Suite au titre surprise du Suduva Marijampolé en 2017, cette saison 2018 s’annonçait intéressante pour un championnat habituée à un cavalier seul du Zalgiris Vilnius. Suduva allait -il confirmer ? Le Zalgiris Vilnius allait -il récupérer sa couronne ? Le suspens est finalement resté présent jusqu’à la fin de saison. L’arrivée importante de joueurs francophones et étrangers au niveau plus élevé que précédemment vient également renforcer un championnat de Lituanie qui se déroule toujours néanmoins devant des affluences faméliques dans un pays où le basket est roi. Si des problèmes structurels restent malheureusement toujours présents, les bons parcours européens de Suduva, Zalgiris et Trakai permettent de booster le coefficient européen pour les prochaines saisons, ce qui permet de souligner que le travail est récompensé !

© Eitvydas Kinaitis

1. Suduva – 77 pts

La confirmation et le doublé pour Suduva ! L’effectif bouge peu au mercato hivernal, avec les seuls départs du Français Jéremy Manzorro au Zalgiris Vilnius et la fin du contrat du défenseur Rafandah Abu Bakr. L’équipe apparaît même renforcée avec les arrivées du Chilien Gerson Acevedo (Ural, Kairat) et du Français Alassane N’Diaye, venu d’Odessa. Suduva est intouchable et doit attendre fin juin pour connaître sa première défaite, face au Zalgiris.

Mais juste avant d‘entamer son parcours européen, le club perd deux éléments importants. Josip Tadic se fait voler sa voiture, déclare ne plus se sentir en sécurité en Lituanie et quitte le club. Peu après, le prometteur Karolis Laukzemis est vendu au Deportivo Alavés. Pour les remplacer, Suduva engage trois Autrichiens, Mirhet Topgacic, Daniel Offenbacher (tous deux du Wolfsberger AC) et Sandro Gotal (Dinamo Brest), le brésilien Guilherme Finkler et enfin le Monténégrin Jovan Čađenović (Borac). Suduva parvient de nouveau à créer l‘exploit au niveau européen en éliminant l’APOEL Nicosie (3-1 ; 0-1) avec un triplé de l’attaquant de Curaçao, Rigino Cicilia. Au tour suivant, Crvena Zvezda se montre un morceau trop dur à digérer. Repêché en Ligue Europa, le Suduva écarte, dans un derby balte, le Spartak Jurmala (victoire en Lettonie 1-0 à l‘aller, triste 0-0 en Lituanie) avant de succomber avec les honneurs contre le Celtic Glasgow (1-1 et 0-3).

© Eitvydas Kinaitis

Mais cette expérience réussie au niveau européen coûte énormément en énergie et blessures. Jusqu’alors intraitable, le club commence à perdre des points et voit revenir le Zalgiris Vilnius à trois points alors qu’un Suduva-Zalgiris est programmé lors de l’ultime journée du championnat. Mais cette finale pour le titre n’a finalement pas lieu, le Zalgiris se tirant une balle dans le pied en ne parvenant pas à prendre le dessus sur un faible Atlantas lors de l’avant-dernière journée. Suduva peut ainsi fêter tranquillement le titre avant même la grande affiche.

Pour la saison à venir, Suduva a sans doute déjà réussi son meilleur transfert en parvenant à convaincre son entraîneur à succès, le Kazakh Vladimir Cheburin, de rester pour une troisième saison au club. Les nouvelles recrues pour 2019 sont pour l’instant exclusivement lituaniennes : Eligijus Jankauskas (Opava), Gratas Sirgėdas (Zalgiris Kaunas) et Dominykas Barauskas (Zalgiris Vilnius).

2. Zalgiris Vilnius – 75 pts

Après une saison 2017 catastrophique, on attendait un Zalgiris Vilnius revanchard en 2018. Grande lessive au sein du noyau pratiquement complètement renouvelé avec les arrivées de Marquinhos (Astra Giurgiu), Marko Tomić (Radnički Nis), Jeremy Manzorro (Suduva), Georgas Freidgeimas (Okžetpes), Tomáš Malec (FC DAC 1904), Tomáš Šimkovič (Aktobe) et Louis Ogana (Braga B). Un nouvel entraîneur, Aurelijus Skarbalius, s’engage lui aussi pour deux ans. Ancien joueur du club (1992-94) et international (65 sélections), il a ensuite passé la majorité de sa carrière à Brondby et s’est reconverti en entraîneur (HB Hoge, Brondby, Viborg). Il s’occupait auparavant des jeunes de Brondby depuis 2015.

Hélas, les résultats sont extrêmement décevants et le Zalgiris est loin d’être dominateur. Logiquement, Skarbalius est limogé et remplacé par une valeur sûre du championnat, Valdas Urbonas (Ekranas, Trakai, et champion l’année passée en Lettonie avec le Spartaks Jurmala). Les résultats sont au rendez-vous grâce notamment à un Roumain Liviu Antal retrouvé en attaque (23 buts en 28 matchs), mais la manière fait encore défaut et un manque d’efficacité subsiste.

© Pepo Herrera / EFE

Le parcours européen est marqué par des qualifications logiques contre Klaksvik et Vaduz puis un match de prestige contre le FC Séville. Le match en Andalousie se solde par une courte défaite (1-0) qui laisse la porte ouverte à un exploit à Vilnius, mais Séville se montre sans pitié en s’imposant largement (0-5). Revigoré par ce bon parcours européen, le club entame une grosse remontée en championnat dans la sillage d’un Liviu Antal en feu. Malheureusement, cet incroyable 0-0 contre Atlantas vient mettre fin aux espoirs de titre. La victoire en coupe (3-0 contre Stumbras Kaunas) vient néanmoins apporter un peu de baume au cœur des supporters du club de la capitale, peu gâtés depuis deux saisons.

La saison 2019 va commencer comme cette année par une grosse lessive du noyau dur. Diego Oyarzun, Marquinhos, Tomáš Malec, Louis Ogana, Dominyk Kodz, Pape Mamadou Mbodj (Nefchi Bakou), Slavko Blagojevič (RFS Riga) et Dominykas Barauskas (Sūduva) ont déjà quitté le club.


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Au niveau des arrivées c’est plus calme. Seuls Tomislav Kiš (Dugopolje),Simonas Urbys (Palanga) et Matas Vareika (NFA) ont pour l’instant rejoint le club. Le sort de deux cadres de l’équipe Manzorro et Liviu Antal est le grand sujet de préoccupation des supporters qui espèrent les voir rester au club. Au niveau de la structure du club, celui-ci s’est adjoint les services de Deividas Semberas (légende du foot lituanien qui a passé la majeure partie de sa carrière au CSKA Moscou) comme Head of Sports Operations et du jeune retraité de Trakai, Deividas Cesnauskis, comme directeur sportif.

3. Trakai – 51 pts

Comme à son habitude, Trakai privilégie la qualité à la quantité au moment de former son noyau, parvenant à conserver sa star, l’ancien international russe Diniyar Bilyaletdinov. Un des rares transferts est le Belge Etienne Mukanya qui, après un départ en boulet de canon, disparaît de l’équipe. Le noyau trop étroit pénalise l’équipe qui se montre inconstante. Résultat, Trakai se sépare de son entraîneur Oleg Vasilenko et le remplace par l’Espagnol José Antonio Vicuna, dit « Kibu. » En juin, le club profite des problèmes d’Atlantas pour en récupérer quatre joueurs, tout en signant un second Belge, Kevin Ntika Bondombe (KVK Ninove). Le club effectue alors une remontée impressionnante. Le travail de Kibu est remarqué et celui-ci quitte le club pour le Wisla Plock début octobre. L’entraîneur des gardiens, le Biélorusse Albert Rybak, prend l’équipe en main pour la fin de saison, avec réussite, Trakai coiffant Stumbras sur le fil pour le gain de la troisième place.


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© Albertas Skirpstas

Arrivé d’Atlantas en juin, Donatas Kazlauskas (24 ans) a été particulièrement impressionnant, tout comme le jeune Modestas Vorobjovas qui semble susciter l’attention de plusieurs clubs étrangers. La campagne en Ligue Europa est une réussite, Trakai éliminant les Gallois de Cefn Druids puis les Kazakhs de l’Irtysh Pavlodar avant de tomber logiquement contre le Partizan Belgrade.

Les Belges de l’effectif n’ont pas convaincu et ont déjà reçu leur bon de sortie pour la saison prochaine. Le club a la particularité d’aligner beaucoup de Lituaniens, contrairement à ses concurrents directs, et compte privilégier cette politique en ne désirant que des joueurs étrangers qui peuvent vraiment amener un plus. Aurelijus Skarbalius, l’ancien coach du Zalgiris, entraînera l’équipe la saison prochaine.

4. Stumbras Kaunas – 51 pts

Vainqueur de la coupe en 2017 malgré un parcours en championnat de piètre qualité, le club détenu par de mystérieux investisseurs irlandais et géré par le Portugais Mariano Barreto – à la fois entraîneur, propriétaire, directeur sportif et agent – soufflait le chaud et le froid. La saison 2017 à peine clôturée, cinq joueurs lituaniens annoncent quitter le club et évoquent une situation désastreuse tant au niveau financier que de l’encadrement. Baretto temporise, en expliquant les problèmes de paiement par le départ soudain de deux investisseurs, tout en indiquant que des solutions seraient trouvées afin de présenter une équipe compétitive en Ligue Europa. La coupe européenne qui est l’occasion d’une confrontation contre l’Apollon Limassol. Le match aller est joué à Alytus sous des trombes d’eau qui obligent l’arbitre à arrêter le match. Le Géorgien Levan Matcharashvili offre la victoire à son équipe d’une superbe frappe en toute fin de match. Au retour, l’Apollon s’impose logiquement (2-0) mais le Stumbras n’a pas été ridicule. Le début de championnat est désastreux mais le club se reprend par la suite, loupant de peu la troisième place et échouant en finale de la coupe contre le Zalgiris Vilnius. Notons la seconde place au classement des buteurs du Brésilien Marcos Júnior qui, avec 17 buts à son actif, ne devrait pas rester longtemps du côté de Kaunas.

Mariano Barreto © Eriko Ovčarenko / 15min

Les bizarreries du club font cependant avant tout l’actualité, Barreto devenant également « conseiller » du club portugais de Cova de Piedade, club détenu par un investisseur chinois. Les deux clubs en profitent pour s’échanger des joueurs.

Fin août, un article de Tariq Panja et Romain Molina dans le New York Times vient mettre en lumière les pratiques pas très catholiques du club déjà évoquées à la fin de la saison précédente. Le club conteste mais sans convaincre. N’ayant pas les faveurs de la municipalité de Kaunas, une fusion avec Jonava est évoquée et l’avenir de ce club sans âme semble assez incertain.

5. Zalgiris Kaunas – 39 pts

Sauvé en 2017 par l’exclusion du FK Silas pour des matchs truqués, le Zalgiris Kaunas, relégué sur le terrain, est sauvé cette saison par la décision d’Utenis d’abandonner le niveau professionnel pour repartir en D2 et se consacrer à la formation. Avec un noyau toujours limité, le Zalgiris Kaunas fait mieux que les saisons précédentes, mais cela s’explique beaucoup par la faiblesse des trois derniers. Le club recrute le Brésilien Joao Figueiredo (Belo Horizonte B) qui montre de belles choses. Pour l’anecdote, le club aligne encore parfois le vétéran Ignas Dedura (40 ans, ancien du Spartak Moscou) qui est remplacé par son fils Matas Dedura (16 ans) à l’occasion d’un match contre Trakai.

Le club pourrait revoir ses ambitions à la hausse dans le futur. En effet le stade de Kaunas va être rénové et la ville voudrait y installer un club valable. D’autre part, le propriétaire du club qui est le club de basket du même nom a épuré ses dettes du passé, est revenu au top du basket européen et a indiqué vouloir développer la section football et y investir plus d’argent. A voir si ces promesses vont se matérialiser.

Le meilleur joueur de la saison est sans contestation Gratas Sirgėdas. Révélé en 2013 à l’occasion de l’Euro U19 dont il est sacré meilleur buteur, il était parti au VFB Stuttgart, sans s’imposer, avant de voir sa carrière gâchée par de nombreuses blessures. Revenu se refaire une santé au pays, il évoluera la saison prochaine au Suduva.

6. Atlantas Klaipeda– 24 pts

Suite au départ courant 2017 de l’entraîneur-propriétaire du club, le russe Konstantin Sarsania, pour un poste de directeur sportif au Zenit Saint-Pétersbourg (il décédait peu après d’une thrombose), le doute plainait sur l’avenir de l’Atlantas. A l’étonnement général, le club se montre néanmoins très actif au mercato hivernal, avec notamment l’arrivée du Belgo-Turc Anil Koç, ancien joueur du Standard de Liège. Le début de saison est plutôt bon, même si il faut noter une prestation curieusement catastrophique du gardien letton Pavel Dorosev lors du match contre le Zalgiris Vilnius qui suscite de nombreuses interrogations. Tout semble donc aller bien et pourtant, début juin, Algimantas Briaunys est remplacé à la tête de l’équipe par un certain Anatoli Selest. Quasiment dans la foulée, des joueurs révèlent qu’ils ne sont plus payés depuis trois mois et se mettent en grève. Quelques jours plus tard, pratiquement tous les étrangers disparaissent du club, négociant une rupture de contrat, puis les Lituaniens leur emboîtent le pas.

La situation se tend et, coup de théâtre, Anatoli Selest quitte à son tour le club. L’on apprend par la suite qu’il avait promis d’amener des investisseurs avec lui, promesse qu’il n’est pas capable de tenir. Retour de Briaunys à la tête de l’équipe… Dans ce chaos général, le match Atlantas -Zalgiris Kaunas est repoussé, la fédération ayant été informée d’un nombre inhabituel de paris sur ce match. Les matchs suivants seront également reportés, la fédération, dans une incroyable mansuétude, préfère laisser du temps à Atlantas pour reformer un effectif destiné à terminer la saison. S’en suit un exil massif du noyau ne croyant plus aux promesses du patron du club, Vacys Lekevicius, de trouver de mystérieux investisseurs russes, serbes ou turcs.

Après une importante victoire contre Jonava © Vytautas Petrikas

Tout le monde pense alors que le club est parti pour mettre la clé sous la porte, mais, à la surprise générale (une nouvelle fois), celui-ci reprend la compétition avec de nouveaux joueurs : le Belge Omar Diarra (Wiedenbrük), placé par le même agent que celui d’Anil Koç (parti en Turquie) et qui reste un mois, le gardien polonais Dawid Smug, des joueurs russes et ukrainiens de divisions inférieures et Bruno Lemiechevsky, attaquant espagnol d’origine biélorusse né en Uruguay ! Le club n’ayant pas d’argent, les journalistes locaux supputent que ces joueurs jouent gratuitement dans l’espoir de se montrer et de signer un contrat ailleurs. Anatoli Selest réapparaît ensuite à la tête de l’équipe lorsque Briaunys jette l’éponge, mais redisparaît un peu plus tard, officiellement « en mission pour le club à l’étranger. » C’est donc Vacys Lekevicius, le président du club, qui coache ensuite l’équipe. Dans ces conditions, la fin de saison est une véritable purge, le seul résultat digne d’intérêt étant ce nul 0-0 face au Zalgiris Vilnius qui offre le titre à Suduva. Les joueurs d’Atlantas n’étaient même pas certains de faire le déplacement à Vilnius pour ce match, le club n’ayant – selon les rumeurs – plus assez d’argent pour payer le trajet du bus ! L’Atlantas Klaipeda a néanmoins demandé la licence pour 2019. Vu sa situation financière, il faudrait un miracle pour qu’il y ait encore un club à Klaipeda la saison prochaine…

7. Palanga – 20 pts

Le promu fait fort en recrutant en début de saison Lukman Haruna, ancien de l’AS Monaco et du Dynamo Kiev. Son recrutement est d’ailleurs très francophone avec Waly Diouf (Leganes B), Yven Moyo (Stades Lavallois) et Brice Goupy, venu d’une D3 roumaine. Malheureusement tout ce petit monde plie bagage avant l’été, faute d’être régulièrement payé.


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Le club recrute alors des Nigérians, qui n’apportent pas grand-chose. C’est surtout la faiblesse de Jonava qui permet à Palanga d’éviter la dernière place. Le club joue un barrage de promotion-relégation contre le second de D2, le Dainava Alytus, qu’il remporte facilement, vu la différence de niveau entre les deux divisions. L’après-saison est animé, avec la révélation par la presse locale de « l’affaire Olalekan » et une grosse surprise en fin d’année, l’entraîneur Valdas Trakys annonçant son départ du club. Cette décision serait liée à l’arrivée d’investisseurs estoniens qui amèneraient leur propre staff.

8. Jonava – 19 pts

Saison catastrophique pour Jonava. Et pourtant, les ambitions étaient élevées en début de saison avec un staff portugais ainsi que le recrutement de valeurs sûres du championnat et de nombreux étrangers. Un échec total. Dégoûté, le propriétaire du club revoit drastiquement ses plans et vire une équipe entière, remplacée par des éléments moins forts. Sans surprise le club termine donc dernier. Plus surprenant le club indique en fin de saison vouloir rester en D1 et se montrer ambitieux. A suivre…

© diena.lt

Le onze de l’année

Seule certitude, à l’heure actuelle, dix clubs ont demandé la licence pour la saison prochaine : les huit pensionnaires de A Lyga cette année, le promu Panevezys et le deuxième de D2 défait lors du barrage de promotion-relégation, le Dainava Alytus. Décision le 31 janvier et examen des appels le 7 février.

Au niveau de l’équipe nationale, le parcours en Ligue des Nations a été pathétique (six défaites) et Edgaras Jankauskas, en poste depuis 2016, est logiquement limogé. La fédération chercherait un successeur à l’ancien joueur de Bruges et Porto, mais à bas prix, soit moins que les 6 000 euros que Jankauskas touchait selon la rumeur.

Viktor Lukovic


Image à la Une © E. Šemioto

2018 – Un an de football en Lituanie
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