Le football dans les RSS – #25 l’Azerbaïdjan : Depuis l’indépendance

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 6 janvier 2018

A moins d’un an de la Coupe du Monde, nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire du football soviétique des différentes (quatorze, hors Russie) républiques socialistes soviétiques d’Union Soviétique avec quatorze semaines spéciales, toutes reprenant le même format. Nous poursuivons en ce début d’année avec la cinquième: l’Azerbaïdjan. Episode 25 : l’état du football en Azerbaïdjan depuis l’indépendance.

Depuis l’indépendance, le championnat d’Azerbaïdjan, c’est un peu le foutoir, pas aidé par la guerre du Nagorno-Karabakh qui secoue encore le pays de temps à autre. Le Neftchi Bakou s’est fait une place dans le palmarès, et continue d’entretenir sa légende. Mais une nouvelle place forte s’érige à Agdam, virtuellement vu qu’il s’agit d’une ville morte à cause du conflit. Vous connaissez probablement son nom : le Qarabag Agdam, quadruple champion en titre et premier club azerbaïdjanais à avoir atteint la phase de groupe de la Ligue des Champions. Plus qu’une fierté nationale, un symbole fait pour perdurer.

Un chaos général

Depuis l’indépendance, le championnat d’Azerbaïdjan est marqué par une instabilité continue, une situation qui perdure même encore aujourd’hui. Les clubs triomphent, chutent, disparaissent, renaissent, descendent, remontent, se renomment voire même se chamaillent à tel point que le championnat n’a pas eu lieu deux saisons durant, en 2001-2002 et 2002-2003. Le nombre de refontes de la première division est également conséquent pour un championnat d’à peine 25 ans.

Les équipes nées durant l’ère soviétique s’accaparent la majorité des trophées disponibles. A commencer par le Neftchi Bakou, qui domine relativement fort les deux premières décennies avec huit titres, deux médailles d’argent, cinq de bronze et six coupes (ainsi que quatre finales). Cependant, son dernier championnat remonte à 2013 et la dernière coupe à 2014. Le Neftchi est aussi le premier club azerbaïdjanais à atteindre la phase de poules de la Ligue Europa, c’était en 2012-2013 où ils se sont qualifiés en battant l’APOEL en barrages, avant de récolter trois points (trois matchs nuls) dans un groupe composé de l’Inter, le Partizan et le Rubin.


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Les autres gros larrons à l’aube de l’indépendance se nomment le FC Bakou, Qarabag, le Kapaz, Sumgayit, Turan-Tovuz, le Khazar Lankaran, ou le FK Shamkir. Aujourd’hui, le FC Bakou est retourné au niveau amateur après que son propriétaire, un certain Hafiz Mammadov, ait sommé tout le monde à chercher un nouvel employeur pour faire face aux difficultés financières, en 2014. Refondé en 1997, le club compte pourtant deux titres, acquis en 2006 et 2009, et trois coupes nationales. Surtout, cette déliquescence intervient trois ans à peine après l’inauguration d’un nouveau complexe flambant neuf de 3 000 places, qui tombe désormais en ruines.

Le Kapaz, club basé à Ganja dans l’Est du pays, qui a participé une saison à la Première ligue russe (en 1968), a remporté trois titres de champion et quatre coupes durant la première décennie, avant de faire l’ascenseur entre l’élite et la seconde division. Le club est maintenant stabilisé en première division depuis trois saisons. Avec le Neftchi et le Khazar, l’affluence des matchs à domicile du Kapaz est dans les meilleures d’Azerbaïdjan et a même pu compter jusqu’à 15 000 supporters lors de la saison 2015-2016 alors que la moyenne nationale tourne autour de 2000 spectateurs.

Le complexe du FC Bakou dans un état de délabrement. | © Maftun Rasulzada / qol.az

Sumgayit avait vu le jour en 1961 sous le nom de Metallurg Sumgait mais il a fallu attendre 2010 pour que le club se reforme. Il joue en première division depuis 2011 mais n’a jamais pu faire mieux qu’une sixième place, ni qu’un quart de finale en Coupe.

On retrouve aujourd’hui Turan-Tovuz en seconde division, n’ayant pu disposer de la licence pour faire partie de l’élite alors qu’ils avaient gagné la seconde division la saison passée. Turan-Tovuz, basée dans la ville de Tovuz à l’extrême est du pays, est le premier club professionnel de l’Azerbaïdjan. Fournisseur de talents, Tovuz passe les quatre premières saisons sur le podium, glanant le titre en 1994, une médaille d’argent et deux de bronze. Le club rentre ensuite dans le rang et vogue petit à petit vers les tréfonds du classement, jusqu’à la relégation survenue en 2013.

Le Khazar Lankaran est mort, vive le Khazar. Si seulement c’était vrai. Créé en 2004, le Khazar Lankaran est l’un des plus populaires du pays et a immédiatement fait figure de principal rival au Neftchi, baptisant ainsi le derby le plus chaud du pays, le Böyük Oyun, « le Grand Match ». Dès la première saison, le Khazar finit en tête du championnat, à égalité de points avec le Neftchi, malgré une différence de buts de +19 par rapport à son rival. Evidemment, le Neftchi remporte le match d’appui, 2-1, après avoir été mené 0-1 à la mi-temps. La rivalité vient de naître. C’est Lankaran la provinciale, la ville du sud proche de la frontière iranienne, contre Bakou la capitale, l’urbaine qui se dore de tous ses apparats. Les matchs attirent les foules, surtout à Lankaran où l’affluence dépasse régulièrement les 10 000 spectateurs. Sur le terrain, le Khazar a su glaner quelques titres, trois coupes nationales et surtout un championnat en 2007, ainsi que trois médailles d’argent. Le club a pu ainsi goûter aux soirées européennes, en affrontant notamment le Dinamo Zagreb, le Lech Poznan, le Nistru Otaci, Maccabi Tel-Aviv ou le Nomme Kalju. Mais après un court règne de John Toschack, puis deux saisons mornes, le club finit à une piteuse dixième et dernière place en 2016. Direction la seconde division ? Non, car la Fédération n’accorde pas de licence au Khazar. Le Khazar est mort et n’est plus un club professionnel.

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Les supporters du Khazar. | © Ravanio / Wikipedia

Le FC Shamkir est un autre club ancien, fondé à l’époque soviétique. Il entre d’abord en seconde division puis monte en 1995. Le club remporte trois titres de champion, dont celui de 2001-2002 qui reste hautement contesté et non-reconnu par la Fédération. Cette saison-là, un conflit opposant la Fédé aux clubs fait que le championnat est suspendu pour la phase de play off.  Mais les clubs continuent à le jouer de manière officieuse et le FC Shamkir parvient à le remporter. Toutefois, n’étant pas reconnu par la Fédération, ni l’UEFA ni la FIFA ne considèrent l’issue du championnat comme officielle et les clubs azerbaïdjanais sont donc exclus des compétitions européennes qui s’en suivent. Le conflit continue lors de la saison suivante, avant que le championnat ne revienne à la normale en 2003-2004. Le FC Shamkir termine alors deuxième avant de sombrer la saison suivante, étant dissous par manque de sponsors. Le club renaît en 2010 mais végète depuis lors dans l’antichambre de l’élite.

Parlons aussi du Keshla FC, d’abord dénommé Khazar Université car il était propriété de l’université privée de la capitale, mais plus connu sous le nom de l’Inter Bakou, son nom de 2004 à 2017, avec lequel le club remporte deux titres de champion et finit trois fois deuxième et trois fois troisième. L’Inter passe régulièrement le premier, voire le second tour qualificatif en coupe d’Europe, ayant ainsi déjà fait tomber Rabotnicki, le FC Tiraspol, Narva Trans, FH ou plus récemment le Mladost Lucani. Mais les problèmes financiers apparaissent dès 2015 avec une sanction de l’UEFA qui l’exclut des compétitions européennes pour les trois prochaines saisons. La lumière arrive cet été avec un nouveau repreneur, le changement de nom, de logo et de couleurs intervient en cours de saison et voici donc le Keshla FC en route vers de nouveaux succès.

On peut aussi citer le FK Khazar Sumgayit, dauphin des deux premières saisons et qui a disparu des radars en 2004, ou l’éphémère Karvan, créé en 2004, dissous en 2012, reformé en 2013, mais disparu depuis, ou encore le Khazri Buzovna, fondé en 1994, médaillé d’argent en 1996, de bronze en 1997, disparu en 1998.

Le Neftchi surnage, Qarabag déménage

On le voit, le championnat est tout sauf un long fleuve tranquille et il est difficile d’y voir clair dans toutes ces recompositions incessantes. Heureusement, le Neftchi est là pour faire figure de fil rouge, et le club est au-dessus de la mêlée avec une présence constante en première division depuis sa création (seul Qarabag peut également s’en vanter) et l’honneur d’être le club le plus titré d’Azerbaïdjan.

26 équipes participent à la première édition du championnat d’Azerbaïdjan, en 1992, disputé en deux groupes avec play-off. Le Neftchi Bakou sort victorieux devant le Khazar Sumgayit et le Turan-Tovuz. L’année suivante, alors que le conflit du Nagorno-Karabakh bat son plein, Qarabag Agdam gagne la Coupe et le championnat, le premier de son histoire. Le Neftchi redevient champion en 1996 et quitte rarement le podium.


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Après l’imbroglio du début des années 2000, le Neftchi remporte deux nouveaux championnats en 2004 et 2005, avant une petite traversée du désert qui voit l’Inter Bakou, le Khazar Lankaran et le FC Bakou prendre leur part du gâteau. Le Neftchi remporte ensuite trois titres d’affilés avant de laisser la place à la nouvelle place forte du championnat d’Azerbaïdjan, le Qarabag Agdam.

© qol.az

Le club d’Agdam, délocalisé à Bakou depuis que la ville qu’il représente a été détruite par les forces arméniennes durant le conflit, et fait maintenant partie de la zone tampon autour de l’enclave du Nagorno-Karabagh, survivait tant bien que mal en première division avant de voir le vent tourner en 2004 avec la reprise du club par le holding d’Azersun, spécialisé dans l’agro-alimentaire. En 2008, Gurban Gurbanov est intronisé coach et la magie commence à s’opérer. Le meilleur buteur de tous les temps de l’équipe nationale d’Azerbaïdjan amène un nouveau style et parvient à faire éclore des jeunes tout en instaurant un équilibre entre les locaux et les légionnaires. Deux médailles de bronze en 2010 et 2011, une d’argent en 2013 puis la domination sans partage. Qarabag est quadruple champion en titre et a atteint deux fois la phase de groupes de la Ligue Europa et surtout, en 2017, Qarabag est le premier club azerbaïdjanais à atteindre la phase de groupes de la Ligue des Champions en éliminant Copenhague en barrages. Dans un groupe de la mort composé de Chelsea, de l’Atletico et de la Roma, Qarabag s’en est plutôt pas mal sorti malgré deux roustes prises contre les Anglais. Les deux matchs nuls contre l’Atletico et les deux petites défaites contre Rome ont fait la fierté du pays.

Qarabag a vu également naître, ces dernières années, un adversaire de taille qui rêve d’être calife à la place du calife. Le FK Qäbälä prend un nouvel envol en 2010 en faisant signer Tony Adams comme entraîneur. Derrière, il y a le président, Tale Heydarov et sa Société Européenne d’Azerbaïdjan qui vise à promouvoir le pays à l’étranger. Ambitieux, le club fait construire un complexe d’entraînement et organisé une académie de football à Qäbälä, à deux pas des pistes de ski et du fameux Qabaland. Yuri Semin vient d’abord offrir le premier podium et la première qualification européenne pour le club grâce à une finale de Coupe, avant que Roman Grigorchuk, l’entraîneur ukrainien du Chornomorets, vienne y déposer ses valises.


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Depuis, Grigorchuk arrive à faire des pulls avec dix ficelles, en décrochant deux médailles de bronze et une médaille d’argent et en parvenant à faire venir des joueurs come Bagaliy Dabo, Steeven Joseph-Monrose, Filip Ozobic, Sergei Zenjov ou Oleksiy Gai. Surtout, il a qualifié Qäbälä deux saisons de suite en Ligue Europa, en ayant à chaque fois commencé la campagne dès le premier tour qualificatif, à la fin du mois de juin. Des matchs mémorables contre le Panathinaikos, le Borussia, le PAOK, Krasnodar, le MTK Budapest, Lille, Maribor, Anderlecht, Saint-Etienne, malgré les déconvenues en phase de poules. Il manque encore un petit quelque chose pour que Qäbälä puisse remporter un titre qui leur échappe mais l’écart avec Qarabag se réduit de saison en saison et à moins que les robinets se coupent d’un coup comme d’autres clubs du pays l’ont connu à un moment ou à un autre, le duel qu’offre actuellement les deux clubs fait plaisir à voir et montre que le football azerbaïdjanais est en progrès.

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Grigorchuk porte mieux la doudoune qu’Arsène. | © pleague.weebly.com

L’équipe nationale à l’Euro 2020 ?

Une progression qui peine toutefois à se concrétiser au sein de l’équipe nationale d’Azerbaïdjan, classée toujours dernière ou avant-dernière de son groupe de qualifications pour l’Euro ou la Coupe du Monde. Sauf lors des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014 où l’Azerbaïdjan a devancé l’Irlande du Nord et le Luxembourg, tout en arrachant le nul contre la Russie et Israël.

Mais de manière générale, l’équipe nationale peine encore à briller. La faute à un manque de talent évident, mais aussi à la difficulté de trouver de la stabilité dans un championnat aussi chaotique durant ses vingt premiers printemps. Le nombre de joueurs azerbaïdjanais s’étant exporté brillamment à l’étranger se compte sur les doigts d’une main. Il y a eu Nazim Suleymanov à l’Alania Vladikavkaz dans les années 1990, Emin Agayev à l’Anzhi puis au Torpedo et à Khimki, ou encore le gardien Kamran Aghayev passé par Boavista et maintenant au Mlada Boleslav. C’est trop peu.

On ose penser que cela n’ira qu’en s’améliorant. Tout d’abord, grâce aux projets du Qarabag et de Qäbälä, fondé à la fois sur des académies solides, qui vont porter leurs fruits dans les prochaines années, et une stabilité financière qui semble pérenne. L’expérience acquise dans les compétitions européennes n’est pas non plus à négliger, les joueurs de ces deux clubs se sont habitués à élever leur niveau de jeu.

© qol.az

Ensuite, les récents règnes de Berti Vogts et Robert Prosinecki, entre sursauts d’optimisme et résignation ronflante, ont poussé les dirigeants à récemment opter pour un choix original mais peut-être crucial. Gurban Gurbanov, l’esthète à la tête des miracles de Qarabag depuis une dizaine d’années, vient d’être nommé sélectionneur de l’équipe nationale azerbaïdjanaise. Il aura, à coup sûr, pas mal de marge de manœuvre pour mettre en place un projet à long-terme et mener à bien sa mission. Avec déjà pour l’Euro 2020 en ligne de mire, puisque Bakou est l’une des villes-hôtes de la compétition. A suivre.

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Image à la une : © qol.az

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