#2 La préparation de la Sbornaïa : Retour sur Russie vs. Corée du Sud

Philippe Ray - Publié le 10 octobre 2017

Footballski vous propose de suivre à travers de nouvelles chroniques « La Russie prépare son Mondial », la série préparatif de la Sbornaya ! Pour ce deuxième épisode, retour sur le match amical disputé contre la Corée du Sud.


Depuis la semaine dernière, Footballski s’est lancé dans une série visant à suivre la préparation du pays hôte en vue de la très attendue Coupe du Monde 2018 ! Le premier épisode concernait l’avant-match de la première rencontre préparatoire de la sélection russe en cette saison 2017-2018 qui s’achèvera avec la compétition reine. Fini le problème des matchs amicaux, désormais la Russie bénéficie de la libération des calendriers des premières équipes qualifiées (les préliminaires de la zone AFC ont terminé fin août) et ne devrait plus rencontrer de difficulté pour organiser des rencontres préparatoires. Le deuxième épisode sera dédié à l’après-match de cette première rencontre disputée à Moscou qui s’est conclue par une nette victoire de la Russie face à la Corée du Sud (4-2).


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Approche tactique

XI Russie (3-5-2) : Akinfeev – Dzhikiya, Vasin, Kudryashov – Samedov, Kuzyaev, Erokhin, An. Miranchuk, Zhirkov – Kokorin, Smolov

XI Corée du Sud (3-4-3) : Kim Seung-gyu – Kim Ju-young, Jang Hyun-soo, Kwon Kyung-won – Lee Chung-yong, Jang Woo-young, Koo Ja-cheol, Kim Young-gwon – Kwon Chang-hoon, Hwang Ui-jo, Son Heung-min

Les sélectionneurs Cherchesov et Shin Tae-yong ont aligné des équipes remaniées qui misaient plutôt sur l’offensif. Du côté de la Russie, par rapport à la défense prédite avec Fernandes, Dzhikiya, Vasin et Kudryashov, seuls ces trois derniers étaient alignés en défense. Si Dzhikiya et Vasin s’avéraient plutôt convaincant en clubs, nous étions plus réservés sur Kudryashov et notamment sur ses relances alors que la qualité dans ce domaine de la défense s’annonçait très importante. Golovin et Dzagoev, deux valeurs sûres, n’étaient pas alignés et remplacés par Samedov (qui aura donc joué les trois matchs de la Russie face à la Corée du Sud) et Kuzyaev, ce dernier restant sur de bonnes prestations en club. Quant à Rausch, Cherchesov avait pris le parti de ne pas l’aligner immédiatement. Dans le secteur offensif, nous avions en revanche parfaitement anticipé l’attaque à deux avec Smolov, double meilleur buteur de RPL en titre, et Kokorin, ressuscité-miracle du Zenit Saint-Pétersbourg version Mancini. On pouvait attendre d’une telle disposition qu’elle contrecarre le jeu de passes courtes de la Corée du Sud, très pratiqué par les Guerriers Taeguk et qu’elle les force à chercher un jeu long, domaine où elle est particulièrement maladroite. Un choix pas absurde, mais qui laissait le regret de ne pas réellement exploiter les couloirs.

Car, en effet, les Sud-Coréens se présentant sans leurs joueurs de K-League, cet espace était laissé dangereusement vide pour ce match, notamment en défense où la Corée du Sud, certes très solide en 2015 et pendant la Coupe d’Asie, a brillé par ses erreurs grossières à répétition depuis 2016 (il est vrai que les Asiatiques ne sont pas aidés par l’absence de gardien capable de miracles qui pourrait tout changer en leur faveur). Shin Tae-yong avait prévenu en conférence de presse qu’il voulait que sa Corée du Sud joue offensif. Il a opté pour un 3-4-3 qui avait déjà été expérimenté et introduit par son prédécesseur Uli Stielike (pour un résultat très peu convaincant) avec une tactique jouant sur les percées par les ailes. Il ne fallait pas s’attendre à ce que le danger soit réellement apporté dans l’axe, car l’ancien de Seongnam Hwang Ui-jo (aligné en pointe en l’absence des titulaires habituels) est très loin de son niveau de 2015 ce qui garantissait quasiment à la défense centrale russe de ne pas commencer par un challenge trop rude. Par conséquent, on pouvait s’attendre à ce que la menace vienne des côtés, notamment avec Son Heung-min (Tottenham) et Kwon Chang-hoon (Dijon) qui pouvaient partir du milieu central pour déborder sur les couloirs. En l’absence d’arrières-latéraux, Shin Tae-yong a pris des partis surprenants comme celui d’aligner le défenseur central Kim Young-gwon en milieu gauche.

C’était donc un affrontement d’équipes remaniées configurées pour se créer les meilleures occasions par des débordements sur les côtés.

Résumé de la rencontre

La rencontre entre la Russie et la Corée du Sud a donné lieu à un match riche en actions et en buts, mais tout le monde s’accordera à dire que l’ensemble des deux équipes n’a pas fait une bonne publicité de leur niveau respectif. Entre bourdes défensives, stratégies moyennes, passes ratées, buts contre son camp et tirs lointains, les deux nations ont montré de nombreuses failles ce samedi qu’il va être assez difficile de résumer correctement.

Stratégiquement, la première mi-temps fut plutôt faible. Le 3-5-2 de la Russie n’eut que très modérément l’effet escompté. S’il est vrai que la Corée du Sud a été gênée plusieurs fois et a dû faire appel au jeu long dans lequel elle n’est pas du tout à l’aise, elle n’a à aucun moment (du moins, en première mi-temps) donnée l’impression d’être étouffée. Au contraire, la Russie a dû subir une nette domination sud-coréenne pendant toute la première mi-temps, mais le trop faible nombre de raids latéraux menés par les Guerriers Taeguk avec une composition pourtant adaptée pour ça a contraint les Sud-Coréens à tirer souvent de loin et, généralement, dans l’axe ce qui n’a donné que des demi-occasions, des corners sans suite ou des tirs lointains. La Corée du Sud arrivait tout de même à se procurer quelques coups francs, mais qui terminaient soit dans les gants d’Akinfeev, soit en dehors du cadre. Les Asiatiques ont particulièrement cru pouvoir ouvrir le score sur une tête de Hwang Ui-jo à bout portant détournée par Vasin, sur deux coup-francs très bien placés de Son Heung-min et de Kwon Chang-hoon et sur un enchaînement du joueur de Dijon avec la star de Tottenham et Hwang Ui-jo qui exploitait un mauvais alignement du trio Dzhikiya – Vasin – Kudryashov et qui frôlait le poteau d’Akinfeev. La meilleure occasion coréenne de la première période était une frappe de Son Heung-min dans un angle fermé qui forçait Akinfeïev à une détente sur le côté. Au milieu de la période dominée par la Corée, la Russie a bénéficié tout de même d’un gros temps fort à l’approche de la demi-heure de jeu, chose qui s’était souvent produite à la Coupe des Confédérations. Kokorin se procurait deux belles actions. La première allait juste à côté du poteau, la deuxième était satellisée autour de Jupiter alors que le revenant était servi dans une position idéale pour marquer par Smolov qui avait repris le ballon à un défenseur ! Juste après un nouveau temps fort de la Corée du Sud, marqué par des tirs de Koo Ja-cheol, de Kwon Chang-hoon et de Son Heung-min, la Russie se procurait un corner. Celui-ci était parfaitement tiré de sorte que Smolov puisse se distinguer, se démarquer et expédier le ballon de la tête dans les filets juste avant la mi-temps (1-0, 44′). Une issue heureuse pour une première période loin d’être maîtrisée.

À la faveur d’un score désormais plus favorable, la Russie abordait la seconde période dans de bien meilleures conditions que la première face à une opposition dominatrice, mais qui enchaînait plusieurs graves erreurs défensives. Alors que la Corée du Sud poussait pour égaliser et ne passait pas loin de le faire sur un tir de Koo Ja-cheol dévié par Samedov tout près de tromper Akinfeev à contre-pied, les visiteurs se sabordaient d’eux-mêmes sur deux contre son camp (par le même joueur) en deux minutes (2-0, 55′). De façon assez heureuse, la Russie se retrouvait avec un avantage très solide de trois buts d’écarts en marquant sur corner puis sur un série de passes rapides, deux actions sur lesquelles le défenseur Kim Ju-young se trouait pour le plus grand bonheur des spectateurs (3-0, 57′). C’est à ce moment que la Russie a eu la partie du match la mieux maîtrisée, prenant beaucoup de ballons aux Sud-Coréens (peut-être un peu assommés psychologiquement par le scénario). Cela n’a pas empêché l’équipe d’Asie de retourner à l’attaque dans les dix dernières minutes. Akinfeev empêchait superbement la Corée de réduire le score sur de belles feintes de Kwon Chang-hoon (meilleure occasion sud-coréenne non convertie du match). La Russie poursuivait la leçon de réalisme en cueillant à nouveau une défense visiteuse incroyablement passive et endormie. Deux passes simples entre Aleksei Miranchuk (ne pas confondre avec Anton Miranchuk !) et Zabolotny égaraient complètement la ligne défensive coréenne de sorte que Zabolotny se retrouvait tout seul face à Kim Seung-gyu. Le joueur de Tosno se faisait contrer son tir par le gardien, mais Miranchuk reprenait tout de suite en profitant de lenteur toujours aussi invraisemblable de Kim Ju-young (4-0, 83′). Incroyable, mais vrai ! La Russie mène de quatre unités en étant dominée et en ne proposant que très peu de jeu (et surtout rien qui serait cohérent contre un adversaire adroit !) ! Dans les dernières minutes, la Corée du Sud réduisait le score de deux longueurs. Tarasov ne s’élevait pas suffisamment haut pour contenir Kwon Kyung-won qui marquait de la tête (4-1, 87′). Plus tard, Vasin était pris de vitesse par Ji Dong-won qui gagnait son face-à-face avec Akinfeev (4-2, 90+3′). Ainsi s’achevait un match sur lequel on pourrait disserter longtemps.

Enseignements et perspectives

Une victoire est une victoire. Elle fait du bien au moral, elle se savoure, elle rassure et elle peut installer une dynamique positive. C’est donc en soi quelque chose de positif. Mais d’autres critères entrent en compte lorsqu’il s’agit d’un match amical et encore plus un match de préparation du pays hôte de la prochaine grande compétition puisqu’il s’agit des seules rencontres disputées par l’équipe nationale. C’est particulièrement dans ce type de contexte qu’il apparaît important de distinguer une vraie victoire prometteuse d’une victoire-leurre. Et c’est bien dans cette deuxième catégorie que doit rentrer ce match de la Russie contre la Corée du Sud.

Sur la majeure partie de la rencontre, la Russie a été dominée et a concédé beaucoup d’occasions à une formation privée de nombreux éléments. Elle s’est imposée avec deux longueurs d’avance quand deux buts inscrits sont des contre son camp qu’une équipe plus adroite ne mettrait pas. Le système en 3-5-2 devait soulager la défense en récupérant des ballons et en empêchant la Corée du Sud de trop sortir de son terrain, mais le système, pas ridicule tactiquement, a échoué à contenir l’adversaire à apporter le surnombre dans sa surface, les temps forts russes ayant été très limités.

L’autre point soulevé par le sélectionneur Cherchesov concerne les buts encaissés en fin de match. Ce syndrome s’était déjà observé par le passé plusieurs fois et plus particulièrement sous l’ère de Fabio Capello aux éliminatoires de la Coupe du Monde 2014. Les Russes devront travailler à bien gérer un match jusqu’au bout.

On peut relever que Mario Fernandes (CSKA), Konstantin Rausch (Cologne), Daler Kuzyaev (Zenit), Anton Miranchuk (Lokomotiv) et Zabolotny (Tosno) ont joué pour la première fois sous les couleurs de la Russie.

Stratégiquement, beaucoup de choses sont donc à revoir, notamment dès la semaine prochaine contre une équipe bien plus mature défensivement et qui possède beaucoup d’atouts offensifs : l’Iran.

Philippe Ray


Image à la une : © Alexey Filippov/Sputnik via AFP Photos

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