La Russie, ce sera sans eux #4 – Le Kosovo

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 2 novembre 2017

La phase de groupes des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 est arrivée à son terme. Alors que la Croatie et la Grèce devront passer par de périlleux barrages pour espérer décrocher leur qualification, Footballski revient sur le parcours des équipes d’ores et déjà assurées de ne pas être en Russie en juin prochain. Voici maintenant le Kosovo, qui pour son dépucelage international a fait l’expérience du froid réalisme des matchs décisifs, sans avoir été ridicule, loin de là.

Les résultats

Finlande – Kosovo : 1-1
Kosovo – Croatie : 0-6
Ukraine – Kosovo : 0-3
Turquie – Kosovo : 2-0
Kosovo – Islande : 1-2
Kosovo – Turquie : 1-4
Croatie – Kosovo  : 1-0
Kosovo – Finlande : 0-1
Kosovo – Ukraine : 0-2
Islande – Kosovo : 2-0

Groupe I :

1. Islande 22 points
2. Croatie 20 pts
3. Ukraine 17 pts
4. Turquie 15 pts
5. Finlande 9 pts
6. Kosovo 1 pt

Neuf défaites, un seul point et trois petits buts marqués pour 24 encaissés, la première campagne de qualification européenne des Kosovars a été pour le moins rude. Admis au sein de l’UEFA il y a tout juste un an et demi, et passé l’émotion de cette reconnaissance internationale, on savait dès le départ que la tâche serait compliquée pour les hommes d’Albert Bunjaku. Le premier match de la sélection kosovare dans un éliminatoire pour une Coupe du Monde est pourtant fêté de la meilleure des manières, un pénalty de Valon Berisha en seconde période venant apporter un point précieux en terre finlandaise. Le retour à la réalité est un peu brutal un mois plus tard lorsque Mandzukic vient planter un triplé à Shkoder et la Croatie en inscrire six au total. En Ukraine, les coéquipiers de Berisha pensent ensuite tenir le bon bout en résistant fièrement aux Ukrainiens, mais s’inclinent sur un but contre son camp puis deux derniers buts inscrits dans les dix dernières minutes. Scénario similaire en Turquie par la suite, où les hommes en bleu se procurent de nombreuses occasions chaudes avant de craquer (2-0). Les Kosovars marquent finalement un nouveau but après quatre matchs de disette, mais ce sera trop court face à l’Islande (1-2) et à la Turquie à domicile (1-4). La meilleure performance est peut-être à placer sur ce match en Croatie au début du mois de septembre, où les coéquipiers de Luka Modric doivent attendre la 75ème minute (0-1) pour faire la différence avant de trembler durant toute la fin de match face à la combativité kosovare. Trois dernières défaites concédées sans marquer aucun nouveau but viennent enfin clore cette campagne de qualification. Malgré les attentes engendrées par son premier match, le Kosovo doit donc se contenter d’une petite dernière place, derrière certes des adversaires d’un niveau que l’on sait élevé et qui avaient pour la plupart joué l’Euro 2016. Il n’empêche que certains regrets pourront animer les Kosovars, notamment ce manque d’efficacité offensive.


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Les raisons de la non qualification

Le premier pointé du doigt pour ces piètres performances a été le sélectionneur Albert Bunjaku, contesté d’ailleurs dès le début des éliminatoires. Fidèle parmi les fidèles de Fadil Vokrri, le président de la Fédération, et Erol Sallihu, son secrétaire général, Bunjaku est en effet en poste depuis 2009, soit un an après la déclaration d’indépendance du Kosovo, au moment où le terme « sélectionneur » n’était même pas approprié pour décrire son rôle dans le football kosovar. Ayant accompagné chaque étape de la progression du football kosovar, Bunjaku s’est donc retrouvé en toute logique en charge de construire une équipe compétitive dans des conditions et des délais compliqués.


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En effet, l’adhésion du Kosovo à l’UEFA puis à la FIFA a ouvert des possibilités pour un grand nombre de joueurs d’origine kosovare évoluant actuellement avec d’autres sélections européennes. Mais rapidement la possibilité de bâtir une équipe de all-stars kosovares comportant notamment les frères Xhaka (Granit à Arsenal, Taulant à Monchengladbach), Valon Behrami ou Xherdan Shaqiri, s’est révélée du domaine du fantasme, notamment pour des questions de procédures. Bunjaku a donc dû se pencher à convaincre de jeunes, voire très jeunes joueurs d’opter pour cette nouvelle sélection, sans infrastructure, sans beaucoup d’encadrement, alors même que l’Albanie pouvait convoiter également certains de ces espoirs. Doté d’une des plus basses moyennes d’âge des sélections engagées dans ces qualifications, Bunjaku a donc dû bricoler un effectif composé d’éléments éparpillés aux quatre coins de l’Europe (Allemagne, Danemark, Suisse, Belgique), trop jeunes pour être des joueurs à responsabilité dans de grands clubs européens. Malgré la bonne volonté évidente de ce coach et des ces joueurs, il ne fallait finalement pas avoir beaucoup plus d’attentes envers cet ensemble se découvrant sur le terrain. Combiné à l’inexpérience d’Albert Bunjaku en tant que coach (hormis dans quelques clubs des basses divisions suédoises lors de sa période en tant que réfugié) et à des choix tactiques hasardeux, le Kosovo n’a pas réussi à développer d’identité à cette équipe malgré les qualités individuelles évidentes de ses joueurs.

Un des derniers motifs de frustration de cette campagne aura été le fait que le Kosovo a joué l’intégralité de ses rencontres en tant qu’hôte à Shkoder, en Albanie, faute de stade aux normes capable de recevoir de tels matchs. Bernard Berisha expliquait d’ailleurs avant le match contre la Finlande : « C’en est trop. Jouer à l’extérieur est difficile. Nous devons construire notre stade aussi vite que possible. Nous sommes désolés pour les supporters, ils voyagent depuis le Kosovo, ils dépensent beaucoup d’argent, c’est compliqué pour eux aussi. »

A cause notamment de retards importants des travaux du stade central de Prishtina, le Kosovo ne devrait d’ailleurs pas accueillir de rencontre officielle sur son sol avant le début de la prochaine Ligue des Nations, en septembre 2018. En attendant, la Lettonie se rendra à Mitrovica le 13 novembre prochain pour un match amical.

Les motifs d’espoir

Fort heureusement, chacun des motifs évoqués ci-dessus est destiné à devenir une force dans le futur. La jeunesse de l’effectif ? On l’a dit, le talent ne manque pas du côté kosovar, pas plus que l’ambition de ses jeunes joueurs. Ainsi Milot Rashica, la perle du Vitesse Arnhem, décevant en sélection, pourrait un cap en signant dans un plus gros club rapidement, avant pourquoi pas de retransmettre cela en sélection. Le Kosovo pourra compter pour le futur sur Bernard et Valon Berisha (Akhmat Grozny et RB Salzburg) ainsi que sur Bersant Celina qui réalise de belles choses avec Ipswich. Mais en dehors de ses stars, les quelques matchs de qualification ont laissé apparaître un duo très complémetaire et prometteur en défense centrale avec Rrhamani (Dinamo Zagreb) et Jashanica (Skenderbeu). Entre le vétéran Alushi (Nuremberg) et le jeune Kryeziu (Lucerne) Bunjaku a également fait émerger un duo très efficace au milieu de terrain.

Sans faire injure à Albert Bunjaku, l’arrivée d’un vrai sélectionneur de profession sur le banc ne devrait que faire progresser cette jeune équipe. Débarrassé peu à peu des incertitudes dues à la possible naturalisation, ou retour sous la nationalité kosovare de certains joueurs, le futur sélectionneur bénéficiera d’un formidable laboratoire pour tenter d’emmener le Kosovo vers des résultats plus conformes à son standing. L’arrivée de nouvelles infrastructures telles que le stade de Prishtina, puis d’un grand stade national de 16 000 places devrait insuffler un supplément d’âme à cette équipe quand on connait la ferveur dont sont capable les fans kosovars. Dans un pays ou une partie de la population préfère réserver son soutien à l’Albanie, ce serait effectivement un premier pas en avant de jouer sur son propre terrain.

Et maintenant ?

Le président Fadil Vokrri nous le confiait dès le mois d’août : à l’instar de nombreuses petites sélections, le Kosovo avait coché dans son agenda, dès l’annonce de sa création, la future Ligue des Nations.


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Versés dans la Ligue D en compagnie de l’Azerbaidjan, la Macédoine, la Biélorussie, l’Arménie ou encore la Géorgie, les Kosovars peuvent faire de cette compétition et de la qualification au prochain championnat d’Europe qui l’accompagne un objectif parfaitement atteignable.

Pour ce faire, le sélectionneur Albert Bunjaku a logiquement quitté son poste après le dernier match en Islande. Pour assurer sa succession, plusieurs noms circulent, dont celui de Lothar Matthäus ces dernières semaines. Oui, l’ancien joueur de l’Inter, vainqueur de la Coupe du Monde et ayant son actif d’avoir entraîné le Rapid Vienne, le Partizan Belgrade et les sélections hongroises et bulgares (ceci étant sa dernière expérience il y a six ans) a été sérieusement envisagé par le président Vokrri qui n’a pas démenti cette hypothèse.

Il semblerait cependant qu’un entraineur au CV plus conforme à ce type de challenge soit tout proche de signer en faveur de la FFK. Rodolfo Vanoli, ancien joueur de Lecce et de l’Udinese notamment, a fait ses débuts en tant qu’entraîneur en Suisse au début des années 2000. Mais ce sont ses expériences plus Footballski encore qui ont du attirer l’œil des dirigeants kosovars, puisqu’il a notamment entraîné Koper durant trois saisons, remportant notamment une Coupe de Slovénie et finissant à la seconde place du championnat. Puis, à la tête de l’Olimpija Ljubljana, il a remporté le premier titre de champion de Slovénie du « nouvel » Olimpija (2015).

Quoiqu’il en soit le prochain sélectionneur devra être capable d’adopter une approche portée sur la volonté de construire un projet sur la durée avec les jeunes joueurs disponibles.

Antoine Gautier


Image à la une : © Gent SHKULLAKU / AFP

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