Ils sont trois. Ils sont frères. Ils sont géorgiens. Et ils ont tous été footballeurs de haut niveau durant les années 1990/2000. Shota, Revaz et Archil Arveladze sont une grande page du football géorgien post-indépendance. L’un est une légende de l’Ajax et des Rangers, les deux autres ont bourlingué entre Belgique, Allemagne et Pays-Bas. Tous ont par ailleurs eu l’honneur de représenter leur pays et c’est l’histoire que nous vous racontons aujourd’hui.

Revaz, premier de la dynastie Arveladze

Le 15 septembre 1969, Leonid Brejnev rentre dans sa cinquième année à la tête de l’URSS, les américains ont posé le pied sur la lune depuis un an et le Dinamo Tbilissi collectionne les places d’honneur, ne comptant qu’un titre à son palmarès, le championnat 1964. 1969 est également l’année de début de la plus belle fratrie du football géorgien. C’est tout d’abord Revaz qui naît à Tbilissi, suivi 4 ans plus tard par les jumeaux Archil et Shota.

Tous deviennent vite passionnés de football. C’est Revaz qui va ouvrir la voie à ses frères en jouant pour l’équipe première du Dinamo Tbilissi dès 1989, suivi les années suivantes par ses frères, âgés à peine de 18 ans. Très vite, la fratrie s’installe en équipe première qu’ils ne lâcheront plus de sitôt. A l’image de Shota, le buteur, qui dès sa deuxième saison, inscrit pas moins de 22 buts en 32 matchs.

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Shota et Archil, jumeaux dans les gènes mais également sur le terrain, partagent un poste : buteur. Pour une équipe comme le Dinamo Tbilissi c’est un atout incroyable. Pour preuve, en à peine 5 ans, ils inscriront pas moins de 86 buts à eux deux ! Poussés par leur grand frère Revaz au milieu de terrain, les jumeaux se trouvent les yeux fermés et la fratrie poursuit rapidement un rêve : jouer tous ensemble pour l’équipe nationale géorgienne. Un rêve qui se concrétise dès 1994, à l’occasion de la première campagne de qualifications pour un tournoi majeur disputé par l’équipe géorgienne depuis la fin de l’URSS.

Alors que Shota et Revaz sont appelés dès 1992, le troisième larron Archil a finalement droit aux honneurs du maillot frappé de la croix de Saint-George en 1994. Lors d’une campagne de qualification où Shota et son frère surprennent leur monde, comme lorsqu’ils accueillent le Pays de Galles de Ryan Giggs à Tbilissi.

Les gallois, désemparés par le jeu rapide et technique hérité de l’école du Dinamo Tbilissi de l’Union Soviétique, encaissent 5 buts. Temuri Ketsbaia, Giorgi Kinkladze et pour finir Shota Arveladze se mêlent tous à la fête en inscrivant des buts plus beaux les uns que les autres et attirent l’oeil des recruteurs européens. Alors que Revaz part pour 6 mois de prêt à Cologne, entamant une longue carrière allemande (Tennis Borussia Berlin, FC Homburg, Oberhausen), Trabzonspor vient toquer à la porte de Shota. Une nouvelle carrière démarre alors, un nouveau voyage comme nous le disait Revaz Arveladze lors d’une interview dans les locaux de leur fondation en 2016 :

Vous savez, pour moi, aller du football soviétique au football européen, ce n’était pas facile. Maintenant, ça fait plus de 20 ans que nous sommes indépendants, nous sommes plus proches de l’Europe. Mais pour notre génération, c’était difficile. En 1991, c’est la fin de l’URSS, en 1992 nous ne pouvions pas jouer de matchs officiels avec la sélection, 1993 nous sommes reconnus par l’UEFA et la FIFA, 1994 nous partons jouer à l’étranger. Mais j’ai eu la chance de bien connaître la langue anglaise, ce qui a facilité mon intégration.

Interview avec Revaz Arveladze à Tbilissi

Un nouveau voyage

Shota aurait difficilement pu espérer meilleur tremplin que Trabzon, l’ancienne Trébizonde. Dans une ville proche de la Géorgie géographiquement et culturellement, il s’épanouit, d’autant que son frère jumeau Archil est déjà au club. Dès sa première saison, il présente ainsi l’incroyable statistique de 22 matchs joués toute compétition confondue pour 19 buts marqués ! Le genre de bilan qu’il inscrira ensuite à chacune de ses saisons. L’année suivante n’est pas moins incroyable.

Trabzonspor, porté par un Shota en feu avec 18 buts en 23 matchs termine second du championnat et remporte la Coupe. Ils finissent encore second la saison suivante : cette fois ci, Shota plante 28 buts ! Enfin, pour sa quatrième année au club, il inscrit de nouveau 18 buts et atteint la finale de la coupe. Au total, en 4 saisons à Trabzonspor, Shota Arveladze inscrit pas moins de 81 buts en 123 matchs, ce qui va naturellement attirer la convoitise des plus gros clubs européens. Et parmi ceux-là, l’Ajax Amsterdam.

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C’est dans la capitale néerlandaise que le jeune Shota va véritablement commencer à se faire un nom parmi les grands attaquants du continent. Dans un club vainqueur de la C1 deux ans plus tôt, Arveladze n’est pourtant pas la star en arrivant. Il est même tellement nerveux lors de son arrivée qu’il en oublie d’emmener ses crampons pour son premier entrainement. Mais les doutes seront vite dissipés. Buteur 25 fois pour sa première saison, le pari géorgien est gagné. L’Ajax réalise le doublé coupe-championnat.

Tout semble sourire au buteur fétiche de l’Amsterdam Arena, qui rencontre par ailleurs sur les terrains…son frère Archil Arveladze, qui s’est engagé avec le NAC Breda. Puis, à l’été 1998, l’Ajax tente le pari de signer le jeune prodige Giorgi Kinkladze en provenance de Manchester City. Shota héberge d’ailleurs Kinkladze, son ami d’enfance, lors de son aventure amstellodamoise qui signera le crépuscule de sa carrière avant de partir pour Derby County.

Arveladze s’adaptera lui très bien lors de ses 5 saisons passées à Amsterdam. En 124 matchs, il inscrit 72 buts et remporte 3 trophées : 1 championnat pour sa première saison, puis deux coupes des Pays-Bas. Sous la houlette successive de plusieurs grands entraîneurs (Louis Van Gaal, Morten Olsen, Jan Wouters, Co Adriaanse), Shota se fait un nom à travers toute l’Europe.

La gloire de mon frère

L’apogée de la carrière de Shota culmine lorsque celles de ses frères touchent elles à leur fins. Après son passage au NAC Breda plutôt réussi, Archil le frère jumeau s’envole pour l’Allemagne et trois ans en dents de scie au FC Cologne avant de rentrer en Géorgie en 2003. Quand à Revaz, son aventure allemande se clôture en l’an 2000 à Oberhausen après quelques années au FC Hambourg.

Pour Shota, en revanche, les belles années ne font que commencer. Arrivé dans un groupe de l’Ajax qui comptait Jari Litmanen, Nikos Machlas, Tijani Banagida, Rafael Van der Vaart, les frères De Boer ou encore Christian Chivu, l’attaquant géorgien aura convaincu chacun de ses entraîneurs de son importance.

Mais après 5 saisons pleines à l’Ajax, un nouveau défi s’ouvre. Shota rejoint les Glasgow Rangers de Tore Andre Flo, Claudio Caniggia et son ancien collègue Ronald de Boer. Coïncidence ou non, l’année de son départ voit l’arrivée dans le groupe de l’Ajax d’un jeune attaquant du nom de… Zlatan Ibrahimovic !

Comme à l’Ajax, Arveladze n’a besoin que de peu de temps pour se faire une place. Dès sa première saison, et bien qu’il ne joue que 30 matchs toutes compétitions confondues, il marque 17 buts pour son nouveau club et s’offre son premier triplé en club la saison suivante (championnat-coupe-coupe de la ligue). Les deux saisons suivantes y seront du même acabit, avec un nouveau titre en championnat en 2005. Une nouvelle fois, Shota Arveladze explose les compteurs (plus de 130 matchs et 57 buts).

Au bout de 4 saisons pleines, une nouvelle fois en Ecosse, ce sera un retour aux Pays-Bas pour Arveladze. L’entraîneur de ses débuts à l’Ajax Louis Van Gaal vient de reprendre le club de AZ et y fait venir son protégé. Encore une fois, le cocktail Arveladze fait son effet et le club d’Alkmar finit 2ème puis 3ème en championnat. Quand à Arveladze il termine deuxième meilleur buteur derrière un certain Klaas Jan Huntelaar.

Toutes les bonnes choses ont une fin. En 2007, son dernier défi à Levante est celui de trop. Blessé dès son arrivée en juillet, il ne joue pas pendant 10 mois et finira par jouer 4 petits bouts de matchs avant de raccrocher les crampons à l’âge de 35 ans, après plus de 500 matchs en pro, et en ayant marqué plus de 300 buts, remporté 7 championnats nationaux et 9 coupes. Autant dire, un des plus beaux palmarès du football géorgien.

arveladze
uefa.com / gettyimages

Les 3 frères Arveladze

Le parcours des 3 frères Arveladze ne s’arrête pas à leur carrière de joueur, les 3 frères auront ensuite tenté des carrières d’entraîneur, avec plus ou moins de succès. Premier à avoir raccroché les crampons, Revaz se sera occupé une année de son club formateur, le Dinamo Tbilissi, pour une modeste (compte tenu du standing du club) troisième place en championnat, avant un passage au Locomotive Tbilissi en 2003.

Shota, lui, endosse le costume d’entraîneur dès la fin de sa carrière de joueur, en devenant assistant de son ancien mentor Van Gaal, encore à l’AZ, un poste qu’il gardera sous Ronald Koeman et Dick Advocaat. Il s’essaiera ensuite au poste d’entraîneur principal en Turquie, avec des résultats mitigés à Kayserispor, Kasimpasa et un retour manqué à Trabzonspor en 2015.

Il entraîne ensuite une saison le Maccabi Tel Aviv avec de nouveaux des résultats en dents de scie, avant d’être nommé il y a 3 ans au Pakhtakor Tachkent, poste qu’il occupe toujours avec cette fois ci de meilleurs résultats (un championnat remporté l’année dernière en 2019).

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Footballeurs et professionnels à succès en Europe, les Arveladze n’ont pas cessé d’essayer de rendre par ailleurs une partie de leur succès à la Géorgie. Ainsi au début des années 2000, dans un contexte économique et social extrêmement difficile, les frères Arveladze n’ont eu de cesse de soutenir économiquement leur club du Dinamo Tbilissi.

L’année 2004 marque un nouveau départ pour la fratrie. Revaz le grand frère met fin à sa carrière d’entraîneur et Archil est proche de la fin également. Tous ensemble, avec Shota, ils imaginent alors la création d’une association permettant de venir en aide aux enfants via le football en Géorgie.

Lire aussi : On a discuté avec Revaz Arveladze

C’est ainsi qu’est créée en 2007 la Fondation Arveladze, dont le but premier était d’aider de jeunes talents géorgiens doués balle au pied. Puis, à venir en aide aux enfants défavorisés en leur donnant un cadre par le football.

C’est ce que nous avions pu voir lors d’un Footballskitrip en Géorgie en 2017, où nous avions suivi les bénévoles de la fondation Arveladze dans des villages de montagnes où vivent des réfugiés de la guerre d’Ossétie du Sud.

Lire aussi : Passes à la frontière, quand le football vient en aide aux réfugiés d’Ossétie du Sud

Un projet que l’aîné des 3 frères, Revaz, nous avait présenté à cette occasion lors d’une rencontre privilégiée, ainsi que le concept de « Football thérapie » pour venir en aide aux enfants :

Cette fondation était l’idée mes frères et moi. Nous voulions créer quelque chose de bien, car nous, trois frères jouant au football dans le même club, la même sélection nationale, savons qu’un jour la carrière sera finie et qu’il faudra continuer à faire quelque chose.

Interview avec Revaz Arveladze à Tbilissi

Concrètement, la « football thérapie », c’est la possibilité pour des enfants d’oublier les problèmes qu’ils ont quotidiennement en jouant au football et en accédant à l’éducation. Les villages en question reçoivent de l’argent et construisent un petit terrain. La fondation Arveladze fournit les maillots, les ballons, les chaussures, mais aussi les entraînements, car chaque semaine un coach vient dans les villages pour diriger l’entrainement

Interview avec Revaz Arveladze à Tbilissi

Une fondation qui tourne aujourd’hui à plein régime et permet à plusieurs centaines d’enfants à travers le pays de bénéficier d’un cadre de vie associant football et vie sociale. Une structure qui peut toujours s’appuyer sur les 3 frères, pleinement investis dans leur mission, et leurs anciens coéquipiers et amis comme Frank de Boer, coéquipier de Shota Arveladze à l’Ajax et aux Rangers.

Depuis près de 30 ans, donc, les frères Arveladze ont laissé leur empreinte dans le football géorgien et s’attachent à transmettre désormais cet amour du sport à travers leur fondation, mais aussi à travers de nouvelles générations. Car les frangins Arveladze sont également pères de familles et c’est désormais Vato, le fils de Revaz, né à Hambourg pendant sa carrière allemande, qui continue à porter le nom des Arveladze sur les terrains. Un joueur que nous avions présenté comme un talent à suivre et qui cherche désormais à confirmer au Korona Kielce. Après Arveladze Frères, bientôt Arveladze Pères & Fils ?

Antoine Gautier

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