#4 Semaine spéciale Red Bull Salzbourg : Valon Berisha, Red Bull lui donne des ailes

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 25 avril 2018

Ce jeudi 26 avril 2018, l’Olympique de Marseille affronte le Red Bull Salzbourg au Vélodrome pour la première manche des demi-finales de la Ligue Europa. Pour tout suiveur de l’OM s’étant un peu intéressé à l’adversaire des Olympiens, un nom revient sans aucun doute en première ligne dès qu’il s’agit d’évoquer l’effectif autrichien : Valon Berisha. À 25 ans le chef d’orchestre semble au sommet de son art dans la ville de Mozart. Entre Norvège et Autriche, entre Suède et Kosovo retour sur le parcours d’un des grands espoirs de la franchise Red Bull. Le tout parsemé des souvenirs de son ancien coach et sélectionneur du Kosovo, Albert Bunjaku.

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Un aigle en Scandinavie

L’histoire commence entre Scandinavie et Kosovo, en 1993. Les parents Berisha, Albanais du Kosovo, fuient une Yougoslavie en pleine guerre interethnique et rejoignent Malmö, où Valon voit le jour un 7 février. Malmö, comme un certain Z … bon, vous connaissez l’histoire. Mais c’est en Norvège, plus exactement à Egersund, ville résidentielle de la banlieue de Stavanger, que les Berisha s’installent définitivement. Là où la frère de Valon, Veton, naît un an plus tard. Fort logiquement, c’est dans les équipes de jeunes du Egersunds IK que Valon commence à faire ses gammes, et révèle très rapidement un talent au-dessus de la moyenne. En 2010, Jone Mathisen, entraîneur des « tigres » d’Egersund pendant 5 saisons, déclare ainsi au journal VG que, « même quand il avait six ou sept ans, les gens du club voyaient quelque chose de spécial en lui. C’est le joueur le plus excitant que j’ai vu. Il a la technique, la vitesse, la force, la conduite de balle et la capacité à dribler. »

Rapidement, les espoirs placés en lui se confirment et, à peine soufflées ses 15 bougies, il est appelé en équipe première pour son premier match dans le championnat de troisième division. Il fait très bonne impression et ne quittera plus l’équipe première, éveillant ainsi l’intérêt de nombreux scouts. Durant l’été 2009, plusieurs clubs anglais viennent proposer des essais au jeune meneur de jeu comme Chelsea, Manchester City ou encore Aston Villa, tous trois lui proposent même d’intégrer leur centre de formation, mais le joueur privilégie finalement la stabilité et la continuité en intégrant le Viking Stavanger, à quelques kilomètres d’Egersund. Une voie finalement logique pour un espoir d’une quinzaine d’années, qui se voit offrir l’occasion d’évoluer dans un championnat de première division plutôt qu’une hypothétique place dans une équipe réserve anglaise pleine d’aspirants talentueux.

© FC Red Bull Salzburg / Facebook

Désormais appelé dans les équipes nationales de jeunes norvégiens, où il est parfois surclassé, Valon Berisha n’a besoin que de très peu de temps d’adaptation au plus haut niveau. Celui qui est alors positionné ailier joue 12 matchs pour sa première saison avec les Vikings, le tout pour un but marqué. Peut-être mis en confiance par l’arrivée de son frère Veton, qui jouera deux saisons à Stavanger, les observateurs commencent à cocher de plus en plus souvent le Viking Stadion dans leur liste de matchs et les frères Berisha comme joueurs à surveiller. La saison suivante est celle de la confirmation pour le jeune ailier qui impressionne de plus en plus son entourage, à commencer par son coach Age Hareid. « J’entraîne depuis de nombreuses années désormais et j’ai eu la chance d’avoir à ma disposition d’excellents footballeurs. Parmi ceux-là, Valon est sans aucun doute le meilleur. Il n’y a que Ole Gunnar Solskjaer [plus de 200 matchs avec Manchester United entre 1996 et 2007] qui, peut-être, peut atteindre son niveau. » déclarait-il au journal Aftenposten.

Avec 32 matchs toutes compétitions confondues et 7 buts marqués, l’influence du jeune ailier, qui a alors à peine 20 ans, se fait de plus en plus sentir. Jusque là soliste sur son couloir gauche, on commence à confier plus régulièrement le pupitre du meneur de jeu à Valon Berisha, un poste où sa qualité de passe et sa qualité technique naturelle font bon ménage. Lorsqu’il reçoit, à l’issue de cette saison, un prix récompensant le meilleur jeune joueur norvégien et ayant la possibilité de reverser la bourse de 50 000 couronnes l’accompagnant, il choisit tout naturellement de la céder à Egersund IK. Après une nouvelle saison pleine du côté de Stavanger, Berisha franchit une nouvelle étape en honorant sa première sélection avec la sélection norvégienne face à l’Irlande du Nord.

L’appel du taureau

Conscients que le garçon est désormais mûr pour s’expatrier et développer son talent dans une équipe d’un rang supérieur, les dirigeants de Stavanger ne retiennent pas Valon Berisha une saison de plus. Lui qui se voyait bien jouer dans le championnat néerlandais atterrit finalement sur les bords de la Salzach lorsque Stanvager retient l’offre de 2,8 millions d’euros du RB Salzbourg durant l’été 2012. Un choix logique tant le recrutement du RB cette année-là est tourné vers une collection de jeunes pousses extrêmement prometteuses. Pour cause, l’autre espoir norvégien, Havard Nielsen, débarque lui aussi de Valerenga. Sadio Mané, en provenance de Metz, ou encore Kevin Kampl, viennent également enrichir l’effectif salzbourgeois, tandis que Jonathan Soriano était lui arrivé en provenance du FC Barcelone quelques mois plus tôt.

Dès sa première saison, Berisha s’impose dans l’effectif du Red Bull (33 matchs, 6 buts, 8 passes décisives), même s’il doit laisser la lumière à ses coéquipiers, notamment Sadio Mané ou Kevin Kampl. Malgré une première saison décevante pour les joueurs de Red Bull, qui abandonnent le titre à l’Austria, la franchise de l’entreprise de boisson énergisante se rattrape et remporte tous les trophées les saisons suivantes (4 championnats, 4 coupes). Une équipe dans laquelle Berisha fait petit à petit son trou et progresse en responsabilité, en y inscrivant toujours son quota de buts et passes décisives.

© FC Red Bull Salzburg / Facebook

Après 6 saisons sur les bords de la Salzach, Valon Berisha a ainsi déjà joué plus de 200 matchs, inscrit plus de 40 buts et autant de passes décisives. Positionné désormais dans le cœur du jeu, soit en numéro 8 ou numéro 10, il est la plaque tournante de l’équipe et celui qui fait la passe décisive, celle qui brise les lignes. Pour ne rien gâcher, c’est aussi lui qui se charge des coups de pied arrêtés. Dans le jeu et dans l’esprit, Berisha est devenu l’un des leaders de cette équipe. Courtisé par certaines grosses écuries anglaises, serait-il prêt cependant à faire le grand saut ?

« Je pense qu’il a toutes les qualités nécessaires, la technique, la vitesse, la créativité. Il a pu montrer lors des matchs européens de grande intensité, contre Dortmund et la Lazio, que son niveau correspondait à ce genre de matchs. Surtout, il a une mentalité incroyable. C’est un guerrier, il déteste perdre. Je me rappelle qu’après le match contre la Croatie (défaite 1-0 dans un match très serré avec le Kosovo à Zagreb, NDLR.), il pleurait dans le vestiaire, il pleurait alors que nous n’avions vraiment pas à rougir de notre prestation. C’est un guerrier et je pense qu’il est déjà prêt pour l’étape suivante. » nous répond Albert Bunjaku, ancien sélectionneur du Kosovo et proche de Valon Berisha.

Le retour aux sources

On l’a dit, Valon Berisha a joué pour la sélection norvégienne dans toutes les catégories de jeunes, des U15 aux U23, puis en sélection A. Pourtant, si l’on regarde ses statistiques, son dernier match avec la sélection nordique remonte au 5 juin 2016, face à la Belgique, et son compteur de sélections est bloqué à 20. Et pour cause, Valon Berisha a décidé, depuis deux ans, de jouer pour le pays de ses parents : le Kosovo. Lorsqu’en mai 2016 le Kosovo est reconnu comme le 55e membre de l’UEFA, puis par la FIFA, Berisha est déjà suivi depuis plusieurs années par le pays, et notamment par son sélectionneur Albert Bunjaku, qui vit en Suède depuis de nombreuses années.

« Depuis 2011, l’année où je l’ai rencontré pour la première fois, j’ai essayé de l’amener vers la sélection du Kosovo. Bien entendu, c’était compliqué à cette époque, car il jouait avec la Norvège. Mais après 2014, quand nous avons commencé à pouvoir jouer des matchs officiels, cela s’est décanté. Je l’ai vu à Salzbourg, je l’ai vu en Norvège, je l’ai vu en Italie, je l’ai vu partout. Je lui ai expliqué le projet de créer une équipe constituée des jeunes talents kosovars et qu’il en serait le leader. Finalement, il a accepté de nous rejoindre et j’en suis extrêmement heureux. » nous dit Albert Bunjaku.

Déjà, en 2014, quand le Kosovo recevait l’autorisation par la FIFA de jouer des matchs amicaux, Valon Berisha confessait aux médias norvégiens que jouer pour le Kosovo était une possibilité et qu’il n’avait pas encore décidé, qui de la Norvège ou du Kosovo, serait son prochain maillot. Lorsque l’UEFA officialise le fait que les joueurs d’origine kosovare ayant des sélections avec une autre nation sont libres de pouvoir rejoindre cette nouvelle sélection, Berisha décide alors d’intégrer l’équipe nationale nouvellement créée. À la clé, la possibilité d’être le leader d’un groupe de jeunes talents qui pourra, pour la première fois de son histoire, participer à une campagne de qualification pour une compétition officielle et la Coupe du Monde 2018.

A l’instar de Milot Rashica, Berisha troque finalement son ancienne tunique rouge norvégienne pour le bleu kosovar, lui qui signe parfois ses buts en reprenant l’aigle albanais, mains croisées sur la poitrine. Lors du premier match de la sélection en compétition officielle, en Finlande, le milieu de terrain de Salzburg entre dans l’histoire en obtenant, et transformant, le pénalty qui amène également le premier point (1-1 score final) pour le Kosovo. Star assumée de cette équipe du Kosovo, Valon a à cœur de tirer vers le haut cette sélection à chaque rassemblement.

« Bien entendu, je suis fier du choix de Valon. Je l’avais prévenu dès le départ que ce serait compliqué. Le niveau, en termes de professionnalisme, était très loin de la Norvège. Les infrastructures, les moyens, il s’engageait dans un vrai défi en nous rejoignant. Et ça me rend encore plus heureux. Avant le dernier match de la campagne de qualification, contre l’Islande, je lui ai d’ailleurs dit que mon but était de le faire capitaine de l’équipe. Car c’est l’un des joueurs les plus professionnels que je connaisse. Sur le terrain et en dehors, il est toujours concentré. On peut discuter de tout avec lui, c’est un grand professionnel. » poursuit Albert Bunjaku, l’un des hommes à la base de cette sélection du Kosovo.

Un choix que n’a pas fait Veton, son frère. Poursuivant une carrière prometteuse, qui, clin d’œil du destin, l’a emmené, lui-aussi, vers l’Autriche, l’été dernier, et le Rapid Vienne, Veton a, lui, repoussé les avances de la sélection du Kosovo et compte désormais 4 sélections avec la sélection norvégienne. À l’image des duels entre Jérôme et Kévin-Prince Boateng ou encore Granit et Taulant Xhaka, on pourrait donc avoir dans les prochaines années un nouveau duel fratricide entre le Kosovo et la Norvège.

« C’était une décision très difficile. Ce sont deux frères, qui ont la nationalité norvégienne et qui avaient envie de jouer pour la même sélection. Je dois dire que j’ai été assez surpris que les deux fassent des choix différents ; Veton avec la Norvège, Valon avec le Kosovo. Mais ce sont les réalités de la vie, finalement. Ils sont nés en Suède, en Norvège, leurs parents au Kosovo. Ils se sentent vraiment moitié albanais, moitié norvégien. » conclut Albert Bunjaku

Cadre du Red Bull Salzbourg depuis 6 saisons, on annonce ces derniers temps que l’avenir de Valon Berisha se dessinerait en Angleterre, où il pourrait retrouver ses anciens partenaires Naby Keita et Sadio Mané à Liverpool. Quoi qu’il en soit, il lui reste avant cela à ajouter la touche finale à sa composition. Et c’est bien l’Olympique de Marseille qui pourrait faire les frais d’un de ses derniers récitals autrichiens.

Antoine Gautier / Tous propos d’Albert Bunjaku recueillis par A.G pour Footballski.


Image à la Une : © FC Red Bull Salzburg / Facebook

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