David Kipiani, le footballeur total

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 31 octobre 2016

Dans un petit pays comme la Géorgie, les occasions de se réjouir de l’aura qu’un homme du cru a pu apporter dans le reste du monde sont assez rares. En effet on imagine difficilement un joueur de football d’une petite république soviétique d’à peine 4 millions d’habitants s’élever au niveau des géants russes, latino-américains et européens. David Kipiani a pourtant réussi ce tour de force et même s’il a aujourd’hui disparu des mémoires au profit des Maradona, Zico et Platini, en France tout du moins, rendons aujourd’hui hommage à un joueur dont l’héritage dans l’ex-Union soviétique est comparable à celui d’un Johann Cruyff, son modèle. Où comme l’écrivait le New York Times au lendemain de sa mort le 19 septembre 2001 : « Un homme qui fut l’équivalent en son temps d’un Zidane de l’Est. »

Un fils de bonne famille

David Davidovitch Kipiani nait le 18 novembre 1951 à Tbilissi. Fils de l’intelligentsia soviétique géorgienne son père est médecin et sa mère une des ophtalmologistes les plus réputées de Géorgie. Fils de bonne famille donc, le jeune Kipiani est élevé en grande partie par sa grand-mère qui lui met plutôt entre les mains des livres de Pouchkine, Griboïedov ou Lermontov. Pour compléter cette éducation respectable, ces talents sportifs se font rapidement marquer dans plusieurs disciplines : tennis, basket, football il s’essaye à différents sports, et au tournant de l’adolescence constate qu’il ne prend réellement du plaisir que sur un terrain de football. Cependant grand-mère Kipiani préférerait nettement que son petit-fils ne se fasse pas trop d’illusions, et suive la voie de son père en devenant médecin. Paradoxalement c’est ce dernier, ayant joué au football lui aussi, qui le poussera à suivre la voie du sport. À l’été 1968 il remporte avec l’équipe de Géorgie la coupe de la jeunesse d’Union soviétique organisée à Sotchi. « Dato » éclabousse le tournoi de son talent et signe alors à 17 ans son premier contrat avec la réserve du Dinamo Tbilissi.

© footballfacts.ru

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Convoqué avec l’équipe espoir d’Union soviétique David Kipiani se voit déjà franchir aisément les échelons vers la gloire, mais lors d’un rassemblement avec l’équipe nationale son ménisque le lache. La première d’une longue série de blessures qui lui fera également manquer de nombreux rendez-vous important en sélection. Loin de se laisser abattre, il profite alors de son temps de convalescence pour entamer des études de chimie à l’Institut Polytechnique de Tbilissi. Malheureusement il faut croire que la poisse le poursuit en cette année 1968. Car le 29 juillet, 4 jours avant ses examens de fin d’année il se casse le bras dans sa cour…en jouant au football. Qu’importe, il s’inscrit alors en faculté de droit. Il faut croire que ce fut enfin le bon choix, car il poursuivra brillamment ses études, ce qui lui permettra de travailler pour le Bureau du Procureur de Tbilissi à la fin de sa carrière.

Mais à ce moment-là Kipiani est encore loin de tout ça, plus concentré sur ses commentaires d’arrêts que les frappes en lucarnes. Plusieurs clubs sonnent toutefois à sa porte et espèrent attirer le jeune prometteur dans leurs rangs. Encore une fois son père jouera le rôle d’agent, et lui conseille de rester à Tbilissi, au Lokomotiv plus exactement, s’il veut être dans les radars du grand Dinamo, sacré champion d’URSS en 1964 et troisième en 1967 et 1969. Bien vu de la part du père, car après une petite saison chez les cheminots, David est appelé à retourner dans le club des espions dès le début de la saison 1970. Surtout durant cette saison au Lokomotiv il se forme une première expérience professionnelle auprès d’un certain Nodar Akhalkatsi, le futur artisan de l’équipe irrésistible de la période 1976-1982.

Gavril Kachalin, l’homme du premier sacre d’URSS de 1964, et qui sort de 5 années à la tête des sélections d’URSS, fait donc venir le jeune meneur de jeu dans une équipe qui rayonnera en Union soviétique et plus loin encore quelques années plus tard. Pour ses débuts avec l’équipe première, il commence par un match poussif contre le Pakhtator Tachkent et accroche ainsi la 3e place du Championnat d’URSS en 1971 et 1972. En 1972 d’ailleurs il participe au premier match du Dinamo de son histoire en Coupe d’Europe face à Twente et marque un des 3 buts géorgiens, vainqueurs 3-2 (mais défaits 2-0 au retour). En 1973 les choses se précise lorsque le Dinamo en battant l’Athlético Madrid et Benfica remporte le premier trophée continental de son histoire, la Coupe Caravelle, sur des buts de Vladimir Gutsaev et David Kipiani. Ainsi exposés dans l’Union depuis plusieurs années les joueurs du Dinamo Tbilissi sont régulièrement convoqués en sélection d’Union soviétique et pour Dato c’est l’année 1974 que se profile l’occasion de rejoindre la colonie des « soviets brésiliens », le contingent géorgien en équipe nationale soviétique, surnom donné grâce à leur technique naturelle et leur « romantisme » dans le jeu pratiqué.

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Grâce à ses bonnes performances il glane ainsi sa première convocation en équipe nationale, où évolue depuis 2 ans un petit jeune du Dynamo Kiev du nom d’Oleg Blokhin, et gagne l’honneur d’affronter la Yougoslavie de Dzajic, et en profite pour inscrire le seul but du match. David Kipiani a alors 21 ans et l’envie de montrer tout son talent, mais il était écrit que l’histoire ne serait pas aussi simple pour le jeune « Dato » : juste après ce match contre la Yougoslavie une blessure lors d’un camp d’entrainement avec l’équipe nationale à Odessa va le priver de terrain pour plusieurs mois. Il mettra un an à se remettre au plus haut niveau et, malgré son titre de meilleur buteur du club avec 12 réalisations, doit se résoudre en 1975 à regarder Blokhin remporter le Ballon d’Or. Mais tout cela pour revenir plus fort encore.

Car l’URSS ayant refusé de jouer le match de la honte à l’Estadio Nacional de Santiago du Chili en barrage de qualification à la Coupe du Monde, les joueurs soviétiques sont disqualifiés  d’office pour la Coupe du Monde en Allemagne. Kipiani est donc libre à la fin de ce stage à Odessa, et va finalement tirer de cette période l’inspiration qui marquera la suite de sa carrière. En effet, sérieusement blessé au ménisque, il n’est pas retenu non plus par l’équipe du Dinamo lors de cet été 1974 et en profite alors pour se rendre à Uzghorod, une ville de l’extrême Ouest de l’Ukraine où il est possible de capter la télévision tchécoslovaque…et les matchs de la Coupe du Monde. Il passe ainsi des heures à décortiquer l’ensemble des matchs des équipes engagées dans la compétition et peut enfin admirer celui qui deviendra sa référence absolue comme footballeur : Johann Cruyff. Le hollandais volant surclasse le tournoi malgré la défaite des Oranjes en finale, et de retour à Tbilissi Kipiani se promet de travailler aussi dur qu’il le faudra pour atteindre le niveau et la classe du numéro 14.

1976 le tournant

L’année 1976 marque le renouveau à la fois pour Kipiani et le Dinamo Tbilissi. Cela en grande partie grâce à l’arrivée d’un homme qui forgera ce qu’on appelle encore aujourd’hui le « Grand Dinamo » (1976-1982) : Nodar Akhalkatsi. Dès l’arrivée de l’entraineur, que Kipiani a déjà côtoyé au Lokomotiv 5 ans avant, le courant passe à merveille entre les deux hommes et Dato, plutôt utilisé comme ailier que vrai numéro 10 auparavant, se voit confier de plus en plus de responsabilités et un poste de meneur derrière les deux attaquants. Pour la première saison sous les ordres d’Akhalkatsi le Dinamo Tbilissi se classe 3e du championnat d’URSS, remporte la Coupe en écrasant les rivaux de l’Ararat Erevan 3-0, et pour couronner le tout David Kipiani est élu deuxième meilleur joueur du championnat derrière l’intouchable Blokhin. Rapide, mouvant, technique, le Dinamo Tbilissi revient aux bases de ce qui a fait son succès et sa renommée en 1964. Lorsque par exemple le journal France Football écrivait : «  Le Dinamo a des grands joueurs, de la technique, du talent, et de l’intelligence. En Europe de l’Est, c’est la meilleure représentation du football sud-américain. En l’état il mettrait certainement fin à l’hégémonie des clubs italiens et espagnols en coupe d’Europe s’ils pouvaient y participer ».

Mais en cette année 1976, c’est une autre compétition qui se profile pour Kipiani avec les Jeux olympiques de Montréal où la sélection coachée par Lobanovski doit enfin faire respecter son rang, elle qui peut aligner ses meilleurs éléments, tous amateurs, au contraire des sélections européennes. Mais une nouvelle fois, après l’épisode de 1972, les Soviétiques s’inclinent en demi-finale face à la RDA et remportent finalement une médaille de bronze face au Brésil, ce qui parait une triste consolation vu l’équipe affichée. Kipiani ne jouera pas une minute sur les 5 matchs disputés par la sélection soviétique. Une mise à l’écart que bon nombre de personnes ont expliqué par la propension de Lobanovski à faire jouer « ses » joueurs du Dynamo Kiev, avec qui il a remporté la Coupe des Coupes en 1975, premier trophée européen pour une équipe soviétique. Kipiani regrettera surtout le duo qu’il aurait pu former avec Leonid Buriak, le milieu du Dynamo Kiev, dont il lui dit un jour avec humour (Cité dans Sport-Express, 19.09.2001, Mamuka Kvaratskhelia) : « Vous êtes surement le footballeur le plus technique chez les russophones, ce qui, curieusement, est pas mal comparé à nous les « Italiens » [tels que les joueurs géorgiens aimaient s’appeler à cette époque en URSS]»

Timbre postale géorgien à l’effigie de Kipiani

Timbre postal géorgien à l’effigie de Kipiani

Les années qui suivent marquent une nouvelle progression pour Kipiani et le Dinamo Tbilissi. En 1977 les Géorgiens finissent à la deuxième place du championnat et Kipiani inscrit 14 buts. Il est élu pour la première fois meilleur joueur d’URSS. Enfin en 1978 c’est le titre suprême de champion d’URSS qui revient à Tbilissi, 14 ans après le premier titre. Une saison également marquée par le premier exploit des Géorgiens en coupe UEFA. Opposés à l’Inter Milan au premier tour de la compétition les bleus et blancs tiennent le 0-0 à domicile. Au match retour, dans un stade Giuseppe Meazza qui sonne creux en ce mois de septembre les Soviétiques tiennent le score tant bien que mal, guettant la première faille. Ce qui arrive finalement quand le capitaine Giacinto Facchetti tergiverse devant sa surface de réparation et se voit ridiculisé par Kipiani qui subtilise le ballon et file inscrire le seul but de la rencontre. Malgré une élimination dès les 8es de finale les Géorgiens bousculent les modes en URSS, car c’est également Ramaz Shengelia l’attaquant du Dinamo Tbilissi qui est cette fois-ci désigné comme meilleur joueur soviétique de l’année. Le rythme se poursuit sur les années 1979 et 1980 avec durant ces deux années une 4e place en championnat, relevée en 1979 par la deuxième coupe d’URSS du club et un nouvel exploit pour leur découverte de la Coupe des Clubs Champions.

C’est en effet le Liverpool FC, champion d’Angleterre en titre que les locaux devront affronter. Battus 2-1 à Anfield, c’est dans un Dinamo Lenin Stadium fraichement rénové que les Géorgiens vont marquer les esprits européens. Le stade pourtant doté d’une capacité maximale de 76 000 places quelques années auparavant, concession accordée par le pouvoir soviétique au dirigeant local Edouard Chevardnadze grâce aux excellents résultats du club local, ce sont au final plus de 100 000 spectateurs qui s’amassent pour voir Liverpool et les partenaires de Kenny Dalglish…prendre une leçon de football. Grâce au maître à jouer Kipiani les locaux écœurent les Anglais 3-0 et Dato montre encore une fois toute l’étendue de sa classe : feinte de corps, débordement et centre au cordeau pour le premier but de Gutsaev, percée en dribble fantastique pour lancer Shengelia qui conclue d’une balle piquée sur le deuxième but, les joueurs du Dinamo marchent sur l’eau sous la baguette de leur chef d’orchestre.

Un chauve, une coupe, des coupes

Nodar Akhalkatsi entre ainsi dans sa 5e année à la tête du Dinamo en 1981. Sous ses ordres le Dinamo Tbilissi a gagné un titre de champion, deux coupes d’URSS et n’est jamais sorti des 4 premières places. C’est déjà un excellent parcours, mais le meilleur est encore à venir. Bien entendu, depuis cet été de 1974 Dato est déjà arrivé à un niveau comparable à celui de son modèle Johann Cruyff, aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Rapide, technique et influent il est la pièce maîtresse du jeu d’Akhalkatsi, « Son professeur, son deuxième père », avec qui il échange déjà beaucoup sur les principes du jeu. Mais Kipiani et le Dinamo Tbilissi c’est aussi et avant tout une équipe iconique, presque une équipe nationale pour les Géorgiens, qui ne se sont jamais sentis à leur place dans l’Union soviétique. Instruit, calme et réfléchi, Kipiani est souvent présenté comme un « chevalier », sachant l’anglais et capable de lire Shakespeare dans sa version originale.

Peu importe qu’il l’ait lui-même démenti, expliquant sans fausse modestie qu’il ne souhaitait pas prendre le risque de travestir le sens de l’œuvre en le lisant en version originale, il faut une figure charismatique à cette équipe et Kipiani est tout désigné pour cela, ce qui l’oblige parfois à se transformer en véritable homme politique pour calmer les déceptions de son peuple. Ainsi à la fin de la saison 1980 le Neftchi Bakou vient battre le Dinamo 2 buts à un dans son propre stade, un affront que les supporteurs géorgiens n’arrivent même pas à imaginer. Sous la pression de la foule, les joueurs sont alors évacués en véhicule blindé, mais sentant la situation dégénérer Kipiani décide de sortir et s’adresse à la foule sur le toit du véhicule :

« Le football n’est pas une guerre. Ceci est un sport et nous ne sommes pas des robots, nous sommes des humains comme vous. Aucun d’entre nous aujourd’hui ne désirait pas gagner. Moi et mes partenaires n’avons pas réussi à le faire, mais maintenant que voulez-vous faire, nous tuer ? » – Entretien avec Igor Rabiner à Nicosie. Sport-Express « №3, mars 1995

Finalement la consécration pour les Géorgiens intervient dès l’année suivante en remportant la Coupe des Vainqueurs de Coupe 1981. En quart de finale c’est West Ham qui fait d’abord les frais des Géorgiens, battus 4-1 à Boleyn Ground, et marquant ainsi les esprits d’une génération de petits anglais après la démonstration face à Liverpool. Puis se dresse le Feynoord Rotterdam qui vient se faire corriger 3-0 à Tbilissi en demi-finale. À l’issue de ce match d’ailleurs Kipiani reçoit une proposition incroyable de la part du Feyenoord. Le club hollandais est en effet prêt à payer 2,5 millions de dollars pour s’attacher les services du meneur de jeu, soit l’équivalent de ce que Naples payera deux ans plus tard pour Maradona, et a déjà tout prévu pour organiser son évasion d’Union soviétique. Mais il est pour lui impensable de quitter sa famille et Tbilissi dans ces conditions. Il révélera d’ailleurs plus tard que Liverpool lui avait également fait une proposition semblable tout comme d’autres clubs espagnols.

Enfin, toujours avec son meneur de jeu inamovible, la bande à Akhalkatsi domine en finale l’équipe est-allemande du Carl Zeiss Iéna 2-1. Les nouveaux héros arriveront deux jours plus tard à Tbilissi, le temps de laisser retomber quelque peu la ferveur des supporters qui les accueillent bien évidemment en masse à l’aéroport. L’ère Kipiani-Akhalkatsi au Dinamo est alors à son apogée et la saison suivante se termine sur une demi-finale de C2 perdue face au Standard de Liège de Raymond Goethals. Le début d’un déclin aussi rapide qu’inattendu.

Le temps de la frustration

Cette année 1982 marque le début du déclin et le retrait forcé du football pour Kipiani, alors âgé de 31 ans. Affaibli par une blessure au genou en septembre 1981 il avait pourtant été un des artisans de la nouvelle campagne européenne du Dinamo jusqu’en demi-finale. Mais à l’heure de préparer la Coupe du Monde 1982, le sélectionneur Lobanovski publie une préliste de 40 joueurs, sans David Kipiani… Le coup est rude pour Kipiani, Lobanovski expliquant qu’il n’est pas complètement sûr de sa forme physique et lui préfère dans tous les cas Yuri Gavrilov du Spartak Moscou pour établir son système de jeu. Une deuxième nouvelle lui portera un coup encore plus dur, la mort dans un accident de voiture de Vitali Daraselia, son compère du Dinamo Tbilissi, le buteur décisif de la finale de 1981. À la surprise de tous, il décide alors de prendre sa retraite.

Comme bon nombre de grands joueurs, Kipiani est invité à rester dans l’organigramme du club et pendant un an il travaille donc dans le staff du Dinamo Tbilissi, ce qui ne le passionne pas vraiment. En 1983 il est donc sur les rangs pour succéder à son modèle Akhalkatsi, qui vient de finir la saison à une piteuse 16e place. Il parviendra à redresser la barre tant bien que mal les deux années suivantes, freiné par la défiance d’un vestiaire coupé entre ses anciens coéquipiers comme Chivadze, Shengelia ou Gutsaev et les nouveaux venus.

Chivadze, Gutsaev et Kipiani | © Dijk, Hans van / Anefo — Dutch National Archives

Chivadze, Gutsaev et Kipiani | © Dijk, Hans van / Anefo — Dutch National Archives

Comme si cela ne suffisait pas il se retrouve obligé de quitter le poste en 1986 suite à son divorce avec sa femme. La société géorgienne encore très conservatrice n’admettant pas qu’un homme de son rang « déshonore » ainsi le club, il se retrouve obligé de démissionner, tout symbole national qu’il est. Curieusement il rebondira en travaillant pour le bureau du Procureur de Tbilissi, se servant du diplôme acquis en début de carrière.

Il reviendra au commande du Dinamo par deux fois, de 1988 à 1991, où il ne peut que constater le délitement du championnat géorgien né de l’effondrement soviétique et le départ des meilleurs éléments à l’étranger, puis entre 1995 et 1997 après un court passage à l’Olympiakos Nicosie. Il tentera ensuite l’expérience de sélectionneur de l’équipe de Géorgie pour sa première campagne de qualification en tant que sélection indépendante, mais échoue à qualifier les joueurs à la croix de Saint George pour la Coupe du Monde en France. Après 3 courtes expériences à Malines puis au Shinnik Yaroslavl et au Torpedo Kutaisi (dont un titre de champion de Géorgie), il retente l’expérience en duo avec Revaz Dzodzuashvili pour la qualification au mondial 2002. Emmené par Shota Arveladze, Giorgi Kinkladze ou encore Temuri Ketsbaia ils finissent 3e de leur groupe derrière l’Italie et la Roumanie.

Malheureusement Kipiani n’assistera même pas au dernier match face à la Roumanie. Car le 17 septembre 2001 le monde est encore sous le choc des attentats du World Trade Center, mais la Géorgie s’apprête à subir un deuxième choc quand ce soir-là on retrouve la jeep de l’ancien meneur de jeu encastrée dans un arbre à 30 km de Tbilissi. Malgré les soins apportés, il décédera quelques heures plus tard sur le seuil de l’hôpital. Hommage national et mondial se succèdent, Sepp Blatter envoyant même un mot au président de la fédération géorgienne, et la coupe nationale fut renommée en son nom peu de temps après.

Aujourd’hui le nom de Kipiani ne dit surement pas grand-chose à beaucoup de français ni même d’Européens. Mais pour ceux qui ont pu s’intéresser au football dans les années 1980, il ne peut pas laisser indifférent. Un peu comme ce journaliste anglais, qui prend la peine d’écrire ce papier dans les colonnes du New York Times une semaine après les attentats du 11 septembre 2001 :

« Leur club, le Dinamo Tbilissi représentait la police secrète, mais ils étaient des agents libres. Leur touche latine était supérieure à la rigidité des systèmes russes. (…) S’il était né à l’Ouest, il serait devenu millionnaire. S’il était né en Russie, il aurait fui au vu des propositions qui lui seraient parvenues. Mais il était Géorgien de cœur, et il savait que le style qu’il pouvait imprimer à son équipe, la liberté que ses gestes suggéraient, cela représentait beaucoup plus pour tous les Géorgiens qui s’identifiaient à lui. »

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Image à la une : © Dijk, Hans van / Anefo — Dutch National Archives

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