On a discuté avec Mamadou Mbodj, défenseur du Žalgiris Vilnius

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 28 septembre 2017

Mamadou Mbodj est un joueur sénégalais de 24 ans qui a joué à Crvena Zvezda en Serbie et évolue maintenant au Žalgiris Vilnius en Lituanie. C’est un défenseur estampillé Footballski et c’est donc tout naturellement que nous avons souhaité discuter avec lui.

Salut Mamadou, peux-tu te présenter ?

Je jouais dans le quartier avant d’aller au Dakar Sacré Cœur, là où j’ai fait ma formation pendant cinq ans. Ensuite je suis parti en Serbie à l’Etoile Rouge où j’ai joué pendant un an et demi et je suis maintenant en Lituanie, au Žalgiris.

Tout a commencé dans le quartier au Sénégal. Pendant les vacances estivales, on a une grande coupe des quartiers, c’est un grand tournoi populaire. C’est là où le Dakar Sacré Cœur m’a découvert. J’ai d’abord fait des essais. Le centre a ouvert en 2009, en 2010 ils ont fait des détections pour les petites catégories genre moins de 18 ans, un ami de mon père m’a envoyé là-bas avec mon grand frère. Il y avait plus de 2000 personnes pour faire des tests, c’est là-bas où l’on nous a pris, moi et mon grand frère. Les tests, c’était juste un match 30 minutes à jouer et le lendemain on refait un autre match de 30 minutes et ainsi de suite pendant sept jours. Après, on a eu trois-quatre jours de repos et on nous a appelé pour nous dire si on faisait partie des 50 derniers meilleurs. Là-dedans, il y a eu 20-25 joueurs qui ont l’école et les cours payés par la formation. Je pensais pas devenir professionnel mais c’est le jour où on m’a dit que j’étais pris pour le centre de formation que j’ai commencé à croire au futur et à la possibilité de le devenir. C’est vraiment un très beau centre, c’est peut-être le deuxième ou le troisième meilleur centre au Sénégal, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. Si on te prend, c’est parce qu’on a vu quelque chose. Les frais sont trop importants pour faire du favoritisme, donc c’est qu’ils ont vu quelque chose. Il faut être bon, au bon moment.

Je peux dire que j’étais dans le football de rue, c’est là où j’ai commencé à jouer et ça m’a beaucoup plu. Dans le foot de rue, il y a pas de position, tout le monde joue. Nous, il n’y avait pas de terrain donc on jouait dans la rue. On mettait des briques, une brique pour fabriquer des maisons, et donc on en mettait deux côte à côte et ça, ça fait un but. C’est ça le football, c’est l’esprit du foot de se retrouver avec des amis.

Peux-tu développer ton parcours ?

J’étais cadet junior au Dakar Sacré Cœur quand c’était la Coupe d’Afrique des cadets et ils ont sorti un nouveau règlement. Les gens qui avaient 16-17 ans ne pouvaient pas jouer avec l’équipe, ils devaient être promus en junior donc j’ai été surclassé en junior pour faire cette Coupe d’Afrique et avant la fin de la saison des juniors, on m’a surclassé en senior pour jouer le tournoi de remontée, c’était en 2010-2011.

© fkzalgiris.lt

Comment es-tu arrivé en Serbie ?

J’arrive en 2014-2015 à Zvezda. Je n’avais plus rien à prouver dans mon club et donc il fallait que je parte. C’était les vacances, j’étais avec des amis en train de m’amuser, j’avais même pris du poids et là, un ami de mon père qui connaît quelqu’un qui lui, travaille avec quelqu’un qui est au Portugal et qui a un ami en Serbie. Zvezda avait besoin à ce moment d’un défenseur central. L’ami de mon père m’a appelé, il me dit qu’il y a une équipe en Serbie qui veut un défenseur, moi j’avais jamais entendu parler de la Serbie de ma vie. Dans le centre où j’étais, ça parlait uniquement de la France, c’était un Français le patron donc on était orientés vers la France.

J’ai du faire un entraînement ou deux avant de partir en Serbie. C’était difficile de se remettre à niveau pendant les vacances ! J’ai vomi après mon entraînement, puis je suis parti en Serbie. Je suis arrivé sur place, j’ai vu les infrastructures. Je suis parti peut-être deux semaines, j’ai vu que c’était une grande équipe, de grands joueurs avec un palmarès. Je m’entraînais avec la A, j’ai fait un match amical, ils ont apprécié, j’ai fait un deuxième match amical, et là ils ont décidé de me faire signer. Ils m’ont fait jouer un troisième match amical mais je me suis blessé. Ils avaient déjà pris une décision et j’ai signé pour trois ans. Tout ça a été géré par l’agent au Portugal et celui en Serbie. L’agent au Portugal, c’est mon agent, celui en Serbie c’est celui qui a géré ma venue. Il a montré ma vidéo à l’Etoile Rouge qui cherchait un défenseur, ils ont aimé, ils m’ont appelé.

L’adaptation a été dure, je me souviens, j’étais à l’hôtel et je portais ma tenue traditionnelle sénégalaise musulmane pour prier, le djalabè. Les petits m’ont vu, ils pensaient que j’étais en pyjama, ils n’avaient jamais vu ça de leur vie. Ils m’ont tous demandé une photo, quelqu’un avait posté ça sur Instagram, tout le monde a ensuite parlé de la photo. D’un coup, chaque minute, je recevais plus de cinq demandes sur Facebook. C’était quelque chose que je ne m’imaginais pas, c’était extra ! En moins d’un mois, j’ai atteint la limite d’amis sur Facebook. C’était quelque chose d’incroyable. C’est comme ça que j’ai compris que Zvezda, c’est une grande équipe.

Avant de signer, j’ai discuté avec le coach, il m’a parlé des défenseurs, il m’a dit « tu vas partir en prêt dans l’équipe de Napredak, tu vas jouer là-bas et tu vas revenir en décembre ». Mon agent m’a dit que là-bas, ils ont de bonnes installations. Je connaissais un ami qui jouait là-bas, je l’ai appelé. Il m’a motivé, j’y suis allé. Quand je suis arrivé, c’était comment dire… les conditions étaient différentes ! J’y suis resté cinq mois. Avec le climat et tout, je connaissais pas le froid. C’était pas facile mais j’ai un peu joué là-bas, ça m’a fait du bien.

Quelle était ta relation avec Terzic ?

Terzic a toujours été sympa avec moi, on se voyait, on discutait, parfois avant d’aller au Sénégal, il me recevait, je lui demandais pour avoir des maillots, il me disait « je vais voir comment je peux gérer ça » et après, j’avais mes maillots. Ici, c’est comme une maman, dès le premier jour il m’a dit « on est ici pour t’aider, pour toi, si jamais tu as un problème un jour, tu viens m’en parler ».

Donc l’histoire des maillots, ça s’est fait comment ?

Je voulais beaucoup de maillots, personne ne pouvait m’aider, donc je suis allé voir le président directement. C’est la seule fois où je lui ai parlé. J’ai payé tous les maillots, j’avais deux valises, et l’une d’entre elles était remplie de maillots à donner. J’ai des amis dans le quartier, tout le monde me connaît, je devais ramener des cadeaux.

Mamadou Mbodj ayant ramené des maillots pour le quartier | © instagram.com/mamadou_mbodj

Et comment tu t’entendais avec les autres dans le vestiaire à Zvezda ?

Donald c’était comme un frère pour moi ! Vraiment, ce type est en or ! Je suis vraiment content pour lui qu’il soit devenu le capitaine. Moi, je sors pas, alors souvent quand on discutait pour sortir après les matchs, je disais non, il disait « si tu sors pas, je sors pas ». Vraiment un type bien. On continue de s’appeler sur Facetime, prendre des nouvelles. Il y a aussi celui qui est décédé, Goran Gogic, lui m’avait accueilli dans le vestiaire, il m’aidait beaucoup, ça m’a beaucoup touché quand il est décédé, alors j’ai mis sa photo sur Instagram.

Comment es-tu arrivé en Lituanie ensuite ?

Mon agent serbe a fait la transition entre la Serbie et la Lituanie. Il m’a proposé un nouveau club. Il m’a dit qu’il avait montré ma vidéo au club et qu’ils n’avaient pas hésité une seconde : « c’est lui qu’on veut ». Au début, quand je suis arrivé, c’était difficile de quitter l’Etoile Rouge, mais j’ai pensé à mon avenir, je ne jouais pas beaucoup à Zvezda, alors c’était une bonne opportunité.

Quel accueil as-tu reçu de la part des ultras du Pietų IV  ?

Au début, rien, le coach et le staff technique sont venus me chercher à l’aéroport, j’ai vu le coach, il m’a montré le stade, ils ont été aux petits oignons. Ils m’ont dit qu’ils ont confiance en moi. L’objectif est la qualification en Ligue des Champions. Les deux clubs sont différents, mais dans les deux cas c’est le plus grand club du pays.

© fkzalgiris.lt

Vous êtes super forts, tu t’ennuies pas à Zalgiris ?

Ah… ça c’était les années précédentes, cette année il y a Trakai, Suduva, Atlantas. Tout le monde a progressé. Les gens pensent, ça y est, tu viens ici, tu vas tout gagner, ça va être facile, mais non ! On joue face à de bonnes équipes ! On joue 90 minutes d’un match dur, on se bat pour gagner ! C’est pas des matchs où on joue et on gagne 5-0.


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Comment ça se passe avec les autres joueurs provenant de l’ex-Yougoslavie dans l’équipe ?

Oui, c’est quelque chose qui m’a beaucoup aidé. Ca m’a fait un peu revenir en Serbie, parler la langue, ça m’a fait plaisir.

Es-tu allé au voir un match de basket en Lituanie ?

Pas encore, mais comme en Serbie, c’est très populaire. Dans les deux pays, le basket est plus populaire que le football !

Si tu dois comparer les ultras entre la Serbie et la Lituanie, tu dirais quoi ?

C’est pas la même chose, ici le foot c’est bien mais pas énorme au niveau de la popularité. Les deux ont leurs chansons, les ultras ici, ils m’ont beaucoup aidé quand je suis venu. Je suis très heureux d’être là.

© fkzalgiris.lt

Au niveau des langues, ça se passe comment ?

C’est important de pouvoir parler avec les autres, que ce soit sur le terrain ou dans la vie. Je me baladais tout le temps avec mon dictionnaire français-serbe. C’est comme ça que j’ai appris, directement au contact des gens et avec mon dictionnaire. J’ai pas pris de cours, juste mon dictionnaire. Ici, je fais pareil.

Est-ce qu’il y a un championnat où tu aimerais jouer ?

Moi mon rêve ce serait de jouer pour Marseille ! C’est un rêve depuis que je suis petit. Marseille, c’est la seule équipe dont je ne rate jamais un match, jamais ! Marseille, je regarde tous les weekends. Au Sénégal, j’ai commencé à regarder le foot en regardant Marseille. On n’avait pas la télé à la maison, on allait chez un ami qui supporte Marseille donc on regardait Marseille tout le temps.

Penses-tu à l’équipe nationale ?

Bien sûr, j’ai fait toutes les petites catégories, alors forcément j’y pense. Aliou Cissé, le coach en ce moment, c’était mon coach quand j’étais avec l’équipe olympique. On a fait beaucoup de matchs ensemble, et j’ai jamais été sur le banc en équipe nationale. J’ai toujours joué tous les matchs quand j’étais appelé.

Un grand merci à Mamadou Mbodj pour sa disponibilité et nous lui souhaitons beaucoup de succès au Žalgiris ou ailleurs lors des prochaines saisons.

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Image à la une : © fkzalgiris.lt

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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