Qarabag Agdam ou le club qui ne joue plus à domicile

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 22 octobre 2015

Parti  à proximité du rond central, Richard Almeida reçoit le ballon d’un de ses défenseurs, accélère, dribble Gillet et Defour successivement et envoie un cachot des 20 mètres, pour le seul but de l’importantissime victoire du Qarabağ face à Anderlecht, le 1er octobre dernier.  « Au dernier moment, le ballon a flotté et m’a trompé. C’était un tir de loin, j’aurais dû l’avoir. C’est ma faute » concède un Silvio Proto amer. Qu’importe, il s’agit là de la première victoire à domicile du Qarabağ en Coupe d’Europe, tours préliminaires exclus. Car ils avaient déjà gagné à Dnipropetrovsk face au glorieux Dnipro l’année passée, dans une campagne où l’Inter et Saint-Etienne avaient également mordu la poussière à Bakou. Et cet été, ils ont failli faire plier le Celtic, au troisième tour qualificatif de la C1, avant de dominer les Young Boys (0-1, 3-0) pour accéder aux poules de la Ligue Europa pour la seconde année consécutive.

Ces récents résultats n’avaient sans doute pas d’écho pour le président anderlechtois, Roger Vanden Stock, adepte des déclarations à l’emporte-pièce dès qu’on parle de football à l’est du rideau de fer (remember BATE Borisov) : « Il faut un six sur six contre Qarabağ » ; « C’est le plus facile de nos trois déplacements » ; « Le fait qu’ils [NDLR : Reynaldo et Armenteros, anciens pensionnaires de la maison mauve] soient leurs attaquants nous réconforte dans l’espoir de pouvoir gagner »

Pour autant, quiconque s’intéresse un minimum à ce qu’est le FK Qarabağ Ağdam comprend que chaque match représente bien plus que du football. Il s’agit de représenter une ville qui n’existe plus, enfouie sous la végétation florissante depuis sa démolition et son abandon forcé. Il s’agit de faire écho à un territoire arraché dans le sang et dont l’histoire meurtrit les Azerbaïdjanais depuis leur récente indépendance. Le FK Qarabağ Ağdam, c’est le Haut-Karabakh, de l’histoire jusqu’au blason, de son rôle (ou sa récupération) politique jusqu’à sa résonance à l’échelle internationale désormais, de ses surnoms de « Barcelone du Caucase » mais surtout de « Club des réfugiés ».

Un peu de football avant l’horreur

Basé à Ağdam, une ville fondée au 18e siècle, le club de Qarabağ vit le jour en 1951, lorsque le stade de la ville fut construit, le fameux İmarət stadionu. Successivement nommé Mehsul puis Shafaq, le club n’a disputé que le championnat local d’Azerbaïdjan jusqu’à l’indépendance (avec une disparition temporaire dans les années 1970 pour raisons financières), remportant toutefois le titre en 1988, sous son nouveau blaze : le FK Qarabağ.

1988, c’est également l’année où l’un des conflits les plus meurtriers liés au délitement de l’Union soviétique débute : le conflit du Haut-Karabagh (ou Nagorno-Karabakh). Ce territoire, pas plus grand que deux fois le Grand-Duché de Luxembourg, est disputé par l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis que ces deux républiques ont tenté d’exister à la chute de l’éphémère Fédération de Transcaucasie, en 1918. Durant deux ans, la guerre entre les deux camps fait rage et les opérations de guérilla ont amené la perte de beaucoup de civils. Les Bolchéviques reprirent tour à tour contrôle des trois républiques du Caucase et décidèrent de rattacher le Haut-Karabagh à la RSS d’Azerbaïdjan en 1921 (avec le « corridor de Latchin » qui n’en fait pas partie, afin de le séparer territorialement de l’Arménie voisine) avant de lui octroyer, deux ans plus tard, le statut d’oblast autonome, la région étant majoritairement peuplée d’Arméniens – ce qui est la source de la discorde.

Le souffle de l’écroulement de l’URSS a donc poussé les locaux à ressusciter des doléances enfouies sous le silence durant plus de soixante ans. Mais ce laps de temps est suffisant pour repeupler certaines régions, parfois de manière forcée, ce qui permet d’esquisser le pire lorsque la République du Haut-Karabagh, à majorité arménienne, décide de faire sécession de la RSS d’Azerbaïdjan en 1988 : la minorité azerbaïdjanaise était destinée à souffrir – et la minorité arménienne présente en Azerbaïdjan de même. L’animosité entre les deux populations ne fait que croître, entre le pogrom de Soumaït, l’indépendance auto-proclamée du Haut-Karabagh, les bombardements de Stepanakert en culminant avec le massacre de Khodjaly.

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Le Raion d’Agdam, entre Azerbaïdjan et Haut-Karabagh | © wikipedia

Sur le champ de bataille, les deux belligérants présentent des visions théoriques irréconciliables et qui sont encore la source des argumentaires des uns et des autres : droit à l’autodétermination des peuples selon la république sécessionniste et son voisin et allié arménien, respect de l’intégrité territoriale pour l’Azerbaïdjan. L’ordre est maintenu tant bien que mal par le pouvoir soviétique encore en place, mais les deux parties commencent à s’armer lorsque les forces envoyées par Moscou se retirent – et dès que la dissolution de l’URSS entre en vigueur en décembre 1991, les conditions sont réunies pour un conflit sanglant.

Au total, plus de 30.000 personnes ont perdu la vie dans ce conflit qui aura duré de 1988 à 1994, ayant permis aux insurgés de contrôler, outre le Haut-Karabagh, 9% du territoire azerbaïdjanais. Depuis lors, il n’y a pas vraiment de paix, et le cessez-le-feu signé alors sous l’égide de la Russie est régulièrement rompu puisque l’on dénombre des dizaines de victimes chaque année. Les conséquences en matière de réfugiés sont importantes pour les deux parties : on estime à 230.000 les Arméniens ayant quitté l’Azerbaïdjan tandis que 800.000 Azerbaïdjanais ont été déplacés ailleurs dans le pays, portant le statut de déplacés internes jusqu’à nouvel ordre.

Ağdam, « l’Hiroshima du Caucase »

Ağdam est aujourd’hui située dans la « zone tampon » qui sépare le territoire occupé par la République autoproclamée du Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan. Géographiquement située dans le Haut-Karabagh, elle ne faisait pour autant pas partie de l’oblast institué à l’époque soviétique. C’est ici que les chemins se croisent entre football et guerre, entre le FK Qarabağ et la région éponyme.

Agdam | Maxence Peniguet

Agdam | © Flickr / Maxence Peniguet

La ville est habitée depuis le 5e siècle acn, il s’agissait alors de la résidence estivale des rois de l’Albanie du Caucase, et ressemblait davantage à une petite bourgade. Vivant de l’artisanat et du commerce grâce à sa position stratégique au carrefour des voies d’échanges intercontinentaux, Ağdam aurait été fondé sous ce nom par le Khan Pana Hali lorsque le Khanat du Karabagh était sous suzeraineté iranienne – Ağdam signifie « maison blanche », caractéristique des habitations de l’époque. Sous l’empire russe, Ağdam acquiert le statut de ville en 1828, bien que sa population ne grandira réellement qu’au 20e siècle, pour atteindre environ 30.000 habitants en 1989.

Le FK Qarabağ prit part aux premières joutes du nouveau championnat national d’Azerbaïdjan, finissant quatrième de la première saison en 1992. Mais l’année suivante est celle des miracles et des désillusions. Déjà meurtri par la perte de leur entraîneur, Bagirov, tué par une mine anti-tank aux abords d’Ağdam, Qarabağ tient le haut du pavé et en championnat, et en coupe. Le 12 mai 1993, 8.000 personnes assistent à la demi-finale aller de la coupe lorsque Qarabağ s’impose 1-0 face au Turan Tovuz. Les joueurs ne le savent pas encore, mais il s’agira du dernier match de football pour l’İmarət stadionu. Qualifié pour la finale après avoir remporté la manche retour, Qarabağ remporte le premier titre de son histoire le 28 mai à Bakou, grâce à un but de Müşfiq Hüseynov, né à Ağdam, en prolongations.

Pensant qu’Ağdam était la base d’une future opération militaire des Azerbaïdjanais, les forces de l’Armée de la défense du Haut-Karabagh lancent une offensive à coup de missiles GRAD dès le 12 juin et parviennent à occuper les territoires alentours. Le 5 juillet, Ağdam est encerclée et subit de lourds bombardements. L’ İmarət stadionu n’est déjà plus.

Agdam | © Maxence Peniguet

Agdam | © Maxence Peniguet

Le 18 juillet, Qarabağ joue la demi-finale des play-off du championnat à Bakou, de nouveau face à Tovuz. Vainqueurs 1-0, Qarabağ avait donc la possibilité de s’offrir un doublé historique le 1er août s’ils parvenaient à battre le Khazar Sumgayit.

Ağdam tombe le 23 juillet. Le nombre de victimes est effarant : 6.000 Azerbaïdjanais y auraient perdu la vie. Afin d’éviter la reprise de la ville, Ağdam est bombardée et complètement démolie. Les citadins qui ont survécu à ce désastre ont tous fui vers l’est, en territoire azerbaïdjanais. Des alentours de la ville, seuls la mosquée et ses deux minarets peuvent encore être aperçus. Les prières n’y changeront rien, les bombardements et les pillages ont eu raison d’Ağdam.

Ağdam n’est plus, mais le Qarabağ est encore là. Avertis deux jours avant la finale du championnat, les joueurs n’ont eu ni le temps ni le moral pour célébrer le premier doublé de l’histoire du club. Après la victoire 1-0 face à Sumgayit, les joueurs sont repartis dans la région, à la recherche de leurs proches.

« Aujourd’hui, la seule part d’Ağdam qui vit encore est son équipe de foot ». Héritage d’une ville fantôme, le Qarabağ Ağdam ne peut plus jouer à domicile. Située dans la zone tampon, la ville est gardée par les troupes du Haut-Karabagh, qui à leur tour gardent les vaches qui vaquent à leurs occupations entre végétation et ruines. Incapable de célébrer comme il se doit les premiers titres de son histoire, Qarabağ devra attendre une quinzaine d’années avant de renaître de ses cendres, grâce à l’arrivée de Guran Gurbanov.

Gurbanov à la barcelonaise

Bien que Qarabağ a participé à quelques joutes européennes entre 1997 et 2007 (dont notamment une défaite au 1er tour de la Coupe UEFA 2007 face au Zimbru Chisinau) et a remporté la Coupe en 2006, ce n’est qu’à partir de 2008 que le club se pose comme un club qui monte sur les plans national et international. La renaissance avait toutefois débuté en 2001 avec l’arrivée d’Azersun Holding comme sponsor de l’équipe, permettant d’effacer les soucis financiers récurrents du club. Désormais, le club joue « à domicile » au stade Tofiq Bahramov de Bakou – du nom de l’arbitre de touche qui a accordé le but de Hurst en 66 – alors que le délabré İmarət stadionu ressemble malheureusement plus à une prairie qu’autre chose.

Sous la direction de Gurbanov, les Cavaliers parviennent à conjuguer manière et résultats. Vainqueur de sa 3e Coupe nationale en 2009, le club ne va plus jamais quitter le top 4 à partir de la saison suivante. En Ligue Europa, Qarabağ commence même à se faire un nom, n’étant défait que par Twente, le Borussia Dortmund, le FC Bruges et l’Eintracht Frankfurt, entre 2010 et 2014 après avoir atteint au minimum le 3e tour préliminaire.

A son arrivée au club, alors qu’il était surtout connu pour être le meilleur buteur de l’équipe nationale (14 buts en 67 matchs), Gurbanov veut changer les mentalités en basant presque exclusivement son noyau sur les joueurs locaux. Cependant, il dut nuancer son propos et son approche deux ans plus tard: « Le niveau de compétition augmente chaque année et de meilleurs étrangers arrivent dans notre championnat – des joueurs qui ont une expérience dans d’autres clubs européens. Afin de rester compétitifs, nous devons jouer avec les règles. Dans un futur proche, nous devrions avoir de nouveau beaucoup de joueurs Azerbaïdjanais, mais pour l’instant c’est quelque chose que l’on met de côté ».

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Goran Gurbanov, auteur de miracles à Qarabağ | © UEFA

Admirateur de Pep Guardiola, il eut l’occasion de lui rendre visite en 2012 : « Nous ne pouvons sérieusement être comparé à eux, mais il y a certaines similarités de style. C’est particulièrement impressionnant que d’anciens joueurs du Barça sont maintenant coachs des équipes de jeunes, et leurs formules d’entraînements sont fascinantes. Cela va être difficile à appliquer au Qarabağ dans le futur proche, mais c’est notre objectif à long-terme« .

Sur le terrain, cela s’illustre par un jeu porté vers l’avant, des successions de passes courtes et des attaques longuement préparées. Son équipe est bien balancée entre des manieurs de ballons pour l’organisation offensive et une solidité défensive remarquable – les Cavaliers n’ont plus encaissé à domicile, en Coupe d’Europe, depuis cinq matchs désormais. Intelligent et rusé, Gurbanov exprime le même amour du football que son mentor, comme l’a encore prouvé la récente preuve de fair-play lors d’un duel face à l’Inter Bakou – héritant d’un pénalty injustifié, il a demandé à Mammadov de louper expressément le botté.

Le titre en l’an 21 après Ağdam

Le 7 mai 2015, Qarabağ reçoit l’Inter Bakou avec un unique objectif : gagner et remporter ainsi le second titre de champion de son histoire. L’enjeu est bien plus important que cela : il s’agit de rendre à Ağdam une fierté que seul le football peut désormais lui procurer, de lui faire gagner une bataille après les affres vécus deux décennies auparavant.

Alors que le titre se profile avec le 4-1 signé Muarem à la 87e minute, qui suit un triplé de Reynaldo, Gurbanov décide de faire rentrer l’attaquant Vüqar Nadirov pour les dernières minutes de la rencontre. Né en 1987 dans un village proche d’Ağdam, l’histoire de Nadirov est celle de la bataille d’Ağdam : son père a succombé durant celle-ci. « Par la grâce d’Allah, j’y retournerai pour me recueillir sur la tombe de mon père » avait-il déclaré peu après le titre.

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Qarabağ, champion 21 ans après | © UEFA

Qarabağ est champion, Ağdam est champion. Le Haut-Karabagh va donc goûter à la Ligue des Champions, au plus grand bonheur de tout un pays à jamais bouleversé par la perte de ce territoire, bien aidé par une rhétorique du pouvoir qui tourne autour de ce qui est et sera toujours vécu comme une humiliation. Eliminés de justesse par le Red Bull Salzburg au 3e tour qualificatif de la Ligue des Champions, Qarabağ se consolera avec sa première participation aux groupes de la Ligue Europa, pour des résultats plus qu’honorables face à l’Inter, Saint-Etienne et le futur finaliste, le grand Dnipro. En décembre 2014, le club a même eu l’honneur d’être reçu par le président Ilham Aliyev qui a « salué la performance du club dans les tournois internationaux » et rappelé que « le développement du football est l’une des priorités de la politique du gouvernement ».

Les Cavaliers ont gardé le niveau affiché en C3 pour enlever un deuxième titre consécutif en mai dernier. La saison fut couronnée par une victoire en Coupe également : il s’agit du second doublé du club après celui obtenu… en 1993. Le Qarabağ Ağdam joue bien à Bakou, mais son nom ne changera pas, car Qarabağ et Ağdam sont liés à tout jamais, pour le pire et maintenant le meilleur.

Les forces en présence

Comme souligné précédemment, l’effectif actuel se base sur une forte présence de locaux (Qarayev, Medvedev, Huseynov, Yusifov) avec l’ajout de certains joueurs étrangers, tels que Muarem, Chumbinho ou cette année encore Miguel (ex-Getafe), Poepon ou Armenteros (ex-Anderlecht). Parmi ces légionnaires, deux Brésiliens sont pour le moment les pièces maîtresses de l’organisation offensive de Gurbanov.

Reynaldo est parvenu à se faire une place au soleil à Bakou. Malgré de belles performances lors de ses prêts au Cercle de Bruges et à Westerlo, il n’a jamais percé à Anderlecht. « Quand je revenais après ma saison en prêt, j’avais toujours l’impression que j’allais jouer : je recevais ma chance en préparation d’avant-saison. Mais la saison commençait et je restais sur le banc, et une équipe prenait forme sans moi. Donc non, je n’ai pas reçu ma chance… » racontait-il à Walfoot.be avant la rencontre face aux Mauves. Depuis son arrivée à Qarabağ en 2012, il affole les compteurs avec 49 buts en 100 matchs. En plus de ses qualités de finisseur, Reynaldo est également excellent techniquement et peut jouer sur l’aile.

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Reynaldo et Almeida, le duo brésilien en forme côté Qarabag | © publika.az

L’homme en forme côté azerbaïdjanais, c’est le magicien Richard Almeida, le Hagi du Caucase. Arrivé de Gil Vicente en 2012, le meneur de jeu brésilien termine meilleur buteur du club lors de sa première saison, pour une deuxième place au classement final pour Qarabağ. Depuis cet été, Richard touche le ballon et c’est le stade qui s’émerveille, sentant une action dangereuse qui se profile. Passeur, dribbleur, buteur, il a marqué lors des quatre dernières rencontres européennes de Qarabağ et en est déjà à cinq réalisations en championnat. Son chef d’œuvre face à Anderlecht n’est en rien un cas isolé : doté d’une frappe de balle remarquable, son but à Berne face aux Young Boys est un modèle du genre.

Notons enfin que le Qarabağ a démarré le championnat sur les chapeaux de roue avec 8 matchs sans défaite et une place de leader en Premyer Liqasi. Cette année, seul le Qabala semble être en mesure de contester la couronne de champion ce qui promet une saison riche en rebondissements.

Nous remercions Futbolgrad et en particulier Damiano Benzoni pour l’excellent article « Qarabağ Ağdam – the Displaced Champions of Azerbaijan » qui a grandement inspiré celui-ci.

Thomas Ghislain


Photo à la une : Agdam | © Maxence Peniguet

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