Slovan Liberec, en quête du Ještěd

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 14 septembre 2015

Footballski est propice au voyage, ce n’est pas une nouveauté. Aujourd’hui, direction le nord de la Bohême pour y découvrir Liberec et sa montagne Ještěd. Cette dernière a fait de la ville sa renommée mais surtout sa création, Liberec étant d’ailleurs encore aujourd’hui surnommée « la ville sous le Ještěd ». Il faut alors remonter aux siècles passés, et plus précisément vers le XVe siècle, pour comprendre la signification et le rôle qu’avait la ville à l’époque. Traverser le Ještěd était exigeant pour les marchands ambulants de l’époque, ces derniers devaient alors se doter d’un lieu de repos. Un lieu qui se trouvera être Liberec.

Reichenberg, ville de sport

Des siècles plus tard, Liberec deviendra le principal pôle sportif de la Bohême, avec Prague. Ainsi, le comté de Reichenberg, le nom de la ville en allemand, ne compte pas moins de 463 clubs sportifs dont 257 dans la simple ville de Reichenberg. Outil de force et de cohésion sociale, le sport était alors considéré comme un outil pour « une communauté libre » et, ainsi, l’un des instigateurs de la révolution autrichienne de 1848 afin de provoquer la chute du gouvernement de Metternich.

Une photo du Ještěd dans les années 50.

Une photo du Ještěd dans les années 50.

Si la création du Slovan Liberec s’est faite assez récemment, en 1958, on peut cependant remonter à 1898 pour retrouver la genèse du football à Liberec avec le RFC qui deviendra Reichenberg Sport Klub. Fondé par le Dr. Rudolf Turnwald et oublié des livres d’histoire, le club omnisports qu’était le RFC devrait pourtant être noté dès les premières lignes de ces derniers. Car oui, cette fondation en 1898 fait du RFC le premier club de football de l’histoire de l’Europe centrale. Pourtant, ça sera plutôt avec le ski et le tennis que ce Reichenberger Sportklub se fera remarquer. En 1909, durant la période austro-hongroise, différents clubs se créèrent à Horní Růžodol, un quartier de Reichenberg, comme le Slovan, l’Austria, le Merkur ou encore le Meteor. De plus, un club allemand de la région de Reichenberg, le Sparta Ober Rosenthal, fut créé à la même période. Club qui se renommera par la suite Rapid et deviendra Tchèque en 1922.

Dans le même temps, le SK Liberec, historiquement premier club tchèque de la ville de Liberec, verra le jour en 1919 et sera considéré comme le rival du sus-nommé Rapid jusqu’au début de la Seconde Guerre Mondiale. Une partie de l’histoire qui touchera de plein fouet la ville en elle-même. Comme on a pu le voir c, Liberec est une ville possédant une histoire fortement liée à l’Allemagne. Situé en plein dans la région des Sudètes, Reichenberg était ainsi une ville idéale pour la propagande nazie qui s’installa dans la ville grâce au chef du Parti national-socialiste des Sudètes, Konrad Henlein, qui était originaire de Maffersdorf (aujourd’hui Vratislavice nad Nisou), une banlieue de Reichenberg. Pourtant, le 27 Février 1934, le SK Liberec se renommera en Slavia Liberec afin d’affirmer un peu plus les origines tchécoslovaques et slaves de la ville et du club. Dans la même période, la rivalité entre le Rapid et le Slavia se fit de plus en plus importante.

Suite au accord de Munich de 1938, la Tchécoslovaquie est dans l’obligation de capituler et voit la Région des Sudètes être annexée par l’Allemagne nazi. Konrald Henlein et le Parti national-socialiste feront alors de Reichenberg la capitale du Reichsgau. Une période de l’histoire qui mettra à mal la progression du football dans la ville avec une pause de sept longues années. Ainsi, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le football reprendra petit à petit dans la région avec une multitude de clubs et de fusions mais l’histoire retiendra surtout le Slavoj Liberec, qui deviendra le premier club de Liberec à atteindre la plus haute marche des compétitions du pays en 1953. Cependant, c’est en 1958 que l’on verra pour la première fois le club qui nous intéresse réellement aujourd’hui, le Slovan Liberec.

De Reichenberg à Liberec

Avec cette multitude de clubs dans la ville, une décision, qui créa de multiples remous, à l’époque fut prise, à savoir fusionner le Slajov et Jirska afin de créer le grand club de la ville et qui aurait le potentiel de s’immiscer dans les hautes sphères du football de l’époque. Si de nombreux supporters et joueurs du Slavoj n’étaient pas forcément favorables, les dirigeants prirent finalement la décision de la fusion. Ainsi, le 12 Juillet 1958, le Slovan Liberec naissait. Un nom, qui, à l’image du Slavia Liberec de l’époque, permit d’affirmer un peu plus son identité Tchécoslovaque dans la région.

À vrai dire, le Slovan Liberec n’a connu le succès que très tard dans son histoire. Le club se baladant durant de nombreuses années en troisième ou deuxième division quand le pays était encore la Tchécoslovaquie. Il faut alors traverser les âges et aller jusqu’à la Révolution de velours qui a touché le pays en 1989 pour trouver ce que l’on peut appeler la seconde naissance du Slovan Liberec.

Révolution de velours et nouveau départ

La révolution de velours instaura une nouvelle ère dans l’histoire du club. Dans un premier temps, la naissance du championnat tchèque permit au club d’atterrir en première division de façon administratif. En effet, avec la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1993, les six meilleures équipes tchèques de seconde division étaient repêchées afin de faire le nombre dans le néo-championnat tchèque. Mais, surtout, le club profita de cette nouveauté pour modifier totalement sa façon de travailler en s’axant sur un travail de formation, le club ayant été champion de la II. Junior League en 1991.

Première finale de Coupe de l'histoire du club face au Slavia Praha.

Première finale de Coupe de l’histoire du club face au Slavia Praha.

Afin de commencer ce nouveau projet, le club instaura Vlastimil Petržela sur le banc. Ancien joueur honnête du championnat, il venait alors à Liberec pour se relancer après ses deux premières expériences d’entraineur au Slavia Praha. Dès la première année, le club commença à gravir peu à peu le Ještěd avec une neuvième place historique en championnat, puis une quatrième, septième et enfin deux cinquième places consécutives les autres années. Cette nouvelle philosophie basée sur la jeunesse et la formation montre ainsi sa force et continuera de grandir avec une finale en coupe face au Slavia Praha, dès 1999 !

Une première finale dans l’histoire du club qui en appellera d’autres comme on le verra plus tard. Mais surtout une victoire cruelle. Si le Slavia Praha, qui se battait alors pour la seconde place en championnat, était sans nul doute le grand favori, le résultat, lui, fut bien pus étriqué. Dans un match rythmé et passionnant, ce n’est que dans les prolongations que le Slavia marquera le premier but du match qui donnera la victoire au club de Prague. Un but inscrit par la future légende, Pavel Horváth à la panse magique. Malgré cette défaite, la montée en puissance du club, alors entrainé par Ladislav Škorpil, continua. Et c’est peu de le dire.

Véritable légende au club, Ladislav Škorpil fut le véritable guide du projet Liberec. Connu pour être un grand formateur, Ladislav était notamment sélectionneur de toutes les équipes de jeunes de la sélection Tchécoslovaque durant plus de 10 ans. De même, il était également entre 1969 et 1991 l’entraineur des différentes équipes de jeunes de son club de toujours, le Spartak Hradec Králové.

« Je n’ai jamais voulu travailler avec des adultes. » déclarait-il lors de son passage au Spartak Hradec Králové en tant qu’entraineur de l’équipe sénior en 1990.

Avec ces différentes expériences, Ladislav Škorpil était alors l’homme tout trouvé pour accomplir parfaitement le projet de formation qu’avait instauré le club peu de temps avant. Il permit ainsi au Slovan Liberec de connaitre ses premiers succès et, ainsi, de truster les premières places du championnat.

Un succès qui viendra rapidement, dès la saison 1999/2000, un an après la première finale en coupe. Une saison relativement identique à la dernière en date à un point près, si en championnat le club se retrouve une nouvelle fois dans le ventre mou en huitième place, en coupe, cette fois-ci, le dénouement sera bien différent.

Deuxième finale en Coupe et premier succès pour Liberec.

Deuxième finale de Coupe et premier succès pour Liberec.

Bien que l’effectif n’ait pas changé en profondeur, le recrutement fut plutôt judicieux et permit au club de continuer sa marche en avant. Un recrutement réussi avec, notamment, le milieu offensif Jiří Štajner qui sortait alors d’une superbe saison au Banik Most. Ce dernier mit peu de temps à s’adapter à sa nouvelle équipe et formait avec l’Argentin Leandro Lazzaro, ou Liuni pour les intimes, un super duo d’attaque.

Si, lors de la saison précédente, le Slovan Liberec était en position d’outsider lors de sa finale face au Slavia, cette seconde finale en coupe face au Banik Ratíškovice était très clairement à sa portée. Modeste club de seconde division, le Banik Ratíškovice avait réalisé d’atteindre cette finale de coupe nationale mais représentait l’adversaire idéal pour le club de Liberec. Une prévision qui se confirmera au coup de sifflet final grâce à deux buts de l’inévitable Argentin, Leandro Lazzaro. Des prestations qui vaudront d’ailleurs à l’argentin une pige d’un an au Sparta Praha avant de retourner en Amérique du Sud.

A partir de rien, le Slovan Liberec se construit alors progressivement grâce à son entraineur Ladislav Škorpil. Il expliqua d’ailleurs par la suite ses ambitions avec le club et la difficulté de la tâche.

« Ce n’était pas facile à l’époque. Quand je suis arrivé au Slovan, ce n’était qu’un club jouant le bas de tableau. Pourtant, le désir était de progresser et d’atterrir en Coupe d’Europe. Des étapes que nous avons passées progressivement. »

Car, avec cette victoire en Coupe, la Coupe d’Europe faisait bel et bien son apparition à Liberec. L’ascension du Ještěd pris alors encore plus d’ampleur, jusqu’à atteindre le sommet.

Si la première expérience européenne du club tournera court suite à une opposition face à l’ogre anglais, Liverpool, la seconde expérience, lors de la saison magique de 2001/2002, fut, elle, bien plus satisfaisante.

Du sommet à l’inconstance

Toujours sous le commandement de Škorpil, le Slovan Liberec allait passer à un nouveau stade de son histoire lors de cette saison 2001/2002. Une saison qui sonna comme l’accomplissement du projet du club lancé lors de l’indépendance du pays. Gardant une ossature sensiblement égale aux autres années, le Slovan Liberec était alors l’un des acteurs majeurs d’une saison complètement folle. Champion lors de la dernière journée de championnat, le Slovan Liberec avait livré une bataille féroce entre deux autres clubs de Prague, l’inévitable Sparta et le Viktoria Žižkov. Trois clubs qui se tiraient la bourre tout le long de la saison et qui se quitteront à 1 petit point de différence à la fin de cette dernière.

Vainqueur inattendu, le Slovan doit surtout son titre à un duo d’attaque faisant merveille à l’époque : Jiří Štajner et Jan Nezmar, deux joueurs devenus depuis des légendes au club, surtout le second cité qui occupe depuis le poste de directeur sportif. Si tout baigne en championnat pour le club, il en est de même dans en Coupe d’Europe. Les supporters lyonnais peuvent d’ailleurs en témoigner. Car, après avoir éliminé le Slovan Bratislava ou encore les Espagnols du Celta Vigo et de Mallorca, le club tchèque rencontrait pour la première fois de son histoire un club français en huitièmes de finale de la Coupe de l’UEFA, l’Olympique Lyonnais.

Loin d’être favori, le Slovan Liberec réalisera pourtant deux matchs exceptionnels qui peuvent s’expliquer aussi par la prise de maturité de ce groupe et de l’expérience qu’il a eu un an plus tôt face à Liverpool. Si, lors du match aller, le club tchèque se fit rattrapé dans les tout derniers instants du match sur un but de Govou pour égaliser à un but partout. Le match retour, lui, serra à sens unique et vit le Slovan étriller les Français 4 buts à 1. Liberec est alors au sommet, Škorpil fit de Liberec une équipe redoubla, joueuse, hargneuse. Sans de réels moyens, le club disposait alors de joueurs à l’image de la ville, des travailleurs, ayant connu de multiples galères mais n’hésitant pas à s’affirmer encore un peu plus à chaque saison.

Même si cette aventure européenne prit fin face au Borussia Dortmund, futur finaliste malheureux, en quart de finales, le club continua de rayonner quelques années de plus sur la scène nationale et européenne. Bien que le club n’ait pas réussi à conserver son titre, la faute à la concurrence avec les clubs praguois du Viktoria Žižkov, Sparta ou encore du Slavia, le magicien Ladislav Škorpil réalisera un dernier tour de force en 2004 en envoyant le club en finale de coupe Intertoto, juste avant son départ du club pour le poste de sélectionneur des U21 tchèques. Quand on vous dit que Ladi’ était un formateur-né. Bien que la finale fût perdue face à Schalke 04 (2-1), le haut niveau n’était jamais loin de Liberec.

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Ladislav Škorpil, une vie de football.

Après cette ère Škorpil, le club fut pris en main dans un premier temps par le Slovaque Stanislav Griga, durant une petite année sans grande réussite, puis par Vítězslav Lavička durant trois superbes saisons. Avec l’entraineur tchèque, vainqueur du titre de meilleur coach du pays en 2006 et 2007, le club reprit sa marche en avant avec un second titre de champion national lors de la saison 2005/2006. Un titre qui fut son dernier avec le club, Lavička remplacent un certain Škorpil en tant que sélection des U21 tandis que Ladislav Škorpil, lui, fit le chemin inverse en reprenant la direction de Liberec.

Malheureusement le retour de Ladislav Škorpil à Liberec fut bien moins glorieux que son premier passage et le club ne refit surface que très récemment lors de la saison 2011-2012. Entrainé alors par Jaroslav Šilhavý, le Slovan proposait cette saison-là un magnifique football offensif avec comme joueur clé le légendaire buteur, Jiří Štajner, qui venait de faire son retour au club. Le Slovan Liberec était alors au sommet de sa forme, redoutable à jouer et s’appuyer sur des joueurs de qualité comme Štajner, Nezmar, Breznanik ou encore le tout jeune Theodor Gebre Selassie. Un titre qui n’eut pas forcément les conséquences escomptées …

Et maintenant ?

Aujourd’hui, l’équipe du Slovan Liberec est très loin de cette période Šilhavý. Parti en 2014 chez le rival Jablonec, Jaroslav Šilhavý prit visiblement le soin d’emporter avec lui l’idée de jeu du Slovan. Ce dernier titre de champion de République-Tchèque eut un impact relativement négatif sur le long terme, car, incapable de lutter financièrement, le club de Liberec perdu un par un ses joueurs cadres. Si on retrouve le club en Europe en cette saison 2015/2016, c’est grâce à une compétition que l’on connait bien dans la ville : la Coupe nationale. Dans une saison galère qui aura vu passer pas moins de 4 entraineurs sur le banc de touche, le club trouva son salut en s’adjugeant la Coupe face au Jablonec du bien connu Šilhavý.

David Pavelka, le futur du club ?

David Pavelka, le futur du club ?

On attend maintenant que « la ville sous le Ještěd » puisse reprendre peu à peu son ascension vers les sommets en s’appuyant notamment sur son joueur, David Pavelka. Le polyvalent milieu de terrain, alliant technique, vision du jeu et présence dans le cœur du jeu, sera le véritable joueur à suivre et pourrait causer de nombreux problèmes à certaines équipes, notamment une venant de notre chère Provence. Une ascension qui semble relativement bien partie avec une seconde place actuellement en championnat, une énorme solidité défensive, une capacité de contre attaque prenant à défaut bon nombre d’adversaires, et, outre Pavelka, le buteur slovaque Marek Bakos et l’ailier tchèque Josef Šural dans le rôle de guide. Bien que l’enflammade ne soit pas de rigueur, n’oublions pas que, d’après le proverbe, la foi transporte les montagnes. Et ça, les habitants de Liberec le savent bien.

Pierre Vuillemot

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pays de l'auteur footballski
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