Saison 2016-2017 : Un an de football en Grèce

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 10 août 2017

Il s’est passé tellement de choses sur cette saison 2016-2017 qu’on se demanderait presque si on n’en a pas vécu deux ou trois en une. Matchs reportés, incidents, calendrier qui change du jour au lendemain, ou presque, on ne s’est clairement pas ennuyé lors de cette saison 2016-2017. Et, au milieu de tout ça, il y a quand même eu du football, avec un Olympiakos champion par défaut, un PAOK qui a retrouvé les joies d’un trophée, et un Panionios qui continue son petit bonhomme de chemin. Rétrospective.

L’Olympiakos, champion par défaut

Dans les stats, c’est un titre de plus. Le 43e, le 7e de suite, bref, comme une espèce d’habitude en Grèce : celle de voir l’Olympiakos finir champion à la fin de la saison. Sauf que cette fois-ci, ce fut bien moins facile que les années précédentes (on l’avait déjà raconté ici). La domination a été bien moins outrageuse, et le club du Pirée a semblé plus que jamais à la portée de certains de ses concurrents, qui, par manque de régularité, n’ont pas su mettre fin à l’hégémonie. L’une des raisons de cette saison en demi-teinte tire sans doute son origine à l’intersaison. Marco Silva parti au tout début de la prépa’, au moins de juin, est remplacé par l’Espagnol Victor Sanchez, ancien joueur du Pana mais aussi adjoint de Michel lors de son passage à l’Olympiakos. Un technicien ibérique qui ne durera que 47 jours, la faute à une élimination pitoyable face à Be’er Sheva, lors des tours préliminaires qualificatifs à la Ligue des Champions.

Et voilà l’Olympiakos qui se retrouve avec un 3e coach, le Portugais Paulo Bento, alors que le championnat n’a même pas encore commencé. En se qualifiant péniblement face à Arouca, le club assure sa présence en phase de poules de la Ligue Europa. Le recrutement, lui, semble assez cohérent. Ou plutôt qualitatif, quand on regarde d’un peu plus près les profils : Leali (Juventus, prêt) dans les cages, Figueiras (Séville) en défense, l’ancien marseillais Romao au milieu, Marko Marin et Elyounoussi sur les ailes, et surtout Oscar Cardozo, l’ancien de Benfica, à la pointe de l’attaque. Mais ça, c’est sur le papier. Dans les faits, en revanche, c’est bien plus poussif. Pas forcément réputé pour déployer du beau jeu, Paulo Bento n’impressionne pas. Et c’est un euphémisme. Le début du championnat est pourtant quasi parfait, avec 9 victoires en 10 journées, mais le jeu, lui, est poussif, très poussif. Les supporters n’apprécient guère. Les éclosions d’un trio de jeunes – Retsos en défense, Androutsos au milieu et Manthatis pour animer le jeu – seront d’ailleurs la seule satisfaction de la saison. Mais ça ne suffit pas.

Arrive alors ce mois de février, avec un calendrier difficile : l’AEK, le Panionios, le PAOK et le Pana à affronter en 5 matchs. Ça passe ou ça casse. La campagne européenne avait déjà été décevante, avec une qualification de justesse dans une poule pourtant pas si relevée (Astana, APOEL, Young Boys), puis un succès face à Osmanlispor pour accéder aux 8es de finale. Mais sur la scène grecque, la chute sera grande. L’Olympiakos s’incline face aux quatre adversaires cités ci-dessus, sans marquer une seule fois. Un affront immense. Intolérable pour un club de ce calibre, qui semble plus que jamais susceptible de ne pas être champion. Perdre 3 fois de suite en championnat n’était d’ailleurs plus arrivé depuis bien longtemps.

Paulo Bento n’y résistera pas, et sera démis de ses fonctions, comme bien d’autres avant lui (et sans doute après). Takis Lemonis prendra la suite, histoire de sauver les meubles. Et, en étant régulier face aux « petits », l’Olympiakos parviendra à accrocher le titre, 6 points devant un PAOK pénalisé de 3 points au départ de la saison pour des incidents en tribunes. Mais en Coupe, l’aventure s’arrêtera en demi-finale, face à un voisin de l’AEK qui a pris un malin plaisir à battre son homologue du Pirée ces dernières années, avec notamment un match aller perdu à la maison (1-2). Pas de doublé, et une élimination face à Besiktas en 8es, en sombrant au retour en Turquie (4-1). Ou comment rater une saison dans ses grandes largesses. Le recrutement évoqué ? Un échec. Une saison ratée, en somme. Et à peine sauvée par un titre plutôt immérité…

Le PAOK, un titre et des déceptions

Le dernier titre remontait à la saison 2002-2003, déjà en Kypello Ellada. Depuis, le PAOK avait souvent été placé, que ce soit en championnat ou en Coupe, sans jamais triompher. Alors, quand Pedro Henrique permettait aux siens de reprendre l’avantage à quelques minutes du terme de la finale (voir dans le résumé ci-dessous), forcément, on s’est dit que cette fois c’était la bonne. Pourtant, le PAOK avait d’autres ambitions au coup d’envoi de cette saison 2016-2017. Celle, assumée depuis longtemps, de mettre fin à ce règne du grand rival de l’Olympiakos, tout en essayant de se qualifier pour une Ligue des Champions que le club n’a plus connus depuis bien longtemps. Le deuxième objectif prendra fin dès le début août, et une élimination face au futur finaliste de l’Europa Ligue, à savoir l’Ajax, bien supérieur. En écartant le Dinamo Tbilissi, les Thessaloniciens s’assurent un ticket pour l’ancienne coupe UEFA. Mais avec 3 défaites (notamment face au PAS Giannina à domicile) et 2 nuls sur les 10 premières journées, le PAOK s’est mis de gros bâtons dans les roues pour aller titiller l’Olympiakos. Surtout qu’avec cette pénalité de 3 points héritée de la saison précédente, l’erreur n’était pas permise.

À mi-parcours, le PAOK est 5e. Indigne d’un club qui veut être champion et qui, désormais, va devoir se battre pour assurer une place en playoffs. Mais contrairement à d’autres président, Ivan Savvidis maintien sa confiance en Vladan Ivic. Heureusement, à partir de la 13e journée, le PAOK enchaînera 10 matchs sans défaite, avec 8 victoires à la clé. Un parcours de champion. La fin de saison sera d’ailleurs quasiment parfaite, avec un seul accroc face à l’AEK. De quoi laisser d’énormes regrets. Ceux, d’abord, d’avoir attendu le mercato hivernal pour apporter les retouches nécessaires à un effectif déjà plutôt qualitatif. Prijovic (Legia) devant et l’ancien Rennais Pedro Henrique sur les ailes auront largement contribué à modifier le visage d’une équipe amoindrie avec le départ de Garry Rodrigues à Galatasaray en janvier. Seul Amr Warda, étincelant à Panetolikos, sera un peu en dedans après son arrivée au mercato hivernal. Le regret, donc, d’avoir lâché tant de points face à des adversaires largement à leur portée (matchs nuls face à Veria, Xanthi ou encore Iraklis), laissant le soin à l’Olympiakos d’aller chercher un titre qui n’aurait sans doute pas été volé s’il avait atterri dans le nord du pays.

Mais le gros point positif de la saison est arrivé début mai. Le 6, très exactement. Pour ce qui est de l’extrasportif, on y reviendra plus tard dans l’article. Sur le terrain de Volos, c’est un PAOK avec du caractère qui est allé chercher un titre qui manquait depuis si longtemps. La délivrance est arrivée à la 81e quand, malgré une position de hors-jeu évidente, Pedro Henrique envoyait une tête qui trompait Anestis. Une consolation dont le PAOK se contentera amplement, tant glaner un titre en Grèce est devenue une mission aussi difficile que d’accrocher une Coupe de France ou une Coupe de la Ligue en France. L’autre point positif aura été le mandat d’Ivic, ancien coach des U20, à la tête de cette équipe. Sans être clinquant, le Serbe a su faire progresser le PAOK, lui offrant, par exemple, un succès probant sur la pelouse de la Fio (3-2) pour aller chercher une qualif’ en 16es, où le tirage (Schalke) fut trop difficile pour continuer l’aventure.

Pana et AEK, mieux vaut tard que jamais

Qu’aurait donné les saisons du Pana et de l’AEK si elles avaient débuté de la même manière qu’elles ont clôturé cet exercice 2016-2017 ? Nul ne sait. Ça n’aurait sans doute pas été suffisant pour aller chercher le titre (et encore que…), mais ça aurait sans doute évité un tas de choses embarrassantes. Commençons par l’AEK qui, comme beaucoup de clubs, a fait n’importe quoi sur cette intersaison. Ancien joueur du club, le Géorgien Ketsbaia arrive à la tête de l’équipe. Son bilan ? 7 petits matchs, avant un départ pour « désaccord avec la direction ». Arrive alors le Portugais José Morais, à la réputation peu flatteuse et au CV qui n’incite vraiment pas à l’optimisme. Il durera quand même 14 matchs, avant de lui aussi dégager à la mi-janvier. À ce moment-là, l’AEK est alors 7e, loin de tout. Loin de ce qui était prévu, surtout. Et le recrutement, dans tout ça, fut à la limite du scandale. Lescott et Almeida sont les « grosses » signatures, mais ni l’un ni l’autre n’a le niveau suffisant. L’Anglais tiendra 4 mois avant de résilier, sans doute conscient qu’il fallait arrêter de se foutre de la gueule des Grecs de la sorte, sous peine d’être exfiltré d’urgence. Le Portugais, lui, est toujours là, après une première saison marquée par les blessures et quelques buts ici et là, mais un salaire trop lourd (comme lui) pour le faire dégager.

Du côté du Pana, on pourrait décrire une situation identique. Peut-être même pire. Le coach en place, Stramaccioni, décide de faire signer du nom plutôt que du talent. Ibarbo, Samba, Wakaso, Ivanov (liste non-exhaustive) : tous débarquent à Athènes avec leur expérience, leur folie, mais surtout leur gros salaire et un niveau largement insuffisant pour un championnat comme la Superleague. C’est dire l’ampleur des dégâts. L’ancien coach de l’Inter, lui, tiendra jusqu’au début du mois de décembre, et ses signatures s’en iront une par une en janvier, forçant le club à s’endetter encore un peu plus en résiliant des contrats aussi lourds que la pierre portée par Sisyphe. La campagne européenne sera indigne d’un tel club, avec 5 défaites en 6 journées de Ligue Europa, et une dernière place du groupe totalement méritée. Mais pour éclaircir aussi le tableau, le Pana aura su, au milieu de ces choix étranges, en faire d’autres bien plus intelligents : le très régulier Ousmane Coulibaly (Platanias), l’ancien Niçois Hult, et le retour en janvier de Klonaridis, vendu à l’été à Lens, mais qui n’a pas su se faire sa place au nord de la France.

Pour ces deux mastodontes du football grec, le salut est passé par l’arrivée d’un nouvel entraîneur. Du côté de l’AEK, on a choisi de faire revenir un ancien : l’Espagnol Manolo Jimenez, au club entre 2010 et 2011, quand l’AEK était encore un abonné des joutes européennes. Un choix judicieux. De la 6e place, l’ancien de Séville mènera l’aigle à deux têtes jusqu’à sa place logique – les playoffs – ainsi qu’en finale de la Coupe, comme évoqué plus haut. Surtout, en ramenant Araujo de Las Palmas, Jimenez chamboule le visage de l’équipe, qui redevient cet AEK si chiant à affronter, et très difficile à battre. Une équipe métamorphosée, tout simplement. Les playoffs en attesteront d’ailleurs : revenu dans la course à la 2e place in extremis, l’AEK accroche le ticket pour les tours préliminaires de la Ligue des Champions dans les derniers instants de la dernière journée, grâce à … Araujo.

Le Pana, lui, optera pour ce qui est sans doute le meilleur technicien grec à l’heure actuelle : le très élégant Marinos Ouzounidis, l’ancien Havrais, qui avait montré de très belles choses au Panionios, avant d’en partir avec fracas. La métamorphose fut peut-être un peu moins saisissante, mais tout aussi réelle. Avec des hauts et des bas, l’ancien club de Djibril Cissé sauvera l’essentiel : une place en playoffs, que la belle surprise de Xanthi a longtemps miroité. Mais porté par un Marcus Berg essentiel (meilleur buteur du championnat, et sans qui le Pana aurait sans doute fini 6 ou 7e), les Verts sont allés à l’essentiel, dans le sillage, également, d’un Klonaridis requinqué et qui a montré qu’il pouvait, s’il maintenait ce niveau, être un candidat crédible à la sélection. Mention spéciale également à Odisseas Vlachodimos, devenu titulaire en lieu et place d’un Luke Steele déclinant et décevant dans les cages du Pana. Mieux vaut tard que jamais.

Le Panionios, le coup de cœur permanent

Dans un championnat où les satisfactions se font rares, le Panionios est une éclaircie. D’abord, parce que ce club fait partie des meubles en Grèce, avec une histoire qu’on ne retrouve que chez très peu d’équipe du pays (si vous ne connaissez pas, pas de panique : lisez ceci), et même au-delà des frontières. Ensuite, parce que les banlieusards athéniens ont pris la bonne habitude de recruter malin, et de se glisser dans les places qualificatives à l’Europe. C’était déjà le cas l’an dernier, sous la houlette d’Ouzounidis et d’un duo iranien Ansarifard – Shojaei qui a martyrisé plus d’une défense. Cette saison ? Bis repetita. Ouzounidis parti, c’est le Serbe Milojevic qui lui succède, avec la même recette : une équipe essentiellement grecque, avec un mix de jeunes (Siopis, Lamprou), de revanchards (Risvanis), de joueurs prêtés (Ben Nabouhane, Gianniotis) et de quelques étrangers pas gênés par la technique, avec ces deux Iraniens.

Un cocktail détonnant, qui a causé des problèmes à toutes les équipes de Superleague, sans exception. Et qui a permis à la plupart de ces joueurs de décrocher un transfert vers un club plus prestigieux, comme Ansarifard, parti à l’Olympiakos en janvier pour un demi-million d’euros. Le coup d’éclat viendra avec cette victoire au Karaiskakis à la fin février, qui a montré, s’il le fallait encore, que le Panionios poussait très fort à la porte du Big 4 à la sauce grecque. Le genre de truc qui marque bien le coup. Plus globalement, le Panionios est devenu LE club capable de former de jeunes talents, de relancer (en prêt) ceux qui n’ont pas beaucoup de temps de jeu dans les gros clubs (et qui souhaitent quand même jouer dans une équipe qui ne va pas se battre pour le maintien). Et les joueurs, eux, l’ont intégré maintenant : pour leur carrière, le Panionios est un tremplin très intéressant.

La seule petite déception, finalement, fut en playoffs. Malgré toute sa bonne volonté, et une victoire à l’OAKA face à l’AEK, le Panionios, qui n’avait pas pu participer aux tours préliminaires d’Europa Ligue à l’été faute de garanties financières suffisantes, n’a jamais pu se mêler à la lutte à la 2e place. Ben Nabouhane, si bon en saison régulière, a marqué un peu le pas. Et Yesil, arrivé en janvier, était à court de forme. 1 petite victoire en 6 journées : trop peu pour espérer rêver encore un peu. Sans les moyens de ses concurrents, difficile de rivaliser. Et les bonnes idées ne suffisent pas toujours à faire la différence. Mais qu’importe : une fois de plus, le Panionios aura bouclé une très bonne saison. Qui en appelle logiquement d’autres.

Des playoffs très décevants

Qu’on se le dise : l’épilogue de la saison grecque, celui censé nous envoyer du rêve et promouvoir un peu la Superleague à l’étranger, fut d’un ennui sans nom. À la limite du foutage de gueule. 4 équipes, 6 journées, et un total famélique de 21 buts. Un jeu inexistant, des 1-0 à la pelle, des équipes émoussées et qui ont peur de se découvrir pour ne pas hypothéquer une potentielle 2e place qui, de toute manière, n’est que très rarement synonyme de Ligue des Champions. C’est d’ailleurs bien simple : il a fallu attendre la dernière journée, où l’enjeu était encore bien réel, pour qu’enfin, on puisse vibrer un peu.

Un Pana qui vient crucifier le PAOK à la Toumba avec un Klonaridis déchaîné (3-2, voir ci-dessous) et, dans le même temps, un AEK qui accroche la 2e place sur le fil, grâce à Araujo (2-1 face au Panionios) : là, on s’est dit que ça ressemblait enfin à du football professionnel. Mais, dans le fond, cela pose une vraie question : ce système est-il vraiment le plus efficace, ou, du moins, le plus approprié pour nous offrir du spectacle et éviter les affiches où on préférera bétonner et ramener le nul plutôt que d’espérer accrocher les trois points ? Ce n’est pas anodin si la Fédé planche d’ailleurs sur une refonte du championnat, avec un champion qui serait désigné à l’issue de ces playoffs. De quoi leur rendre un peu de piment ? Dur à dire, tant ce schéma semble avoir autant de partisans que de détracteurs. Mais changer de formule semble une nécessité.

Mais comment finir ce chapitre sans évoquer l’un des tournants de la saison ? Ce match entre le Pana et le PAOK, dans le stade des Athéniens. Alors que le Pana menait 1-0, Ivic, le coach du PAOK, était heurté à la tête par le jet d’une canette de bière. Blessé, le technicien serbe était évacué sur civière, le match interrompu, et le score inversé. D’un 1-0 pour les locaux, on est passé à une victoire 3-0 sur tapis vert pour le PAOK, avec, en prime, 3 points retirés au classement. De quoi redistribuer les cartes de manière assez inattendue, mais, surtout, de susciter d’énormes regrets dans le clan du Pana, tant l’occasion était belle, avec ce succès qui s’annonçait, d’aller chercher cette 2e place. Mais, parfois, les supporters peuvent être un frein à la performance en Grèce, comme on le voit avec les nombreux incidents en tribunes (voir ci-dessous). Et dans tout ça, c’est l’image du foot grec qui en sort abîmée, notamment à l’international. Si personne ne s’intéresse vraiment aux résultats de la Superleague en dehors des frontières, l’image d’un coach allongé, se tenant la tête avec ses joueurs autour, elle, fait le tour du monde.

La Grèce et ses tribunes, problème récurrent

17. Comme le nombre de matchs à huis clos que devront purger les clubs du top 4 (Olympiakos, Pana, PAOK, AEK) sur les premières journées de la Superleague 2017-2018. La preuve, s’il en fallait encore une, que le football grec se traîne un problème de violence dans les stades qui dure encore et toujours. On avait déjà pu l’observer sur la saison 2015-2016, avec les incidents lors de la demi-finale de la Coupe entre le PAOK et l’Olympiakos, avec un envahissement de la pelouse de la Toumba puis l’interruption de la rencontre. Et, malheureusement, plusieurs épisodes violents ont été à signaler lors de l’exercice qui vient de s’écouler. L’un des plus notables a déjà été mentionné ci-dessus : la canette lancée sur Vladan Ivic, le coach du PAOK, sur la pelouse du Pana, entraînant une interruption puis un match (crucial) perdu sur tapis vert.

Mais le point où le ridicule a rejoint l’inexcusable fut au moment où le football grec devait être en fête. Réunis au Stade Panthessaliko de Volos, le PAOK et l’AEK devaient s’affronter sur la pelouse pour déterminer le vainqueur de la Coupe de Grèce. Au lieu de ça, des « supporters » des deux équipes se sont affrontés, mais pour de vrai, aux abords d’une passerelle surplombant le stade, puis dans l’enceinte même. Le tout, face à une sécurité totalement dépassée. Et les images de cette violence, forcément, ont fait le tour du monde, une fois de plus. Ou comment montrer un foot grec rongé par la violence dans les stades, avec une sécurité et une police qui, de son côté, semble totalement perdue. Sans oublier une fédération qui n’a pas senti venir le danger, alors que tout le monde savait que les fans des deux camps avaient prévu de se mettre sur la gueule. Le jackpot, en somme.

Tout cela s’inscrit aussi dans une certaine baisse des ambiances, puisque le contexte économique difficile en Grèce influe logiquement sur le taux de remplissage des stades, malgré les efforts que font ces équipes pour aller vers les plus démunis avec des tarifs spéciaux. Si les « gros » s’en sortent encore à peu près, les ambiances sur les matchs basiques de Superleague sont de moins en moins attrayantes. Et ces peines de huis clos, qui n’éradiquent jamais le problème (que ce soit en Grèce ou ailleurs), ne vont rien arranger, si ce n’est faire perdre des recettes de billetterie à des clubs qui n’ont déjà pas beaucoup de sources de revenus mis à part les faibles droits TV. De Superleague, on passe à la HuisclosLeague

Xanthi y a cru, l’Iraklis rattrapé par la patrouille

Pendant une grande partie de la saison, on a cru que Xanthi allait le faire. Avec l’excellent Razvan Lucescu sur le banc (le fils de Mircea, pour l’anecdote), l’ancienne équipe sponsorisée par Skoda s’est longtemps mêlée à la course aux playoffs, se permettant même d’être 2e au soir de la 16e journée après une victoire face à l’Iraklis. Portée par un Hamza Younes déchaîné en pointe (19 buts en championnat, sacrée trouvaille), les Macédoniens se sont, par exemple, offert le luxe de battre le Pana à l’aller et au retour. Malheureusement, l’histoire ne s’est pas aussi bien terminée qu’elle aurait pu (ou dû, c’est selon). Avec un calendrier difficile (Olympiakos, AEK, Panionios, PAOK de suite à partir de la 17e journée), Xanthi a laissé filer des points et ses poursuivants. Mais cela a sans doute donné des idées à quelques équipes qui voudraient imiter la performance : prenez un bon coach, un buteur efficace et un collectif sans stars, mais avec des joueurs qui mouillent le maillot et vous pourrez espérer jouer les playoffs.

De la 7e à la 12e place, on retrouve, dans l’ordre, Platanias, l’Atromitos, le PAS Giannina, Kerkyra, Panetolikos et l’Asteras Tripolis. Pour le PAS et l’Atromitos, la saison a été un peu décevante, parce que les objectifs étaient un peu plus élevés. Très intéressant pour sa première participation européenne (tours préliminaires d’Europa Ligue), le PAS a, comme Xanthi, longtemps caressé le rêve de se glisser en playoffs, avec sa trouvaille espagnole – Pedro Conde – à la pointe de l’attaque, et l’ancien Bastiais Christopher Maboulou. Une équipe tactiquement en place avec le 3-5-2 cher à Petrakis, mais qui a touché ses limites, avant de sombrer petit à petit et d’échouer à la 9e place. Pour l’Atromitos, c’est un peu différent. L’équipe athénienne a fonctionné par à coups, incapable de trouver une certaine régularité malgré un effectif d’une qualité certaine. Il a fallu attendre le retour de Sa Pinto pour que l’Atromitos ne retrouve une certaine cohérence tactique, et les résultats qui en ont découlé. Mais il était déjà trop tard pour que la bande à Anthony Le Tallec (6 buts) puisse accrocher le bon wagon.

Pour le reste, Platanias a vécu une saison relativement tranquille, vite débarrassé du souci du maintien, mais jamais dans la course pour les playoffs. Pour un promu, Kerkyra a montré un beau visage et quelques promesses (si on oublie les 5 défaites lors des 6 dernières journées), comme l’Allemand Epstein ou le Brésilien Thuram, plutôt intéressant avec ce nom qui rappelle des souvenirs de France 98. L’Asteras avait sans doute espéré une saison qui démarrait par autre chose que 5 défaites lors des 6 premières journées. Avec un tel départ, forcément, difficile de jouer autre chose que le maintien. Enfin, le Panetolikos, amputé d’Amr Warda lors du mercato hivernal, a assuré l’essentiel : renouveler son bail dans l’élite. Sans être vraiment en danger (jamais relégable), ni vraiment briller (meilleure place : 9e). Dans le rang, quoi.

La lutte pour le maintien s’est réellement déroulée entre 4 équipes (dans l’ordre) : Larissa (6 victoires), Levadiakos (6 victoires), l’Iraklis (5) et Veria (5). Durant toute la saison, elles n’ont jamais vraiment décollé de ces dernières places, notamment Levadiakos et Veria qui, malgré des chamboulements incessants dans leur effectif (et de beaux retards de paiement, aussi, malheureusement), n’ont jamais trouvé la bonne formule pour s’en sortir. Mais après le sportif, le volet financier peut aussi faire d’énormes différences. Alors que Veria et Levadiakos étaient montés dans la charrette pour la Football League, et que l’Iraklis avait accompli son miracle en sortant 4 succès de suite entre la 26e et la 29e journée, le club de Thessalonique a été rattrapé par ses démons. Des impayés qui, cumulés, ont entrainé un retrait de 3 points. À égalité avec Levadiakos, l’Iraklis prenait finalement la première place relégable à la différence particulière (Levadiakos – Iraklis 3-0 et Iraklis – Levadiakos 1-0). Plus cruel que ça, ça n’existe sans doute pas !

La Grèce de demain

Histoire de terminer l’article sur une bonne note, venons-en à ce qui a été sans doute l’aspect le plus intéressant de cette saison 2016-2017 : l’émergence, ici et là, de jeunes talents qui pourraient bien faire un bien fou à un football grec loin de son lustre d’antan. Commençons d’abord par l’ovni Retsos, sorti un soir d’août face aux Portugais d’Arouca. Sans doute le seul héritage qu’a laissé Bento à l’Olympiakos : l’utilisation de Retsos en défense centrale, d’Androutsos dans l’entrejeu (à découvrir dans l’Oeil du recruteur) et de Manthatis sur l’aile. Si le défenseur central, qui s’est retrouvé capitaine à 18 ans (et ça, c’est un exploit au moins aussi grand que de gagner un Euro avec la Grèce), est sans doute celui qui a montré le plus de promesses, et qui devrait vite signer dans un club plus huppé, ses deux autres camarades ont montré qu’ils pouvaient faire aussi bien, voire mieux, que les mercenaires que le club a pris l’habitude de faire revenir. Surtout, le technicien portugais les a laissés dans le onze titulaire malgré les résultats décevants, leur permettant d’acquérir une expérience intéressante, et surtout une sacrée capacité à composer avec la pression.

Parmi les autres satisfactions, on pourrait citer Dimitrios Limnios, la jeune pépite de l’Atromitos. Le jeune ailier de 18 ans fut l’une des rares satisfactions de son équipe, bouclant la saison avec un total de 34 apparitions toutes compétitions confondues. Si ses stats sont encore à améliorer (1 buts, 3 passes décisives), il a montré qu’il pouvait prendre le jeu d’une équipe de Superleague à son compte, et, surtout, faire souffrir la plupart des défenses avec sa technique et sa vivacité. Pas surprenant de le voir rejoindre le PAOK à la fin de la saison, contre une indemnité de 800k€. Espérons qu’il puisse avoir du temps de jeu et poursuivre sa progression. Ou que le club, qui ne compte pas en faire un titulaire en puissance dès maintenant, le prête pour qu’il trouve cela ailleurs. Citons également son coéquipier Alexandros Katranis (défenseur gauche), dont la très intéressante première saison dans l’élite lui a ouvert les portes de la Ligue 1 et de Saint-Étienne. Autres noms de jeunes talents que l’on a vu à l’œuvre et que l’on pourrait citer comme étant promis à un bel avenir : Stefanos Evangelou (défenseur, 19 ans, Panathinaïkos), Zisis Karachalios (milieu, 21 ans, Levadiakos), Konstantinos Galanopoulos (milieu, 19 ans, AEK), ou encore Lazaros Lamprou (19 ans, PAOK), très bon lors de son prêt à l’Iraklis puis au Panionios, où il restera encore lors de la saison à venir.

Par ailleurs, quelques joueurs un peu plus âgés ont confirmé de belles dispositions qui pourrait servir à l’Ethniki Omada à l’avenir : les bi-nationaux du Pana Odisseas Vlachodimos (gardien) et Viktor Klonaridis (milieu), qui peuvent encore choisir le pays de leurs origines, le milieu Dimitrios Kourbelis (passé de l’Asteras au Pana en cours de saison et qui a connu sa première sélection en juin dernier), les deux gardiens Kapino (Olympiakos) et Gianniotis (Olympiakos également, mais prêté au Panionios).


Image à la une : © Andreas Papakonstantinou / Toure / SOOC via AFP Photos.

Martial DEBEAUX

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Le pied gauche d'Holebas, la hargne de Karagounis, la technique de Fortounis, la classe de Nikopolidis & le jeu de tête de Charisteas.
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