2016 : un an de football en Estonie

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 16 novembre 2016

Au bout d’une dernière journée absolument dingue, c’est donc le FC Infonet, officiellement renommé FCI Tallinn, qui est devenu Eesti Meister, champion d’Estonie, en cette année 2016. Une année historique pour ce jeune club de la capitale qui s’adjuge le tout premier titre de son histoire au terme de sa quatrième année de Premium Liiga. Une consécration rapide pour l’Infonet, qui bouscule la hiérarchie établie dans ce championnat, dont il devient la quatrième équipe à s’offrir le titre sur les cinq dernières années.

Le formidable retour du Flora

Eloigné de la lutte pour le titre à la mi-saison, le Flora Tallinn est revenu dans la course en seconde partie de saison. Un retour dû à une formidable série de victoires enclenchée lors de l’arrivée sur le banc d’Argo Arbeiter en lieu et place de Norbert Hurt, l’entraîneur de l’équipe sacrée l’an dernier. A son arrivée, l’équipe est au plus bas, avec des défaites face au Levadia et à l’Infonet, mais surtout la piteuse élimination de Ligue des Champions par les Red Imps de Gibraltar. Elle se reprend immédiatement, et de superbe manière, en pulvérisant le Levadia 6-1 pour le premier match d’Arbeiter sur le banc. La première d’une série de huit victoires consécutives.


Voir aussi : 2016, six mois de football en Estonie


Il faut attendre douze matchs pour voir le Flora chuter, avec une défaite 3-2 face au Tammeka Tartu. Quasiment irrésistible, le champion en titre remonte peu à peu son retard sur la tête du classement, au point de se retrouver deuxième du championnat à deux journées du terme. Un retour qui n’est cependant pas suffisant pour jouer le titre. La faute à quelques rares faux-pas dus à des errances incroyables : menant 2-0 sur le terrain du Nõmme Kalju lors de la 27e journée, le Flora encaisse trois buts en un quart d’heure et n’arrache le point du nul qu’à la toute dernière minute du match.

Même chose lors de la 35e et avant-dernière journée, où le Sillamäe Kalev, mené 3-1 à dix minutes de la fin du match, réussi à remonter à 3-3 et prendre le point du nul. Un match nul qui est celui de trop. Malgré un formidable retour, le Flora avait trop de retard et se voit éliminé de la course au titre avant la dernière journée. Les espoirs de titre étaient revenus, la désillusion n’en est que plus grande.

Le suspense jusqu’au bout

Le Flora écarté de la course au titre, ils sont donc trois à toujours pouvoir croire en leurs chances à l’aube de la dernière journée. Leader, l’Infonet, qui compte deux points d’avance sur le Levadia Tallinn et Nõmme Kalju, a son destin en main. Une dernière journée en forme d’apothéose. Les quatre clubs de tête s’opposent en effet lors de cette ultime sortie de l’année. Nõmme Kalju reçoit ainsi le FC Infonet dans son Hiiu Staadion, tandis que le terrain annexe de l’A. Le Coq Arena accueille le grand derby de Tallinn entre le Levadia et le Flora.


Voir aussi : Histoires de derby – Flora Tallinn vs. Levadia Tallinn


Et à l’image de la saison, le suspense est resté entier durant cette dernière journée. Car le Nõmme Kalju n’a pas tardé à prendre l’avantage sur l’Infonet, grâce à un but d’Ats Purje dès la troisième minute ! Avec cette ouverture du score, Kalju passe virtuellement en tête du classement et peut espérer être sacré champion pour la deuxième fois, après son unique titre de 2012. D’autant plus que quelques minutes plus tard, le Tallinna Derbi tourne à l’avantage du Flora grâce à l’inévitable Rauno Sappinen. Les scores n’évoluent pas jusqu’à la pause. Lorsque les équipes rentrent aux vestiaires, tous les voyants sont au vert pour Kalju, qui mène face à son adversaire direct et voit le Levadia passer derrière le Flora.

Au retour des vestiaires, les choses ne mettent pas longtemps à changer. Dès la 55e minute, c’est au Hiiu Staadion que le premier renversement a lieu avec l’égalisation d’Appiah sur corner pour l’Infonet. Un but qui change tout, puisque le point du nul permet aux Noir et Blanc de repasser en tête du classement. Mieux, à la 68e minute, c’est Sergei Mošnikov qui permet à l’Infonet de passer devant ! En menant 2-1 sur le terrain de Nõmme Kalju, le leader fait le plus dur et se met à l’abri pour les vingt dernières minutes de jeu. Et il fait bien, car comme trop souvent, le Flora craque également en fin de match. Kobzar permet en effet au Levadia de revenir au score, avant que Kevin Kauber ne fasse la différence en toute fin de match. Le Levadia s’impose ainsi dans le derby face au Flora. Une victoire pour l’honneur, mais insuffisante. En s’imposant dans son match au sommet, le FC Infonet décroche son premier titre de champion d’Estonie.

Le classement final de Premium Liiga ne reflète pas forcément à quel point le suspense a tenu jusqu’au bout. Avec 80 points, le FC Infonet devance le Levadia de deux points, tandis que le Nõmme Kalju pointe à cinq points. Avec un nul et une défaite lors des deux dernières journées, le Flora n’est que quatrième, avec sept points de retard sur le leader. Un gouffre à l’échelle de la bagarre qu’il y a eu cette année.

classement-premium-liiga-2016

© premiumliiga.ee

La montée en puissance de l’Infonet

C’est donc au terme de sa quatrième saison passée dans l’élite que le FC Infonet Tallinn s’offre son premier titre de champion. Créé en 2002, le club est détenu par Andrei Leškin, informaticien à la tête d’Infonet, société leader du pays dans le secteur de la communication (internet, téléphonie, TV…). Après avoir connu un grand succès dans le monde professionnel, Leškin s’est lancé un nouveau défi : réussir dans le domaine du football. C’est ainsi que le FC Infonet est fondé en janvier 2002. Un club qui n’est alors qu’une école de football destinée aux enfants.

Après s’être occupé de la fondation et de la bonne marche de son école de football, Andrei Leškin décide de faire le grand saut. En fusionnant avec deux autres clubs, le FC Bercy et le FC Atletik, le FC Infonet fait en 2011 son apparition en 2011 en Esiliiga, la deuxième division estonienne. Il fait alors appel à Aleksandr Puštov comme entraîneur. Ancien international estonien à l’aube des années 90, Puštov fait, comme lui, partie de la minorité russe d’Estonie. Le début d’une longue entente.

fc-infoneti-president-andrei-leskin-alar-truu

Andrei Leškin © Alar Truu

Car Leškin applique dans le football la même recette que celle qui a fait sa réussite professionnelle : confiance, stabilité et travail à long terme. Avec comme maître-mots qualité et professionnalisme. Son premier but, l’accession en Premium Liiga, est rapidement atteint. Deuxième d’Esiliiga, l’Infonet est battu en barrage de maintien/promotion par Kuressare. Champion l’année suivante, le club obtient la promotion directe dans l’élite. Depuis, le FC Infonet poursuit une progression aussi sûre que rapide. Sixième dès sa première année en Premium Liiga, en 2013, l’Infonet passe cinquième en 2014 puis quatrième l’an dernier. Une place qui lui ouvre les portes de la Coupe d’Europe pour la première fois (défaite face à Heart of Midlothian). Tapi dans l’ombre, Leškin garde sa confiance en Puštov, dans les bons comme les mauvais moments. Une stabilité qui porte ses fruits.

« Je crois qu’Andrei Leškin est le rêve de tout entraîneur. Il me fait confiance en tant que professionnel. Je ne peux pas dire que je peux faire tout ce que je veux, mais je respecte son opinion et lui ma décision. Lorsque nous sommes en désaccord, nous cherchons un compromis. Mais je sens que j’ai le soutien de mon président à 100%, ça m’assure la paix dans mon travail. » Aleksandr Puštov

La confiance, Andrei Leškin l’accorde tout autant à ses joueurs. Obligé de recruter pour progresser, son club mise toujours sur une certaine stabilité. Lorsqu’il recrute les trentenaires Aleksandr Dmitrijev, Vladimir Voskoboinikov ou Dmitri Kruglov, c’est avec des contrats sur plusieurs années. Le capitaine Andrei Kalimullin, 39 ans, vient lui de finir sa cinquième année au club. Une confiance rare dans un football où bien des joueurs de leur âge ne se voient offrir que des contrats d’un an.

Quinze ans après sa fondation, l’école de football du club peut enfin offrir lui aussi ses premiers résultats. Avec là encore une pleine confiance en sa politique de formation. Une nécessité, puisque le règlement oblige les clubs de Premium Liiga à avoir en permanence un joueur formé au club sur le terrain, mais pas une contrainte. Car l’Infonet a des jeunes de qualité avec Vladimir Avilov (défenseur déjà international estonien à 21 ans), Jevgeni Harin (dix buts et six passes décisives pour sa quatrième saison pleine dans l’élite à 21 ans seulement) ou encore Eduard Golovljov, meilleur buteur d’Esiliiga avec 39 buts en 26 matchs disputés avec l’équipe réserve. L’osmose entre jeunes et joueurs expérimentés se passe à merveille. D’autant plus que ceux-ci disposent d’infrastructures en constante amélioration.

Dans sa vision à long terme, le FC Infonet a quitté en 2015 l’annexe de l’A. Le Coq Arena pour de nouvelles installations dans son quartier de Lasnamäe. Un terrain dont l’Infonet est propriétaire, auquel s’ajoutent des terrains d’entraînement, dont certains sont dorénavant couverts, ce qui permettra de meilleures conditions d’entraînement dès cet hiver. Des nouvelles infrastructures qui permettent également d’élargir la cible de supporters potentiels. Autour des employés et parents des enfants de l’école de football, le public est certes faible (220 spectateurs par match en moyenne) mais en augmentation. Avec sa réussite sportive, l’Infonet peut légitimement espérer voir encore sa fan-base grandir. Il dispose pour cela d’un attrait supplémentaire : sa connexion avec la minorité russe. Dans le sillage de Leškin et Puštov, deux citoyens estoniens possesseurs d’un passeport russe, le club peut se faire une place au sein de la communauté russe de Tallinn. Peut-être pas au point de concurrencer le Levadia dans les cœurs, mais on entend bien plus parler russe qu’estonien dans les tribunes de Lasnamäe.

fc-infonet-tairo-lutter

© Tairo Lutter

La convergence de tous ces points fait que le FC Infonet est sacré champion d’Estonie cette année. Un objectif atteint plus rapidement qu’espéré au club, qui voit sa progression croiser les trajectoires descendantes de ses adversaires. Un Flora méconnaissable en première partie de saison, un Levadia trop dépendant de Miranchuk et en manque de profondeur de banc et un Nõmme Kalju incapable de faire la différence lors des gros matchs  n’ont pas eu la saison escomptée. Au point de voir deux d’entre eux, le Flora et le Levadia, changer d’entraîneur en cours de saison. A voir donc comment réagira chacun d’eux face à cette nouvelle concurrence en tête de championnat.

Peu de mouvement dans le ventre mou

Loin derrière les quatre meilleures équipes du championnat, l’écart s’est encore agrandi avec les clubs de milieu de tableau. Accroché à la cinquième place qu’il tenait déjà l’an dernier, le Sillamäe Kalev a nettement baissé de niveau. Précédé de trois points seulement par l’Infonet l’an dernier, il voit ainsi le Flora le précéder cette année de 22 points ! Après un début de saison difficile (deux victoire lors des treize premières journées), Sillamäe a ensuite trouvé son rythme de croisière. Signe néanmoins de l’écart grandissant avec les leaders du championnat, le club n’enregistre qu’une seule victoire contre les équipes de Tallinn (3-2 face au Levadia à la 33e journée).

S’il est parvenu à conserver malgré sa relative baisse de niveau sa cinquième place au championnat, le club de l’est du pays le doit principalement à son serial buteur russe Evgeni Kabaev. Déjà titré meilleur buteur du championnat avec 36 buts en 2014, Kabaev s’est ensuite éloigné de l’Estonie le temps d’un court exil en première division indonésienne. Revenu de cette aventure en demi-teinte, Kabaev s’offre un deuxième titre de meilleur buteur du championnat, avec pas moins de 23 buts marqués en 27 matchs disputés. Au final, le Sillamäe Kalev, passé près de la faillite l’an dernier, tient son rang en championnat et parvient à se hisser jusqu’en finale de Coupe d’Estonie. Un excellent résultat global au vu des difficultés financières persistantes. Des difficultés qui vont encore s’accentuer avec l’annonce d’une nouvelle diminution du soutien de son principal sponsor, le pétrolier Alexela.

jevgueni-kabaev

Evgeny Kabaev dans ses oeuvres © Sergei Stepanov

Cette année, les meilleurs buteurs ne sont pas dans les meilleures équipes. Derrière Kabaev se trouve en effet Vjatseslav Zahovaiko, l’attaquant de Paide Linnameeskond. A 34 ans, le caractériel Zahovaiko continue de porter Paide. Auteur de 17 buts l’an dernier, il porte son total à 19 cette année, ce qui le place à la deuxième position au classement des buteurs, à égalité avec Rauno Sappinen, la jeune perle du Flora. Grâce notamment à cette belle efficacité offensive, Paide a connu une belle progression cette année. Malgré de grosses claques subies contre les meilleures équipes du championnat, à l’image d’un 7-1 encaissé sur le terrain du Levadia, Paide termine très proche de Sillamäe au classement. Le but sera de passer devant l’année prochaine.

Auteur d’une bonne saison l’an dernier, le Trans Narva continue d’alterner bonnes et moins bonnes saisons en Premium Liiga. Ville à l’extrême est du pays, Narva en est l’une des plus russes, avec près de 40% de la population détenant un passeport russe, et non estonien. A l’image de sa ville, le Trans est à un tiers composé de joueurs de nationalité russe. Trois d’entre eux se sont mis en valeur : Dmitry Proshin (14 buts), Dmitri Barkov (11 buts en 17 matchs) et Rizvan Umarov (11 buts et neuf passes décisives). Malgré ces performances individuelles, le club n’a pu faire aussi bien que l’an dernier. La faute à une défense perfectible (68 buts encaissés, soit 22 de plus que l’an dernier), et à un été difficile. En mai et la mi-août, le Trans Narva ne s’est en effet imposé qu’à deux reprises sur treize matchs. Au final, le club a bien peu d’espoir de changement. Sans crainte pour la relégation ni possibilité de rejoindre les meilleurs.

Avec une victoire 3-0 face à Pärnu lors de la dernière journée, le Tammeka Tartu termine à égalité de points avec Narva. Avant-dernier de Premium Liiga l’an dernier, le Tammeka avait dû lutter jusqu’au bout pour son maintien, en s’imposant lors des barrages. Des difficultés qui paraissent bien lointaines. En passant de 25 à 41 points, le Tammeka est, derrière l’Infonet, le club à la plus forte progression cette année. Pire défense du championnat l’an dernier (96 buts encaissés), le Tammeka est rentré dans le rang. Avec 68 buts encaissés, il est quasiment arrivé au niveau de Paide LM et du Trans Narva, qui le devancent au classement. Seule l’attaque pèche encore, avec seulement 43 buts marqués en 36 rencontres.

La saison a paru longue pour le jeune effectif de Tartu. En atteignant le nombre de points de l’an dernier dès la mi-saison, l’équipe a certes assuré tôt son maintien, mais sa seconde partie d’année s’est révélée bien difficile. Avec une affluence en baisse à la suite de l’arrêt de ses principaux supporters, le Tammeka connaît un été terrible, avec sept défaites consécutives, une série seulement coupée par deux victoires face à la lanterne rouge Tarvas. Avec un effectif jeune (22 ans de moyenne d’âge, ce club formateur peut espérer capitaliser sur l’expérience emmagasinée cette année pour progresser encore, et monter au classement l’an prochain, loin de la lutte pour le maintien. Car en plus de sa progression, il peut compter également sur la faiblesse de la concurrence.

Le triste record de Ravkere Tarvas

Neuvième et avant-dernier du classement, Pärnu Linammeskond n’a pas brillé, accumulant neuf points de moins que la saison dernière, année où il était pourtant promu. Malgré l’ouverture de son tout nouveau Rannastaadion, le club de la cité balnéaire, quatrième plus grande ville du pays tout de même, ne doit son salut qu’à la piètre performance du promu de la saison : Rakvere Tarvas. Un promu qui est tout simplement la pire équipe de première division de toute l’Europe.

Incapables de remporter le moindre match en 36 journées, les Aurochs de Tarvas terminent l’année avec trois petits points seulement. Un triste record. Malgré la venue en prêt de plusieurs jeunes joueurs de la réserve du Flora Tallinn pour la saison, mais surtout l’arrivée du gardien international Marko Meerits fin août, Tarvas n’a pas su faire mieux que trois matchs nuls (deux à Narva et un à domicile contre Pärnu). Au total, le Rakvere Tarvas n’a remporté que deux rencontres cette année, en Coupe d’Estonie, face à des équipes de divisions inférieures. La marche était bien trop haute pour cette équipe semi-professionnelle de milieu de tableau en Esiliiga, qui n’avait dû sa promotion qu’au fait de n’avoir été devancée que par les réserves des grandes équipes de la capitale l’an dernier.

rakvere-tarvas

© Liisi Troska

Et l’année prochaine ?

Si tôt après la fin de saison, rien n’est encore officiel au niveau des transferts, mais certaines pistes sont à suivre. Toujours dans sa recherche de stabilité, le FCI Tallinn, tel qu’il dorénavant appeler l’Infonet, n’a pour le moment annoncé aucun mouvement au sein de son effectif. Ce qui n’est pas forcément le cas de ses principaux adversaires.

Vice-champion, le Levadia joue lui aussi la carte de la stabilité. Arrivé à mi-saison, au mois de juillet, à la tête de l’équipe, Igor Prins a vu son club confirmer qu’il serait toujours son entraîneur en 2017. C’est donc à lui que reviendra la lourde tâche de trouver un remplaçant à Anton Miranchuk. Prêté par le Lokomotiv Moscou, le jeune milieu de terrain russe ne reste pas en Estonie. Après une saison de toute beauté, l’un des meilleurs joueurs de Premium Liiga retourne au pays. Sans perdre de temps, le Levadia a activé une première piste. Si rien n’est encore officiel, des sources proches du club indiquent qu’Evgeni Kabaev pourrait faire son arrivée. Avec ses fortes difficultés financières, nul doute que SIllamäe Kalev n’aura pas les moyens de conserver le meilleur buteur du championnat. Il ne serait donc pas surprenant de voir ce dernier arriver dans l’un des meilleurs clubs du pays.

Du côté du Nõmme Kalju, quelques départs sont déjà annoncés. Une page se tourne dans la banlieue de Tallinn, puisque, outre l’attaquant italien Damiano Quintieri, ce sont deux piliers du club qui vont disparaître de l’effectif. Arrivés en 2011 en Estonie, Jorge Rodrigues et Hidetoshi Wakui ont tout connu avec Kalju, et notamment le titre de 2012. A 34 ans, le défenseur portugais a décidé de raccrocher les crampons, et devrait vraisemblablement intégrer le staff du club. Plus jeune d’une année, le Japonais Wakui va poursuivre sa carrière et son tour du monde, lui qui a déjà joué au Brésil, à Singapour, en Slovénie, en Autriche, en République Tchèque et en Biélorussie. Véritable star du club, Wakui a connu une année difficile. Moins tranchant et plus sujet aux blessures, il n’a ainsi disputé qu’une quinzaine de matchs de championnat, sans parvenir à être aussi décisif que par le passé. Oui, c’est la fin de toute une époque avec le départ de ces deux hommes.

rodrigues-nomme

Jorge Rodrigues: « Nõmme est ma maison »

Relégué à une quatrième place inimaginable en début de saison, le Flora Tallinn délaisse lui la stabilité qui avait fait son succès l’an dernier pour un grand nettoyage hivernal. Le club a ainsi annoncé le départ de plusieurs joueurs dès le lendemain de la dernière journée de championnat. Auteur de 14 buts en 25 matchs, le Finlandais Sakari Tukiainen rentre au pays. Le grand attaquant (1,90m) a signé au RoPS, où retrouvera Albert Prosa, qui avait résilié son contrat avec le Flora pour rejoindra Rovaniemi à la toute dernière journée du mercato d’été. Dans la foulée, deux autres joueurs ont quitté le club après l’expiration de leur contrat. Andre Frolov et Markus Jürgenson, deux des plus anciens membres de l’équipe, n’ont reçu aucune offre de nouveau contrat. Une décision pris dans l’optique de favoriser, encore et toujours, la formation et offrir du temps de jeu aux jeunes joueurs de l’effectif. Agé de 29 ans, Frolov voit ainsi se terminer une aventure de onze années avec le club.

Deux départs bien plus importants se préparent. Tout d’abord celui de Rauno Sappinen, le joyau, le maître à jouer (et à marquer) du Flora. Pur produit du club, Sappi a connu une ascension fulgurante, au point d’être considéré comme l’un des tous meilleurs joueurs du championnat et de compter dix sélections en équipe nationale à 20 ans seulement. Alors qu’il ne lui reste plus qu’une année de contrat, Sappinen a été autorisé à partir pour la Suède, où il est mis à l’essai par l’IFK Norrköping. Un club où joue notamment le gardien Andreas Vaikla, un de ses anciens coéquipiers en sélection espoirs.

sappinen-rauno

Sappinen, la légende © pilguheit.ee

L’autre départ est important est celui d’Argo Arbeiter. Arrivé en milieu de saison, le successeur de Norbert Hurt a réussi à redresser l’équipe de manière extraordinaire, mais a échoué de peu dans la conquête d’un nouveau titre. Malgré un bilan flatteur de 13 victoires pour trois nuls et deux défaites pour sa toute première expérience en Premium Liiga, Arbeiter ne sera donc pas l’entraîneur du Flora Tallinn l’an prochain. « Je dois admettre que ce fut une décision complexe à prendre, a déclaré Pelle Pohlak, qui a succédé cette année à son père Aivar à la présidence du club. Argo nous a offert des émotions inoubliables. Notre attaque a été efficace et attrayante, et nous avons marqué beaucoup de buts. Malheureusement, nous en avons également trop encaissé et nous ne terminons la saison qu’à la quatrième place. Nous avions parlé de ce danger avec Argo au début de notre collaboration. » Un Argo Arbeiter pas rancunier : « Comme je l’ai déjà dit, je suis extrêmement reconnaissant envers le Flora, qui m’a donné l’occasion de travailler dans le staff du club, et j’ai vraiment apprécié ce moment. Malheureusement, nous avons été frappés par un échec à la fin de la saison. Je comprends que le niveau du club ne peut pas se permettre de telles choses. Un grand merci à tous les entraîneurs adjoints et à tout le staff du club. Ce fut le meilleur moment de ma carrière d’entraîneur! » Si l’on sait déjà qu’il aura un nouveau poste au sein du club, son successeur à la tête du Flora n’est pas encore connu.

Derrière ce quatuor de tête, les clubs de milieu de tableau n’ont pas encore bougé sur le marché des transferts. En raison de moyens limités, la priorité sera de parvenir à conserver les meilleurs éléments et de compléter au mieux les effectifs avec de jeunes joueurs venus en prêt des équipes réserves des meilleurs clubs. En fin de classement, la lutte pour le maintien devrait se jouer de nouveau entre deux clubs. Relégué l’an dernier, le Viljandi Tulevik a survolé l’Esiliiga cette année, terminant largement en tête du classement devant les réserves du Flora et de l’Infonet, qui sont relégués à plus de vingt points. De retour dans l’élite, il devrait être à la lutte avec Pärnu, qui a quasiment sauvé sa peau en Premium Liiga. En barrages, Pärnu s’est en effet facilement imposé 5-1 sur le terrain de Maardu Linnameeskond. Promu en Esiliiga, ce dernier a réalisé une brillante saison, terminant quatrième derrière les réserves du Flora et de l’Infonet, mais devant celle du Levadia. Encore amateur, le club n’a néanmoins pas fait le poids face à une équipe de Premium Liiga, et a bien peu de chances de renverser la vapeur lors du match retour. Une nouvelle preuve, si cela était nécessaire après la saison de Rakvere Tarvas, du fossé qui sépare les deux premières divisions en Estonie.

Pierre-Julien Pera

2016 : un an de football en Estonie
5 (100%) 3 votes

A propos de l'auteur

Pierre-Julien Pera

Pierre-Julien Pera

Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

pays de l'auteur footballski
pays de l'auteur footballski

1 commentaire

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
#85 Les images de la semaine

Croatie: NK Krasic - NK Jaska reporté Il est vrai qu'en Croatie, on joue au football, peu importe l'état du...

Fermer