Merci Bunjaku, sincèrement

Tristan Trasca - Publié le 8 septembre 2017

Il n’y aura pas eu de miracle. Le Kosovo terminera dernier de son groupe pour sa première campagne de qualification estampillée FIFA. Une position qui n’a rien de déshonorable quand on prend connaissance des compagnons de jeu de la jeune nation : Croatie, Ukraine, Islande, Turquie et Finlande. Les sept défaites en huit matchs entraîneront le remplacement du sélectionneur Albert Bunjaku mais le Kosovo pouvait-il vraiment faire mieux à l’heure actuelle ?


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Albert Bunjaku méritait-il d’être sur le banc pour cette première campagne ?

Les observateurs du football kosovar ont longuement glosé sur les manquements tactiques de Bunjaku, renforcés dans leurs jugements par la sortie médiatique de l’attaquant star Besart Berisha qualifiant le sélectionneur de « pire entraîneur qu’il ait connu dans sa carrière. » Certes, l’expérience d’Albert Bunjaku est mince. Il n’a jamais entraîné un club de première division où que ce soit, se contentant de squatter les bancs d’obscurs clubs suédois, pays où il s’est réfugié dans les années 1990.

Mais sa légitimité ne tenait pas dans un CV clinquant ou quelques exploits à la tête de certaines équipes. Bunjaku méritait de revêtir ce costume de la fédération du Kosovo, d’être sur le banc, de serrer les mains de ces sélectionneurs étrangers. Tout simplement parce que c’est un homme loyal et patient. Il n’est pas de ceux qui ont commencé à s’intéresser au football kosovar quand les lumières de la FIFA ont commencé à scintiller autour du jeune état. Bunjaku est en poste depuis 2009, soit un an après l’indépendance du pays, à une époque où l’affiliation à la FIFA ne pouvait être au mieux qu’un rêve totalement inaccessible. Mais il était là, formant un groupe de joueurs et d’hommes, évoluant dans des matchs amicaux sans lumière, sans reconnaissance et sans saveur. A son échelle, il a participé à ce processus de montée en puissance du football kosovar sur le terrain et dans la coulisse avec les pontes de la fédération Vokrri et Salihu. Il était donc logique et très humain qu’il soit celui qui conduise le Kosovo pour ces premiers matchs internationaux à enjeux, avant de laisser place à un technicien étranger dans quelques semaines.

bunjaku

© kurir.rs

Le Kosovo pouvait-il faire mieux avec ces joueurs ?

La première sortie du Kosovo pendant ces éliminatoires fut fabuleuse. Plus portés par l’envie liée au moment historique que par des considérations footballistiques, les joueurs de Bunjaku glanaient leur seul point de cette campagne en terre finlandaise. Un résultat en trompe-l’œil qui débouchera rapidement sur des attentes et des rêves inconsidérés.

En effet, le Kosovo ne dispose d’aucun joueur titulaire dans un club des cinq grands championnats européens. Les Kosovars ont longtemps cru pouvoir récupérer les Xhaka, Behrami et compagnie mais la réalité est aujourd’hui toute autre. Certes, Rrahmani, Rashica et V. Berisha sont titulaires respectivement au Dinamo Zagreb, Vitesse et Red Bull Salzburg. Mais ils sont les seuls à évoluer soit dans un championnat consistant, soit dans une équipe dominatrice. Les autres titulaires des dernières sorties jouaient à Cremonese, Sandhausen, Skenderbeu, Mouscron, Nuremberg, Lucerne, Lausanne, Sheffield Wednesday ou Grozny. Le matériel brut n’est donc pas d’une qualité au-dessus de la moyenne au niveau international.

Il faut donc compenser au niveau collectif. Le sélectionneur Bunjaku a certes ses défauts mais il a fait émerger une ossature solide pendant cette campagne. La doublette Jashanica-Rrahmani est promise à un bel avenir dans l’axe de la défense, à défaut d’un Loret Sadiku toujours bloqué par la FIFA. L’ancien Alushi et le jeune Kryeziu (la très bonne surprise de cette campagne) font une paire solide et complémentaire au milieu, bien aidée par l’abattage d’un Valon Berisha très actif mais souvent brouillon dans ses décisions balle au pied. Peu à peu, le Kosovo a démontré une réelle progression dans l’animation défensive, notamment lors de la dernière sortie en Croatie. Mais le Kosovo créé peu et reste souvent inoffensif sur la durée. Le pays n’a d’yeux que pour Milot Rashica, enfant de Vushtrii devenu vedette aux Pays-Bas mais le jeune ailier a déçu match après match, ne semblant jamais pouvoir faire la différence individuellement et collectivement.

Un des grands chantiers du prochain sélectionneur sera dans cette capacité à créer une expression collective et une identité de jeu à cette équipe du Kosovo. Mais le football prend du temps, il est toujours bon de rappeler que ces joueurs n’avaient jamais joué ensemble avant l’été 2016.

bunjaku, kosovo

© Footballski

Où en sont les infrastructures ?

Certes, le bilan chiffré de cette campagne est mince. Un point sur vingt-quatre. Mais il ne faut pas oublier que le Kosovo a joué tous ses matchs à l’extérieur. L’Albanie est bien entendu un pays très fraternel avec le Kosovo mais jouer à Shköder ne sera jamais comme évoluer devant les siens à Prishtina ou à Mitrovica. Le joueur Bernard Berisha expliquait d’ailleurs dernièrement : « C’en est trop. Jouer à l’extérieur est difficile. Nous devons construire notre stade aussi vite que possible. Nous sommes désolés pour les supporters, ils voyagent depuis le Kosovo, ils dépensent beaucoup d’argent, c’est compliqué pour eux aussi. »

La rencontre contre la Finlande devait être la première disputée officiellement au Kosovo mais la réfection du stade de Prishtina a pris d’importants retards et la sélection ne jouera donc aucun match sur son territoire pendant cette campagne de qualification. L’ambiance était certes bon enfant à Shköder mais qu’en aurait-il été si ce Kosovo-Finlande s’était joué au pays devant une foule et un public dignes des belles atmosphères que savent créer les supporters kosovars ?

Le football kosovar n’en est qu’à ses balbutiements. La fédération s’est octroyée un nouveau siège flambant neuf mais les chantiers sont majeurs dans tout le pays. Les responsables du football kosovar veulent ainsi inciter tous les clubs à renforcer la qualité de leurs infrastructures. Toutes les équipes de l’élite devront, dès la saison prochaine, développer des centres de formation, bien souvent inexistants au Kosovo hormis quelques initiatives privées.

Bunjaku s’en ira peut-être sans offrir cette première victoire au Kosovo qui lui tenait tant à cœur mais il aura été un des chefs de file des premiers pas du football kosovar à l’échelle internationale. Un de ceux qui seront sans doute oubliés mais un de ceux qui sèment les graines avant que d’autres récoltent les résultats et les honneurs.

NB : A lire, le bel entretien avec Bunjaku sur Sofoot.com.

Tristan Trasca


Image à la une : © balkanplus.net

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