On a discuté avec Etienne Mukanya, un Bruxellois en Lituanie

etienne mukanya
Viktor Lukovic - Publié le 6 février 2018

En quête d’un buteur pour combler  le départ de Maksim Maksimov au Vardar Skopje dans des conditions rocambolesques, le joueur russe ayant signé en Macédoine sans accord du FK Trakai, le club a jeté son dévolu sur un jeune belge au parcours étonnant. Rencontre avec Etienne Mukanya qui a déjà beaucoup de choses à raconter.

Quel est ton parcours ?

Je suis né à Kinshasa et ma famille est arrivée en Belgique quand j’avais quatre ans. J’ai grandi à Evere et j’ai appris à taper le ballon dans la rue. J’ai commencé en club assez tard en fait, à l’âge de 14 ans je me suis affilié à la RUSAS de Schaerbeek. Je venais de nulle part donc je jouais avec l’équipe C au tout début puis, comme je me débrouillais bien, j’ai rapidement été surclassé et, au bout de trois saisons, j’étais en transition entre la réserve et l’équipe première. Mais le club a fusionné avec d’autres clubs de Bruxelles donc  je devais changer de club. Initialement, ma destination était le FC Brussels, mais quand je m’y rends,  le secrétariat me dit que l’entraîneur ne pourra me tester que la semaine suivante et ça allait être limite niveau timing pour la période des transferts, donc via un ami j’appelle un entraîneur de l’Union, ils me font passer directement un test, qui est concluant, et voilà ; je me retrouve à l’Union Saint Gilloise…

Tu te débrouilles bien à l’USG, mais tu n’arrives pas à percer en équipe première.

Non, j’étais considéré comme un joueur de la réserve pendant deux ans et la troisième année j’étais considéré comme un joueur de la première. En fait, c’est Drazen Brncic (au RWDM aujourd’hui, NDLR.) qui me repère et me fait monter dans le noyau A. Il croit en moi. Problème, il est remplacé par Marc Grosjean pour qui je suis un choix qu’on lui a imposé. Il me remet en équipe réserve à la base pour deux semaines, je n’avais rien fait de mal, mais n’importe qui l’aurait ressenti comme une punition. Les deux semaines deviennent définitives, sans explications. Je ne lâche rien et je donne tout en réserve, je marque 25 buts et fait 18 assists, on en fait une vidéo qui va entre autres me permettre de me faire remarquer par Trakai.

Il me semble que tu es très croyant, c’est bien ça ?

Oui, je suis quelqu’un de très croyant. Je sais qu’il y a une force au-dessus. Je dis merci à Dieu de me mettre sur la bonne voie. Je veux accomplir de belles choses. Je veux être un exemple. Ce n’est pas juste jouer au football, je veux être une belle personne qui apporte quelque chose aux autres. Je tiens vraiment à remercier les gens de l’Union, Roger Hénuset, José Menacho, Gustavo Lopez. Au moment où j’étais en réserve, ils étaient derrière moi et m’ont toujours soutenu. Si je passe pro aujourd’hui c’est aussi un peu grâce à eux !

Puis, tu pars en Angleterre.

Oui, en fait un ami parle de moi à un agent anglais et on le rencontre au Sheraton, avec mes parents. Ce n’est pas évident parce que personne ne parle anglais à l’Union à part le président Jurgen Baatzsch donc ça traîne un peu. Ça a pris du temps et en plus, j’étais étudiant à l’EPHEC, en commerce  extérieur, donc j’ai préféré passer mes examens en juin avant d’aller en Angleterre. C’était un choix personnel. J’ai été faire un test au Grays Athletic FC, au nord de Londres ( Isthmian League), mon style leur a plus et j’ai signé là-bas.

Comment décrirais-tu ton style de jeu ?

De base, je suis surtout un flanc offensif et pas vraiment un attaquant de pointe, mais je peux jouer à tous les postes offensifs. Mes qualités principales sont la vitesse, la percussion, la puissance, et ma technique apprise dans la rue.

Cela ce passe comment ?

Le bilan n’est pas excellent. Je me blesse aux ischios fin octobre et j’ai été absent trois mois. Le club a transféré un joueur pour me remplacer et quand j’étais rétabli je ne jouais que des bouts de matchs. J’avais bien commencé la saison, des clubs, comme Crystal Palace, étaient venus me visionner, mais comme je me suis blessé et qu’après ça je ne jouais plus beaucoup, il n’y avait plus  d’intérêt. En plus, le club descend et n’a forcément plus trop d’argent, donc à la fin de la saison je me retrouve sans rien… Je n’avais pas de famille pour m’héberger à Londres donc je rentre en Belgique, j’ai besoin de jouer et de me faire un nom et un statut. Heureusement mon équipe d’agents m’a vraiment bien entouré. Je dois vraiment les remercier parce qu’ils m’ont soutenu quand je n’avais rien et, grâce à eux, je deviens pro et je vais jouer la coupe d’Europe. C’est formidable !

Comment te retrouves-tu à Trakai ?

Mes agents étaient en contact avec le club, ils ont plusieurs joueurs au club et ils m’ont proposé. En fait, j’étais venu au mois d’août 2017, le club était déjà intéressé, mais administrativement c’était trop tard pour qu’ils m’engagent. Je suis revenu en Lituanie le 5 janvier, j’ai joué deux matchs amicaux, passé les tests médicaux et voilà.

Trakai, Lituanie

© http://www.fkt.lt/

Connaissais-tu la Lituanie ?

Je ne connaissais absolument rien, je ne pouvais même pas situer le pays sur une carte. Mais là, je suis heureux. C’est un pays qui me plait bien, les gens sont cools. Évidemment on voit bien qu’ils ne sont pas habitués à voir des Africains, mais il n’y a aucun souci, c’est de la curiosité. J’habite un appartement dans le centre de Vilnius, à proximité des terrains d’entrainement  donc c’est très pratique. J’ai appris l’anglais réellement lors de mon passage là-bas, pas à l’école où j’étais pourtant bon élève. Donc pour m’exprimer pas de soucis non plus. Dans le vestiaire , ça parle lituanien, russe et anglais. La plupart parlent anglais et il y en à qui jouent les traducteurs pour ceux qui ne comprennent pas. Tout se passe bien !

Trakai joue très bien au football, la philosophie du coach (Oleg Vasilenko qui a été assistant de Guus Hiddink à l’Anzhi, NDLR.) est de jouer avec le ballon au sol, de privilégier le jeu en mouvement, avoir la possession du ballon. J’aime vraiment notre style de jeu. Après je ne connais bien entendu pas encore les autres équipes. J’avais vu en été un Zalgiris – Trakai et franchement techniquement cela valait un match de D1 belge, avec moins de public…

Il y a un joueur connu dans le noyau de Trakai en la personne de Diniyar Bilyaletdinov.

Il a les yeux dans le dos, il sent les appels, il a le football en lui. Il a joué à Everton, dans les grands clubs russes, en sélection, mais il est très humble. C’est un cadre du vestiaire bien entendu, mais il est très poli, très calme, discret… Il a joué dans de grands clubs, mais il ne snobe personne, c’est un Monsieur !

Quelles sont les ambitions de Trakai ?

Aller le plus loin possible en coupe d’Europe, le championnat c’est un peu compliqué avec le Zalgiris qui est peu le monstre national. Moi je dois marquer des buts ! J’ai signé un contrat de cinq ans, parce que le club croit en moi et aussi parce qu’avec l’affaire Maksimov ils veulent bétonner les contrats des joueurs. Après, il est clair entre le club et moi que le but est d’essayer de me mettre en valeur pour partir dans un plus gros club par la suite.

Percer au plus haut niveau est ton ambition. Si tu pouvais atteindre le niveau international, quelle serait ta préférence ?

Je suis très reconnaissant pour l’accueil que la Belgique a réservé à ma famille en 1999, mais je choisirais la RDC. Les choses ne vont pas super bien là-bas tant au niveau politique qu’économique. Il faut que les gens qui en ont les possibilités se battent pour leur patrie. C’est vraiment très important.

Viktor Lukovic


Image à la une : © http://www.fkt.lt/

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