On a vécu le congrès annuel de la Conifa (Confédération des fédérations d’associations indépendantes).

Antoine Gautier - Publié le 7 février 2017

Que peuvent bien avoir à se dire un Abkhaze, un Lapon, un Pendjabi ou encore un Somalien, rassemblés pour deux jours à Genève ? Eh bien beaucoup de choses dès qu’il s’agit de football. Destination les bords du Lac Leman en ce week-end du 27 au 29 février pour l’Assemblée générale annuelle de la Conifa, organisation atypique à plus d’un titre, qui rassemble désormais 44 sélections de populations, de nations sans reconnaissance officielle ou isolées. Entre humanisme et realpolitik découverte d’une organisation paradoxale.

Arrivé au pied du stade de Genève en ce 28 février c’est une première bonne surprise qui se dévoile : de nombreux représentants ont pu faire le déplacement pour ces deux jours. Et cela n’a rien d’évident quand on compte parmi ses membres des sélections aussi éloignées que les Iles Kiribati par exemple, le Pendjab ou encore la communauté des Coréens du Japon. La visite des coulisses de l’antre du Servette Genève FC est l’occasion de commencer à prendre la mesure de ce gigantesque patchwork de peuples que rassemble la Conifa. Que ce soit dans les vestiaires, les tribunes ou même sur la pelouse, le ton est à la camaraderie après une matinée consacrée à discuter des questions administratives courantes. Et pour le représentant du Tuvalu, un archipel du Pacifique, c’est même l’occasion de voir et toucher de la neige pour la première fois de sa vie. Une expérience qu’il a bien failli rater quand, quelques jours à peine avant le début de la rencontre, sa carte bancaire bloquée, il se retrouve dans l’impossibilité de réserver une chambre d’hôtel. Après plusieurs propositions spontanées de partages de chambres c’est finalement le représentant du Pendjab qui offre de réserver une chambre dans l’hôtel qui abrite la salle de conférence.

Créée en 2013 à l’initiative de représentants déçus de voir péricliter le modèle de la Viva World Cup, la Confédération des Associations Indépendantes de Football s’amuse de cette image d’association non-Fifa. Per-Anders Blind son président, originaire de Laponie suédoise :

« La Conifa existe depuis trois ans et demi. C’est plus un rassemblement de fraternité que de volontés politiques. Faire jouer l’Abkhazie contre l’Occitanie ? Eh bien c’est vrai qu’on nous appelle souvent la « Non-Fifa ». La Fifa c’est plus de 200 pays représentés, mais on peut aussi voir le monde comme un rassemblement de cultures, d’ethnicités, plus de 5 000. Et pour nous chacune d’entre elle a le droit de s’exprimer via le foot. »

Dans cet esprit, les compétitions organisées par l’association sont toujours de grands moments, et le rassemblement de ce week-end est l’occasion de se rappeler quelques souvenirs mémorables pour les participants à la Coupe du Monde (la 4ème édition) organisée en juin 2016 en Abkhazie, reconnue par tous comme une très belle édition. On se souvient de la ferveur mais aussi des quelques imprévus, prétexte à quelques chambrages.

Les représentants du Somaliland par exemple, arrivés avec un groupe de 21 joueurs sur place ont tout d’abord dû composer avec un problème majeur pour un sport d’équipe : leurs joueurs viennent de 7 pays différents, et ne parlent parfois aucune des autres langues répandues dans l’effectif (anglais, somali, allemand, hollandais, français…), ce qui rend la tâche encore plus compliquée quand les joueurs ont pu se rencontrer pour la première fois trois jours avant leur premier match. Cela ne les empêcha pourtant pas de commencer la compétition, avant que les blessures n’achèvent tous leurs espoirs de poursuivre la compétition. Car avec cinq blessés au premier match, quatre au deuxième, puis deux autres dans leur troisième et dernier match de poule, c’est entrainement qui a fini par devoir entrer sur le terrain !

Des problèmes qui feraient presque figure de formalité pour la sélection du Darfour, essentiellement composée de réfugiés de la guerre qui fait rage depuis plus de dix ans dans cette région du Soudan. Avec ses cinq ans à peine d’existence, la sélection a toujours du mal à organiser ne serait-ce qu’un match dans l’année. Récemment des joueurs bénéficiant de l’asile en Suède n’ont pas été autorisés par le Royaume-Uni à participer à un match à Londres.

Retour enfin dans la salle de conférence où doit se dérouler la partie la plus intéressante : la présentation des futurs projets de l’association, et en premier lieu l’organisation du prochain Championnat d’Europe (qui se déroule donc en alternance tous les deux ans avec la Coupe du Monde). Après quelques minutes de suspense, ce sont finalement des images de la République Turque de Chypre Nord qui apparaissent à l’écran. Ses plages, ses terrains rayonnants de soleil, ses hôtels en bord de plage. Mais avec quelles équipes ? Car c’est là également une spécificité du fonctionnement de la Conifa, les équipes ne se qualifient pas pour la compétition sur des critères sportifs mais sont désignées par leurs pairs via un vote à bulletin secret. Concrètement le championnat sera disputé par huit équipes, ce qui en laisse six une fois retirés les organisateurs de Chypre Nord et la Padanie, championne en titre. six places pour dix sélections postulantes. Et après le vote des sélections le classement est le suivant : la Laponie, l’Abkhazie, l’Ile de Man, le Comté de Nice (champion du monde en 2014), le Pays Sicule (Szekelyfold) et l’Arménie Occidentale verront les plages chypriotes, ce qui laisse en réservistes, en cas de désistement parmi les équipes précédemment nommées : l’Occitanie, la Transcarpatie, l’Ossétie du Sud et la République de Donetsk. Encore un beau plateau made-in Conifa en perspective. Prêts pour le point suivant ? Pas vraiment, car une chose perturbe le président de la fédération nord-chypriote qui demande le micro. Lui recommanderait de refuser la participation de l’Arménie Occidentale, à qui il « ne peut pas assurer qu’ils seront en sécurité. » On finit surtout par comprendre qu’il doute du soutien que son gouvernement pourrait apporter à l’événement si les Arméniens comptaient parmi les participants.

Il faut ici remettre les choses dans leur contexte. Le nom officiel de République Turque de Chypre Nord donne un premier indice sur la situation. Etat non-reconnu par la communauté internationale, si ce n’est par la Turquie, qui occupe la partie Nord de Chypre depuis 1973, la RTCN a déclaré son indépendance en 1983 et est depuis soutenue dans tous ses secteurs vitaux par Ankara. En face, l’Arménie Occidentale revendique l’héritage de la partie arménienne de l’empire ottoman (et dont le traité de Sèvres de 1920 devait garantir l’indépendance), qui s’étend bien au-delà de l’état arménien actuel, sur près d’un tiers du territoire de l’actuelle Turquie. D’où l’impasse à ce moment. Problème, les Chypriotes ont déjà été désignés comme organisateurs, les stades et toute l’organisation sont prêts à se mettre en place. Pour la première fois, un des principes fondamentaux de la Conifa est remis en cause : les questions politiques ne doivent pas influer sur les questions sportives. La question est pourtant vite réglée tant il apparaît clair que la présence de l’Arménie Occidentale mettrait en péril le déroulé de la compétition. Il est alors décidé de la retirer au profit de l’Occitanie, qui se voit attribuer une place automatique pour la prochaine Coupe du Monde. Ce qui est très loin de satisfaire les représentants présents, d’autant que c’est cette même association, basée en Suisse, qui organise l’assemblée générale de ce week-end. Yagan Hiraç, joueur du Servette Genève, international d’Arménie Occidentale et fraîchement élu au comité exécutif de la Conifa Europe :

« J’étais énervé, vraiment très en colère car comme je te l’ai dit, je ne joue pas uniquement pour moi mais pour représenter le pays de mes parents et de mes grands-parents, et la Conifa me permet cela. Mais en apprenant la décision qui a été prise j’étais vraiment dégoûté car personne ne peut m’interdire de jouer pour mon pays. Et surtout pas par la Chypre du nord qui représente rien et qui veut pas qu’on participe car elle est dirigée par La Turquie. Et que la Turquie ne reconnait pas le génocide arménien. Du coup la politique s’en est mêlée, et ça c’est inconcevable de la part de la Conifa. C’est contraire à sa raison d’être »

Cet événement révèle cependant toute la difficulté d’une association comme la Conifa – dont tous les membres sont bénévoles – à faire coexister toutes ces différentes fédérations, avec les implications politiques que cela engendre. Organiser une compétition en République Turque de Chypre Nord est en soi un acte politique, tout comme l’était la coupe du monde organisée en Abkhazie. Il y a deux ans déjà, le premier Championnat d’Europe devant se tenir en Hongrie, à Debrecen, avait vu le retrait forcé des sélections d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, privées de visa par les autorités hongroises en accord avec le gouvernement géorgien. Malgré toutes les précautions prises par l’organisation pour permettre à tous de se rencontrer, en rappelant que « freedom to play football » est le slogan officiel de la Conifa, on peut parier que ce genre de problèmes se répéteront malheureusement dans le futur, quand on voit notamment les nouvelles sélections admises en 2016 : République de Donetsk, Transcarpatie (Hongrois d’Ukraine), Delvidék (Hongrois de Serbie) ou encore Sahara Occidental. On imagine qu’il sera difficile pour ces derniers de venir assister à la prochaine assemblée générale qui se déroulera… au Maroc.

La journée est cependant bien avancée et ces points insolubles sont finalement évacués. Il ne reste que quelques minutes pour une présentation assez déroutante du Teqball – probablement le fruit du fantasme de quelqu’un qui a toujours voulu jouer au ping-pong avec un ballon de football – et qui aura droit à sa compétition internationale. Retour enfin aux anecdotes et à la camaraderie avec le diner du soir dans un restaurant du centre de Genève. L’occasion de discuter football dans les îles du Pacifique avec Paul Watson. Le légendaire entraineur  de la sélection Micronésienne et auteur de Up Pohnpei : A quest to reclaim the soul of football by leading the world’s ultimate underdogs to glory, est présent en tant que membre récemment élu au comité exécutif de la Conifa, d’où il envisage de développer les petites nations du Pacifique justement. Fraichement admises cette année, les Iles Kiribati ont montré la voie, tout comme l’archipel du Tuvalu dont on a parlé en ce début d’article, réservant probablement de nouveaux déplacements assez sympathiques.

Per Anders Blind. Quatre ans et toutes ses dents. | © Antoine Gautier / Footballski

Ces deux jours s’achèvent finalement au bord d’un terrain amateur de la lointaine banlieue genevoise, à Aïre sur Lignon, où le Servette Genève effectue un match de préparation face à l’Etoile Sportive de Carouge, un modeste club de quatrième division suisse. Là, parmi les 200 spectateurs qui se campent au bord du terrain, le président Per-Anders Blind, le responsable Amérique du Sud Jens Jockel, et le responsable Europe Alberto Rischio se rassasient d’air frais et de football vrai après avoir passé la nuit à discuter à cœur ouvert de la passion qui les anime jusque-là et de toutes les difficultés qu’il leur reste à surmonter. Laissons alors le dernier mot au président : « Pour l’instant c’est vrai que c’est impressionnant de voir comment les choses se sont structurées en moins de quatre ans. L’important c’est de donner une direction, et de s’y tenir. Pour l’instant on tient le coup. » Ils vont en avoir besoin.

Antoine Gautier 


Image à la une : © Antoine Gautier / Footballski

On a vécu le congrès annuel de la Conifa (Confédération des fédérations d’associations indépendantes).
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A propos de l'auteur

Antoine Gautier

1 commentaire

  • Bonjour, la ConIFA est un plagiat du N.F.-Board.
    Comparable à une association de malfaiteurs (certains anciens cadres et dirigeants du NFB ont fondé la ConIFA comme pour ne pas avoir à répondre des questions posées depuis 2013 sur la comptabilité qu’ils y avaient tenu), ils en ont détourné les Statuts mot pour mot, le Groupe officiel facebook et le concept de Championnat du Monde en commençant par Östersund en Suède (2014). Östersund travaillait depuis 2010 avec le NFB pour l’organisation de la VIVA World Cup 2014. Basé en Suède le Lapon Blind est sorti du chapeau pour faire croire que le NFB et la VIVA World Cup avaient changé de nom… (comme ils le firent avec tous les contacts du NFB -membres et Médias). A cette époque, le NFB était paralysé (ses caisses vidées par les anciens dirigeants en question, et ses moyens de communication neutralisés). Mais comme les malfrats commettent toujours des erreurs, ils ont juste oublié d’effacer leur webmails NFB avant de partir. Laissant plus de 5000 mails dont certains très intéressants.
    La Justice suédoise est saisie par plainte à la police pour des faits graves de plagiat et de détournement d’évènement, contre la ConIFA, Per Anders Blind et ses sbires. La Justice belge est saisie contre les membres dissidents du NFB fondateurs de la ConIFA pour les explications comptables et financières (dont les histoires de compte dans un paradis fiscal à l’initiative de Christian Michelis et Jean-Pierre Iermoli). Le NFB sollicite un droit de réponse sur certains points de ce bel article.

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