En route pour la Russie : #1 Les Argentins du Zenit

Adrien Morvan - Publié le 2 novembre 2017

Notre dispositif spécial Coupe du Monde se met en place et cette nouvelle série d’articles va vous accompagner de manière hebdomadaire jusqu’à l’ouverture de la compétition. Chaque semaine, nous ferons le lien entre un pays qualifié pour la compétition et le pays organisateur. Ce jeudi, nous commençons avec l’Argentine et sa colonie qui s’est installée dans le vestiaire du club de la capitale impériale : le Zenit Saint-Pétersbourg.


« Kakaïa bol, kakaïa bol… Argentina – Iamaïka, 5-0 ! »
« Quelle douleur, quelle douleur… Argentine – Jamaïque, 5-0 ! »

Si vous parlez à un Russe de l’Albiceleste, vous l’entendrez sans doute reprendre ce refrain du groupe Tchaïf. Avant même la Main de Dieu, avant même les dribbles de Messi. Grâce à cette chanson, la lourde défaite de la Jamaïque contre l’Argentine au Mondial 1998 fait partie de l’imaginaire collectif russe. Pas sûr qu’on s’en souvienne aussi bien à Buenos Aires !

Quelque part, la ritournelle a dû faire son bout de chemin jusque dans la tête des dirigeants du football russe, qui n’ont jamais perdu une occasion depuis d’engager des joueurs argentins. Depuis 2002, ils ne sont pas moins de 37 à avoir foulé les pelouses de Première Ligue. Ce n’est pas la cohorte brésilienne, certes, mais cela reste beaucoup plus que certains pays d’Europe et d’ex-URSS. Les suiveurs du championnat se souviennent certainement des buts d’Alejandro Domínguez au sein du Rubin Kazan champion en 2009, des tacles rugueux de Leandro Fernández au Dynamo Moscou, ou encore de la foisonnante chevelure d’Héctor Bracamonte qui a flotté pendant plus de dix ans sur les terrains russes.

Héctor Bracamonte : un talent, une chevelure | ©elequipo-deportea.com

Un club plus que tous les autres a cédé à la fièvre latine, c’est le Zenit Saint-Pétersbourg. Ils sont huit Argentins à avoir fait le bonheur du club de l’ancienne capitale impériale, dont cinq dans l’effectif actuel. Petit tour d’horizon de cette inhabituelle colonie.

La première vague : des essais chaotiques

Nous sommes au début des années 2000, et le football russe se remet à grand peine des difficultés économiques de la décennie précédente. Les régions et les compagnies d’hydrocarbures commencent à financer le sport, et l’odeur des dollars attire naturellement des footballeurs du monde entier. À l’époque, le Zenit est un club assez moyen, mais le rachat par Gazprom en 2005 va tout changer. Deux ans plus tard, les zenitovtsy font l’acquisition de l’attaquant Alejandro Domínguez au Rubin Kazan pour sept millions d’euros, somme record pour une transaction entre deux clubs russes à ce moment-là. Le natif de Buenos Aires joue presque tous les matchs, mais se révèle beaucoup moins prolifique qu’au Rubin : six buts en 35 matchs en 2007, puis quatre buts en 28 matchs en 2008. Il garnit quand même sa vitrine à trophée avec un championnat de Russie et une Coupe de l’UEFA, bien qu’il ait été sur le banc lors de la finale contre les Glasgow Rangers.

Ansaldi : légendaire au Rubin, fantomatique au Zenit | ©skysports.com

Cette première expérience en demi-teinte refroidit un temps les dirigeants du Zenit. En 2013, ils se laissent tenter une nouvelle fois et rachètent le contrat de Cristian Ansaldi au Rubin pour six millions d’euros. A Saint-Pétersbourg, chat échaudé se jette dans la bassine d’eau froide. Le latéral sort de cinq saisons convaincantes au Tatarstan, avec deux titres de champions à la clef, mais son adaptation sur les bords de la Neva ne se fera jamais vraiment. Il sort du onze titulaire après une dizaine de matchs pour n’y revenir que rarement, avant d’être prêté à l’Atlético Madrid puis au Genoa. Il est transféré définitivement en Italie pour trois millions d’euros, l’air de Gênes semblant mieux lui convenir.

Entre-temps, un autre Argentin a fait son apparition, et pas n’importe lequel ! A la veille du mondial au Brésil, Ezequiel Garay signe un contrat de cinq ans avec le Zenit. Ses débuts ne sont pas flamboyants, mais il finit par s’installer comme une valeur sûre de la défense pétersbourgeoise. S’il n’a joué au final que deux saisons en Russie, son départ en 2016 a laissé un véritable vide dans l’effectif.

Premier but de Garay en championnat russe

La deuxième vague : l’invasion argentine

Quand on parle de football argentin, les Italiens ne sont jamais loin. Un adage qui se vérifie une fois de plus dans l’histoire de la venue de cinq joueurs sud-américains au Zenit cet été. Tout commence avec la signature de Roberto Mancini au poste d’entraîneur. Comme lors de son arrivée à Manchester City, l’Italien n’accepte de venir qu’à condition que le club réalise un recrutement conséquent.

Konstantin Sarsania, le directeur sportif, met les petits plats dans les grands. C’est d’abord Paredes qui est recruté à la Roma pour jouer milieu. Le transfert est facilité par Marco Trabucchi, un agent italo-kazakh qui a déjà fait venir Carrera au Spartak. Puis c’est le milieu offensif Driussi qui est acheté à River Plate au nez et à la barbe du Spartak. Pour renforcer la défense, Mammana arrive cet été en provenance de Lyon pour suivre les traces de Garay. Rigoni, de l’Independiente, et Kranevitter, de l’Atlético Madrid, ferment le bal. Marcelo Simonian, l’agent de Pastore, a servi d’intermédiaire dans les négociations.

Paredes, tête de gondole du mercato pétersbourgeois | ©sport-express.ru

Diverses sommes circulent pour chaque transfert, ce qui rend difficile d’estimer l’argent dépensé par le Zenit dans l’affaire. On parle d’environ 75 millions d’euros, une grande partie payable sur trois ans. A noter qu’hormis Mammana, tous disposent d’un passeport italien, ce qui est censé être un plus à la revente en Europe.

Pour l’instant, les cinq Argentins sont toujours en Russie, et ont réalisé un début de championnat tonitruant avec leur club. Paredes a été impérial au milieu de terrain pendant les trois premiers mois, et Driussi n’a pas non plus fait mentir sa réputation de joueur vif et dribbleur. Mammana et Kranevitter sont fréquemment titulaires, autant que le permet la limite de joueurs étrangers en championnat. Pour cette même raison, Rigoni a plutôt brillé en Ligue Europa pour l’instant, avec notamment un coup du chapeau contre Rosenborg.

Les trois buts de Rigoni contre Rosenborg

Quel avenir pour les Argentins du Zenit ?

Officiellement, tout se passe bien dans l’intégration des Argentins au Zenit. Néanmoins, quelques signaux négatifs sont venus troubler ce ciel sans nuages. Le premier est venu de Vladimir Poutine lui-même, qui a ironisé sur la phrase prononcée par le président du Zenit en réunion : « Notre football deviendra compétitif sur la marché international, et tout le monde dira que le football est un jeu vraiment russe. » « Bravo Sergueï, a répondu Poutine, le football est un jeu vraiment russe. Il y a huit étrangers qui courent sur le terrain pour le Zenit en Ligue Europa, c’est ça, bravo ! […] C’est intéressant, ce que vous venez de nous raconter… » On sait que ce genre de « boutade » est rarement prononcé sans arrière-pensée.

Dans un registre plus tragique, l’artisan de la venue des Argentins, le directeur sportif Sarsania, est décédé au début du mois d’octobre. L’événement ne semble pas devoir remettre en cause la stratégie à long terme du club, puisque c’est l’italien Oreste Cinquini qui a été nommé pour le remplacer. Ancien dirigeant de plusieurs clubs de Serie A, il a gardé de nombreux contacts en Italie et connaît très bien Mancini.

Oreste Cinquini, le nouveau directeur sportif du Zenit | ©zerocinquantuno.it

La dernière ombre au tableau est peut-être la plus préoccupante. Souverain en Europa Ligue, le Zenit s’est fait sortir en Coupe de Russie par les voisins démunis du Dynamo Saint-Pétersbourg. En championnat, la machine bleu ciel a roulé sur ses adversaires jusque fin septembre. Depuis le début du mois, en revanche, les joueurs de Mancini ont livré trois prestations moyennes contre l’Anzhi (2-2), l’Arsenal Tula (défaite 1-0 !) et le CSKA (0-0). Une mauvaise série qui a permis au Lokomotiv de passer à la première place du classement.

On sait que pour les étrangers du Zenit, tout va bien tant que l’équipe gagne. Si les Argentins en doutent, ils peuvent relire la déclaration de Kokorin du 26 octobre dernier : « On a du mal avec eux (les Argentins, ndlr), ils ne parlent pas du tout anglais. On dirait qu’ils n’ont pas beaucoup bossé à l’école (rires). Le russe, encore pire. On a tellement envie de parler avec eux. Sur le terrain on se comprend, mais dans la vie quotidienne, non. » Les voilà prévenus : il va falloir réviser ses classiques, et surtout gagner contre le Lokomotiv le 29 octobre.

Bonus : « Argentina – Iamaïka, 5-0 », du groupe Tchaïf

Adrien Morvan


Image à la une : © Sergey Mihailicenko / ANADOLU AGENCY via AFP Photos

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