Des performances à l’organisation, retour sur le parcours russe à la Coupe des Confédérations 2017

Philippe Ray - Publié le 11 juillet 2017

La Coupe des Confédérations 2017 a son vainqueur, l’Allemagne. Les champions du monde ont battu les Chiliens 1-0 grâce à un but de Lars Stindl. Les Allemands sont venus avec une équipe B (disons plutôt A’), composée de jeunes prenant de la bouteille durant cette compétition.

On pourrait épiloguer longtemps sur l’Allemagne, mais ce qui nous intéresse par-dessus tout chez Footballski, c’est ce qui se passe de l’autre côté du mur… En l’occurrence, l’équipe qui représentait les espoirs du peuple Footballski, c’est la Russie. Organisatrice en chef de la compétition, la Russie a, durant un mois, passé son examen blanc, autant en tant que pays organisateur qu’en tant que sélection nationale. A-t-elle sur tous les points de vue répondu aux attentes ? La présente chronique ira du plus évident au moins évident : des performances de la sélection nationale à tout ce qui est relatif à l’organisation.

Attentes et objectifs autour de la Sbornaya

Difficile d’établir un bilan de l’équipe nationale sans passer par un bref rappel des attentes qui étaient en elle avant le début de la compétition. Pour beaucoup d’entre nous, comme pour beaucoup d’observateurs, la Russie n’était pas favorite de son groupe qui comprenait les champions d’Amérique du Nord 2015 et d’Europe 2016 – le Mexique et le Portugal – deux sélections pleines d’individualités bien qu’inférieures aux dits « grands ténors » que peuvent être l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil et bien d’autres. La Nouvelle-Zélande, championne d’Océanie 2016, complétait le groupe en tant que petit poucet ayant été capable de titiller plusieurs bonnes équipes.

Malgré son statut d’outsider du groupe, il était attendu que la Russie montre un tout autre visage que celui de l’humiliant Euro 2016 sur lequel il est inutile de revenir, d’autant plus que cette édition 2017 de la Coupe des Confédérations s’annonçait exceptionnellement homogène, entre une Allemagne n’ayant pas envoyé son équipe type et l’absence des autres sélections de premier plan. On était à ce titre bien loin de l’édition 2013, particulièrement déséquilibrée entre le Brésil, l’Espagne et l’Italie d’un côté, le Japon et surtout le novice Tahiti de l’autre, l’Uruguay, le Mexique et le Nigeria en intermédiaire.

La Russie pouvait-elle profiter de ce fait ? Les matchs amicaux, très inégaux, s’étaient avérés peu convaincants jusqu’en mars. Une belle victoire contre le Ghana (1-0), une défaite pleine de promesses contre le Costa Rica (3-4), des nuls moyens contre la Turquie (0-0) et la Belgique (3-3), des revers inquiétants contre la Côte d’Ivoire (0-2) et surtout le Qatar (1-2) et une victoire peu convaincante arrachée contre la Roumanie (1-0). Toutefois, les deux derniers matchs de préparation d’une Russie exsangue (privée de Dzagoev, Zobnin et Dzyuba pour les plus graves), mais combattive comme rarement contre la Hongrie (3-0), certes en péril, et contre le Chili (1-1), avaient donné beaucoup d’espoirs sans modifier les pronostics.

Déroulement de la phase de poule russe

La Russie ouvrait la compétition contre la Nouvelle-Zélande le 14 juin au Krestovsky Stadion pour son seul match où elle partait favorite. Logiquement, la Russie s’imposait sur un score généreux (2-0, buts de Boxhall contre son camp et de Smolov). Dans les points positifs figurait l’allant offensif, inexistant un an plus tôt, et une possession étouffante pour l’adversaire, déjà limité sur le papier, qui a semblé totalement impuissant. Le principal point négatif était les nombreuses erreurs individuelles, traduction d’un manque de réalisme offensif.

Au deuxième match, la Russie affrontait le Portugal, une nation avec qui les relations footballistiques sont très fortes. La Sbornaya encaissait un but dès le début de match, payant une entame ratée et une composition déséquilibrée de Cherchesov, notamment sur l’aile gauche où Kudryashov (en difficulté), Shishkin (inexistant) et Kombarov (trop prudent) ont semblé hors du match. Malgré une deuxième mi-temps de bien meilleure qualité, avec un gros temps fort autour de l’heure de jeu, la Russie butait sur les mêmes problèmes de réalisme offensif que contre la Nouvelle-Zélande, n’égalisait pas et concédait la défaite (0-1).

La dernière rencontre était un « quart de finale » contre le Mexique. Alors qu’un match nul suffisait aux Mexicains pour se qualifier, la Russie devait l’emporter pour pouvoir affronter l’Allemagne au tour suivant. En 2014 et en 2016, elle avait échoué dans la même configuration. Rebelote en 2017 malgré l’ouverture du score russe et une certaine animation offensive en première mi-temps. Le gardien Akinfeev a toujours été considéré comme une valeur sûre, non sans avoir commis quelques erreurs dans des moments cruciaux, la plus marquante ayant été celle contre la Corée du Sud à la Coupe du Monde 2014. C’est une nouvelle erreur de sa part qui offrait le but de la victoire mexicaine synonyme d’élimination russe (1-2). Les choix de Cherchesov d’aligner Bukharov en attaque à la place de Poloz, de sortir Smolov et de ne pas faire jouer Miranchuk ont également fait couler beaucoup d’encre.

Bilan pour la Sbornaya

La Russie n’est donc pas parvenue à déjouer les pronostics malgré les promesses de la préparation. C’est donc une élimination supplémentaire au premier tour qui s’ajoute à l’interminable liste. La question est désormais de savoir ce que signifie ce résultat. Car, au-delà de la déception, la prestation reste, pour beaucoup de monde, porteuse d’espoirs en vue de la Coupe du Monde 2018 organisée l’année prochaine pour une sélection qui a en effet dû faire face à un renouvellement massif en 1 an après l’humiliation française.

Malgré plusieurs erreurs pendant la compétition, Cherchesov a insisté sur l’intégration de nouveaux joueurs et a su introduire un bien meilleur état d’esprit qu’à l’Euro, aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Ses erreurs n’en demeurent pas plus oubliées et risquent de susciter un certain scepticisme chez plusieurs fans pour la suite.

Mais les erreurs de premier plan ayant entraîné la sortie de route de la Russie sont des erreurs d’ordre individuel. Celle d’Igor Akinfeev qui a cassé la dynamique russe selon certains a soulevé des questions autour des alternatives possibles. Les seconds choix récemment appelés par Cherchesov que sont les portiers du FK Rostov, Soslan Dzhanaev, et du FK Krasnodar, Stanislav Kritsyuk, sont restés éloignés des terrains pour des raisons diverses pendant la deuxième partie de la saison, mais cela pourrait changer pour l’année à venir. Yuri Lodygin est discrédité au Zenit Saint-Pétersbourg. Les solutions de rechange seraient plutôt autour de joueurs plus jeunes comme Andrey Lunyov, prodige récent du FK Ufa passé au Zenit, ou Anton Mitryushkin, l’homme qui a permis à la Russie de remporter l’Euro U17 en 2013 et qui a participé à l’épopée russe de l’Euro U19 en 2015.

L’un des plus gros points mis en lumière par la compétition est le manque absolu de régularité de la Sbornaya au sein du même match. D’un moment à l’autre, l’équipe n’a plus semblé être la même. Des gros temps forts contre le Portugal et le Mexique pouvaient être suivis de creux insipides ou inversement. La Russie sera restée inactive une mi-temps entière contre le Portugal avant d’accélérer et n’aura pas su maintenir la belle physionomie de jeu des 25 premières minutes contre le Mexique. Et il ne suffit pas d’avoir des temps forts pour marquer. Les Russes auront en effet beaucoup souffert de leur manque de justesse technique, les empêchant d’aller jusqu’au bout de leurs actions. Ils n’auront battu seulement 2-0 la Nouvelle-Zélande, quand le score avait moyen d’être quatre fois plus élevé.

© Kremlin.ru

Arbitrage-vidéo

La Coupe des confédérations 2017 a été la deuxième expérimentation de l’arbitrage vidéo dans l’année en football international officiel après la Coupe du Monde U20 jouée en Corée du Sud. Comme à la Coupe du Monde des jeunes, le VAR, comme on l’appelle, a été au centre de vifs débats pendant la compétition. Le but de cette mesure était de mettre moins de pression sur les arbitres et de raréfier les erreurs arbitrales, sources d’importantes polémiques footballistiques. Trois arbitres étaient donc placés devant un écran et étaient en mesure d’intervenir auprès de l’arbitre du match.

Les résultats ont été très loin de convaincre : pour beaucoup, l’arbitrage vidéo a été un insupportable tueur d’émotion mal utilisé qui a échoué à remplir son objectif de supprimer les erreurs d’arbitrage. L’une des plus grosses craintes causées par l’arbitrage vidéo concernait les cas d’actions limites voire « ininterprétables ». La Russie aurait éventuellement pu bénéficier de trois penalties contre la Nouvelle-Zélande et le Mexique pour des chutes douteuses de Poloz, Zhirkov et Smolov.  L’arbitre a laissé jouer pour les deux premiers et tardivement fait appel au VAR pour le troisième pour un refus final tout aussi douteux après un stress insoutenable. Le hors-jeu très léger du Chili contre le Cameroun peut être posé sur la même ligne.

L’arbitrage vidéo n’a sans doute pas dû se faire des amis auprès des supporters portugais lors de la rencontre initiale face au Mexique. Après un but invalidé (à juste titre, mais très tardivement), le second but a été remis en doute sans raison apparente, causant un véritable froid au milieu des célébrations.

Se pourrait-il que les arbitres manquent de concentration en sachant qu’ils disposent d’un dernier recours ? C’est une question intéressante qui peut venir à l’esprit en observant le plus gros couac de la compétition : trois minutes d’interruption lors d’Allemagne – Cameroun lorsque Siani est sanctionné d’un jaune pour une faute de son coéquipier Mabouka. Après utilisation du VAR, l’arbitre sanctionne Siani d’un rouge. Il faut une troisième vérification pour que le rouge soit attribué au bon joueur.

Ces cas rappellent ou mettent en lumière :

  • qu’arbitrer est plus une nécessité d’interpréter et de trancher pour que le jeu se poursuive que le fait de faire justice.
  • que les indéterminations de notre monde ne peuvent pas toutes être vaincues de façon absolue par la science (dans le sens d’une infinité de règles).
  • que le VAR ne va atténuer ni les accusations de favoritisme ni le sentiment d’injustice.

L’heure est venue pour l’arbitrage vidéo d’adoucir les polémiques. Le président de la FIFA et bien d’autres membres y étant favorables, sa suppression paraît très hautement improbable, mais si une chose est sûre, c’est que l’arbitrage vidéo a devant lui une montagne à gravir pour se faire accepter de tous !

Organisation/infrastructures

La compétition s’est déroulée sur 4 villes :

  • Moscou avec le stade Spartak (Otkrytie Arena), stade du Spartak Moscou
  • Saint-Pétersbourg avec le stade Krestovsky, nouveau stade du Zenit Saint-Pétersbourg
  • Kazan avec la Kazan Arena, stade du Rubin Kazan
  • Sotchi avec le Stade Olympique Ficht, construit pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2014.

Ces quatre stades font partie des 12 devant réceptionner les matchs de la Coupe du Monde. 2 d’entre eux (la Spartak Arena et la Kazan Arena) furent déjà utilisés par leur club respectif et le stade Ficht a connu déjà organisé des matchs, notamment la finale de la Coupe de Russie cette année.

© Kremlin.ru

Les attentes concernaient surtout le stade flambant neuf de Saint-Pétersbourg. Aux allures de soucoupe volante, le stade Krestovsky impose par sa taille. Dotée d’une capacité de 68000 places, l’enceinte officielle du Zenit est déjà mondialement connue pour son coût pharaonique, faisant de lui le stade le plus cher au monde. Tel un symbole de tout ce qu’il ne faut pas faire, sa construction aura duré 9 ans, mélangeant affaires de corruption, énormes retards, changements de constructeur et augmentation constante du budget. Et dès lors qu’il fut terminé, les médias n’ont pas hésité à souligner les moindres couacs (fuites d’eau, défauts de construction…) en publiant des photos sur les réseaux sociaux.

Le dernier problème, et non des moindres, fut la non-viabilité de la pelouse qui ne respectait pas les normes imposées par la FIFA et qui dut être refaite en entier. Malgré cela, au regard des réactions, les 4 stades ont globalement impressionné. De bon augure pour les stades encore en construction. C’est plutôt à l’extérieur que le problème réside. Les embouteillages et les travaux dans les villes, notamment Moscou, ont été les principaux points négatifs qu’il sera difficile de résorber avant 2018. Le Sélectionneur du Cameroun, Hugo Broos, n’a pas caché son mécontentement à ce sujet : « Je me suis énervé deux fois déjà. On est arrivé une heure en retard à Moscou (avant le match contre le Chili, ndlr), et on s’est donc entraînés avec une heure de retard à cause du trafic. Et mardi, le bus est arrivé avec quarante-cinq minutes de retard à l’hôtel, et après on est restés dans les embouteillages à Saint-Petersbourg ».

La seule solution pouvant répondre au problème sera, comme c’est le cas depuis toujours avec les transports des officiels, de bloquer les routes aux automobilistes afin de laisser passer les bus des sélections.

Sécurité

Outre les infrastructures, le sujet d’inquiétude concernait la sécurité. Ce sujet semble freiner de nombreux étrangers désirant venir en Russie pour la Coupe du Monde. Au cours de la Coupe des Confédérations, aucun incident n’a été recensé et, au regard des supporters mexicains et chiliens venus nombreux, le souci de la sécurité ne devrait pas en être un. Tout simplement parce que les autorités russes vont mettre le paquet sur ce thème avec de nombreux contrôles avant d’entrer dans le stade et une quantité impressionnante de policiers. Cette surprotection va obliger les supporters à s’armer de patience et à prévoir de venir en avance.

Suite aux débordements occasionnés par les Russes lors de la Coupe d’Europe en France à Marseille, le problème du hooliganisme est pris au sérieux, à tel point qu’Alexandre Shprygin, président de l’association des supporters russes, qui a fait parler de lui en France, n’a pu voir un match, les autorités lui ayant confisqué son “passeport de supporter”, document sans lequel personne ne pouvait assister à un match de la Coupe des Confédérations.

Philippe Ray


Image à la une : © Alexander Vilf/Sputnik via AFP Photos

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