#3 Semaine spéciale Red Bull Salzbourg : On a discuté avec Mark Neugasimov, supporter russe de l’Olympique de Marseille

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 24 avril 2018

« Bon, Mark, tu te présentes ou… on fait ça comment ? » Ça fait un peu Alcoolique anonyme, non ? Tu veux que je te dise quoi ? « Bonjour, je m’appelle Mark, je viens de Sibérie, je supporte l’OM et j’habite en Guinée. » Et tu me dis, « Ah oui, c’est ça. Bravo. « Vous l’aurez compris, cette interview entre moi et Mark n’a pas débuté de façon la plus classique. Il faut dire que l’on se connait un tout petit peu puisque cet homme, qui doit vous être inconnu, a déjà contribué à la vie de Footballski par le passé. Alors, pourquoi l’avoir en interview aujourd’hui, me direz-vous ? Tout simplement, car, comme il l’a si bien dit dans sa présentation, Mark est Russe. Un bon point pour notre ligne éditoriale. En plus de cela, Mark supporte l’Olympique de Marseille. Ce qui s’avère être une information intéressante pour une contribution dans cette semaine spéciale. Et puis, Mark, c’est aussi un récit de voyages moderne nous faisant crapahuter de sa Sibérie natale à la France et Marseille, en passant par la Chine, le Sénégal et dorénavant la Guinée, pays dans lequel il réside actuellement. Alors s’il ne se présente pas, laissez-moi le faire pour vous.

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Cela fait combien d’années que tu supportes l’Olympique de Marseille ?

Quinze ans environ. Partout où j’ai vécu, le club m’a suivi. Après, là, à Conakry, c’est quand même plus simple étant donné que j’ai facilement accès à Canal + et donc à tous les matchs de Ligue 1. Parce que bon, je ne te raconte pas la galère que c’est de suivre ça en Sibérie. Tu te retrouves à te lever la nuit vers deux ou trois heures du matin, chaque jour de match, mais bon, on n’en est pas mort !

C’est ton père qui t’a fait aimer le football ?

Mon père n’était pas vraiment un grand supporter de football, qui suivait tous les matchs. Après, il suivait surtout le Spartak Moscou des années 70/80 puis 90. Il supportait également surtout notre équipe nationale, que ce soit l’URSS ou la Russie. Mais sinon, non, je n’ai pas forcément eu cette éducation du football par le paternel. Moi, ça s’est surtout fait durant la Coupe du Monde 2002. J’ai commencé à regarder notre équipe nationale de plus près, on avait beaucoup d’attentes et puis finalement ça a été une grande déception. Et puis il y avait Sychev. C’était un grand espoir du football russe à ce moment-là et c’était un symbole pour moi, le symbole de l’espoir.

Du coup, j’ai commencé à suivre sa carrière, surtout avec son transfert à Marseille. C’est là que j’ai commencé à regarder le club et le championnat français. Et même s’il n’est pas resté très longtemps à Marseille, je pense qu’il aurait pu faire mieux. Vraiment. Il aurait dû patienter un peu plus, notamment après le transfert de Drogba. Mais bon, il a cartonné en revenant en Russie et en jouant pour le Lokomotiv Moscou. Du coup, je dois être l’un des seuls à avoir connu l’OM grâce à Dimitri Sychev (rires).

Pouvoir parler de Cheick Diabaté, ici, en Sibérie, avec un autre Russe ! Tes yeux brillent de bonheur à cet instant précis. Ça te permet de créer des affinités facilement.

Et t’es tombé dedans…

Forcément. L’ambiance, le stade, même les couleurs pour moi c’était une révolution à l’époque. Tu n’imagines pas ! En Russie, on n’avait aucun club en bleu et blanc .. sauf le Zenit, mais lui, ce n’est pas la même chose.

Puis bon, après, j’ai surtout appris le français très jeune, à l’école, vers mes dix ans. J’ai continué cet apprentissage jusqu’à faire de courts séjours en France, d’un mois à chaque fois environ. J’étais en Savoie, vers Chambéry.

Tu aurais pu être pour l’autre Olympique du coup…

Non, mais alors… Franchement, je n’ai jamais accroché avec l’Olympique Lyonnais. L’ambiance, ça n’a jamais été au niveau de l’OM. Pourtant, là, je te parle de la grande époque, quand c’était une équipe formidable sur le terrain. T’avais de sacrés joueurs quand même, rien que Juninho quoi… Les mecs cartonnaient comme jamais, même en Ligue des Champions. Mais ça n’a jamais été ma tasse de thé, ce n’était pas passionnant. Suivre l’OL à cette période, c’était suivre une machine à trophées. Avec Marseille, j’ai eu des bas et des hauts. Au niveau des trophées, c’est finalement assez réduit. Quelques Coupes de la Ligue, une bonne ère Deschamps, quelques beaux parcours européens, mais sinon j’ai aussi dégusté. Comme tous les autres supporters. Sauf que la période de 2013, c’était… dégueulasse. Je me levais tous les week-ends à trois heures du matin pour me farcir des Lemina, Morel et tout ça.

Tu as quand même réussi à susciter des vocations en Sibérie ?

Le positionnement du championnat français en Russie est assez délicat. Tu as des mecs qui sont dingues des championnats huppés comme l’Angleterre, surtout. Après comme partout, tu as les fans du Real, du Barça, du Bayern, du Borussia Dortmund, etc. L’intérêt pour le Championnat de France a augmenté en Russie grâce au PSG et à l’arrivée des vedettes.

Je n’ai jamais forcément cherché à transmettre mon intérêt pour le football français, mais dès que tu rencontres une autre personne intéressée par la Ligue 1 en Sibérie, c’est la folie. Tu te rends compte, toi ? Pouvoir parler de Cheick Diabaté, ici, en Sibérie, avec un autre Russe ! Tes yeux brillent de bonheur à cet instant précis. Ça te permet de créer des affinités facilement.

Tout ça grâce à Cheick Diabaté. Qu’il est fort.

Ouais, bon, après, Cheick Diabaté ou pas, on n’était pas nombreux à se lever la nuit pour regarder des Olympique de Marseille – FC Metz. Faut avoir envie. Par contre, dès que je porte un maillot de l’OM à l’étranger, tu peux parfois faire de belles rencontres. C’est ce que j’ai eu en Russie, en Chine, au Sénégal, on m’a parfois arrêté dans la rue juste pour le plaisir de discuter football et Marseille. Le plus drôle c’était aux États-Unis, à New York. J’étais sur Times Square en écoutant de la musique, tranquillement, tard la nuit. Et là, un gars un peu excité me double dans la rue et me demande s’il peut prendre un selfie avec moi. Tout simplement car le mec avait parié avec l’un de ses potes qu’il n’arriverait pas trouver un maillot de l’OM à l’étranger. C’est dans ces moments que tu prends conscience de l’impact d’un club dans le monde entier.

Le football est-il populaire en Sibérie ?

Oui, mais c’est le football à cinq. Le futsal quoi. Étant donné que l’on n’a pas forcément de grandes pelouses et suffisamment de stades, on se rattrape sur la construction de complexes et de salles dédiées à cette pratique. Après, la passion par rapport au futsal n’est pas la même que pour le football. En fait, on joue à ça par défaut, chez nous. On appelle ça du football, car c’est le seul moyen parfois de tâter du ballon, mais finalement l’approche du jeu est très différente.

Et le hockey ?

C’est très populaire. J’ai grandi dans un quartier assez proche de l’arène sportive hébergeant le club de la ville. J’ai connu le hockey avant le football, j’ai été voir un match de hockey à huit ans, avant un match de football. On jouait en seconde division à l’époque, avec peu de personnes au stade. Par contre, dès que l’on est monté, Novossibirsk est devenue une ville de hockey. C’est plus difficile d’avoir une place de hockey chez nous que d’avoir une place de football à Marseille. Vraiment. Les ventes se lancent à midi et en cinq minutes c’est terminé, tu n’as plus aucun billet.

Le hockey se transmet de génération à génération chez nous. A la base, notre club de hockey est soutenu par une usine locale qui s’occupe de concentrés chimiques à Novossibirsk. Tous les employés de cette usine-là ont alors commencé à avoir un intérêt pour le hockey, d’autant que le stade n’était pas loin. Aujourd’hui on peut y mettre 7 500 personnes et c’est toujours complet, que l’on soit en haut de tableau ou que l’on joue face à des petites équipes. Pour le football, c’est quand même plus calme.

Et qu’en est-il du bandy ?

Ouais, le hockey russe ! Dans les années 90, on avait une équipe très forte qui a gagné deux championnats de Russie. Mais là, ce n’est pas très passionnant et c’est surtout très compliqué au niveau des conditions. Ça se joue à l’air libre, quand il fait -30°, du coup tu crèves de froid. C’est très abordable, tu dois payer ton billet un euro, mais c’est très limité dans l’affluence, il doit y avoir 200 ou 300 personnes. Par contre, le jeu en lui-même, c’est vraiment pas mal. C’est les règles du football, avec un jeu assez rapide, et un mélange entre du hockey et du football. Mais il faut réussir à supporter le froid…

Ça va, tu es Sibérien !

On dit qu’il n’y a rien de scandaleux quand il fait froid chez nous. Après, tu sais, il fait chaud aussi parfois (rires). En été, quoi. Bon, l’hiver… l’hiver passé on a eu trois semaines à -30° et -40°. Je me rappelle avoir vécu un -52° une fois, mais ça ne change pas grand-chose à nos vies, on va tout de même au boulot ou à l’université avec ce temps-là. Il n’y a que les enfants qui n’ont pas école.

Ce que j’ai aimé c’est que tu pouvais trouver des références footballistiques dans le rap marseillais que j’ai pu écouter. Tu avais deux éléments culturels importants pour moi.

Tu n’as jamais eu un choc culturel lors de tes déménagements ?

Pour le climat, ça va. J’ai déjà eu l’occasion de découvrir ce qu’était un soleil et la chaleur en Sibérie (rires). C’est plutôt dans les mentalités et le mode de vie que ça me change. En Guinée, par exemple, même si les Guinéens apprennent le français, j’ai l’impression que c’est hyper compliqué. Quand tu parles, t’as l’impression que les mecs s’en foutent totalement de ce que tu peux raconter et ne te comprennent même pas. Quand je vais au boulot, j’ai quelques conversations sur le chemin, mais j’ai l’impression qu’ils n’utilisent que la fonction phatique du langage. Et encore… Tu te retrouves à juste dire des « Ça va ? », alors que l’on pourrait avoir de belles conversations. Après j’ai du mal à comprendre la façon dont ils agencent les mots dans la structure des phrases.

D’ailleurs, qu’est-ce qui t’a permis d’apprendre la langue ? Je sais que tu aimes particulièrement le rap français…

J’assistais aux cours de langue de l’Alliance française de ma ville, à Novossibirsk. Avec ces professeurs, j’ai appris pas mal de choses sur la culture française, la littérature, et moi j’avais un intérêt particulier pour la musique et le rap. C’était quelque chose de nouveau pour moi à cette époque. Et tu as pas mal de paroles, qui ne se valent pas toutes, mais quand tu commences à traduire et comprendre du IAM, tu commences à avoir un certain engouement pour la langue française. Après j’ai lu beaucoup de sites et de magazines par rapport au football français, que ce soit L’Equipe ou So Foot.

Mes passages en France m’ont aussi permis de ne parler que français. Pas anglais, ni russe. C’était très enrichissant comme expérience et ça me permet aujourd’hui de pouvoir discuter assez facilement avec n’importe qui dans un français correct. Je commets toujours des fautes, mais je me débrouille. Après je dois t’avouer que, parfois, ici, tu te retrouves avec des conversations improbables entre des Russes et des Français.

Tu t’es surtout intéressé au rap marseillais ?

Je n’aime pas trop l’idée de confronter le rap marseillais aux autres villes et notamment Paris. Il n’y a pas forcément de rivalités, je pense, de ce côté-là. Mais forcément, quand je me suis intéressé à l’Olympique de Marseille, je me suis aussi intéressé à la ville et à sa musique, donc son rap. Ce que j’ai aimé c’est que tu pouvais trouver des références footballistiques dans le rap marseillais que j’ai pu écouter. Tu avais deux éléments culturels importants pour moi.

A quelques années près, tu aurais aussi pu devenir supporter parisien et adorateur du rap de la capitale grâce au transfert de Semak à Paris. Est-ce que finalement, ce transfert n’a pas aidé à démocratiser le football français en Russie ?

A cette époque-là, oui. Nous, on suivait le football français par l’écrit, dans des journaux et des magazines, comme Sport Express, L’Equipe russe, qui parlait des matchs de Semak et Sychev. Tu n’avais pas de matchs retransmis, ou très peu, à ce moment-là. Le seul moyen de voir réellement les joueurs et l’équipe, c’était grâce à quelques vidéos et résumés que tu pouvais parfois avoir, avec un peu de chance.

Évite de toucher à Ibrahima. Il a écrit une page remarquable de l’histoire de l’OM (rires). C’est une légende.

Étant donné que tu as vécu quelques semaines en France, tu as tout de même pu voir des matchs au Vélodrome ?

Ouais, pendant la saison 2007/2008, j’ai eu l’occasion d’aller à Marseille. Je n’avais rien prévu, j’y suis allé comme ça, un mercredi, et j’ai réussi à avoir un billet en Ganay. C’était ma première fois et je suis tombé amoureux de l’ambiance. C’était festif. Et à partir de là, j’ai bien compris que c’était un club à part. Je me souviens qu’à l’époque, quand je suis sorti la gare Saint-Charles, je me suis dit que cette ville n’était pas comme les autres, qu’elle avait un truc à part. Bon, déjà, c’était assez sale (rires). Mais surtout, tu sens vraiment cette multiculturalité en te baladant dans la ville et en rencontrant les habitants. C’est culturellement très riche, et c’est une ville très attachante. Je ne sais pas vraiment t’expliquer la raison, mais je pense que tu accroches ou pas dès les premières minutes. Si tu accroches, alors c’est gagné. Tu n’as plus envie d’en partir, tu apprécies la ville, tu t’y sens bien.

Malheureusement, je suis tombé sur une défaite de l’OM face à l’OGC Nice, avec notamment un duel entre Mandanda et Lloris. Mais ça reste pour moi un beau moment et le souvenir d’un match très sympa, malgré cette défaite. C’était juste avant les changements architecturaux du stade, j’aimerais bien voir ce que le Vélodrome donne dorénavant, avec tous ces changements. Surtout au niveau du bruit, ça doit donner !

La culture des tribunes marseillaises t’a aussi amené à supporter ce club ?

Forcément. Puis c’est aussi à partir de ce moment que j’ai souhaité m’intéresser en profondeur à l’histoire du club. Comprendre pourquoi il y a cet engouement, cette passion, l’histoire du club et de la ville. J’ai commencé à regarder quelques vieux matchs aussi, notamment un match face à Montpellier où Marseille remonte quatre buts et l’emporte cinq à quatre. Il m’a marqué celui-là !

Des joueurs t’ont marqué aussi ?

C’est difficile tes questions quand même. Laisse-moi réfléchir un peu… Mamadou Niang, forcément. C’est pour mon côté africain, ça (rires)…

… tu aurais pu dire Bakayoko alors.

Non, c’est l’autre côté ça… Tu vois, t’as Cheick Diabaté, qui réussit tout, et puis t’as l’autre côté, avec Bakayoko. Mais évite de toucher à Ibrahima. Il a écrit une page remarquable de l’histoire de l’OM (rires). C’est une légende.

Non sinon, tu as Gignac que j’ai beaucoup aimé malgré ses difficultés lors de ses premières saisons. Tu as aussi Lucho, mais j’attendais beaucoup plus de lui. Et sinon Diawara, peut-être. Il était monstrueux pendant trois saisons, il allait au charbon, c’était une armoire. Comme je suis un joueur amateur pitoyable et que je suis défenseur, j’apprécie forcément les joueurs défensifs. Après, au niveau des joueurs talentueux, on en a eu beaucoup.

© Footballski

Le Spartak Moscou est-il l’Olympique de Marseille russe ?

Tu dirais ça toi ? Je ne sais pas. Ces derniers temps, ça commence à basculer avec le Zenit. Enfin, ça change en fonction des trophées quoi… Tu gagnes, des supporters viennent, tu perds, des supporters partent. Mais ça se sent surtout dans des villes comme chez moi, à Novossibirsk, où les gens ne prêtent pas forcément attention au club local, mais surtout au Spartak ou au Zenit…

Oui, mais ce que je veux dire, c’est qu’historiquement, le Spartak reste le club du peuple. Après, évidemment, c’est difficile de faire un parallèle entre l’histoire du football soviétique et le football français …

Dans ce sens, oui, si l’on veut. Après, dans les tribunes, « la folie, » tu la retrouves à la fois au Zenit et au Spartak. Mais ça s’éloigne de ce que tu as à Marseille actuellement, forcément. Par contre, là où on peut faire cette analogie, c’est dans les groupes de supporters et groupes ultras délocalisés. A Marseille, tu as quand même pas mal de groupes de supporters ou des antennes ultras à l’extérieur de la ville. Pour le Spartak, tu retrouves cette idée, en effet. Tu as énormément de supporters du Spartak un peu partout en Russie, et notamment dans la banlieue moscovite et à la périphérie de la ville. Du coup, tu peux avoir pas mal de groupes de supporters, ultras voire hooligans qui représentent le Spartak, mais qui ne viennent pas de Moscou même.

Après, tu n’as pas cette densité de clubs au sein d’une même ville en France. En Russie, et surtout à Moscou, tu as tellement de clubs que c’est difficile de voir ça sous le prisme du football français. Rien que moi, dans la boîte où je bosse en Guinée, tu as un supporter du Spartak et un autre du CSKA, qui a longtemps été chez les ultras du club, donc ça peut créer quelques tensions. Mais il n’y a pas de bagarres (rires).

Par contre, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais aimé le Spartak. Alors que mon père regardait ce club. La seule utilité du Spartak, c’est que sans lui, le football russe devient chiant à suivre. Tu as toujours des péripéties, du bruit médiatique, une accumulation de déceptions d’un côté, et de succès de l’autre. T’as toujours quelque chose à dire sur le Spartak Moscou en fait (rires). Regarde, les mecs ont perdu dernièrement contre Tosno lors de la demi-finale de coupe de Russie. On a eu le droit à des commentaires comme « Regardez-moi ces « cons » qui ne savent pas jouer au football », « Ce Glushkavov, ce capitaine de « merde », de joueur de « merde » qui ne sait pas tirer un penalty », etc. Et moi, ça me fait rire tout ça. Les supporters du Spartak voient toujours leur équipe comme la plus forte, la meilleure, celle avec les meilleurs joueurs, pouvant rivaliser avec les meilleures équipes européennes. Mais quand les mecs se vautrent, les réactions sont formidables. Les mecs partent très loin.

Ici, les gens supportent le Real, le Barça et le PSG, surtout. Dès que le PSG marque un but, tu entends beaucoup de bruits à Conakry. Dès que Cavani marque un but, certains quartiers de la ville se réveillent.

Tu vois, c’est comme à Marseille…

C’est la seule chose que je n’aime pas. Les commentaires à chaud et le bruit médiatique autour de l’OM, ça ressemble beaucoup au Spartak. Quand je regarde certains commentaires de supporters, ça me fait rire. Tu as l’impression que certains changent d’avis tous les jours. Rien qu’au niveau du mercato. On a su faire des achats raisonnables, mais qui ont complété l’équipe à 100%, c’est le temps qui donne raison à la direction et à Rudi Garcia. Le match contre le RB Leipzig, c’est l’un des meilleurs matchs que j’ai vus de ma vie, alors que j’ai été un peu déçu par le match aller.

D’ailleurs je pense que mes voisins n’ont pas compris. J’ai rarement autant gueulé devant un match de football. Après, sur le match face à Salzbourg, je ne sais pas trop quoi espérer. J’ai l’impression que l’on sous-estime vraiment le RB Salzbourg. C’est une équipe avec beaucoup de talents et intéressante tactiquement, de ce que j’ai pu voir.

Quelles sont les clés de cette double confrontation pour toi ?

Le retour. C’est le plus important, forcément. En attestent les derniers résultats européens lors des différents matchs. Après, on les a déjà joués en phase de poules, la direction s’intéresse aussi à Samassékou, du RB Salzbourg, donc je me dis que le staff doit connaître parfaitement cette adversaire. Les Autrichiens ont aussi une belle paire au milieu avec Samassékou et Haïdara.

Y a-t-il une ferveur autour de ce match et plus généralement autour de l’Olympique de Marseille en Guinée ?

J’ai été surpris par ça, justement. Je m’attendais à voir beaucoup de supporters marseillais, mais finalement, c’est très restreint. J’ai eu l’occasion d’aller au Sénégal il y a sept ans, là, par contre, c’était autre chose. Les mecs sont dingues de l’Olympique de Marseille. Alors qu’en Guinée, je vois très peu de maillots olympiens et encore moins de supporters. Ici, les gens supportent le Real, le Barça et le PSG, surtout. Dès que le PSG marque un but, tu entends beaucoup de bruits à Conakry. Dès que Cavani marque un but, certains quartiers de la ville se réveillent.

Et au niveau du football local ?

J’ai eu l’occasion de voir le match de la Guinée contre la Tunisie, bon… c’est nul. Tu as Naby Keita, et puis plus rien ou presque. Tu as beaucoup d’espaces entre les lignes, une discipline tactique assez faible, beaucoup d’erreurs individuelles. Pourtant il y a du talent, certains joueurs ont de l’avenir, mais il faut du temps et ça part de loin.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir un match du championnat local par contre. Ici, tu as le PSG local, si l’on peut dire ça comme ça, qui est Horoya. En gros, le club arrive à avoir tous les meilleurs joueurs du pays et rafle pas mal de trophées, d’autant qu’il est entraîné par Victor Zvunka, l’ancien de l’OM. D’ailleurs, le stade de l’équipe nationale a été construit par les Soviétiques, à l’époque. Ils ont aussi fait un nouveau stade construit par les Chinois, mais je crois qu’aucune équipe ne joue dedans encore, alors qu’ils font des concerts à l’intérieur.

Justement, les entrepreneurs chinois sont très présents en Afrique. Tu le vois aussi de ton côté ?

Il y a pas mal d’étrangers ici. Nous, les Russes, nous vivons dans un quartier spécifique, en lien avec notre entreprise. Mais sinon tu peux voir des Français, Canadiens, Américains, beaucoup de Libanais. Après, les Chinois sont très présents en Afrique et ici également. Mais il y a pas mal de tensions entre eux et les locaux, ils ont un peu de mal à appliquer les méthodes de travail voulues par les directions chinoises. Tu as des entrepreneurs chinois partout ici, les mecs possèdent des mines, des complexes pharmaceutiques, des boutiques, des supermarchés, etc. Ils ont même fait un club karaoké comme chez eux en plein centre-ville de Conakry.

Tu connais bien la Chine d’ailleurs…

J’y ai fait une partie de mes études, ouais. Je devais faire un choix de langue à l’Université, et je ne voulais pas reprendre le français de zéro alors que j’avais déjà un bon niveau. Du coup, j’ai appris la langue chinoise pendant quatre ans et j’ai vécu en Chine pendant six mois, à Dalian, là où jouent actuellement Yannick Carrasco et Nicolás Gaitán.

Cultuellement parlant, c’est assez différent. La mentalité chinoise n’est pas la même. Par exemple, rien que pour la nourriture, c’est différent dans le comportement et la façon de se comporter. Le plus intéressant là-dedans, c’était surtout l’échange que j’ai pu avoir avec les personnes, notamment les étrangers qui sont nombreux. La plupart viennent des autres pays asiatiques, du Japon, de Corée du Sud ou du Nord, etc. Pour te dire, j’ai même croisé un mec avec une écharpe du Luch-Energiya Vladivostok dans un bar, ce qui est quand même improbable. Il a d’ailleurs baffé un mec du bar quand il lui a dit que le Luch-Energiya était un club de merde.

Est-ce que le fait d’avoir vécu dans autant de pays, autant voyagé, découvert plusieurs cultures, ça t’a également permis d’aborder la société russe avec un œil nouveau ?

J’ai l’impression que la Russie a souvent une mauvaise image. Je ne te dis pas qu’il n’y a aucun problème dans le pays, ça serait faux. Évidemment que le racisme existe dans le pays, je ne vais pas le nier. Il est également présent dans nos stades, mais par contre, je pense qu’il ne faut pas créer une surenchère du scandale. Rien que le match entre la Russie et la France, certains commentaires sont exagérés, ou en tout cas ne se focalisent que sur l’action individuelle de quelques débiles.

Et surtout, je pense que l’on ne cherche pas à comprendre d’où certains de ces comportements peuvent venir. Je ne cherche pas d’excuses à ces gens, mais il faut aussi comprendre ce qu’a pu être l’éducation basique de toute une jeunesse en Russie. Ces actes, il faut aussi les voir à travers l’éducation donnée en Russie. Il y a parfois un vrai manque de connaissances dans la géographie mondiale et l’histoire générale. Je vais te prendre l’exemple du film Brat qui résume bien la chose. Le héros principal du film explique dans une scène qu’il traite les Noirs de « nègres » car cela s’apprend à l’école. Et c’est une scène qui est assez vraie en fait. Pour la plupart des Russes, ce n’est même pas une insulte. Tout simplement car, à la base, l’éducation et les savoirs donnés ne sont pas bons.

De plus, la Russie, durant la période soviétique, a aussi été un pays totalement fermé. Tu sais, toute cette génération, elle ne sait même pas ce qu’est l’altérité. Bien que la Russie soit un pays multiculturel. C’est peut-être même finalement le plus grand pays multiculturel du monde. Tu as beaucoup de peuples différents, à l’histoire différente et à la religion différente. Et à l’intérieur du pays, tu retrouves aussi cette façon de traiter l’altérité de façon très brusque, voire limite. Certaines blagues, si tu viens de l’extérieur et que tu n’as pas le bagage culturel russe, tu vas les trouver très douteuses.

Finalement, je ne sais pas vraiment si l’on peut dire que la Russie est un pays raciste. Ou en tout cas, à mon sens, elle ne l’est pas plus qu’en Europe. Par contre, je pense que l’éducation, elle, est la clé de tout. Si tu donnes une mauvaise éducation et de mauvaises connaissances dès l’enfance, cela va forcément se répercuter sur l’homme ou la femme que tu seras plus tard.

Pierre Vuillemot 


Image à la une : © Footballski

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