Gundi Asparuhov, l’élégant bulgare qui a dit non à l’AC Milan

Tristan Trasca - Publié le 2 avril 2014

Si l’on faisait un sondage pour évoquer le meilleur joueur bulgare de tous les temps, la réponse la plus récurrente serait sans doute Hristo Stoichkov. Combien citeraient Georgi Gundi Asparuhov ? Et pourtant le buteur des années 60 est au moins l’égal du grand Hristo dans son pays et reste à lui seul l’exemple du joueur de l’Est fantasmé : un joueur racé, élégant, fidèle à ses couleurs, peu connu à l’étranger et tragiquement disparu.

Georgi Asparuhov

Les débuts au Levski et l’explosion au Botev Plovdiv

Asparuhov est né en 1943 à Sofia. Jeune homme de grande taille (1m86), il pratique deux sports à bon niveau : le volleyball et le football. Mais très vite vient l’heure du choix et Gundi préfère le football. Logiquement, étant né dans un quartier associé au club du Levski Sofia, Gundi joue pour les Bleus. Il franchit aisément les étapes des équipes de jeunes pour débuter en équipe première à l’âge de 17 ans en 1960. Il évolue 23 fois pour le Levski lors de la saison 1960/1961 marquant 7 buts. A 18 ans, le service militaire obligatoire le rattrape et Gundi doit partir à Plovdiv. Heureusement, dans le centre du pays, son statut de footballeur n’est pas occulté et Asparuhov joue pour le club local, associé à l’armée : le Botev Plovdiv.

Au Botev, Asparuhov connait ses premiers succès et sa gloire commence à se construire. En 1962, le Botev remporte la coupe de Bulgarie et joue donc la Coupe des Coupes la saison suivante. Le jeune Asparuhov (19 ans) fait un massacre lors du tour préliminaire où il met 5 buts contre le Steaua Bucarest. Le Botev atteindra finalement les quarts de finale de la compétition. La même année, le Botev finit vice-champion de Bulgarie mais il est déjà temps pour Gundi de regagner Sofia et son club de cœur, le Levski.

La légende du Levski

A Sofia, Gundi est l’avant-centre incontournable de l’équipe et devient très vite le capitaine de l’équipe. Il est le fer de lance du renouveau du Levski qui n’a plus rien gagné depuis 1953. Dès sa première saison, le Levski finit deuxième puis en 1965 le Levski remporte le titre de champion avec 27 buts pour le seul Gundi cette saison-là.

La légende de Gundi se bâtit aussi sur les matchs face au CSKA où il brille toujours. Le match de 1968 reste mythique avec un 7-2 infligé au rival. Ce jour-là, Asparuhov – numéro 9 et capitaine – met trois buts, offre une passe décisive et envoie un ciseau sur la barre transversale qui finit en passe décisive.

Sous son règne le Levski remporte trois coupes de Bulgarie en 1967, 1968 et 1971 et un doublé coupe-championnat en 1970. Son style flamboyant, sa capacité à éliminer balle au pied, sa superbe vision du jeu et sa classe sur le terrain en font un joueur redouté sur tous les terrains du pays et le chouchou des supporters du Levski. Asparuhov avait cette capacité à résister à l’impact grâce à sa carrure solide tout en ayant une agilité inédite pour quelqu’un de sa taille.

Les performances européennes avec le Levski

Au-delà de ces performances domestiques, Gundi a également permis au Levski de briller sur la scène européenne après sa première expérience personnelle avec le Botev. Champion en 1965, le Levski évolue en coupe d’Europe des clubs champions où il joue contre Benfica en huitièmes de finale. A l’époque, Benfica reste sur 4 finales de C1 en 5 ans dont deux victoires en 1961 et 1962. Mais contre le grand Eusebio, Gundi sort une performance majeure. Le club portugais souffre grandement pour sortir le champion de Bulgarie alors qu’Asparuhov plante tout simplement quatre buts lors des deux matchs. Après cette confrontation, Eusebio louera le talent du n°9 bulgare.

gundi asparuhov

Dès lors, l’Europe est un terrain de jeu privilégié pour Asparuhov. A travers les différentes campagnes menées à la tête du Levski, la réputation internationale de Gundi grandit. En 1967, alors que le Levski explose contre l’AC Milan (7-2 sur les deux matchs), Asparuhov réussit encore à tirer son épingle du jeu en marquant les deux buts de son équipe. Gundi fait également partie de l’épopée 1969-1970 où le Levski perd en quarts de finale contre le grand club polonais Gornik Zabrze malgré un nouveau doublé de notre buteur.

« Il existe un pays nommé Bulgarie et dans ce pays une équipe nommée Levski. Vous n’en avez sans doute jamais entendu parler mais je suis né là-bas et je mourrai là-bas ! »

Avec le maillot de la Bulgarie

Si sa légende a grandi avec le Levski, la sélection bulgare a également profité du talent de Gundi. Dès 1962, à 19 ans, Asparuhov revêt le maillot bulgare et joue la Coupe du Monde au Chili. Il n’est pas du match de barrages décisif contre la France mais Asparuhov est titulaire pour la première Coupe du Monde jouée par la Bulgarie. Gundi jouera trois Coupes du Monde (1962, 1966 et 1970), inscrivant un but en Angleterre.

Si ces compétitions internationales n’ont pas été un grand succès collectif ou personnel, Gundi a toujours été influent lors des qualifications. En 1965, alors que la Bulgarie rencontre la Belgique pour un barrage, Asparuhov plante un doublé et envoie sa sélection en Angleterre. Il avait déjà marqué 4 buts auparavant dans le groupe de qualifications. L’année 1965 reste une des plus belles pour Gundi, nommé sportif bulgare de l’année et 8è au Ballon d’Or.

En 1970, la tâche est encore plus difficile car la Bulgarie doit se défaire de la Pologne de Deyna et Lubanski mais également des Pays-Bas du jeune Cruyff. Asparuhov se révélera à nouveau décisif dans les matchs à domicile contre les deux adversaires directs.

Mais si une performance de Gundi doit être retenue, c’est sans doute celle qu’il a offert à Wembley en 1968 face aux champions du monde en titre anglais. Asparuhov marqua ainsi un but incroyable, partant du milieu de terrain et résistant à la charge de deux défenseurs, tout en faisant preuve de qualités de vitesse et de précision hors du commun.

Malgré de belles offres, il reste fidèle au Levski

Bien entendu, toutes ces bonnes performances ont attiré les regards sur Asparuhov. Après son quadruplé contre le Benfica, le club portugais a tenté de recruter le joueur puis en 1967, avant de jouer contre le Levski, la légende veut que le club de l’AC Milan ait offert au joueur 500 000 dollars , un salaire équivalent aux vedettes de l’époque comme Gianni Rivera ainsi que la possibilité de fuir sans encombre la Bulgarie. Il faut savoir qu’à l’époque, les gouvernements bulgares communistes ont toujours mis leur véto à un départ de la vedette.

Mais il n’aura jamais fallu réellement convaincre Gundi de ne pas partir. Il a ainsi déclaré en 1967 après cette tentative du club milanais : « Il existe un pays nommé Bulgarie et dans ce pays une équipe nommée Levski. Vous n’en avez sans doute jamais entendu parler mais je suis né là-bas et je mourrai là-bas ! » Bien entendu cette déclaration sincère n’a fait qu’augmenter la popularité de Gundi au pays.

Mort tragique de Gundi Asparuhov à 28 ans

Car malheureusement, la déclaration de Gundi Asparuhov eut sa part de vérité. En 1971, alors qu’il est encore joueur du Levski, il meurt dans un accident de voiture avec son coéquipier Nikola Kotkov alors qu’il n’a que 28 ans. Pour son enterrement, plus de 550 000 personnes sont venues.

Le souvenir d’Asparuhov est encore vivace en Bulgarie aujourd’hui. L’homme, élu meilleur joueur bulgare du XXè siècle, est une légende pour le Levski – le stade porte son nom – mais aussi pour tout le football bulgare. Au-delà de ses performances, c’est l’homme qui a marqué : charismatique, modeste et attaché à son pays.

 

Tristan Trasca

Gundi Asparuhov, l’élégant bulgare qui a dit non à l’AC Milan
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Tristan Trasca

2 Commentaires

  • Le goal du CSKA était quand même bien nul, il faut l’avouer. La faute de main sur le 6e but…
    Bref, super article, comme d’hab, mais je ne vais pas vous le dire à chaque fois.

  • Le goal du CSKA était quand même bien nul, il faut l’avouer. La faute de main sur le 6e but…
    Bref, super article, comme d’hab, mais je ne vais pas vous le dire à chaque fois.

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