L’URSS et la Coupe du monde #7 : 1986, l’énième déception

Viktor Lukovic - Publié le 7 mars 2018

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques aux différentes Coupes du Monde. Aujourd’hui : le septième épisode de l’histoire de l’URSS avec la Coupe du Monde et l’édition 1986, organisée au Mexique.


Lire l’épisode précédent : L’URSS et la Coupe du monde #6 : 1982, la sortie du désert


Le Mondial espagnol a laissé un goût très amer à la sélection soviétique, éliminée par la Pologne sans avoir perdu une rencontre. Ajoutez à cela une élimination par le Portugal avant même d’arriver à l’Euro 84 et le légendaire entraîneur Valeri Lobanovski est écarté du banc soviétique. Il est remplacé par Eduard Malofeev pour aborder les éliminatoires du Mondial 86 qu’il ne s’agira pas cette fois-ci de manquer. Cette édition était initialement confiée à la Colombie, mais Bogota déclare forfait pour raison financières et le Mexique obtient l’opportunité d’organiser pour la seconde fois la Coupe du Monde après l’édition de 1970.

Qualifications

Qui dit nouveau coach dit nouvelle méthode. Plutôt que d’opter pour l’ossature d’un club comme le faisait son prédécesseur, Eduard Malofeev, champion d’URSS avec le Dinamo Minsk en 1982, opte pour une solution plus classique en sélectionnant les meilleurs joueurs du championnat soviétique, peu importe leur maillot : Litovchenko et Protasov du Dniepr, Chivadze du Dinamo Tbilissi, Gotsmanov et Aleinikov du Dinamo Minsk accompagnés d’un gros contingent de joueurs du Spartak Moscou et du Dynamo Kiev, les deux clubs au sommet du championnat soviétique.

Le groupe 6 des qualifications de la zone européenne offre pour adversaires le Danemark, la Suisse, l’Irlande et la Norvège. L’URSS chute d’entrée en Irlande (1-0), obtient un nul en Norvège (1-1) puis en Suisse (2-2), un début de parcours extrêmement décevant et il faut attendre la visite de la Suisse pour enregistrer une première victoire convaincante (4-0). Les Soviétiques rechutent au Danemark (4-2) et se trouvent dans une situation très compliquée : il faudra remporter les trois derniers matches pour se qualifier mais avec l’avantage de jouer à domicile à chaque fois. Et ils y arrivent, Danemark (1-0), Irlande (2-0) et Norvège (1-0) repartent tous les trois vaincus, permettant aux hommes de Malofeev de terminer seconds derrière le Danemark qui aura fortement impressionné durant cette phase qualificative.

Cette qualification poussive est suivie d’une série de matches amicaux catastrophiques : l’Espagne, le Mexique, l’Angleterre et la Roumanie dominent tour à tour l’URSS. L’inquiétude est donc grande à Moscou. Pendant ce temps, le Dynamo Kiev de Lobanovski remporte de façon éclatante la Coupe des Coupes contre l’Atletico Madrid (3-0). Plus de doutes à Moscou, exit Malofeev, le sauveur sera le coach à succès de Kiev, adepte du football total, basé sur un jeu physique et une discipline de fer où l’individualité doit s’effacer au profit du collectif.

Cette nomination intervient à un mois du début de la grande messe mexicaine et la révolution tentée par Malofeev est balayée. Ce sera un Dynamo Kiev renforcé par le gardien Rinat Dasaev (Spartak Moscou), Sergei Aleinikov (Dinamo Minsk) et Oleg Protasov du Dniepr qui affiche des statistiques affolantes en championnat (35 buts en 34 matchs) et annoncé comme une énorme star en devenir puisqu’il n’a alors que 22 ans. Même si un triste 0-0 contre la Finlande ne vient pas rassurer, cette équipe est impressionnante sur le papier et la démonstration du Dynamo Kiev encore dans tous les esprits…

Mexico 86

Le tirage au sort a réservé à l’URSS une place dans le groupe C en compagnie de la France, la Hongrie et du Canada. Le 2 juin 1986, l’Estadio Sergio Leon Chavez d’Irapuato accueille le match entre Soviétiques et Hongrois qui tourne au massacre pour les Magyars. Yakovenko, Aleinikov, Belanov, Yaremchuk, Dajka contre son camp et Rodionov se succèdent pour infliger un 6-0 de nature à démontrer que l’URSS est bien un des grands favoris de la compétition. De son coté, la France doit se contenter d’une maigre victoire sur le plus petit des scores contre le petit poucet canadien, via l’inévitable Jean-Pierre Papin en fin de match.

Dans ce qui est considéré comme une petite finale du groupe, France et URSS ne parviennent pas à se départager dans le stade de Leon. A l’ouverture du score de Rats, la France répond par un but de Luis Fernandez. Le troisième match contre le Canada ne pose pas de problème, Lobanovski se permet le luxe de faire largement tourner son effectif. Blokhine et Zavarov fixent le score à 2-0. La plantureuse victoire contre la Hongrie permet en outre à l’équipe de Lobanovski de terminer première du groupe à la différence de buts, d’ainsi éviter l’Italie et de rencontrer en huitième de finale la Belgique repêchée comme meilleur troisième après un parcours extrêmement décevant dans un groupe composé du Mexique, du Paraguay et de l’Irak.

URSS – Belgique, un match d’anthologie

Pour ce match disputé une nouvelle fois à Leon, l’URSS est donc ultra favorite face à une équipe belge dans laquelle l’ambiance est, de plus, loin d’être au beau fixe. Dés la 27e minute, Igor Belanov ouvre le score d’une superbe frappe, pensant  ainsi lancer son équipe sur la voie d’un succès aisé, et il faut un miracle et tout le talent de Jean-Marie Pfaff pour que les Diables Rouges rentrent au vestiaire avec un score flatteur de seulement 1-0 en leur défaveur. Cependant, le jeune Enzo Scifo vient subtilement rétablir l’égalité à la 56e. Stupeur coté soviétique, mais Belanov redonne l’avantage à ses couleurs (77e). Se produit alors l’impensable et sans aucun doute un des plus grands moments de l’histoire du football belge, Jan Ceulemans égalise et pousse les deux équipes en prolongations dans laquelle Stephane Demol et Nico Clasen crucifient l’excellent Dasaev, Belanov sur penalty viendra fixer le score final dans les arrêts de jeu. L’enthousiasme belge aura terrassé une équipe soviétique incontestablement plus talentueuse sur le papier.

Cette qualification incroyable donne des ailes aux Belges alors si déprimants. La Belgique élimine ensuite l’Espagne aux tirs aux buts avant de succomber en demi-finale face au génie de Maradona. Enzo Scifo est élu meilleur jeune joueur et le fantasque Jean-Marie Pfaff meilleur gardien. Le match contre l’URSS aura servi de détonateur aux hommes de Guy Thys.

Coté soviétique, individuellement cette Coupe du Monde est celle d’Igor Belanov qui, avec 4 buts et 3 passes décisives côtoie, les plus grands au tableau des statistiques. C’est une autre chanson pour Oleg Protasov qui aura uniquement reçu sa chance dans le match des réservistes contre le Canada. Ce ne sera que partie remise pour l’URSS de Lobanovski et le jeune Protasov qui auront un parcours beaucoup plus fructueux à l’Euro 88 où ils ne s’inclineront qu’en finale contre les Pays-Bas de Rinus Michels, autre adepte du football total.

L’URSS et la Coupe du monde #7 : 1986, l’énième déception
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