Deuxième meilleur buteur de l’histoire de la Bulgarie, Hristo Bonev a porté haut les couleurs de son équipe nationale. L’ancien milieu offensif a surtout laissé une trace indélébile dans son club de cœur, le Lokomotiv Plovdiv, avec lequel il a joué plus de 400 matchs et dont il est encore président d’honneur. Portrait.

Elevé par le Botev, adopté par le Lokomotiv

Stade Vasil-Levski de Sofia, le 9 octobre 1976. Fraîchement reprise en mains par Michel Hidalgo, l’équipe de France défie la Bulgarie dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du Monde 1978. Idéalement lancés par le jeune Michel Platini et Bernard Lacombe, les Bleus font le break en première période, mais encaissent un but juste avant la pause. Les Bulgares égalisent ensuite au cours d’un second acte enlevé. A la 88e, leur capitaine et maître à jouer s’écroule dans la surface. Même si la faute semble loin d’être évidente, l’arbitre du match, Ian Foote, désigne le point de penalty. « Alors là, M. Foote, vous êtes un salaud, » s’emporte Thierry Roland, qui commente la rencontre sur Antenne 2. Ce capitaine omniprésent, un brin simulateur sur cette action et qui, ironie de l’histoire, rate le penalty obtenu dans la foulée, c’est Hristo Bonev.

Avant de s’imposer comme patron de la sélection bulgare, Hristo Bonev a mené sa barque dans sa ville de toujours, à savoir Plovdiv. C’est là qu’il naît, le 3 février 1947. C’est aussi là qu’il débute le football. Un peu par hasard. « Nous habitions à côté du collège français, non loin de l’actuel stade Hristo-Botev, s’est-il remémoré. Avec mon frère, nous allions souvent assister aux entraînements qui s’y tenaient. Un jour, il manquait un joueur lors d’une séance réservée aux jeunes et l’entraîneur a demandé à l’un d’entre nous de venir compléter l’équipe. J’y suis allé. » Hristo n’a alors que 9 ans, mais ce qu’il montre sur le terrain convainc le formateur présent ce jour-là de le conserver. 

Hristo Bonev en 1974 © Mieremet, Rob / Anefo

S’il effectue ses premiers pas au sein des équipes de jeunes du Botev Plovdiv, c’est bien l’autre club de l’ancienne cité Thrace, le Lokomotiv, que Bonev marque de son empreinte. Il y commence sa carrière professionnelle en 1964. Le milieu offensif ne tarde pas à se rendre indispensable, que ce soit par sa vision du jeu, sa qualité technique nettement supérieure à la moyenne ou encore sa précision redoutable sur coups de pied arrêtés. L’adresse dont il fait preuve à la finition est également très précieuse pour les Cheminots, vice-champions de Bulgarie en 1973 et troisièmes en 1969 et 1974. Bonev profite d’un éphémère passage au CSKA Sofia (cinq buts en six matchs) pour décrocher le titre en 1968. Sur la scène nationale, il s’agit de sa seule « infidélité » vis-à-vis du Lokomotiv Plovdiv, dont il porte le maillot à 404 reprises (pour 180 réalisations) de 1964 à 1979.

Seul Berbatov le devance

Grâce à ses performances remarquées, le milieu plovdivien s’ouvre les portes de la sélection. Il honore sa première cape le 22 mars 1967, à l’occasion d’un match perdu contre la RFA à Hanovre (1-0). Trois ans plus tard, Bonev participe à la Coupe du Monde 1970, au Mexique. Notamment guidés par Georgi Asparuhov, les Lions ne passent pas le premier tour, mais leur jeune numéro 8 se fait remarquer en inscrivant un but face au Pérou. Celui qui est élu « Joueur bulgare de l’année » par trois fois (1969, 1972, 1973) continue de s’affirmer au sein de son équipe nationale, avec laquelle il se qualifie pour le Mondial 1974. Désormais capitaine, Bonev marque contre l’Uruguay (1-1). Insuffisant, toutefois, pour franchir l’obstacle initial et rallier le deuxième tour. 

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Bonev tire sa révérence au niveau international en avril 1979. Il reste encore, à ce jour, le troisième joueur le plus capé (96 sélections) et le deuxième meilleur buteur de l’histoire de la Bulgarie (47 réalisations, Dimitar Berbatov le devance d’une unité), détenant toujours le record de matchs disputés en tant que capitaine de cette équipe (42). Après quinze années passées au pays, le natif de Plovdiv part à l’étranger, à l’AEK Athènes puis à Oxford. Mais il est en fin de carrière et des pépins physiques le contraignent finalement à raccrocher les crampons. Son jubilé a lieu le 16 septembre 1984, en compagnie, entre autres, de Bobby Moore, Jan Tomaszewski, Wolfgang Overath et Ferenc Bene. Lev Yashin est également présent.

La débâcle de 1998

Bonev ne s’éloigne pas du football pour autant. L’ancien milieu de terrain se reconvertit en tant qu’entraîneur et débute cette nouvelle aventure sur le banc du… Lokomotiv Plovdiv. C’est cependant en Grèce qu’il signe son premier coup d’éclat comme coach. En 1989, le technicien bulgare débarque au Panathinaïkos afin de succéder à Gunder Bengtsson. Les Athéniens occupent alors une septième place peu conforme à leurs ambitions. Bonev fait venir Krzysztof Warzycha, qu’il avait repéré lors d’une rencontre opposant le CSKA Sofia au Ruch Chorzów. L’association entre l’attaquant polonais – qui deviendra le meilleur buteur de l’histoire du club – et l’emblématique Dimitrios Saravakos fait des étincelles, le Pana comble son retard et s’adjuge le sacre national, avec trois points d’avance sur l’AEK Athènes.

Non conservé chez les Trèfles malgré ses probants résultats, Bonev continue sa route à Larissa, au Ionikos Nikea puis à l’APOEL Nicosie, où il remporte le championnat chypriote (1996) et deux coupes de Chypre (1995, 1996). Celui qui est surnommé « Zuma » (en référence à un personnage de dessins animés) revient ensuite au pays, où il prend les rênes de la sélection bulgare dans l’optique de la Coupe du Monde 1998. Quatrième de la précédente édition, la bande à Hristo Stoichkov et Trifon Ivanov n’est plus au firmament quand elle pose ses valises en France.

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Le contexte national n’est pas des plus sereins, mais cela n’inquiète pas le sélectionneur. « En Bulgarie, les scandales et les affaires nous poursuivent parce que c’est ce qui prévaut en ce moment, en général, dans notre pays, explique Bonev à L’Humanité avant le début de la compétition. Ce n’est pas spécifique au foot, c’est plutôt dans l’air du temps et, qui plus est, dans un pays en pleine mutation. Dans la mesure où le foot est devenu un véritable phénomène de société, il ne peut échapper ni aux règles de la société, ni aux problèmes qui touchent globalement le pays et agitent l’opinion publique. Il faut faire avec. »

Dans l’Hexagone, le parcours des Bulgares ressemble à un chemin de croix : un nul insipide contre le Paraguay (0-0), une défaite face au surprenant Nigeria (1-0) et, pour terminer, une claque infligée par l’Espagne (6-1). Bonev démissionne rapidement après, le 7 septembre 1998, après un lourd revers en Pologne (3-0) durant les éliminatoires de l’Euro 2000. Après un ultime challenge au Sachsen Leipzig, il rentre chez lui. Pour de bon. A 72 ans, Hristo Bonev s’investit toujours au sein du Lokomotiv Plovdiv, où il officie actuellement en tant que président d’honneur. Débutée il y a plus d’un demi-siècle, l’idylle entre les Cheminots et celui qu’ils considèrent comme étant la légende du club n’est donc pas terminée.

Raphaël Brosse

Image à la Une : © Anton Uzonov / AFP

Semaine spéciale Plovdiv – #6 Hristo Bonev, la légende du Lokomotiv
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