Besart Berisha, star à l’autre bout du monde

Karim Hameg
Karim Hameg - Publié le 28 janvier 2017

Attaquant caractériel, Besart Berisha n’a pas connu la réussite en Europe tant parmi les nombreux clubs qu’il a fréquenté qu’avec sa sélection, l’Albanie. C’est en s’exilant loin du Vieux Continent, en Australie, qu’il a pris son envol, au point d’y devenir une légende.

Très fréquent dans les régions albanophones des Balkans, le nom de famille Berisha est porté par plusieurs footballeurs plus ou moins connus. Il y a Etrit, gardien de la sélection albanaise durant le dernier Euro et actuel joueur de l’Atalanta Bergame. Il y a les frères Valon et Veton qui représentent chacun une sélection différente (le Kosovo pour le premier, la Norvège pour le second) et qui pourraient, comme les frères Boateng ou les Xhaka, s’affronter lors d’un match international. Il y a Bernard, international kosovar qui vient de quitter l’Anzhi Makhachkala pour le Terek Grozny. Il y a également Valmir, meilleur buteur de la Coupe du monde des moins de 17 ans avec la Suède en 2013, mais dont la carrière tarde à décoller.

Et il y a donc Besart Berisha, sans doute l’un des moins connus des joueurs à porter ce nom de famille.

Une carrière européenne ratée

Né à Pristina le 29 juillet 1985, Besart Berisha fuit très jeune avec sa famille une Yougoslavie en train de se déchirer pour rejoindre l’Allemagne. C’est en tout cas ce que laisse supposer son parcours. Le joueur ne s’est jamais confié à ce sujet et pour cause : très discret et très caractériel, souvent sujet aux mauvais gestes et suspensions et peu apprécié des supporters adverses, Berisha ne se laisse pas facilement approcher et ne donne quasiment pas d’interview comme le confirme Antoine, qui gère le compte Twitter francophone consacré au championnat australien. « C’est impossible de l’approcher. […] J’avais juste mentionné son nom quand Footballski parlait de son ancien club. Bloqué. Immédiatement je lui demande pourquoi avec mon autre compte, bloqué. Et un groupe de suiveurs de la A-League (le championnat australien) a fait le même constat. »

Après des débuts au Tennis Borussia Berlin, Berisha signe en 2004 au prestigieux Hambourg SV, où il ne s’impose pas. Der Dino le prête deux années de suite au Danemark : à Aalborg puis à Horsens, où l’attaquant réalise une saison 2005/2006 plutôt satisfaisante (11 buts). Après une saison 2006/2007 peu satisfaisante à Hambourg (12 matchs pour 1 but), Berisha quitte l’Allemagne direction l’Angleterre et plus précisément Burnley, alors club de Championship.

Besart Berisha n’y réussit pas davantage qu’en Allemagne. Dès son arrivée, il se blesse aux ligaments croisés du genou et manque l’intégralité de la saison 2007/2008. Par la suite, il est prêté en Scandinavie. D’abord à Rosenborg (Norvège) puis de nouveau à Horsens, sans réussite. Berisha quitte l’Angleterre à l’été 2009 sans avoir joué une seule minute pour les Clarets.

L’attaquant albanais revient alors en Allemagne, cette fois en 2. Bundesliga, et signe à l’Arminia Bielefeld. Peu utilisé pendant deux ans, Berisha quitte l’Allemagne à la fin de la saison 2010/2011. Il quitte même l’Europe et réalise un choix de carrière surprenant mais qui finit par s’avérer payant.

Success story en Australie

À l’été 2011, alors qu’il n’a que 26 ans, Besart Berisha fait le choix surprenant de rejoindre le club australien du Brisbane Roar, basé dans le Queensland et alors entraîné par l’actuel sélectionneur des Socceroos, l’Australien d’origine grecque Ange Postecoglou. Sa première saison sous le maillot orange est une véritable réussite : Berisha marque 19 buts lors de la saison régulière et égale ainsi le record du nombre de réalisations sur une saison (record établi deux ans plus tôt par le Néo-Zélandais Shame Smeltz et battu depuis par l’Uruguayen Bruno Fornaroli, auteur de 23 buts en 2015/2016) et permet à son équipe de terminer deuxième de la saison régulière. Qualifié pour les play-offs, le Brisbane Roar parvient à se hisser jusqu’en finale, qu’il remporte (2-1) face au Perth Glory… grâce à un doublé de Besart Berisha. Alors que son équipe est menée 1-0, l’attaquant albanais égalise dans les dix dernières minutes avant d’inscrire le penalty de la victoire au bout du temps additionnel.

Besart Berisha ne pouvait faire mieux pour conquérir le cœur des supporters du Brisbane Roar. Sa carrière semble enfin lancée puisqu’il termine meilleur buteur du club lors des deux saisons suivantes. En 2013/2014, il s’offre le doublé saison régulière – play-offs et il se montre à nouveau décisif lors de la finale du championnat face aux Western Sydney Wanderers (qui remporteront la Ligue des Champions asiatique quelques mois plus tard) en inscrivant le but égalisateur à quatre minutes du terme avant que le Brésilien Henrique n’offre au club du Queensland la victoire (2-1) en prolongations.

Après trois ans et trois titres remportés, Besart Berisha choisit de quitter Brisbane pour le Melbourne Victory. Un choix essentiellement financier d’après Antoine. Encore une fois, l’attaquant s’impose dès son arrivée et forme un trio de choc avec le Néo-Zélandais Kosta Barbarouses et Fahid Ben Khalfallah (l’ancien des Girondins de Bordeaux, lui-même). Berisha marque 15 buts et réalise comme la saison précédente le doublé saison régulière – play-offs. Lors de la saison 2015/2016, il complète son palmarès avec une FFA Cup (la coupe d’Australie) et marque 17 fois même si son équipe tourne moins bien et termine seulement sixième du championnat.

En cette saison 2016/2017, Besart Berisha semble parti sur des bases encore plus élevées : il est l’actuel meilleur buteur de la A-League avec 13 buts inscrits en 16 matchs. Le 2 janvier 2017, Berisha est même entré dans l’histoire : en ouvrant le score sur penalty face aux Newcastle Jets (victoire 4-2), il est devenu seul meilleur buteur de l’histoire du championnat d’Australie avec 91 buts, devançant ainsi Archie Thompson, l’homme qui marqua un jour 13 buts lors d’un même match international.

Entre opportunisme et éloignement géographique : une carrière internationale contrastée

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Besart Berisha sous le maillot de l’Albanie le 1er avril 2009 face au Danemark lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2010 (0-3). © albanianfootballblog.com

Comme la plupart des natifs du Kosovo, à une époque où la sélection n’était pas reconnue, Besart Berisha a fait le choix de défendre les couleurs de l’Albanie. Il débute avec les Kuq e Zinjtë à 21 ans, le 11 octobre 2006, lors d’un match perdu aux Pays-Bas (1-2) comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2008 et s’installe ensuite dans le groupe. Il inscrit son premier (et, pour l’instant, unique) but sous le maillot albanais lors d’un match amical remporté face à Malte en août 2007 (3-0) mais il devra ensuite patienter plus d’un an pour revenir en sélection en raison de la grave blessure qui lui fait rater toute la saison 2007/2008.

Lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2010, Besart Berisha figure régulièrement sur les feuilles de match. Il joue huit des dix rencontres disputées par l’Albanie, dont trois en tant que titulaire, avant de disparaître totalement de la sélection après «seulement» 17 capes.

Son exil australien n’arrange pas sa situation. Le joueur perd en visibilité et se retrouve à jouer très loin de l’Europe, qui plus est dans un championnat dont le calendrier est particulier. Les saisons de A-League ont pour particularité d’être assez courtes : elles s’étendent de début octobre à début mai avec dans un premier temps une saison régulière à laquelle dix équipes participent (en s’affrontant chacune trois fois) suivie par une phase de play-offs disputées par les six meilleures équipes de la saison régulière. Les deux premiers entrent dès les demi-finales, les autres en quarts de finale, ce qui fait au maximum trente matchs à disputer dans la saison, ce qui n’est pas grand chose en comparaison de ce qui se fait en Europe. Néanmoins, le calendrier australien n’est pas aligné sur le calendrier de la FIFA : on joue même lors des trêves internationales, et il n’y a du reste pas de trêve lors des fêtes de fin d’années.

Cette cadence démentielle est difficilement compatible avec de longs aller-retours avec l’Europe. Certains joueurs ont payé pour le savoir : l’Autrichien Marc Janko a par exemple du quitter le Sydney FC où il se sentait pourtant bien après seulement une saison car son club ne pouvait tolérer ses longues absences engendrées par les matchs qu’il disputait avec la sélection autrichienne, tandis que le Slovaque Filip Hološko, actuellement au Sydney FC, a refusé de disputer un match avec son équipe nationale au printemps dernier car retenu par son club, ce qui a provoqué son éviction de la sélection et son absence à l’Euro 2016.

Besart Berisha se sert, lui, de la distance comme argument pour refuser de revenir en sélection lorsque le sélectionneur italien de l’Albanie, Gianni De Biasi, le sollicite au moment du coup d’envoi des éliminatoires de l’Euro 2016. Un mauvais choix : sans lui, l’Albanie obtient une qualification historique pour le championnat d’Europe. Désireux de ne pas laisser passer l’occasion de faire le voyage en France, Berisha déclare début janvier 2016 qu’il répondrait présent si l’Albanie faisait appel à lui pour l’Euro. Malheureusement pour lui, Gianni De Biasi a de la mémoire et la rancune tenace. Un peu plus d’un mois plus tard, le sélectionneur albanais répond de manière plutôt sèche à l’attaquant: « Berisha ne viendra pas avec nous ! Même s’il marque tous les dimanches. Le problème, c’est que quand Besart Berisha a été appelé, il n’est pas venu car il était loin de l’Albanie. Maintenant, il est toujours loin de l’Albanie alors laissons le où il est. »

Sa carrière internationale avec l’Albanie semblant au point mort, Besart Berisha a depuis trouvé un autre moyen de continuer à jouer en sélection. Natif de Pristina, il est en effet éligible pour pour porter le maillot du Kosovo, tout récemment reconnu par l’UEFA et la FIFA. Le fait qu’il ait disputé des matchs officiels avec l’Albanie ne pose pas de problème car sa sélection n’était pas reconnue à l’époque. Ainsi, de nombreux internationaux kosovars ont disputé des matchs internationaux avec d’autres sélections : l’Albanie, le plus souvent (c’est notamment le cas du gardien et capitaine Samir Ujkani), mais aussi la Norvège (Valon Berisha). Le meilleur buteur de l’histoire de la sélection, Albert Bunjaku, a quant à lui carrément disputé la Coupe du monde 2010 avec la Suisse. La fédération kosovare a entamé les démarches auprès de la FIFA pour rendre Besart Berisha éligible en septembre 2016 et cette dernière vient tout juste de donner une suite favorable à cette demande : Berisha devrait faire ses débuts sous le maillot kosovar en mars prochain face à l’Islande, à l’occasion des éliminatoires du Mondial 2018. Peut-être enfin l’occasion pour lui de rattraper un peu du temps perdu.


Karim Hameg

Mes remerciements à Antoine qui m’a aidé à écrire cet article. Vous pouvez le suivre sur Twitter sur son compte personnel ou sur le compte A-League France.


Image à la Une © sportsbe.com.au

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Ex-géographe aujourd'hui dans l'informatique, passionné de football russe et ukrainien.

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