La Russie, ce sera sans eux #1 – La Hongrie

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 30 octobre 2017

La phase de groupes des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 est arrivée à son terme. Alors que la Croatie et la Grèce devront passer par de périlleux barrages pour espérer décrocher leur qualification, Footballski revient sur le parcours des équipes d’ores et déjà assurées de ne pas être en Russie en juin prochain. Pour commencer, place à la Hongrie, qui n’a pas su confirmer les belles promesses entrevues lors de l’Euro 2016.

Les résultats

Îles Féroé – Hongrie : 0-0
Hongrie – Suisse : 2-3
Lettonie – Hongrie : 0-2
Hongrie – Andorre : 4-0
Portugal – Hongrie : 3-0
Andorre – Hongrie : 1-0
Hongrie – Lettonie : 3-1
Hongrie – Portugal : 0-1
Suisse – Hongrie : 5-2
Hongrie – Îles Féroé : 1-0

Groupe B :

1. Portugal 27 points
2. Suisse 27 pts
3. Hongrie 13 pts
4. Îles Féroé 9 pts
5. Lettonie 7 pts
6. Andorre 4 pts

D’emblée, l’affaire était mal embarquée. En panne d’inspiration, les Hongrois sont incapables de faire la moindre différence du côté des Îles Féroé (0-0), sur un terrain balayé par le vent. La campagne vient à peine de commencer et le « Nemzeti 11 » a déjà grillé son joker, ce qui n’augure rien de bon dans un groupe où le Portugal et la Suisse semblent être les favoris. La Suisse, justement donne un deuxième coup de couteau aux Magyars un mois plus tard. A Budapest, la Nati inscrit le but de la victoire en toute fin de rencontre (2-3) et place la Hongrie dans une situation bien inconfortable. Plus qu’hypothéquées suite au lourd revers concédé chez les champions d’Europe (3-0), les chances de qualification disparaissent définitivement en Andorre où, malgré une domination sans partage, Péter Gulácsi et ses coéquipiers finissent par s’incliner (1-0). Une défaite humiliante, honteuse même face à une nation alors classée au 186e rang mondial et qui n’avait plus gagné un match officiel depuis 2004. Un résultat symbolisant parfaitement l’échec cuisant que fut cette phase d’éliminatoires pour les hommes de Bernd Storck. Car même si Portugais et Suisses paraissaient intouchables (27 points pris sur 30 possibles), les Hongrois, qui terminent troisièmes du groupe B, auraient dû faire mieux. Beaucoup mieux.

Les raisons de la non-qualification

Comment expliquer de telles contre-performances ? En avril dernier, à mi-parcours dans ces éliminatoires, nous dressions déjà un constat inquiétant sur le niveau de jeu des Magyars. Et la suite des événements, principalement marquée par le camouflet andorran, n’a fait que confirmer nos craintes. Tout d’abord, le départ de cadres historiques n’a pas été comblé. Même s’ils jouent encore en OTP Bank Liga, Gábor Király (41 ans, 108 sélections) et Roland Juhász (33 ans, 94 sélections) ont tiré leur révérence sur la scène internationale. Le successeur de l’historique gardien au jogging gris se nomme Péter Gulácsi et, en dépit d’un gros trou d’air contre la Suisse (deux bourdes pour une défaite 5-2), le portier du RB Leipzig a plutôt bien assumé son rôle. En revanche, Bernd Storck a eu beaucoup de mal à établir une nouvelle défense centrale suite au départ de Juhász. Plusieurs joueurs ont été mis à l’essai (Ádám Lang, Tamás Kádár, Paulo Vinícius, Richárd Guzmics…) mais aucun duo n’a réellement convaincu. Cette instabilité a engendré une certaine fébrilité défensive, renforcée par l’absence de titulaires durablement installés sur les côtés.

Pas encore retraité malgré ses 38 ans, Zoltan Géra a manqué les derniers matchs du « Nemzeti 11 » en raison de pépins physiques. Son absence au milieu de terrain a sans doute également été préjudiciable, mais que dire de la méforme de László Kleinheisler ? Décisif en novembre 2015 lors du barrage contre la Norvège et brillant durant l’Euro, le joueur formé à la Puskás Akadémia est méconnaissable depuis. Prêté par le Werder Brême successivement à Darmstadt, à Ferencváros et maintenant au FC Astana, Kleinheisler n’a toujours pas réussi à véritablement se relancer, et sa blessure au genou survenue en septembre dernier le plombe encore davantage. Si important au sein de la sélection hongroise, dont il est le capitaine, Balázs Dzsudzsák est lui aussi en train de disparaître de la circulation. L’ailier au redoutable pied gauche évolue aujourd’hui à Al-Wahda (Emirats arabes unis). Ce surprenant choix de carrière pose question, car Dzsudzsák n’a que 30 ans et son niveau devrait lui permettre de jouer dans un championnat d’un bien meilleur standing. Son rendement en équipe nationale, lui, est de moins en moins bon et celui qui était censé être le leader technique de la Hongrie n’a guère pesé dans les rencontres importantes.


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On pourrait en dire autant de la part du secteur offensif dans son ensemble. Quatorze buts en dix matchs, c’est relativement peu, surtout dans un groupe composé d’Andorre, de la Lettonie et des Îles Féroé. Ádám Szalai a su se mettre en valeur (cinq buts) mais ses blessures l’ont trop souvent laissé à l’écart. Et, sans lui, c’était plus compliqué de trouver le chemin des filets. Tamás Priskin s’est surtout distingué pour un vilain coup de coude sur Pepe lors de la réception du Portugal (0-1), ce qui lui a valu un carton rouge direct. Meilleur buteur du championnat hongrois en 2016-2017, Márton Eppel a pu constater qu’il devait encore franchir un palier pour briller au niveau international, alors que Roland Ugrai a réussi à honorer sa première sélection d’un but plein d’opportunisme face à la Suisse. Mais cela reste trop léger. Pendant ce temps, Nemanja Nikolics flambe avec le Chicago Fire (meilleur buteur de MLS avec 24 réalisations en 34 matchs). L’ancien buteur du Legia Varsovie l’a affirmé, il se tient toujours à la disposition de son sélectionneur. Mais Storck n’a visiblement pas jugé opportun de faire appel à un attaquant doté de son expérience et de son sens du but…

Les motifs d’espoir

Cependant, tout n’est pas à jeter et cette campagne d’éliminatoires, certes décevante, a aussi son lot de points positifs. Elle a notamment permis à certains éléments de faire leur trou au sein du onze de départ. C’est notamment le cas d’Ádám Nagy. Le jeune milieu défensif de Bologne (21 ans) a pris part à neuf rencontres sur dix et a confirmé que ses prestations lors de l’Euro n’étaient pas un feu de paille. Devant, Ádám Szalai a lui aussi prouvé qu’il était devenu indispensable en sélection. Evoquées plus haut, ses statistiques plaident en sa faveur et son comportement, jadis sous le feu des critiques, est désormais exemplaire. Le Havrais Barnabás Bese, quant à lui, s’est progressivement imposé comme étant un titulaire en puissance au poste de latéral droit.


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D’autres joueurs ont également pu profiter des places laissées vacantes (retraite, blessures, choix du sélectionneur…) pour effectuer leurs grands débuts sous le maillot magyar. Même si ses trois premières capes se sont soldées par trois défaites, Paulo Vinícius mériterait d’être rappelé. Le défenseur d’origine brésilienne (il a été naturalisé en mars 2017) pourrait, avec le temps, s’affirmer en tant que valeur sûre dans une charnière centrale encore en quête de stabilité. La polyvalence de Roland Ugrai, qui peut évoluer en pointe comme sur les côtés, est une autre donnée à garder en tête. Enfin, Dávid Holman pourrait lui aussi être une solution viable à l’avenir. Le milieu de terrain dispose d’une qualité technique non négligeable et sait très rapidement amener le danger devant le but adverse, comme il le démontre du côté du Slovan Bratislava (après l’avoir fait à Debrecen la saison dernière). Convoqué pour la première fois par Bernd Storck en mars dernier, Holman était resté sur le banc contre le Portugal (3-0) et n’a donc toujours pas de sélection avec les A au compteur. Ce n’est certainement qu’une question de temps.

Et maintenant ?

Le 17 octobre, peu de temps après le dernier match de ces éliminatoires, Bernd Storck a rendu son tablier. L’un des membres de son staff, Zoltán Szélesi, devait être à la tête de la sélection contre le Luxembourg (10 novembre) et le Costa Rica (14 novembre). L’ancien joueur du RC Strasbourg a d’ailleurs rappelé Nemanja Nikolics afin de préparer ces deux rendez-vous amicaux. Mais il ne s’agissait que d’un intérim de courte durée, la MLSZ ayant annoncé ce lundi le nom du prochain sélectionneur.

Ces derniers jours, les spéculations allaient bon train et le nom de Marco Rossi a notamment été avancé par Blikk. Le technicien italien a conduit le Honvéd jusqu’au titre la saison dernière et officie désormais au FC DAC (club slovaque principalement soutenu par la minorité hongroise du pays). A en croire Nemzeti Sport, le très expérimenté Giovanni Trapattoni aurait quant à lui contacté la fédération afin de faire part de son intérêt pour le poste. Mais c’est finalement l’entraîneur belge Georges Leekens qui a décroché la timbale puisqu’il a signé cet après-midi un contrat courant jusqu’à la fin des éliminatoires pour l’Euro 2020. Sa dernière expérience avec l’Algérie s’était soldée par un échec, avec une démission après trois mois et surtout un parcours à la CAN assez désastreux, en janvier dernier. Surnommé « Long Couteau » en Belgique pour son jeu plutôt viril en tant que joueur, il a entraîné une ribambelle d’équipes alors que ses succès remontent surtout à ses débuts en tant qu’entraîneur, à la fin des années 1980.

© Mahi wari / Wikipedia

Un choix qui peut sembler surprenant à première vue, mais l’une des forces de Leekens n’est-elle pas sa capacité à sublimer une petite ou moyenne équipe face à plus fort qu’elle, et de former un bloc compact et gagneur ? Ses récents échecs (dont celui avec la sélection nationale belge) invitent toutefois à la prudence. Sa motivation, quant à elle, semble réelle : « Je veux apprendre le hongrois et m’adapter à la culture. Mais le plus important reste d’avoir une vision, et je l’ai. J’adore les défis, me donner à fond dans ce que j’entreprends. Je ne crois pas en la chance mais dans le travail, »  a-t-il déclaré lors de la conférence de presse de présentation, ajoutant que l’objectif principal, qui constitue également un « rêve », est de se qualifier pour l’Euro 2020. Est-ce un bon choix pour relancer la machine hongroise, si séduisante à l’Euro 2016 ?

Premiers éléments de réponse en octobre 2018, moment où la Hongrie jouera ses prochains matchs officiels dans la Ligue C de la Ligue des Nations 2018-19, dont le tirage au sort a lieu le 24 janvier prochain.

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Image à la une : PASCAL PAVANI / AFP

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A propos de l'auteur

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De retour en France après plusieurs mois passés à Varsovie, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois.

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