Memes maux, memes peines au Dinamo Zagreb

Damien F - Publié le 5 février 2018

Après une saison 2016-2017 agitée dans des flots turbulents, le Dinamo Zagreb semble redevenu la rivière coulant paisiblement sur le championnat croate. Avec 50 points en 20 matchs, 12 points d’avance sur le Hajduk, 14 sur Osijek et 15 sur Rijeka, le club de la capitale croate a repris la mainmise sur un championnat qui semble déjà gagné. Pourtant, tout n’est pas si tranquille. La campagne européenne a été absolument cataclysmique et le niveau de jeu reste désespérément le même année après année. Sans compter les révélations des football leaks qui jettent un peu plus l’opprobre sur un club aux méthodes peu claires.

Zéro trophée. Cela fait bien longtemps que cela n’était plus arrivé au Dinamo Zagreb. Après la razzia de Rijeka, qui a non seulement gagné le championnat mais aussi la coupe, l’heure était à la crise dans les bureaux du Dinamo Zagreb. Pour un club fondant toute la base de son système sur les compétitions européennes (primes, vitrine pour vendre au prix fort ses pépites), l’été ne pouvait pas être calme…

Sans Ligue des Champions, le Dinamo se retrouvait dans une mauvaise situation financière et devait dire (temporairement) adieu à l’opulence, tout en devenant plus fort sportivement pour mater Rijeka et retrouver les lumières dorées des millions d’euros. Pour renflouer le budget, certains joueurs aux contrats extrêmement élevés sont partis. L’imposture Sammir est repartie en Chine, Marcos Guilherme (arrivé grâce à Doyen Sport) au Brésil. Les caisses ont aussi bien été renflouées par les départs de Junior Fernandes, Josip Pivaric, Gordon Schildenfeld, Paulo Machado et Gonçalo. Tous ces joueurs culminaient à un salaire tournant autour de près d’un million d’euros par an, sans forcément apporter les bénéfices sportifs attendus.

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Le Dinamo Zagreb prêt à tout pour regagner @Facebook GNK Dinamo Zagreb

Les Football Leaks jettent l’opprobre sur le Dinamo Zagreb

S’il y avait bien un club croate qui pouvait être touché par les Football Leaks, nous n’aurions eu que peu de doutes quant à son identité. Outre les petites magouilles entre Luka Modric et Mamic ainsi que la tierce propriété concernant le transfert de Mateo Kovacic du Dinamo à l’Inter, des révélations ont accablé le jeune joueur du Dinamo, Ante Coric, et surtout la relation entre ce dernier, sa famille, le Dinamo et Doyen Sports. Cette dernière est la plus grande agence du monde, dont les clients sont de nombreux joueurs de football mondiaux, qui s’est intéressée au prodige du Dinamo.

À l’automne 2016, Coric a publiquement admis qu’il avait rejoint le giron de Doyen Sport. Selon les documents de Football Leaks, Doyen Sports a acheté en novembre 2015 70% des droits d’Ante Coric pour un montant de 2 863 290 euros, avec la garantie de recevoir deux millions d’euros supplémentaires du Dinamo. De plus, le deuxième article du même document révèle que le 20 février 2016, le Dinamo a signé un emprunt de 4,55 millions d’euros sur 36 mois avec Doyen Sport, avec la garantie de deux nouveaux millions d’euros supplémentaires.

Il est intéressant de noter que seulement deux semaines avant la conclusion du prêt de 4,5 millions d’euros de Doyen, Zdravko Mamic a démissionné de son poste de président exécutif de Dinamo pour l’ouverture d’une enquête de l’USKOK contre lui et les membres de sa famille. Quelques semaines plus tard, un autre acte d’accusation pour le détournement de millions de dollars du Dinamo a été déposé contre lui.

Notons aussi que six mois après la signature du premier contrat du prodige avec le Dinamo, la famille Coric (au nom d’Ante) a signé un document pour que la société DigiSport de Dubaï (une société off shore de Mamic) devienne le gérant unique du joueur. La famille Coric aurait reçu 30 000€ de cet organisme grâce au contrat. On soupçonne Mamic, grâce à sa société offshore, d’avoir fait en sorte de toucher 50% du futur transfert (qui était censé aller au Dinamo).

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Ante Coric, pas encore derrière les barreaux @Facebook GNK Dinamo Zagreb

Place aux jeunes

Une nouvelle ère a donc débuté au Dinamo. Le brassard de capitaine a épousé la courbe du bras d’ Arjan Ademi, revenu après deux saisons blanches pour cause de contrôle positif au dopage. Tongo Doumbia et Jan Lecjaks sont arrivés de l’extérieur, en plus de ceux venant des réseaux plus ou moins internes provenant de clubs liés (comme le Lokomotiv). Les jeunes Dani Olmo, Nikola Moro et Filip Benkovic, eux, se sont vus confier plus de responsabilités.

Avec des joueurs plus motivés que ceux présents l’an dernier, et sans concurrent, le Dinamo coule des jours heureux. Rijeka ne pouvait pas reproduire sa saison exceptionnelle de l’an dernier et a vu tous ses meilleurs joueurs partir alors que le Hajduk et Osijek restent trop tendre. La situation est idyllique pour le club de la capitale, qui peut d’ores et déjà préparer sa prochaine saison. Le directeur sportif Marijan Tren et l’entraîneur Mario Cvitanovic savent à quel point il sera crucial de se qualifier pour la phase de poules d’une compétition européenne, sans quoi la situation pourrait sérieusement se compliquer. Depuis une dizaine d’années, les primes de l’UEFA couvrent les trous financiers d’un club qui ne peut pas se permettre de passer deux ans sans un parcours en Europe. Les hommes à la tête du Dinamo savent qu’à moins d’un retournement de situation – qui semble impossible – le titre est déjà acquis en hiver. De quoi préparer plus sereinement l’année prochaine.

Tout semble donc aller pour le mieux au Dinamo Zagreb. Et pourtant. La qualité de jeu n’est pas du tout au rendez-vous et sur ce terrain là, la domination n’est pas visible. En effet, le nombre de points gagnés cache des problèmes dans le jeu que le club de la capitale ne devrait pas connaître dans cette compétition.

L’exemple Arjan Ademi : suspendu pour dopage, il revient 2 ans plus tard promu capitaine @Facebook GNK Dinamo Zagreb

Un collectif qui n’a jamais existé

Certaines vieilles habitudes ont la vie dure. Les effectifs ont beau changer, les meilleurs joueurs partir, d’autres arriver et des pépites éclore, en même temps que les entraîneurs volent, le Dinamo Zagreb est incapable de se trouver un collectif. Depuis Vahid Halilhodzic et la saison 2010-2011, il se trouve que les Bleus sont incapables d’agir en équipe, dépendant sans cesse des individualités. Ces dernières sont indiscutablement plus élevées que chez ses concurrents, et de très loin, ce qui suffit à remporter des titres à la pelle. La supériorité des joueurs du Dinamo est évidente, la différence de salaires entre le club et ses concurrents également. Le problème vient plutôt du jeu, qui semble souvent être dénué de tactique et de plan. Ce qui ne pardonne pas en Europe, où année après année, le club subit des déconfitures malgré son budget équivalent à celui du FC Bâle.

Cette année, après une élimination prématurée de la Coupe d’Europe, le Dinamo n’avait plus qu’à se concentrer sur le championnat. Mais même reposé et à 100% concentré, l’équipe n’arrive pas à séduire et gagne à l’arrachée, à l’image de la victoire contre le Slaven Belupo dessinée à la 89ème grâce au but de notre espoir Amer Gojak, sorti du banc deux minutes plus tôt. Une semaine plus tôt, le Hajduk avait perdu des points contre la même équipe en jouant pourtant bien mieux et en contrôlant le match. Et ce fait de match n’est pas isolé : Dani Olmo a marqué dans les dernières minutes pour venir à bout de l’Inter Zapresic, tandis qu’Henriquez a fait de même contre Cibalia, Osijek et le Hajduk. Des exemples parmi tant d’autres. Souvent, Rijeka et le Hajduk ont perdu des points en contrôlant et en étant séduisant, là où le Dinamo s’en est sorti sur des exploits individuels après s’être montré franchement pathétique. Là encore, le fait de pouvoir mettre sur le banc des joueurs tels que Gojak ou Coric, qui seraient des titulaires indiscutables dans n’importe quel autre club, joue pour Zagreb.

Bien sûr, d’aucuns diront que le jeu n’est pas important et que seul le résultat compte. Et les points sont vraiment les plus importants, mais la qualité de jeu ne peut pas être vue que d’un point subjectif. La conséquence d’une telle réflexion est d’ailleurs clairement visible en Europe, où ce jeu – ou plutôt, l’absence du jeu – a de sérieuses conséquences. Le Dinamo est une équipe de qualité incomparable à celle de l’Odd Grenland ou celle de Skënderbeu. Pourtant, un seul des quatre matches contre ces rivaux s’est soldé par une victoire. Mais pour faire déjouer le Dinamo, il suffit souvent d’une forte motivation et d’un bloc compact empêchant l’exploit individuel, aussi cliché que cela puisse sembler. Et si le Dinamo a la meilleure attaque du championnat avec 45 buts, il faut noter que 17 d’entre eux sont arrivés dans le dernier quart d’heure.

Les statistiques indiquent aussi que le Dinamo est l’équipe avec le meilleur taux de possession de balle alors qu’en nombre de tirs tentés ou de situations crées, elle est largement en dessous. Alors pourquoi ? Pour toute personne ayant regardé quelques matchs du Dinamo cette année (et les années précédentes), l’effet est saisissant : l’équipe joue lentement, de façon tout à fait statique et passive. Malgré les bons techniciens qui la composent, la fluidité est inexistante, au grand désarroi de l’attaque. Les entraîneurs ont beau se succéder à une vitesse phénoménale, les mêmes difficultés restent.

La base du football moderne consiste en une circulation de balle fluide, une projection rapide et des combinaisons pour briser les lignes des défenses les plus organisées. Tout l’art du Dinamo est justement ici : réussir à cumuler des joueurs techniques, souvent vendus extrêmement chers, et être tout simplement incapable de les faire jouer ensemble. C’est pour cela qu’autant de fois, le Dinamo devient stérile offensivement.

Damien F


Image à la Une: Twitter @AnteCoric10

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