter plus que cela le gardien tibétain. Catastrophique à l’entrainement, il va pourtant monter progressivement en confiance au fil du match et briser l’allant des Coréens, porté par la cinquantaine de supporters tibétains venus en famille et maillots crier tout le long du match leur soutien à la « Team Tibet. » Des Coréens qui se font d’ailleurs surprendre dès la 20e minute sur une faute de placement de la défense due sans aucun doute à leur condition physique. La seconde période consiste en une attaque-défense avec des Coréens (trop) appliqués et offensifs, qui font passer plusieurs fois des frissons sur le but tibétain, avant d’être récompensés à quelques minutes du terme par une égalisation méritée.

1-1 au terme des 90 minutes, on passe directement à la séance de tirs au but ; qui commence par un gros craquage du buteur tibétain qui tente la célébration façon Mario Balotelli 2012 après avoir marqué le premier pénalty de sa série. Très mauvais pour le karma puisque les Tibétains ratent toutes leurs tentatives suivantes pour offrir une victoire finalement méritée aux Coréens et à leur seule supportrice qui a décidé d’exploiter tous les clichés : maillot du Japon sur le dos et Gangnam style à fond sur l’enceinte sportive. Tout ce petit monde s’applaudit et se salue finalement dans une très bonne ambiance. Dans quelques minutes le match pour la 5ème place entre Panjab et Cascadie va commencer, mais pour nous il déjà temps de commencer notre migration vers les confins septentrionaux du Grand Londres, lieu de la finale.

Une finale qui se mérite

Accessible ordinairement de façon assez directe depuis le stade de Saint Paul’s, nous apprenons que le train en direction de Enfield, au nord de Londres, est finalement coupé à la circulation ce jour pour cause de travaux. Le genre de bonne surprise qui nous allonge le temps de trajet de 2 bonnes heures, nous permettant au passage d’admirer la construction du stade de Tottenham à White Hart Lane, notre bus se retrouvant coincé une bonne vingtaine de minutes devant ce magnifique objet. Un petit détour qui nous fait arriver devant le Queen Elizabeth II Stadium… exactement au moment où le coup de sifflet final de la séance de tirs aux buts du match pour la troisième place est donné. Nous ne verrons donc pas les Padanais remporter une nouvelle médaille d’honneur, après leur défaite en finale de l’Euro 2017 à Chypre Nord et leur quatrième place au mondial 2016 en Abkhazie. Nous arrivons en revanche à temps pour voir les Hongrois du Pays Sicule remercier leurs supporters malgré cette quatrième place. Venus en nombre, les supporters hongrois donnent une première idée du soutien dont bénéficiera par la suite la Transcarpatie pour sa finale.

© Antoine Gautier/Footballski

La petite heure nous restant avant le coup d’envoi nous donne l’occasion de prendre l’ambiance de ce stade, construit en 1939 et qui fut, en son temps, le stade d’entrainement de l’athlète britannique Sebastian Coe. Aujourd’hui, c’est le club d’Enfield Town FC (7e division anglaise), qui a la particularité d’être un club recréé par ses supporters en 2001, après le naufrage financier de leur ancien club le Enfield FC. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que les deux finalistes pourront tous les deux compter sur le soutien de leurs fans. La Transcarpatie en premier lieu grâce à la diaspora hongroise à Londres qui était déjà là pour encourager le Pays Sicule et va faire de même pour leurs cousins d’Ukraine. La République Turque de Chypre Nord bénéficie elle de l’avantage géographique puisque Enfield est également l’endroit où la communauté d’expatriés nord-chypriotes est la plus importante de Londres. D’où les nombreux drapeaux (nord-chypriotes, aucun drapeau turc) accrochés le long de la main courante.

Le coup d’envoi approche et les quelques 200 hongrois décident de procéder à un premier craquage de pyros dans leur tribune, suivis de bien d’autre, qui relève de quelques degrés encore cette chaude après-midi londonienne. Voici enfin les équipes qui rentrent sur le terrain, en tête desquelles le légendaire Mark Clattenburg s’est placé. L’ancien arbitre international anglais s’est vu invité pour l’occasion par le sponsor Paddy Power, beau signe pour celui qui n’avait jusque là jamais arbitré en Coupe du Monde, malgré des matchs de prestige en Ligue des Champions et à l’Euro. Pour notre part, le stade d’Enfield ne disposant pas de tribune de presse, nous nous retrouvons comme tous les autres collègues assis au bord de la pelouse, à un mètre de la ligne de touche, pour profiter au plus près du match.

De la sueur, du sang et des larmes (et des pyros)

Le début de match donne très vite le ton de la rencontre. Aucune des deux équipes n’est prête à se découvrir et les attaques ont bien du mal à exploiter les quelques espaces qui s’ouvrent parfois. Un match rendu encore plus tendu par le jeu des Nord-chypriotes pas avares de charges à retardement, semelles et tacles bien appuyés. Pour autant, l’arbitre M.Clattenburg décide de jouer la pédagogie tout en restant ferme. Avec quelques mots fermes, il recadre les quelques moments chauds, sans sortir aucun carton. Avec un jeu pareil sur le terrain, il faut alors se tourner vers les tribunes pour avoir un peu de spectacle et, ici ,on est servi, avec un groupe de Hongrois particulièrement chaud qui parvient sans mal à couvrir le bruit d’une espèce de bombarde et d’un tambour qui essayent de lancer quelques mélodies chypriotes. En réalité, les Hongrois bénéficient d’un noyau solide de supporter avec un capo, en témoignent les drapeaux London Legion, Ferencvaros ou Debrecen, et les chants typiquement locaux « You’re fucking shit », « Don’t take me home » ou encore « Your support is fucking shit », parfaitement reconnaissables.

© Antoine Gautier/Footballski

Logiquement la mi-temps est atteinte sur un score nul et vierge, sous les yeux des nombreuses délégations qui sont venus assister à cette finale : Kabyles, Tibétains, joueurs des Tuvalu, Abkhazes, Tamouls, se retrouvent tous au pied de la petite tribune de ce stade qui aura, par deux fois dans ce tournoi, battu son record d’affluence. L’organisation annonce au moins 3000 supporters, peut-être plus compte tenu des places au bord de la main courante, sur le toit du club-house ou encore sur les talus bordant le terrain. Un public qui vit intensément le match à mesure que le terme des 90 minutes approche. Tacles encore plus appuyés, défenses encore plus resserrés, personne n’arrive à faire la décision au final, malgré quelques belles tentatives chypriotes. Encore une fois, l’issue de ce match se jouera donc lors d’une séance de tirs au buts, et sous la pluie qui commence à tomber pour ces 10 dernières minutes.

La séance commence au plus mal pour les supporters chypriotes qui voient les tentatives des deux premiers tireurs bloquées, avant que ce ne soient les Hongrois qui commettent eux-mêmes ces deux erreurs. A ce petit jeu les deux équipes sont revenues à égalité lorsque s’avance le 6ème tireur chypriote, dont le tir est repoussé. Le gardien hongrois met quelques secondes à le réaliser mais c’est bien terminé, la Transcarpatie est championne du monde, belle performance pour une équipe invitée au pied levé, deux mois avant la compétition, en remplacement de leurs compères du Félvidek.

© Antoine Gautier/Footballski

Un petit envahissement de terrain des familles conclut la partie et donne quelques belles scènes de chants entre les supporters hongrois et leurs joueurs, heureux comme s’ils venaient de remporter la « vraie » Coupe du Monde. Au final, joueurs de Tuvalu, Matabeleland, Tibétains, Coréens, Kabyles, Cascadiens, passeront sur la terrasse d’honneur se faire applaudir par un stade qui se déserte à grande vitesse avant de récupérer une reproduction du trophée de champion. Déjà la fin de 10 jours de compétition, de découvertes d’équipes venant des 4 coins du monde et d’histoires chacune différentes. A la fin de ce match, une envie, celle de se retrouver avec tous les participants pour échanger tous ces souvenirs comme seule la Conifa peut en procurer.

Une seule certitude, l’envie de se retrouver pour la prochaine édition.

Antoine Gautier, à Londres


Vous apprécierez aussi les autres articles de notre semaine spéciale :

#1 – Introduction & Présentation

#2 – Le guide de la compétition

#3 – De Trianon à Szarvas, quand la Hongrie investit la Conifa

#4 – On a discuté avec Jules Tepelian, joueur de l’UGA Ardziv et de l’Arménie Occidentale

#5 – La riche histoire du Dinamo Sokhumi, ou comment jouer au football dans un pays qui n’existe plus

#6 – Avec Marius Stankevicus, la Padanie se veut grande


Photo de couverture : © Antoine Gautier/Footballski

#7 – Coupe du Monde de la Conifa – On a vécu une finale de Coupe du Monde
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