La Russie, ce sera sans eux #13 – L’Azerbaïdjan

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Aujourd'hui à 20h35

La phase de groupes des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 est arrivée à son terme. Alors que la Croatie a été la dernière équipe à avoir décroché sa qualification, Footballski revient sur le parcours des équipes d’ores et déjà assurées de ne pas être en Russie en juin prochain. Place à la République d’Azerbaïdjan, plus communément appelée la Terre de Feu, qui a surfé sur le bon et le moins bon et qui regarde déjà vers l’Euro 2020 qu’elle co-accueillera. Nous avons demandé à Oqtay Atayev, correspondant pour UEFA.com en Azerbaïdjan, de nous débriefer la campagne qualificative de sa sélection.

LES RÉSULTATS

Saint-Marin – Azerbaïdjan : 0-1
Azerbaïdjan – Norvège : 1-0
République Tchèque – Azerbaïdjan : 0-0
Irlande du Nord – Azerbaïdjan : 4-0
Azerbaïdjan – Allemagne : 1-4
Azerbaïdjan – Irlande du Nord : 0-1
Norvège – Azerbaïdjan : 2-0
Azerbaïdjan – Saint-Marin : 5-1
Azerbaïdjan – République Tchèque : 1-2
Allemagne – Azerbaïdjan : 5-1

Groupe C :

1. Allemagne – 30 pts
2. Irlande du Nord – 19 pts
3. République Tchèque – 15 pts
4. Norvège – 13 pts
5. Azerbaïdjan – 10 pts
6. Saint-Marni – 0 pt

« Avant les qualifications, la Fédération avait lancé la campagne « Niyə də yox?! », qu’on peut traduire par « Et pourquoi pas ? ». Si les fans étaient sceptiques voire sarcastiques au début, ils ont commencé à y croire après les trois premiers matchs. C’était le meilleur départ jamais réalisé par l’équipe nationale » nous explique Oqtay Atayev, correspondant pour UEFA.com en Azerbaïdjan.

Victoire contre Saint-Marin, victoire surprise contre la Norvège et confirmation avec un match nul en République Tchèque… Avec un 7/9 pour commencer, l’espoir était de mise pour l’Azerbaïdjan. Une première douche froide viendra de Belfast, avec un cinglant 4-0 qui annonce déjà le rôle de bourreau des Nord-Irlandais. Malgré la défaite (1-4) contre les champions du monde allemands, l’Azerbaïdjan est le premier pays du groupe à pouvoir leur marquer un but. Mais encaisser huit buts en deux matchs alors que l’équipe restait sur trois clean sheets, ça plombe le moral.

En juin dernier, c’est un rêve qui s’écroule. Le but de Dallas à la 92e permet à l’Irlande du Nord de s’envoler vers les barrages et ramène les Azerbaïdjanais au rôle qui leur était prédestiné, à savoir celui de 5e larron. « C’est le tournant de la campagne. Même l’objectif de terminer 3e a ensuite été loupé. Malgré une cinquième place au final, l’Azerbaïdjan a récolté 10 points pour la première fois dans un tournoi qualificatif. »

La fin de campagne est longue et difficile avec trois défaites en quatre matchs contre la République Tchèque, en Norvège et en Allemagne, pour une petite victoire 5-1 de consolation face à Saint-Marin. Prosinecki n’est pas prolongé suite à cette expérience amère où il a un temps flirté avec le rêve avant de déchanter. L’Azerbaïdjan termine 5e du groupe et a surtout laissé filé quelques points importants au coefficient UEFA, les privant d’une place dans la Ligue C de la Ligue des Nations (voir ci-dessous).

LES RAISONS DE LA NON QUALIFICATION

Tout d’abord, la déliquescence de l’ère Prosinecki. Malgré un bon départ et un style de jeu bien ancré, à des années-lumière de la somnolence causée par Berti Vogts, le coach croate a perdu le fil au cours des matchs, comme nous l’explique Oqtay Atayev. « Après le bon début de campagne, Prosinecki a eu des propositions venues de l’étranger, notamment de Bursaspor. La Fédération était contre un double emploi, et depuis lors il a semble-t-il perdu de l’intérêt pour son poste de sélectionneur. Il ne regardait plus le championnat, sélectionnait des joueurs en méforme et l’étincelle au sein du groupe s’éteignait. Du coup, la Fédération a décidé de ne pas renouveler son contrat. » D’autre part, le groupe était homogène et bien que Saint-Marin ait permis de remporter six points facilement, les trois équipes derrière l’Allemagne étaient destinées à lutter pour la place de barragiste.

Ensuite, certains joueurs ont sous-performé par rapport à leurs prestations en club ou auparavant. « Je citerais avant tout Richard Almeida et Javid Huseynov. Beaucoup de joueurs sont naturalisés en Azerbaïdjan, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont bien vus par les fans, car ils arrivent rarement à surpasser le niveau des joueurs locaux. Tout le monde adore Richard Almeida dans le pays, mais on sent qu’il a moins de liberté et pèse moins sur le jeu qu’en club. Quant à Javid Huseynov, son cas divise la société, mais le fait est qu’il est sorti de prison et qu’il a repris le football. En tant que capitaine de Qäbälä et l’un des joueurs préférés de Prosinecki, son retour était perçu positivement au départ. Mais il n’a pas encore retrouvé sa forme d’antan, c’est un fait. » Oqtay Atayev cite aussi les performances en demi-teinte de l’avant-centre Nazarov, bien que buteur contre l’Allemagne.


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Enfin, en progression d’année en année, le championnat azerbaïdjanais n’en reste pas moins encore trop faible que pour produire un nivellement qualitatif de ses joueurs sur le long-terme comparé aux autres championnats européens. « Le football a progressé sur les 5-6 dernières années. Le développement concerne autant le niveau des clubs que de la sélection nationale. Les résultats se sont améliorés et l’attrait de la part des spectateurs s’est accru » estime Oqtay Atayev, citant les exploits de Qäbälä et Qarabag notamment.

© qol.az

LES MOTIFS D’ESPOIR

Tout d’abord, le fait que l’Azerbaïdjan ait atteint un total des dix points en phase qualificative pour la première fois est un signe que l’équipe nationale est en progression. Ensuite, deux tendances incitent à l’optimisme, à savoir la bonne santé des deux locomotives du football local, Qäbälä et Qarabag, et la décision de nommer Gurban Gurbanov à la tête de la sélection nationale.

C’est un fait que personne ne peut contester : Qarabag n’est pas le tout petit poucet auquel on s’attendait, en Ligue des Champions. Avec deux matchs nuls récoltés contre le double récent finaliste de l’épreuve, l’Atletico Madrid, Qarabag est étrangement toujours en course pour la Ligue Europa voire même les 1/8e de finale de la C1 dans le groupe de la mort, à deux journées de la fin ! Personne, ni même au pays, n’aurait misé là-dessus. « Les qualifications successives du club en Europe ont été une étape importante pour le progrès du football azerbaïdjanais, surtout psychologiquement. Quand tu obtiens des résultats contre des adversaires plus forts que toi, tu gagnes en confiance, tu apprends à gagner et tu progresses dans le jeu. Étant donné que le noyau de l’équipe nationale vient de Qarabag, ça aide » nous explique Oqtay Atayev, rappelant que le club est « à la fois la fierté et le chagrin du peuple azerbaïdjanais » et que l’apparition du club sur la scène internationale est un succès sportif autant qu’une opportunité de mettre Agdam et le Haut-Karabakh sur le devant de la scène.


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Les deux clubs sont auteurs de véritables exploits étant donné qu’auparavant, les fans comptaient les tours qualificatifs passés par les clubs azerbaïdjanais sans jamais penser une seule seconde à la phase de groupes. Oqtay Atayev cite les pensionnaires de Qarabag parmi les joueurs ayant aligné des bonnes performances durant la campagne : Maksim Medvedev, Badavi Huseynov, Ramil Sheydaev ou Gara Garayev.

L’autre motif d’espoir est tout récent et se résume en deux mots : Gurban Gurbanov. Le 3 novembre dernier, la Fédération a frappé un grand coup en désignant la légende absolue du football azerbaïdjanais post-indépendance au poste de sélectionneur. Le seul souci, qui peut ne pas en être un au vu des explications précédentes, c’est qu’il cumule ce poste avec celui d’entraîneur au Qarabag – et la Fédé de changer son fusil d’épaule après avoir refusé le cumul de Coach Prosinecki. Oqtay Atayev est confiant, « vu ses qualités et son caractère et vu que ce sont grosso modo les mêmes joueurs et à Qarabag, et en équipe nationale, on pense que l’équipe nationale va aussi progresser, même si certains craignent que Qarabag sera moins performant vu que Gurbanov aura moins de temps à y consacrer. »

© qol.az

Meilleur buteur de la sélection nationale, Gurban Gurbanov connaît la maison et lui donner les clés est inévitablement un investissement à long terme. « Bien sûr, il s’agit d’une grande responsabilité pour moi. On essaiera d’aligner de meilleurs résultats, ensemble avec les fans. Ce n’est pas le travail d’un mois ou d’une année. Un programme à long terme sera adopté. Nous devons aller de l’avant doucement, étape par étape, pour rendre l’équipe nationale plus professionnelle et obtenir davantage de succès. En tant qu’Azerbaïdjanais, je ferai de mon mieux pour faire face à ce travail et en faire plus pour notre football » a-t-il déclaré lors de la conférence de presse d’intronisation.

En tant que redoutable tacticien, grand meneur d’hommes, machine à trophées et dénicheur de talents, Gurban Gurbanov semble avoir toutes les qualités pour réussir sa mission, et nul doute qu’il aura le temps de mettre en place ce qu’il désire. « C’est une excellente solution pour le long terme, poursuit Oqtay Atayev. Il sera le coach national, mais il supervisera également les sélections de jeunes. Si on lui donne beaucoup de temps, comme c’était le cas à Qarabag, alors j’en suis certain, il sera capable d’améliorer la qualité de l’équipe nationale. »

ET MAINTENANT ?

La prochaine grande échéance pour l’Azerbaïdjan, c’est l’Euro 2020 avec des matchs de groupe et un quart de finale joués au stade olympique de Bakou. Pour se qualifier, il y aura les éliminatoires bien sûr, mais aussi la Ligue des Nations, au sein de laquelle l’Azerbaïdjan a été versé, de justesse, dans la Ligue D – 0,4 point de coefficient les sépare de la Lituanie, qui participera à la Ligue C. Bon an mal an, cela signifie que l’Azerbaïdjan est, sur le papier, l’équipe avec le plus gros coefficient de toute la Ligue D et qu’elle disputera donc des matchs abordables, voire trop faciles, durant cette nouvelle compétition. Étant donné qu’il y a un ticket pour l’Euro 2020 à la clé, ce n’est peut-être pas plus mal…

Gurban Gurbanov taffe déjà. Ici lors d’Azerbaïdjan U21 vs. Allemagne U21. © qol.az

« Auparavant, nous espérions que notre équipe n’encaisse pas cinq ou six goals et maintenant, nous espérons nous qualifier pour l’Euro 2020. Cela veut dire qu’il y a du progrès » rappelle Oqtay Atayev, soulignant l’opportunité que représente la Ligue des Nations pour l’Azerbaïdjan. Toutefois, tout en partageant l’enthousiasme de l’arrivée de Gurban Gurbanov et d’une ère qui pourrait durer de nombreuses années, il estime que « si la Fédération voulait absolument se qualifier pour l’Euro 2020 à n’importe quel prix, il était possible de trouver un spécialiste capable de répondre rapidement aux attentes. Mais vu le niveau et la mentalité du football azerbaïdjanais, c’est probablement mieux de choisir un spécialiste local, et le meilleur est Gurban Gurbanov. » Il faudra faire sans l’éternel Rashad Sadygov, 35 ans, capitaine emblématique de l’équipe nationale et de Qarabag, qui a décidé de mettre un terme à sa carrière internationale après 111 matchs depuis 2001. Certains jeunes, surtout en attaque avec Sheydaev, Dadashov ou Madatov, sont en revanche l’avenir de la sélection et seront décisifs vu les difficultés qu’a l’Azerbaïdjan à marquer.

© qol.az

Le football progresse d’année en année dans la Terre de Feu, on le répète inlassablement. Deux clubs ont déjà posé des bases solides et devraient durer au sommet, en attendant peut-être un troisième (le Zira ?). Au niveau de l’équipe nationale, la déception est de mise bien sûr, mais des progrès se sont fait sentir au début de la campagne qualificative. Il est encore trop tôt pour savoir s’il s’agissait de quelque chose de tangible ou d’un feu de paille. Ce qui est sûr, c’est que la nomination de Gurban Gurbanov au poste de sélectionneur est une judicieuse décision et bien entouré, il pourrait répéter les miracles réalisés avec Qarabag au niveau de son équipe nationale, voire même transformer en profondeur le football de son pays. Habitué à laisser une empreinte indélébile partout où il pose ses guêtres,  on est tenté de rester optimiste quant aux chances de l’Azerbaïdjan de rejoindre une grande compétition dans les prochaines années.

Un tout grand merci à Oqtay Atayev, correspondant pour UEFA.com en Azerbaïdjan, pour son aide précieuse et ses réactions quant à la campagne qualificative de son équipe nationale. Vous pouvez le suivre sur UEFA.com ou sur Twitter (@UEFAcomOqtayA).

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Image à la une : © Facebook.com/AFFAazerbaijan

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La Syldavie gagnera l’Euro 2020. Folie sur la PMAN.

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