Souvent perçu comme un club alignant les pré-retraités, ou dominant outrageusement un faible championnat grec, l’Olympiakos a quelque peu modifié sa stratégie sur les dernières années pour retrouver de la régularité et de la crédibilité sur la scène européenne.

Avant d’analyser un peu plus l’Olympiakos, Footballski a consacré plusieurs articles sur le club grec :

Dans la foulée du tirage au sort, nul doute que les fans de l’Olympique de Marseille, mais aussi de Porto et de Manchester City, se sont rués sur la page Transfermarkt de l’Olympiakos. Et, à première vue, difficile de ne pas remarquer ces joueurs qui dépassent assez largement la trentaine, à l’image du duo francophone Mathieu Valbuena (36 ans) – Youssef El Arabi (33 ans), mais aussi du Brésilien Rafinha (35 ans), ou encore de l’ancien international grec José Holebas (36 ans), de retour dans un club avec lequel… il avait battu l’OM en 2011 lors de la dernière confrontation entre les deux équipes. On pourrait aussi mentionner Avraam Papadopoulos (35 ans), qui a lui aussi effectué son retour dans son club de cœur il y a deux ans.

Difficile de nier que le club, à l’image des voisins turcs et même du reste de la Grèce, apprécie particulièrement ces riches CV de joueurs étrangers qui ont souvent connu le très haut niveau, la sélection et la gloire, et qui viennent monnayer leur talent pour un dernier beau contrat. Mais, tout de même, un virage assez net est à noter sur ce point à l’Olympiakos. Après les échecs cuisants de ces dernières années, allant d’Oscar Cardozo à Yaya Touré, dont le retour triomphal a vite été écourté, le mastodonte du Pirée a misé sur des « vieux » qui ont répondu présents : 23 passes décisives pour Mathieu Valbuena la saison dernière, 27 buts pour Youssef El Arabi, qui en a déjà marqué cinq sur le début de celle en cours (dont un triplé face à l’Atromitos juste avant la Ligue des Champions). Car certains, malgré les années, n’ont absolument rien perdu de leurs qualités footballistiques, très au-dessus de la moyenne, y compris face à des cadors européens.

Deux ans de montée en puissance

Car l’Olympiakos et son palmarès XXL (45 titres de champion, 28 coupes de Grèce) est trop souvent analysé uniquement par le prisme d’un championnat grec présenté comme faible. La réalité, d’ailleurs, n’en est guère éloignée, puisque la Superleague est, de fait, un championnat très hétérogène, où se mélangent les clubs de bon niveau (AEK, PAOK, voire Aris et Panathinaïkos, malgré la crise actuelle au club) et les clubs moyens, voire faibles, à l’image des promus chaque année. « Facile de marquer 20 buts en Grèce », « en même temps, ils sont champions sans forcer », autant d’analyses rapides que l’on peut lire ici et là, surtout depuis le tirage.

L’Olympiakos reste sur une facile victoire face à l’Atromitos.

La réalité, elle, est logiquement un peu plus complexe. En poste depuis avril 2018, ce qui est un exploit majeur dans un club qui a consommé 22 coachs depuis mai 2009 (dont Valverde, Jardim et Michel, entre autres), Pedro Martins a eu le temps de façonner un groupe, d’inculquer sa tactique. La première saison, en 2018-2019, a servi de rampe de lancement, malgré une année blanche toujours très dure à vivre dans un club habitué à tout rafler. Le PAOK de Lucescu, qui avait fini la saison invaincu en championnat, était alors plus fort. Mais le Portugais, petit à petit, avait fait progresser son groupe, en sortant notamment des poules en Ligue Europa après une victoire mémorable face à Milan (3-1), avant de tomber face au Dynamo Kiev.

La saison suivante, celle de 2019-2020, fut celle de l’apothéose. Une phase de tours préliminaires de Ligue des Champions quasi-parfaite, avec cinq victoires en six matchs (dont deux face à Krasnodar). Une seule défaite en Superleague en 36 rencontres. Un doublé avec l’obtention de la Coupe. Et, en Europe, une présence en Ligue des Champions mal récompensée, malgré un nul face à Tottenham, un très gros match face au Bayern à domicile (défaite 3-2), et un revers à Londres qui laissera d’énormes regrets (3-2). Rebasculé en Ligue Europa, l’Olympiakos a ensuite gagné le respect en éliminant Arsenal… grâce au « vieux » El Arabi en prolongations, avant de chuter avec les honneurs face à Wolverhampton sur un penalty de Jimenez.

L’Olympiakos, l’un des clubs qui a le plus embêté le Bayern.

4-3-3 ou 4-2-3-1, une large palette tactique

Voilà, donc, ce que va affronter l’OM : un club qui, presque tous les ans, dispute l’Europe. Un club qui connaît l’intensité de ces matchs, même sans jamais réellement crever l’écran. Un club dont la plupart de l’effectif, pour ne pas dire tout le onze de départ, connaît le degré d’exigence d’une compétition qui ne pardonne presque rien. Au-delà de ça, l’Olympiakos est une équipe qui a basculé pleinement dans le football moderne, où la dimension tactique est prédominante. Dans la lignée des entraîneurs portugais qui ont essaimé un peu partout en Europe, Pedro Martins est arrivé en Grèce, après des expériences à Rio Ave, Maritimo ou Guimaraes (où il avait d’ailleurs battu l’OM en Ligue Europa) avec des vrais principes de jeu.

Sur sa première saison, l’ancien international portugais (une sélection) a mis en place puis peaufiné un système plutôt classique, à savoir un 4-2-3-1. Un dispositif qui a notamment permis à un joueur comme Daniel Podence de se révéler sur l’aile, mais aussi à Kostas Fortounis de prendre les clés du jeu pour finir la saison meilleur buteur (17 buts toutes compétitions confondues). Ce système, souvent utilisé en championnat quand l’Olympiakos a la possession (c’est-à-dire quasiment tout le temps) permet d’utiliser des profils d’ailiers purs, à l’image de Lazar Randjelovic, Giorgios Masouras ou la recrue Bruma, voire Soudani.

Pour aller en LDC, il a fallu sortir l’Omonia, club chypriote.

Mais Pedro Martins, depuis le milieu de la saison dernière environ, a développé un autre système que l’Olympiakos a appris à maîtriser : le 4-3-3. Si, dans les faits, cela sacrifie un élément offensif (le plus souvent, Fortounis), l’Olympiakos retrouve une assise défensive intéressante, avec deux milieux devant la défense (probablement M’Vila et Bouchalakis à l’heure actuelle), capable, techniquement, de vite relancer et casser des lignes ou orienter le jeu sur les deux joueurs de côté. Le grand gagnant de ce système se nomme Mady Camara. L’ancien de l’AC Ajaccio, capable d’évoluer 6, 8 et même 10 tant ses qualités athlétiques, sa vision du jeu et sa technique en font un joueur de grand talent.

En outre, avec la présence d’Ahmed Hassan sur le banc, Pedro Martins a également une troisième option sous le coude en fonction de la physionomie de la rencontre et de l’adversaire : le 4-4-2, où l’Egyptien vient prendre la pointe aux côtés de Youssef El-Arabi. Sans oublier le retour de Hilal Soudani, enfin remis d’une sale blessure au genou qui l’aura éloigné pendant de longs mois. Les options sont donc nombreuses, et surtout, chose importante : tout cela a pu être testé en Superleague, souvent avec succès. C’est donc un club confiant qui s’amène en Europe, et cela pourrait bien faire la différence.

Valbuena – Olympiakos, sortir du symbole

Qui n’a pas lu, depuis son arrivée en Grèce, une interview de Mathieu Valbuena ? Qui n’a pas vu un de ces innombrables sujets vidéos racontant sa nouvelle vie en Grèce, tout en glissant deux ou trois mots sur l’OM et l’équipe de France ? Depuis le tirage, Petit Vélo accapare logiquement toute l’attention, étant donné son passif avec l’OM. Mais derrière le cas du Français, c’est tout un club qui reste un peu dans l’ombre, et qui n’est que très rarement mis en avant une fois que l’on quitte les frontières de la Grèce (ce qui peut sembler logique).

Mathieu Valbuena sera probablement titulaire face à l’OM.

Pourtant, la qualité de cet effectif est réelle, et pourrait surprendre (désagréablement) toute formation le prenant à la légère. Dans le cas de l’OM, résumer cela à un duel Valbuena-Marseille ressemble à une belle erreur. Entre l’impérial José Sa, qui flirte avec le poste de troisième gardien en sélection du Portugal, Ruben Semedo, débarrassé de ses soucis extra-sportifs et devenu international A du Portugal, la robuste charnière sénégalaise Pape Abou Cissé Ousseynou Ba (les deux sont devenus internationaux), mais aussi Ruben Vinagre, débarqué en prêt de Wolverhampton, en passant par Yann M’Vila, le surprenant Randjelovic, le méconnu Maxi Lovera, le contingent d’internationaux grecs (Vrousai, Masouras, Bouchalakis et surtout Fortounis), les recrues (Pêpê, Bruma) et le revenant Soudani, l’Olympiakos a beaucoup d’autres atouts à faire valoir pour faire la différence.

L’absence de public, la préparation et la question des latéraux

Mais l’idée n’est pas de présenter l’Olympiakos comme un Real Madrid bis. Le club Grec, aussi titré soit-il, présente des failles que l’OM (entre autres) peut exploiter. Premièrement, la finale de Coupe de Grèce 2019-2020 s’est jouée le 12 septembre dernier, soit en dehors des dates initiales prévues par la FIFA. Conséquence : délesté de ses joueurs partis, l’Olympiakos a dû jouer… avec l’effectif de la saison dernière ! Sans les premières recrues estivales, donc, qui n’ont guère participé aux premiers amicaux de l’été, qui servaient en priorité à dégager un XI possible avec les différents trous à combler dans l’effectif. Loin d’être idéale, cette préparation en deux-temps explique aussi que le jeu pratiqué sur ce début de saison est un peu poussif, loin de ce qu’on voyait l’an dernier à la même période (même si la COVID est passée par là).

Deuxièmement, l’Olympiakos n’a eu qu’un tour préliminaire à passer pour aller en LDC, et il a fallu sortir l’Omonia, largement à la portée du club grec, pour cela. Deux matchs assez moyens (2-0, 0-0) ont suffi à l’Olympiakos, qui n’a pas eu besoin de monter vraiment en puissance, pour le faire. Point négatif : les recrues, à l’exception des latéraux (voir ci-dessous) et de M’Vila, n’ont guère pu avoir de temps de jeu avant d’aborder la Ligue des Champions, puisque les amicaux ont été très peu nombreux, et que le club a très vite basculé dans des matchs à enjeu (donc pas ceux où on lance directement des recrues dans le grand bain).

Le départ de Tsimikas a été un gros coup dur pour l’Olympiakos.

Troisièmement, le club a perdu des joueurs cet été (notamment le précieux Guilherme au milieu) et surtout deux : le capitaine Omar Elabdellaoui (latéral droit) et l’excellent Kostas Tsimikas (latéral gauche), parti à Liverpool. Deux joueurs très importants dans le jeu de l’Olympiakos, tant leurs courses (surtout Tsimikas) offraient d’énormes solutions aux éléments offensifs (surtout Valbuena) pour déséquilibrer l’adversaire et créer le danger, que ce soit par des centres, des dédoublements ou même des appels dans le vide pour libérer une position favorable pour Valbuena, dont beaucoup des 23 passes décisives sont issues de centres vers El Arabi notamment. Le départ de Podence en janvier dernier a été aussi un gros coup dur tant le Portugais était capable de déstabiliser presque tout seul une défense. Malgré les tentatives, il n’a pas été remplacé par un élément aussi fort. En contrepartie, le club a misé sur Rafinha (à droite) et Holebas (à gauche) pour les couloirs de sa défense. Appliqués défensivement, ils apportent beaucoup moins offensivement, ce qui force Valbuena, par exemple, à beaucoup toucher le ballon sans trop savoir comment bien l’exploiter. Une faille dans laquelle l’OM peut se glisser ?

Enfin, le fait de jouer à huis clos handicape sérieusement l’Olympiakos, privé d’un douzième homme qui, à défaut de pouvoir réellement faire déjouer l’adversaire, est capable de pousser ses joueurs jusqu’à 120, 130%. Surtout que le club, malgré une présence régulière en Europe, ne parvient que très rarement à s’imposer (une victoire lors des 14 derniers matchs), souvent rattrapé par des erreurs individuelles ou de la malchance. Encore une faille dans laquelle l’OM pourrait bien se glisser.

Martial Debeaux

Image à la une : © Olympiacos FC

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