L’URSS et la Coupe du monde #6 : 1982, la sortie du désert

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 21 février 2018

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques et russes aux différentes Coupes du Monde. Aujourd’hui : le sixième épisode de l’histoire de l’URSS avec la Coupe du Monde et l’édition 1982, organisée en Espagne.


Lire l’épisode précédent  : L’URSS et la Coupe du Monde #5 : 1974, les fantomes de Santiago ou la défaite du football


Une décennie perdue

14 Juin 1982, l’Union soviétique pénètre dans le stade Ramon Sanchez Pizjuan de Séville pour affronter le Brésil. Devant 68 000 spectateurs, les deux équipes vont entamer un des matchs phares de la compétition. L’URSS retrouve les grandeurs après une traversée du désert…

En effet, la dernière Coupe du Monde disputé par l’Union soviétique remonte à 1970 et ce quart de finale contre l’Uruguay, Esparrago stoppant les espoirs des Soviétiques à la 116e minute. Et depuis ? L’Union soviétique est absente des deux Coupes du Monde des années 70. En 1974, l’URSS ne va pas en RFA à la suite d’une disqualification par la FIFA pour ne pas avoir participé au match retour de barrage contre le Chili. En 1978, la Sélection soviétique ne passe même pas les éliminatoires, chutant par deux fois contre la Hongrie (2-1) et la Grèce (1-0) – La Hongrie sortant de ce groupe de trois et se qualifiant face à la Bolivie en match de barrage. Une décennie de perdue malgré la présence de joueurs importants et entraîneurs confirmés. Mais même Nikita Simonyan n’a su insuffler sa soif de victoires qu’il a connu comme entraîneur au Spartak Moscou ou à l’Ararat Erevan.

Après la déconvenue de 1978, les dirigeants soviétiques décident de faire confiance à nouveau à Konstantin Beskov. En poste durant l’Euro 1964 et avec la Sélection olympique de 1974 à 1977, le tacticien soviétique a d’abord la grande tâche de qualifier l’URSS à l’Euro 1980. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et l’URSS finit à la dernière place de leur groupe composé de la Grèce, de la Hongrie et de la Finlande. Malgré la nouvelle claque, Beskov est prolongé à son poste et se doit de qualifier l’Union soviétique à la Coupe du Monde 1982 en Espagne.

Dans cette campagne éliminatoire, Beskov s’appuie en majorité sur les trois clubs majeurs de la Ligue soviétique de l’époque : le Spartak Moscou (Rinat Dasaev, Yuri Gavrilov), le Dynamo Kiev (Leonid Buryak, Oleg Blokhin, Anatoly Demyanenko) et le Dinamo Tbilissi (Aleksander Chivadze, Tenguiz Sulakvelidze, Ramaz Shengeliya). Et cette fois, cela passe sans encombre face à la Tchécoslovaquie, au Pays de Galles, à l’Islande et à la Turquie – avec six victoires et deux nuls, contre le Pays de Galles (0-0) et la Tchécoslovaquie (1-1). L’Union soviétique retrouve la Coupe du Monde !

L’Espagne au bon souvenir de Beskov

Konstantin Beskov retrouve donc l’Espagne ! Lors de l’Euro 1964, les choses s’étaient finies contre la Roja en finale dans un stade Santiago Bernabeu rempli de 79000 supporters jaunes et rouges. Le match se déroulait devant le leader espagnol Franco et la défaite 2-1 des Soviétiques se solda par la fureur des autorités au pays qui privèrent les joueurs de leurs décorations.

« Vous avez déshonoré le drapeau rouge ! Vous avez sali l’honneur de l’État soviétique ! » dira Nikita Khrouchtchev.

Mais cette fois, lorsque les hommes de Beskov arrivent en terres espagnoles, Franco a cédé son pouvoir depuis 1975, la Monarchie constitutionnelle a refait surface et le pays se remet tant bien que mal de plus de 40 ans de dictature.Cependant, la tentative de Putsch aux Cortes, l’année précédente, montre à quel point la transition reste compliquée politiquement. En organisant la Coupe du Monde, l’Espagne se retrouve de nouveau devant les projecteurs, d’autant plus que cette édition est le premier grand événement médiatique à être diffusé sur les cinq continents.

Un trio à la tête

À son arrivée, la Sélection soviétique ne se trouve pas avec un seul entraîneur en la personne de Konstantin Beskov, mais avec un trio à sa tête. En effet, Valeri Lobanovsky du Dynamo Kiev et Nodar Akhalkatsi du Dinamo Tbilissi l’accompagne.

Au départ, ce trio ne devait être formé que pour le match des éliminatoires de la Coupe du Monde contre la Turquie, le 23 septembre 1981. L’idée était de Konstantin Beskov qui, en sachant qu’une grande partie de la Sélection provenait de ces deux clubs, pouvait ainsi gérer plus facilement les hommes et les retards de retour de Sélection qui posaient pas mal de problèmes.

Mais les dirigeants prolongèrent cette situation en maintenant le trio à la tête de la Sélection. Une situation embarrassante qui semblait être claire : Beskov entraînait, les deux autres suivaient. Mais la différence de caractère, de méthode et d’idée de jeu rendaient cette situation compliquée. Elle le fut jusqu’au bout, sans en définitive savoir clairement qui tenait les rênes.

Problème de configuration

Les Soviétiques se trouvent dans un groupe composé du Brésil, de l’Écosse et de la Nouvelle-Zélande. Leur premier match les oppose aux Brésiliens, troisième de la Coupe du monde 78. Cette équipe, bien qu’elle ne soit allée au bout, est considérée par beaucoup comme l’une des meilleures formations brésiliennes de son histoire avec son « football samba », meilleure que celle du grand Pelé de 1970, pourtant grand vainqueur.

Mais ce sont les Soviétiques qui surprennent tout le monde dans cette première période en prenant l’avantage grâce à une grosse erreur de Valdir Peres, le portier brésilien, à la suite d’une lourde frappe d’Andrei Bal ! 1-0 jusqu’à la mi-temps. Les Brésiliens se mettent à pousser en deuxième période, mais tombent sur un Dasaev de feu qui repousse une échéance inexorable. Car à la 75e, Socrates décroche une superbe frappe qui se loge dans la lunette de Dasaev. 1-1, puis 2-1 à la 88e sur un nouveau tir splendide d’Eder qui crucifie des Soviétiques malchanceux. En effet, une main brésilienne flagrante dans la surface aurait pu être sifflée auparavant… Un match plein d’intensité et d’une grande qualité technique, le rendant culte.

Cinq jours plus tard, les Soviétiques se défient des Néo-Zélandais par trois buts à rien signés Gavrilov, Blokhin et Baltacha. Face à l’Écosse, un nul suffisait aux Soviétiques pour atteindre le second tour alors que les Écossais avaient impérativement besoin d’une victoire. Les Écossais ouvrent la marque dès la 15e minute grâce à un but de Jordan tandis que les Soviétiques leur répondent avec deux buts de Chivadze (59e) et Chengalia (84e). L’égalisation de Souness à la 86e ne change rien.

Le second tour est des plus étranges avec un déroulement par poule de trois. Cette formule entraîne des matchs totalement fermés et des équipes s’occupant plus de faire des calculs pour passer plutôt que de jouer au foot… Car dans cette configuration, seul le premier de chaque poule passait en demi-finale. Une faible marge donc !

L’Union soviétique tombe dans le groupe de la Belgique et de la Pologne. Après une lourde défaite contre la Pologne (3-0), la Belgique affronte les Soviétiques avec peu de chances de pouvoir se qualifier. Ces derniers en profitent en remportant le match par la plus petite des marges grâce à un but d’Oganesian. Reste à battre la Pologne pour avancer au tour suivant.

Un contexte diplomatique sous haute tension

L’Espagne se montre sous son meilleur visage dans l’organisation, mais cette Coupe du Monde n’échappe pas aux événements diplomatiques du moment. À commencer par la Guerre des Malouines opposant l’Argentine et l’Angleterre et qui prend fin le jour suivant la cérémonie d’ouverture. « Le football, c’est la guerre » déclara Helenio Herrera, joueur et entraîneur français d’origine argentine. Les colombes ont beau être lancées, une banderole déclarant les Malouines comme argentines, apparaît dans le stade lors de la cérémonie d’ouverture.

Un autre événement va toucher cette fois les Soviétiques. Depuis décembre 1981, la Pologne connaissait un état de siège orchestré par le Général Jaruzelski. Avec la montée du syndicat Solidarnosc, le régime communiste redoutait une perte de pouvoir et voulait éviter par-dessus tout une intervention soviétique. Ainsi, quand les Polonais apprennent qu’il faudra faire face aux Soviétiques, ce match devient plus que du football. Dans le stade, quatre banderoles en l’honneur du syndicat polonais sont vues aux quatre coins du stade, et Boniek annonce clairement la couleur avant le début du match : « ça sera le match des matchs ! »

Mais le match est globalement très décevant du point de vue footballistique. Les Polonais mettent un duel physique à rude épreuve, à la limite de l’antijeu, tandis que les Soviétiques ne parvinrent à se montrer réellement dangereux durant 90 minutes. Et c’est ainsi que l’Union soviétique sortit de la compétition. Un nul 0-0 eut raison de cette équipe. Être éliminé sans avoir perdu, tel est le sentiment compliqué pour cette équipe soviétique talentueuse.

Vincent Tanguy


Image à la une : rusteam.permian.ru

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Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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