#5 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : L’épopée européenne de 2004

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 15 février 2018

Avant une double rencontre européenne face à l’OGC Nice dans le cadre de cette merveilleuse compétition qu’est la Ligue Europa, nous vous proposons une semaine spéciale sur le Lokomotiv Moscou. Dernier numéro avec un retour sur l’épopée européenne de 2004 du club moscovite


#1 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : Le Lokomotiv et les Chemins de fer russes

#2 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : Viktor Sokolov, l’aigle du Lokomotiv

#3 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : Yuri Syomin, l’entraîneur emblématique du Lokomotiv

#4 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : La capitale et le Lokomotiv à l’époque soviétique


En 2004, quand on demandait à un Russe amateur de football ce que représentait Monaco à ses yeux, il nous répondait, avec stéréotypes, « une ville avec des maisons très chères et de grosses voitures. » Quasiment inconnu du paysage footballistique russe, Monaco va devenir l’espace de trois semaines la place centrale des quotidiens sportifs russes. En effet, le tirage des huitièmes de finales de la Ligue des Champions va nous offrir une magnifique double confrontation entre le Lokomotiv Moscou et l’ASM.

Une qualification compliquée

Les années 2000 resteront forcément gravées dans les mémoires des amoureux du Lokomotiv Moscou. Peu présent sur l’échelle nationale sous l’époque soviétique à l’exception de deux coupes d’URSS, le club des cheminots va monter sur le devant de la scène à la suite de l’éclatement du bloc soviétique. Soulevant son premier titre national en 2002, le Lokomotiv gagne par la même occasion son ticket pour le troisième tour préliminaire de la compétition européenne reine. En plein été 2003, alors que le Lokomotiv Moscou est en difficulté en championnat et semble hors course pour la course au titre, le club débute sa campagne européenne par une double confrontation contre le Shakhtar Donetsk. Quelques jours plus tôt, l’autre représentant russe, le CSKA Moscou, se fait éliminer à la surprise générale contre le Vardar Skopje. Dernier représentant russe en C1, le Lokomotiv Moscou inquiète avec un match aller compliqué et une défaite 1-0 en terre ukrainienne. Heureusement pour eux, le match retour sera plus maîtrisé avec une victoire 3-1 suite à un pénalty décisif en toute fin de match par Ignashevich. Srna, déjà présent dans les rangs ukrainiens, se mordra les doigts et repensera longtemps à sa faute qui mènera au pénalty pour les cheminots!

Une phase de groupe héroïque

Présent pour la première fois de son histoire en phase de groupe de la Ligue des Champions, le Lokomotiv ne va pas être gâté par le tirage. Arsenal, Inter Milan et Dynamo Kiev au programme, autant dire que les chances de se sortir du groupe sont très minces! Cela se confirme rapidement puisque pour son entrée en lice dans la compétition, le Lokomotiv qui réalisait pourtant un bon match sur la pelouse du Dynamo Kiev, va s’incliner 2-0 avec deux buts encaissés dans les dix dernières minutes du match. Une défaite face à l’adversaire supposé le plus abordable pour les Moscovites, autant dire que la campagne commence bien mal. Quelques jours plus tard, c’est Arsenal qui se déplace à Moscou dans un Stade Lokomotiv plein à craquer et à pousser son équipe jusqu’au coup de sifflet final. Faisant jeu égal avec les Anglais, le Lokomotiv remporte le point du match nul.

Mais voilà, la force du club moscovite, ce club inconnu des autres clubs européens, est cet effectif qui se connaît par coeur. L’entraîneur Yuri Semin n’a pas seulement forgé un effectif, il a mis au point une véritable machine dans laquelle chaque joueur joue son rôle à la perfection. Une véritable famille s’appuyant sur des métronomes au nom de Loskov, Izmailov et Ovchinnikov le portier. Des noms peu connus à l’étranger, mais que l’Inter Milan va se souvenir bien longtemps et surtout du premier! Débarquant à Moscou avec le plein de confiance avec deux victoires en deux matchs. Peut être un peu trop et c’est ce cher Loskov qui dès la deuxième minute va doucher les joueurs milanais. Développant un football chatoyant et offensif, le Lokomotiv va réaliser une énorme performance, le meilleur match de son histoire en compétition européenne, et va s’imposer 3-0 face au grand Inter Milan! C’est la folie à Moscou, un score qu’on ne pouvait imaginer. La machine de Yuri Semin vient de s’élancer et est totalement relancée dans ce groupe B.

Le retour à San Siro s’annonce malgré tout compliqué, le Dynamo Kiev a battu Arsenal lors de la troisième journée et revient à hauteur des Italiens dans la course à la qualification. Victoire impérative pour des Milanais qui vont se heurter à une défense en béton. Malgré l’ouverture du score rapide de Recoba, le Lokomotiv Moscou ne va pas se désolidariser et tente de rester hermétique. C’est alors que surgit Loskov, ce fameux Loskov qui au match aller avait éteint l’Inter au bout de seulement deux minutes de jeu. Le buteur russe surgit et égalise pour les cheminots. Un match nul ô combien important pour le Lokomotiv qui se permet de croire à la qualification suite à la défaite dans le même temps du Dynamo Kiev à Londres.

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Avec cinq points au compteur, le Lokomotiv Moscou commence tout doucement à rêver en une qualification pour les huitièmes de finales. Impensable quelques mois plus tôt lors du tirage au sort! Cette rencontre contre le Dynamo Kiev est décisive et une victoire pourrait permettre aux Russes de se rapprocher du tour suivant. Tout commence sur des roulettes, car à la mi-temps le Loko mène 2-1! Coupable d’en relâchement prévisible, le Lokomotiv se fait égaliser à l’heure de jeu, ça gronde dans les tribunes, car le Dynamo prend alors une option pour la qualification. Il faudra rester accroché à son fauteuil jusqu’au bout du match. La fin de rencontre est intense, on approche du temps additionnel, Winston Parks en profite pour surgir et donne la victoire au Lokomotiv Moscou! Un succès toutefois insuffisant pour la qualification puisque dans le même temps, les Gunners se sont relancés en battant l’Inter 5-1! Le dernier match capital à Londres sera compliqué pour le Lokomotiv qui ne pourra rien faire face à Londres. Une défaite 2-0, mais une qualification, car l’Inter n’a ou battre le Dynamo Kiev. Petit poucet du groupe B, le Lokomotiv Moscou connaîtra le printemps européen!

Un roc monégasque

Pour ce huitième de finale, le Lokomotiv Moscou affronte l’AS Monaco pour la première fois de son histoire. Après quelques saisons dans l’anonymat, le club de la principauté revient sur le devant de la scène grâce à sa seconde place en championnat, synonyme de qualification pour la Ligue des Champions. Dans un groupe homogène composé du PSV Eindhoven, du Deportivo de la Corogne et de l’AEK Athènes, le club monégasque va facilement se qualifier, mais va surtout faire parler de lui suite à une énorme victoire 8-3 contre les Espagnols de La Corogne à Louis II. En France on est confiant, c’est un tirage facile pour l’ASM face à une équipe qui n’a aucune expérience à ce niveau. Monaco est qui plus est dans une très belle forme avec notamment un succès 4-0 contre Montpellier le week-end avant le match aller. Un match aller qui se dispute à Moscou, dans le froid glacial russe. Le Lokomotiv manque de repère, c’est toujours la trêve entre les deux saisons (le championnat se disputait alors sur l’année civile) et le club n’a pas disputé un match officiel depuis sa défaite contre Arsenal! Pourtant les bookmakers annoncent un match serré, c’est du 50/50 pour eux. En conférence de presse, Yuri Semin joue la prudence en annonçant qu’un match nul serait un bon résultat tandis que pour Didier Deschamps, c’est la victoire ou rien.

Monaco débarque à Moscou sous une tempête dantesque, le froid ronge les os, les conditions ne sont pas en faveur de Monégasques plutôt habitués au soleil méditerranéen qu’aux hivers russes. Des Monégasques qui vont surprendre à l’annonce de la composition d’équipe. Plutôt classique dans ses choix, Deschamps aligne un 4-4-2 sans milieu droit, sans Guily et Squillaci blessés. De son côté Semin aligne les mêmes hommes que contre Arsenal, à l’exception d’Ignashevich parti au CSKA Moscou et de Lekheto suspendu.

Dès les premières minutes du match, le Lokomotiv Moscou met le pied sur le ballon. On est très proche d’une ouverture du score d’entrée, Loskov et Ashvetia sont très actifs sur le front de l’attaque et le second décoche un missile sur la transversale à l’heure de jeu. Étouffé par le froid moscovite, le pressing du Lokomotiv et tout un stade qui pousse son équipe, Monaco semble incapable de faire quoi que ce soit. Deschamps s’énerve sur son banc de touche et assiste impuissant au chef-d’oeuvre d’Izmailov qui, à la demi-heure de jeu, élimine d’un double contact deux joueurs monégasques et perfore les filets de Roma d’une frappe dans la lucarne. Le stade explose! Et c’est loin d’être fini.

Continuant de pousser, le Lokomotiv va même réussir à doubler la mise en début de seconde période. Loskov récupère une passe contrée et sert Maminov pour le 2-0. Le coup est parfait, mais tellement emballés les Russes continuent de se ruer à l’attaque! Une erreur cruciale qui se payera par un but de Morientes en fin de match … Score final 2-1 pour ce match aller, avantage au Lokomotiv!

Ce but encaissé, le Lokomotiv peut le regretter longtemps. Le retour à Monaco est compliqué, on est loin de ce qu’on avait pu voir à Moscou. Peu aidé par un arbitrage plus que critiquable, les Russes vont être acculés une bonne partie du match et ne doivent leur survie que grâce à Ovchinnikov auteur d’un excellent début de match en sauvant un pénalty de Prso. Malheureusement, à force de reculer, le Lokomotiv finit par craquer. Nous jouons l’heure de jeu, moment précis où Prso ouvre le score et marque le seul but du match. Un but qui fait mal, très mal. La règle du but à l’extérieur sera en la faveur des Monégasques qui se qualifient pour le prochain tour. Le Lokomotiv rentre à Moscou dépité, mais fier d’avoir réalisé le plus beau parcours européen, encore aujourd’hui, de l’histoire du club. Ils se rattraperont en remportant le titre la même année.

Antoine Jarrige


Image à la une : YURI KADOBNOV / AFP

#5 Semaine spéciale Lokomotiv Moscou : L’épopée européenne de 2004
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A propos de l'auteur

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Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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