Ádám Szalai, enfin sage et désormais incontournable

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 25 mars 2017

Ce samedi 25 mars, la Hongrie affronte le Portugal à Lisbonne (20h45), lors d’un match qui vaudra son pesant d’or dans la course à la qualification pour la Coupe du Monde 2018. Ádám Szalai devrait très certainement être titularisé à la pointe de l’attaque magyare. Ce qui peut paraître surprenant, étant donné qu’il s’agit d’un joueur incapable de s’imposer dans les différents clubs au sein desquels il a évolué ces dernières saisons, et dont les relations avec la sélection nationale furent parfois compliquées. Portrait d’un homme qui ne laisse pas indifférent, entre retraite anticipée et soirée très arrosée.

En football sans doute plus que dans n’importe quel autre domaine, il est possible de passer du statut de pestiféré à celui de héros national en l’espace d’un court instant. Le 14 juin 2016, la Hongrie affronte l’Autriche à Bordeaux, en phase de poules de l’Euro. La rencontre se débloque à l’heure de jeu lorsqu’Ádám Szalai, après un double une-deux avec László Kleinheisler, trompe le gardien autrichien et ouvre le score. L’attaquant hongrois, qui restait sur 700 minutes sans marquer en sélection, se précipite ensuite vers les tribunes pour se jeter dans les bras de supporters ivres de joie. La Hongrie s’impose finalement 2-0 et signe ainsi de la plus belle des manières son grand retour en compétition internationale, après trente ans d’absence. Szalai, quant à lui, redore un blason qui était jusque-là bien terne.

Passé par la Castilla, Mayence et Schalke 04

Le parcours réalisé par l’avant-centre formé au Budapest Honvéd avait, tout d’abord, fait poindre quelques belles promesses. A 20 ans, il rejoint l’équipe réserve du Real Madrid (2007). Ses prestations au sein de la Castilla lui valent d’être appelé par le sélectionneur hongrois, Sándor Egervári. Ádám Szalai honore sa première cape le 8 octobre 2010, face à Saint-Marin, en inscrivant un triplé (8-0). En 2010, il prend la direction de Mayence, club fraîchement promu en Bundesliga. Sous les ordres d’un certain Thomas Tuchel, le Budapestois poursuit sa progression et se montre de plus en plus performant. Sa saison 2012-2013 est de loin la plus aboutie, puisqu’il termine avec un total de treize buts au compteur. De quoi attirer l’attention de formations plus huppées, dont Schalke 04 qui, moyennant une somme de huit millions d’euros, s’attache ses services à l’été 2013.

Retraité international à 26 ans

A Gelsenkirchen, Szalai profite de l’absence prolongée de Klaas-Jan Huntelaar, blessé, pour montrer ce dont il est capable. Mais les choses se compliquent dès que le Néerlandais revient à la compétition, en janvier 2014. Poussé sur le banc des remplaçants, le Magyar doit alors se contenter des quelques miettes qu’on lui laisse. Transféré à Hoffenheim au mercato suivant, le grand attaquant (1,93m) connaît un passage à vide coïncidant avec ses déboires en sélection, qui ont commencé quelques mois plus tôt. Le 11 octobre 2013, la Hongrie est humiliée par les Pays-Bas (8-1). Le lendemain, Szalai se présente en conférence de presse et a des mots très durs envers le système de formation hongrois, selon lui responsable des piteux résultats actuels :

« Il n’y a pas d’équipe hongroise qui parvient à être performante sur la scène européenne. Il n’y a pas de joueur hongrois formé en Hongrie et capable de percer au niveau européen (…). Depuis vingt ans, aucun talent n’a émergé chez nous (…). Ne me parlez pas de problèmes financiers, ce sont de fausses excuses. Lorsque je suis arrivé en Allemagne, je me suis aperçu que la clé, c’était la détermination. Il faut que l’on cherche à travailler avec cette exigence, et pour cela nous avons besoin de personnes compétentes, bien formées, et non pas d’incapables qui se rejettent mutuellement la faute (…). Les gens attendent que l’on fasse quelque chose depuis dix ou vingt ans, mais il n’y a rien pour construire ! Beaucoup de joueurs, dans l’équipe nationale, ne sont pas en mesure de rivaliser sur le plan européen. La préparation mentale devrait être assez forte pour subir l’ambiance d’un stade de 50 000 spectateurs, comme à Amsterdam ou Bucarest. »

Des déclarations qui font grand bruit au pays. Alors coach de Győr, Attila Pintér ne goûte guère cette sortie médiatique : « Szalai exprime une opinion sur des entraîneurs hongrois qu’il ne connaît pas, c’est irresponsable. Je n’apprécie pas ce genre d’attitudes. » Devenu sélectionneur national le 19 décembre 2013, Pintér ne convoque pas Ádám Szalai, qui comprend très rapidement qu’il ne rejouera pas sous le maillot hongrois de sitôt. Le 4 septembre 2014, l’avant-centre de 26 ans déclare même, via un message posté sur Facebook, qu’il décide de mettre un terme à sa carrière internationale. Heureusement pour lui, Pintér est remercié quelques jours plus tard et Pál Dárdai, le nouveau sélectionneur, le rappelle dès le rassemblement suivant. Le joueur formé au Honvéd profite de son retour pour marquer un but décisif contre les Îles Féroé (0-1). Le dernier avant une longue période de disette.

Tournée générale !

Critiqué voire moqué pour sa maladresse face aux cages adverses, Szalai, qui n’est même pas titulaire chez le dernier de Bundesliga (il a été prêté à Hanovre pour la saison 2015-2016) est loin de faire l’unanimité auprès des supporters hongrois. Nemanja Nikolić (Lire : Le Prince Nikolić, héritier de l’Empire), désormais ancien prolifique buteur du Legia Varsovie, et le très régulier Tamás Priskin semblent être plus fiables. Bernd Storck choisit d’ailleurs de titulariser Priskin lors de l’importantissime barrage retour face à la Norvège, en novembre 2015. Un choix payant puisque le joueur du Slovan Bratislava ouvre le score et guide son équipe vers la qualification pour l’Euro 2016 (2-1). Le pays est en liesse et Szalai, qui est resté sur le banc toute la rencontre, va encore se faire remarquer. Au lieu de célébrer cette victoire avec ses coéquipiers, il prend la direction d’un bar branché de Budapest et paie sa tournée de pálinka (célèbre alcool hongrois) à l’ensemble des personnes présentes.

« Nous sommes enfin qualifiés, après quarante-quatre ans ! Vous en avez bavé en tant que supporters ! C’est pour nous soutenir que vous êtes venus là. Et c’est pour ça que vous allez tous boire une pálinka et que vous n’irez pas vous coucher avant sept heures du matin, » hurle Szalai qui, le lendemain, avouera à la presse ne plus se souvenir de cette soirée.

L’indispensable Szalai

En dépit de cette virée nocturne alcoolisée et de sa saison médiocre à Hanovre (aucune réalisation en douze apparitions), Ádám Szalai fait partie des vingt-trois joueurs sélectionnés par Bernd Storck pour aller en France. Son but face à l’Autriche lui aura donc permis de se réconcilier avec ses supporters et de mettre la Hongrie sur de bons rails, ceux d’un Euro globalement réussi. Surtout, le Budapestois jouit désormais d’un statut bien plus important au sein du « Nemzeti 11 », dont il est le meilleur buteur depuis le début des éliminatoires pour le Mondial 2018. La Hongrie, assez décevante en termes de contenu dans le jeu, peut en effet compter sur son attaquant de 29 ans, qui a inscrit un doublé face à la Suisse (défaite 2-3) puis deux autres buts, en Lettonie (0-2) et contre Andorre (4-0). La situation est pour le moins paradoxale : disposant d’un temps de jeu toujours relativement restreint au TSG Hoffenheim (seulement trois titularisations sur quatorze matchs joués), Szalai a pourtant su se rendre indispensable auprès de sa sélection. Face au Portugal, ce samedi, il aura à nouveau l’occasion de montrer qu’il est impossible de se passer de lui.

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Image à la une : © Amelie QUERFURTH / AFP

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De retour en France après plusieurs mois passés à Varsovie, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois.

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