En avant vers le championnat d’Europe de la Conifa à Chypre Nord

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 1 juin 2017

La voilà, la belle, l’improbable, la compétition de football la plus attendue en ce début d’été, je vous parle bien sûr du championnat d’Europe de la Conifa ! Tant d’émotions à attendre pour les Ossètes, les Abkhazes, les Sicules, les Mannois et surtout les Nord-Chypriotes. Vous avez l’impression d’avoir raté un épisode ? La Conifa, c’est cette drôle d’organisation qui s’est mise en tête de faire jouer des sélections de pays, de territoires, de communautés sans reconnaissances officielles. Et, cet été, c’est sur la belle île de Chypre que ses sélections se rencontrent, dans un tournoi qui se promet d’être placé sous le signe de l’amitié mais certainement pas dénué de rivalités. Suivez le guide !


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Forte de près de 50 membres – dont pèle-mêle le Kurdistan, le Comté de Nice, la Laponie, Kiribati ou la République Populaire de Louhansk – la fédération créée en 2013 organise ainsi chaque été une compétition internationale dans le but d’offrir la chance à ses sélections de démontrer leur existence sur le terrain. L’an dernier, c’est sur les rives magnifiques de la côte Abkhaze que se tenait ainsi un championnat du monde, unanimement reconnu comme un événement superbe, remporté par la sélection locale face aux outsiders du Pendjab en finale, aux tirs aux buts. Plus que l’événement sportif, la compétition a permis à de nombreux observateurs de découvrir cette enclave, qui a déclarée son indépendance de la Géorgie dès 1992 entraînant une guerre fratricide de 2 ans, et reconnue aujourd’hui uniquement par la Russie et une poignée d’états.

Cette année, c’est donc la République Turque de Chypre Nord qui organise l’événement et compte ainsi faire avancer sa reconnaissance sur le plan international. Séparée de la partie sud de l’île depuis 1973 et l’occupation par la Turquie ce minuscule territoire a déclaré son indépendance en 1983, vis sous embargo depuis plus de 20 ans, entretient très peu de relations diplomatiques et doit compter sur la protection et l’assistance de la Turquie pour tous ses secteurs vitaux. L’organisation d’un tel événement est donc pour eux aussi l’occasion de montrer aux yeux du monde leur capacité à accueillir des délégations venus des quatre coins de l’Europe pour une compétition de 10 jours.


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L’organisation de cet Euro avait pourtant débuté par un gros couac avec l’annonce des sélections invitées à participer. Nous vous le faisions vivre en février dernier, c’est lors du dernier Congrès annuel de la Conifa à Genève que le lieu de l’épreuve a été dévoilé et que les sélections qualifiées ont été désignées par une méthode atypique. En effet, ce sont les délégations des différentes sélections qui ont désignées, par un vote à bulletin secret parmi les candidats, lesquelles feraient partie des 8 chanceuses. A la surprise de plusieurs personnes, l’Arménie Occidentale a ainsi gagné son billet pour l’Euro, avant de devoir se rétracter sous la pression du représentant nord-chypriote qui assure alors ne pas pouvoir assurer la sécurité de la sélection arménienne sur place et, par dessus tout, on le comprendra vis à vis de son gouvernement et du gouvernement turc. Alors quelle forme pour ce tournoi inédit ?

La compétition

Le tournoi se déroulera du 4 au 10 juin à la travers la République Turque de Chypre Nord. Kyrenia (Girne), Morphou (Guzelyurt), Famagouste, et la capitale Lefkosa (Nicosie) où se déroulera la finale dans le stade Atatürk sont les villes hôtes. Le Comté de Nice et l’Occitanie devaient à l’origine participer à la compétition mais ont du décliner faute de soutien financier, l’Occitanie ayant accepté en premier lieu de remplacer l’Arménie Occidentale au pied levé. Les 8 équipes participantes sont finalement : l’Abkhazie (championne du monde en titre), la Padanie (championne d’Europe), l’Ile de Man, le Felvidek, le Pays Sicule, la Transcarpatie, l’Ossétie du Sud et donc le pays hôte Chypre Nord.

Le déroulement de la compétition est assez simple : les équipes sont placées dans 2 poules où elles disputeront un match chacune l’une contre l’autre. Pour faire durer, le suspens aucune sélection ne sera éliminée à l’issue de cette phase car les 8 équipes s’affronteront ensuite dans des quarts de finale, le 1er du groupe A rencontrant le dernier du groupe B, le 2ème contre le 3ème et ainsi de suite. La finale du tournoi aura lieu le samedi 10 juin prochain à 20h (21h heure française) à Nicosie dans le stade Atatürk.

Bien évidemment, il sera compliqué de trouver un stream pour suivre la compétition mais plusieurs matchs seront retransmis en direct et en exclusivité en pay-per-view sur le site conifa.solidtango. Comptez 5€ par match.

Les équipes

Groupe A

République Turque de Chypre Nord.

Le pays hôte de la  compétition rêve d’imiter ses collègues d’Abkhazie, champions du monde à domicile l’été dernier. Dépourvu de toute reconnaissance internationale le football est pourtant le sport national au Nord de Chypre et déchaîne les passions de la même façon que dans la partie Sud. Soumis à un embargo international depuis 1994 s’appliquant aussi bien à l’économie, à la musique et au sport, aucune équipe nord-chypriote n’est autorisée à participer à des compétitions internationales. Une décision confirmée en 2004 par le refus de la Fifa d’intégrer Chypre Nord parmi ses membres. De là, les joueurs chypriotes ont peu d’espace de progression et doivent se contenter d’un championnat local de faible valeur où des divisions inférieures turques. Parmi les footballeurs ayant perçé sur le plan international citons Colim Kazim-Richards, l’ancien toulousain, turc-chypriote par sa mère.

Placés dans une poule très compliquée avec les champions du monde Abkhazes et les Ossètes, les nord-chypriotes devraient cependant bénéficier du soutien d’un public bouillant pour faire respecter leur 3ème rang au classement mondial des sélections de la Conifa.

Abkhazie

Les champions du monde en titre et hôtes de la dernière compétition. L’an dernier, on avait très vite compris que les Abkhazes n’avaient pas pour unique objectif de réussir l’organisation de leur Mondial. Bien au contraire, préparés depuis plusieurs semaines et portés par un public fantastique, ils avaient dominé la compétition pour venir à bout du Pendjab en finale. Auto-proclamée indépendante vis à vis de la Géorgie, qui réclame toujours sa souveraineté sur cette bande de terre le long de la mer Noire et voisine de la Russie, l’Abkhazie vit aujourd’hui dans un isolement extrême. Uniquement reconnue par la Russie, le Vénézuela, le Nicaragua et une poignée d’états au statut plus ou moins clair, l’Abkhazie est l’exemple même de la nation qui cherche à prouver son existence grâce à la Conifa.

Dans cette poule extrêmement serrée, l’Abkhazie cherchera à être à la hauteur de son passé de fournisseur de talents lors de l’époque soviétique, parmi lesquels Vitali Daraselia (22 sélections en équipe d’URSS, vainqueur de la C2 avec le Dinamo Tbilissi), Nikita Simonian, Avtandil Gogoberidze ou plus récemment Temuri Kestbaia. Anri Khagush (Arsenal Tula) et Dmitri Akhba (actuellement au FC Khimki) qui seront les leaders de cette sélection.


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Ossétie du Sud

Egalement en conflit avec la Géorgie pendant plusieurs années, l’Ossétie du Sud est un territoire frontalier de la Russie, un des seuls états avec le Venezuela et le Nicaragua à reconnaître son indépendance, proclamée en 2008 à l’issue d’une guerre impliquant le gouvernement central de Tbilissi et la Russie. Aujourd’hui occupée et contrôlée par la Russie, l’Ossétie du Sud se situe dans une situation d’isolement international comparable à l’Abkhazie. Les deux sélections ne devraient cependant pas se faire de cadeaux dans un derby du Caucase qui s’annonce passionnant dès la deuxième journée ! (Lundi 5 juin – 21h heure française, diffusé en direct).


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Transcarpatie

La Transcarpatie (Zakarpattya ou Karpattalya) est une région de l’extrême ouest de l’Ukraine, frontalière de la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie. Au sein de la Conifa, la Transcarpatie représente la minorité hongroise en Ukraine, une des nombreuses communautés étrangères de hongrois représentées parmi la fédération. Admis tout récemment, en 2016, la sélection ukraino-magyare cherchera surtout à prendre du plaisir et un peu d’expérience. Pour l’anecdote, la ville d’Uzghorod, capitale de l’Oblast de Transcarpatie en Ukraine, était une des villes situées les plus à l’ouest de l’URSS durant l’Empire Soviétique. Tellement proche des frontières roumaines et tchécoslovaques qu’il était possible d’y capter la télévision de ces pays et d’accéder à des programmes non diffusés en URSS, comme certains matchs de foot. En 1974, c’est ainsi que David Kipiani un des plus grands joueurs de l’histoire géorgienne et soviétique, blessé lors d’un rassemblement avec l’équipe soviétique, se rend à Uzghorod pour regarder les matchs de la Coupe du Monde et découvrir celui qui deviendra son modèle, Johan Cruyff.

Groupe B

Padanie

La Padanie est une région faisant référence à la plaine du Pô, qui traverse tout le Nord de l’Italie. La Lombardie, le Piémont, l’Emilie-Romagne, le Frioule, la Vénétie, la Ligurie, le Trentin font ainsi partie de la Padanie. Le terme et le contour de la région ont été imaginé en tant que tel par Guido Fanti, ancien président communiste de la région d’Emilie-Romagne dans les années 1970. Forcément avec un tel bassin de population et plus d’une vingtaine de clubs professionnels sur son territoire, la Padanie ne manque pas de ressources et enverra une sélection de 21 joueurs, habitués des terrains de Serie C et D.

Quarts de finalistes du dernier mondial, champions d’Europe en titre, ils avaient également remporté 3 fois de suite (2008, 2009, 2010), le championnat du monde de la Viva World Cup, l' »ancêtre » de la Conifa. Plusieurs fois sélectionné avec la Padanie, Enock Barwuah Balotelli, petit frère de « Super Mario », ne sera pas présent pour cette compétition.

Felvidék

En hongrois « Felvidék » ou « Haute-Hongrie », cette région désigne ce qui était historiquement la partie Nord du royaume de Hongrie. En Hongrie actuelle, le terme Felvidék pourrait lui désigner la Slovaquie dans son ensemble mais est considéré comme offensant. Au sein de la Conifa, cette appellation désigne la minorité hongroise vivant dans le sud de la Slovaquie, se définissant eux-mêmes comme « hongrois du haut-pays ». Avec la Transcarpatie et le Pays Sicule, ils chercheront à représenter dignement la grande famille des minorités hongroises à l’étranger membres de la Conifa.

Ile de Man

L’Ile de Man ou Ellan Vannin, est située au large de l’Angleterre, dans les eaux de la mer d’Irlande. Bénéficiant du statut de dépendance de la Couronne Britannique, l’Ile ne fait pas partie du Royaume-Uni mais est la propriété directe du souverain anglais, soit Elizabeth II, qui lui laisse une large autonomie politique et économique (d’où sa réputation de paradis fiscal). Les footballeurs mannois sont certes moins connus que Mark Cavendish ou les membres des Bee Gees, principales célébrités locales, mais ils pourraient bien recréer la surprise comme lors du championnat du monde de 2014 où ils avaient atteint la finale.

Pays Sicule (Szekely Land)

Région de Transylvanie en Roumanie, le Székelyföld en langue hongroise, habitée par les Sicules, un groupe ethno-linguistique de langue hongroise, autour principalement de la ville de Targu Mures. Membre depuis 2014, la fédération sicule a organisé la dernière édition du championnat d’Europe en 2015 dont elle a fini 4ème. A l’instar de plusieurs pays de l’est, le Pays Sicule s’appuie plutôt sur une tradition du futsal, dont ils devraient organiser prochainement un championnat d’Europe sous l’égide de la Conifa.

Antoine Gautier 


Vous pouvez suivre la compétition sur conifaeuro2017.com et sur le Twitter Footballski.

Images à la une et illustrations dans l’article : © Conifa

 

En avant vers le championnat d’Europe de la Conifa à Chypre Nord
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2 Commentaires

  • Super concept cette Conifa, mais c’est ettonant si on prend la France d’avoir des membres comme Nice ou l’ocittannie et que des pays comme la Corse ou la Bretagne n’en fassent pas parti.

    • Tout part d’une volonté locale de vouloir faire émerger ces équipes là. Concernant la Corse et la Bretagne je pense qu’elles n’ont pas besoin de ce genre de structure pour se faire reconnaitre (cf la Bretagne qui prend Domenech comme coach et joue des matchs contre des sélections nationales de temps en temps).
      En plus de cela ces territoires ont déjà plusieurs clubs professionnels de haut niveau comme port-étendard de leur identité régionale (comme le SC Bastia). Même chose pour la Catalogne par exemple.

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