L’œil du recruteur, c’est un rapport détaillé, technico-tactique, d’un joueur de nos championnats qui mériterait d’évoluer à un niveau un peu plus élevé qu’il ne le fait actuellement. Aujourd’hui, nous nous penchons sur Mady Camara de l’Olympiakos.

Mady Camara

Nom complet : Mohamed Mady Camara
Né le : 28 février 1997 à Matam (Guinée)
Pays : Guinée
Taille : 1,82 m
Poste (pied) : milieu défensif (droit)
Autre(s) poste(s) : milieu relayeur
Club : Olympiakos – Super League, Grèce
12 sélections, 0 but avec la Guinée.

Carrière

Natif de Matam, Mady Camara a d’abord fait ses armes dans deux clubs de son pays natal, la Guinée. Il connaît ainsi des passages dans les clubs de l’AS Kaloum et du FC Santoba, où il démarre son parcours footballistique. Un parcours qui le mène à un premier tournant, à l’été 2015 : le jeune milieu de terrain guinéen décroche en effet un essai à l’AC Ajaccio, qui évolue alors en Ligue 2 française, pour une durée d’un mois et demi. L’objectif ? Séduire, et glaner un contrat professionnel sur l’île de Beauté. Un premier saut vers l’Europe qui, pour beaucoup de ses compatriotes africains, peut parfois se révéler délicat, voire traumatisant. Mais pas pour lui.

En effet, « Mady » séduit vite son monde, et signe un contrat professionnel au commencement de la saison 2016-2017, qui marquera le début de sa destinée sur le Vieux Continent. Mais il faudra attendre le mois de janvier, et un match à Troyes, pour le voir apparaître avec le maillot ajaccien. Le Guinéen ne ratera ensuite qu’une seule rencontre jusqu’à la fin de la saison, s’offrant même un but lors de la victoire face à Tours (38e journée).

La machine vient de se mettre en route. La saison 2017-2018 marquera elle l’envol du natif de Matam. Pierre angulaire du dispositif corse, Mady Camara et ses petits camarades vivent une saison un peu folle, qui les mènera jusqu’à un barrage d’accession perdu face à Toulouse. Et le milieu défensif n’y est pas étranger, avec une demi-volée gagnante face au Havre, lors du premier barrage entre équipes de Ligue 2, désormais entrée dans la légende du club et de la division.

Fort d’une saison à 30 matchs, Mady Camara plie bagages et met le cap… sur la Grèce, où il rejoint, sans trop faire de bruit, le mastodonte de l’Olympiakos, club le plus titré du pays. Dans cette écurie où les noms clinquants se chevauchent dans un effectif pléthorique, son arrivée est plutôt silencieuse, voire surprenante pour un pays qui ne mesure pas encore le talent du nouvel arrivant. Il ne mettra d’ailleurs pas bien longtemps à séduire son monde : Pedro Martins, son entraîneur, tombe très vite sous le charme de son milieu de terrain, qui profite de la préparation estivale en Autriche pour marquer des points et se faire une place dans le onze titulaire.

La suite est désormais connue : indispensable à l‘Olympiakos, Mady Camara a disputé 75 rencontres avec la formation grecque depuis son arrivée à l’été 2018. Auteur de huit buts, il a aussi goûté à la Ligue des Champions et à la Ligue Europa, s’offrant des prestations remarquées qui ont largement dépassé les frontières grecques. Désormais international avec la Guinée, sa trajectoire ressemble un peu à celle de Yaya Touré, qu’il a pu côtoyer quelques mois à l’Olympiakos : celle d’un joueur au talent immense, débarqué un peu dans l’inconnu, mais qui a tellement crevé l’écran qu’il est vite parti vers un meilleur championnat.

Utilisation actuelle

Lors de son arrivée en Grèce Mady Camara a débarqué avec l’étiquette (et le vécu) d’un milieu purement défensif, capable de gratter un nombre incalculable de ballons et de se projeter vers l’avant. Doté de qualités physiques au-dessus de la moyenne (mais pas que, on le verra ensuite), le Guinéen semble fait pour ce rôle-là. Pedro Martins, l’entraîneur qui lui a fait passer plusieurs paliers, l’utilisait d’abord dans son 4-2-3-1 fétiche, ce qui lui permettait de rendre un peu plus libre le meneur de jeu, sachant que Camara était là pour effectuer le « sale » boulot.

Mais, avec le temps et l’évolution de l’effectif, Pedro Martins a dû se résoudre à utiliser de plus en plus souvent le 4-3-3, ce qui a un peu changé le rôle de Mady Camara. Ainsi, sur sa deuxième saison à l’Olympiakos, et avec la multiplication des matchs à jouer en raison du parcours européen du club, l’ancien d’Ajaccio a peu à peu « muté » vers un rôle d’électron libre : entre le 8 et le 10, Camara effectue un pressing très haut, porte le ballon vers l’avant, initie les contre-attaques et, globalement, évolue plus haut sur le terrain. Un nouveau rôle qui lui sied à merveille (même s’il reste des points à améliorer), et qui lui octroie un talent supplémentaire, lui qui n’en manquait pas.

Profil

  • Mesurant 1,82m, Mady Camara n’a pas forcément un gabarit monstre. Sauf que le Guinéen est une vraie boule de muscles, ce qui en fait un véritable atout dans ce secteur de jeu. Très rugueux au duel, il n’hésite pas à mettre le pied, tout en étant intraitable dans les airs. Et s’il récolte un nombre conséquent de cartons jaunes mais habituel pour un milieu défensif (16 en 75 matchs avec l’Olympiakos), il n’a encore jamais été expulsé avec le club grec. Par ailleurs, un de ses énormes atouts est son endurance : de la première à la dernière seconde, Camara est au four et au moulin, capable de multiplier les courses à haute intensité vers l’avant ou pour couper une action adverse. Il est ce fameux joueur à trois poumons qui fait de l’entrejeu son royaume.
  • Beaucoup de joueurs « explosent » en vol lorsqu’ils arrivent à l’Olympiakos, où la pression est forte et où il est très facile de sombrer aux oubliettes après une ou deux rencontres ratées. Camara, lui, s’est « nourri » de cette pression pour se faire un nom et se mettre très vite au niveau attendu, surpassant les attentes de manière radicale. Calme et détendu, il fait partie de cette classe de joueurs qui se subjuguent lors des rencontres à fort enjeu.
  • Au-delà de ses qualités physiques, Mady Camara lit et sent très bien le jeu. S’il a encore du déchet dans cet aspect, ses passes et renversements de jeu en première intention sont de très bonnes qualités, et déstabilisent souvent l’adversaire. En Grèce, l’Olympiakos a très souvent la possession, et évolue face à des équipes regroupées dans leur camp. Ainsi, le rôle du Guinéen est prépondérant pour casser les lignes, accélérer la circulation du ballon, mais aussi créer des décalages. De pur n°6, il se transforme ainsi très souvent en un véritable chef d’orchestre reculé.
  • Ses qualités physiques ne sont pas la seule chose qu’il ait à offrir. En effet, Mady Camara est doté d’une somptueuse et surpuissante frappe de loin. À plusieurs reprises, il a permis à l’Olympiakos de forcer la décision, que ce soit en marquant directement, ou alors en contraignant le gardien adverse (ou le poteau) à repousser le ballon directement sur l’un de ses coéquipiers. S’il peut encore largement s’améliorer sur cet aspect (il tente parfois trop souvent de tirer dans des positions impossibles), il n’en reste pas moins un vrai danger pour les équipes adverses, que ce soit en « percutant » balle aux pieds, ou en étant trouvé en retrait.
  • Dans les équipes qui possèdent des éléments offensifs de haut niveau, c’est-à-dire des joueurs qui ne sont pas toujours les plus aptes à effectuer le travail défensif, Mady Camara est une vraie « sécurité » pour sa formation. Capable de travailler pour deux, le Guinéen est toujours là où il faut, quand il faut. Il n’est pas rare de le voir harceler son vis à vis dès la réception du ballon, ou alors en le devançant carrément. Petit bonus : ses tacles font très souvent mouche, même si son excès d’engagement provoque parfois des fautes dans son propre camp.
  • La Superleague grecque n’est, certes, pas le meilleur championnat, mais Mady Camara facture déjà de belles références sur la scène européenne avec l’Olympiakos. Majestueux lors de la victoire après prolongations sur la pelouse d’Arsenal en février dernier, ou encore très en vue lors des différents tours préliminaires que dispute son club chaque été, il n’est plus si loin du très haut niveau européen. Le principal axe de progression sera de se mettre au niveau d’un championnat plus exigeant et homogène que la Superleague.
  • Offensivement, il doit également progresser dans l’aspect finition, notamment dans la surface de réparation. En effet, si ses frappes de loin sont dangereuses, Camara ne profite pas, parfois, de situations de contre qui le mènent face au gardien, ou même en situation favorable. Son talent brut étant assez conséquent, nul doute qu’avec du temps il réussira à progresser et aller inscrire ces quatre ou cinq buts de plus qui peuvent le faire basculer dans une autre dimension.
  • Pendant deux saisons, Mady Camara a évolué sous les ordres de Pedro Martins, coach portugais qui possède de vrais principes tactiques et une certaine idée de jeu, ce qui a contribué à la progression du Guinéen. Le milieu lui a d’ailleurs vite rendu sa confiance, en étant capable de s’imposer dans à peu près tous les dispositifs utilisés par Martins (4-2-3-1, 4-3-3). En revanche, Martins n’est pas adepte de la défense à trois, ni de systèmes foncièrement défensifs (5-3-2), ce qui pourrait être le cas si Camara rejoignait une formation n’étant pas aussi dominatrice que l’Olympiakos.
  • Soucieux de très vite orienter le jeu, Mady Camara est à l’aise avec son pied droit comme son pied gauche. En ce sens, il n’est pas seulement un joueur qui récupère, mais sait aussi être cette première rampe de lancement pour ses ailiers ou son attaquant de pointe. Et quand il ne fait pas la différence par la passe (au sol ou en l’air), le Guinéen est un véritable dévoreur d’espaces, que ce soit avec sa conduite de balle de très bonne facture, ou alors par un dribble rapide et un changement de direction.
  • Sur l’aspect purement tactique, Mady Camara a toujours évolué avec un camarade à côté de lui lorsqu’il était placé à la récupération dans un 4-2-3-1. En 4-3-3, comme évoqué, il était plutôt dans un rôle hybride entre le relayeur et le meneur de jeu reculé. Reste à savoir ce qu’il pourrait donner s’il était aligné tout seul devant la défense, en sentinelle, mais au vu de ses capacités, et de sa capacité d’adaptation, nul doute que ce ne serait pas un handicap pour sa formation.
  • Pour finir, Mady Camara ne présente pas de réel défaut à proprement parler. À 23 ans, il a toutes les capacités pour faire une très belle carrière, et le championnat grec semble déjà trop « petit » pour lui. En revanche, la seule interrogation sera de savoir s’il peut s’adapter plus rapidement à un championnat beaucoup plus exigeant. La foule de clubs envoyant régulièrement des émissaires en Grèce prouvent, toutefois, que peu de gros clubs semblent douter de cela…

Cibles types : clubs anglais (Arsenal, Sheffield United, autres), OM, OL, Monaco.
Prix : autour de 20M€
Rapport qualité / prix : Moyen – investissement coûteux, mais potentielle grosse vente dans un futur proche
Note du joueur : B
Note du potentiel : A

Martial Debeaux

Image à la Une : © Olympiacos

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