Kosovo, le jour d’après

Tristan Trasca - Publié le 5 mai 2016

Alors voilà, c’est officiel : le Kosovo est le 55è membre de l’UEFA. Il aura donc fallu attendre le départ de Platini pour que le Kosovo rejoigne l’instance européenne. Après avoir frissonné devant l’incertitude du vote (28 voix pour sur 54), le duo de la fédération kosovare Fadil Vokrri et Eroll Salihu peut maintenant penser au futur. Et demain, c’est loin.

Toutes les stars du Kosovo réagissent via les médias sociaux

Il n’aura fallu attendre que quelques minutes pour que les deux grandes stars Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri félicitent le Kosovo via leurs comptes officiels. Ces mots venaient après les images de journalistes kosovars, émus aux larmes, que ce soit en Suisse ou sur les plateaux télévisés au Kosovo à la lecture de la décision finale du 40è congrès de l’UEFA. Si de nombreuses réactions n’ont pas surpris, celle de Valon Behrami était plus inattendue. Alors que le joueur originaire de Mitrovica avait toujours déclaré qu’il ne porterait jamais un autre maillot que celui de la Suisse, il semblerait que la réflexion ait évolué chez lui aussi. Après avoir félicité le Kosovo, il a ainsi déclaré en substance à Infokusi.com que chaque joueur devrait réfléchir après l’Euro à leur futur mais qu’ils étaient en contact constant avec la Fédération de Football du Kosovo. Cette déclaration, conclue par un tacle contre la Suisse qui aurait voté contre l’adhésion du Kosovo, lance le débat sur les contours de la future équipe nationale du Kosovo.

© ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

© ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

En effet, depuis hier, les déclarations d’intention de joueurs ne cessent d’affluer via les médias kosovars. Que ce soit des U17 albanais ou suisses, des joueurs de la diaspora kosovare ou des internationaux albanais, nombreux sont ceux à se déclarer enthousiastes et disponibles pour porter les couleurs du jeune pays. Adnan Januzaj avait ainsi créé la polémique il y a une dizaine de jours en Belgique en déclarant sa volonté de porter le maillot du Kosovo, alors qu’il a déjà porté celui des Diables Rouges en match officiel. Reste à savoir si la FIFA autorisera des joueurs à porter le maillot du Kosovo après avoir porté celui d’autres nations par la passé – chose que certains comme le chercheur et spécialiste du sport en ex-Yougoslavie Loïc Trégourès déclare impossible. La future sélection devrait malgré tout être bien différente de celle qui faisait match nul 0-0 contre Haïti pour son premier match sous l’égide de la FIFA en mars 2014. De cette équipe originelle, seuls les Ujkani (selon la décision de la FIFA), Loret Sadiku, Anel Raskaj et Bersant Celina ont un avenir assuré au sein de la sélection. Les plus enthousiastes rêvent déjà d’un milieu Januzaj – Xhaka – Behrami – Shaqiri pour les qualifications à venir pour la Coupe du Monde 2018, de quoi rêver de débuts sur la scène internationale dignes de la Croatie dans les années 1990.

Des clubs qualifiés en coupes d’Europe et des contrats de travail estampillés FIFA

Au-delà de la face immergée de l’iceberg que constitue la sélection, les clubs kosovars sont aussi à la fête. Le FK Feronikeli, champion en titre et en tête cette saison, était ainsi en direct sur sa page Facebook hier après-midi pour montrer la réaction des joueurs et du staff lors de l’annonce de la décision. En effet, celle-ci ouvre aussi les portes du football européen pour les clubs kosovars. Ainsi dès cet été, un club devrait prendre part aux tours préliminaires de C1 et un autre en C3. Pour des équipes habituées à jouer en circuit fermé sans autre horizon que les terrains du Kosovo, une nouvelle page s’ouvre, pleine d’équipes inconnues, de voyages et surtout d’argent.

Car une des conséquences immédiates de la décision va être l’entrée des clubs kosovars et de leurs joueurs dans le système de transferts de la FIFA. Jusqu’à aujourd’hui, les contrats de travail entre joueurs et clubs kosovars n’étaient reconnus par personne. Ainsi chaque club étranger pouvait venir se servir au Kosovo sans avoir à débourser un seul euro. Certes, certains clubs faisaient un geste pour aider leurs confrères kosovars mais cela restait à leur discrétion. Cette période de flou juridique est désormais terminée et les clubs du Kosovo vont donc pouvoir commencer à se structurer dans un cadre légal international. Les clubs albanais et macédoniens, friands de joueurs de Superligue kosovare, seront sans doute les premiers déçus.

Les grands travaux à venir

L’entrée officielle dans la galaxie UEFA devrait permettre au Kosovo de bénéficier de fonds très importants pour développer son football et il y en a grand besoin. Ainsi, le pays ne dispose aujourd’hui que d’un seul stade répondant au critère de l’UEFA, celui à Mitrovica. Celui de Prishtina, bien qu’ayant accueilli des matchs de la sélection ces deux dernières années, est dans un tel état que des centaines de milliers d’euros sont nécessaires pour le remettre en état voire le reconstruire partiellement. Si Feronikeli s’est doté la saison dernière d’un terrain synthétique, nombreux sont encore les clubs de D1 et D2 kosovares à jouer sur des terrains de piètre qualité, où les infrastructures datent d’un autre âge. L’appartenance à l’UEFA, voire à la FIFA dans quelques semaines, devrait logiquement permettre au Kosovo de bénéficier de fonds de développement, de type projet GOAL.

La formation sera aussi un chantier à structurer. Si certains clubs comme 2Korriku travaillent merveilleusement bien avec peu de moyens (là encore voyez leurs infrastructures), nombreuses sont les petites structures privées à développer leurs services de formation dans les catégories de jeunes (par exemple, le FK Australia à Mitrovica ou TOP Football à Prishtina). La fédération va donc devoir réfléchir à structurer et clarifier ce domaine de la formation, en coordination avec les clubs, tout en développant les compétitions de jeunes.

Si la mise en place de cette dynamique prendra des années, le Kosovo devrait maintenant avoir toutes les cartes en main pour développer soi-même son futur footballistique. Bien entendu, la sélection devra servir de locomotive et ses résultats seront vite scrutés mais le Kosovo doit surtout profiter de cette décision de l’UEFA pour se structurer en profondeur pour les décennies à venir. En tout cas, ce vote à l’UEFA montre que le Kosovo continue à construire sa légitimité devenant un acteur de la scène internationale ; de plus ses citoyens devraient bientôt pouvoir voyager en Europe sans visa alors faites vous à l’idée de croiser des Kosovars sur les terrains, dans les tribunes ou ailleurs.

Tristan Trasca


Image à la une : © ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

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