Botev Plovdiv, le résistant bulgare

Damien F - Publié le 8 février 2017

Il est probable que la Bulgarie soit le seul pays à posséder autant d’équipes de football professionnelles portant le nom de héros nationaux. Le plus connu de ces héros est aujourd’hui Vasil Levski, ayant donné son nom à la fameuse équipe de Sofia. Cependant, Hristo Botev, dont le nom a fini par s’identifier au club de football du Botev Plovdiv, n’en est pas moins intéressant.

Domination ottomane et révolte bulgare

Nous sommes dans la deuxième moitié du 19e siècle. La Bulgarie est sous pavillon ottoman depuis 1396. Une période considérée par beaucoup de Bulgares comme la plus sombre de leur histoire. Le pays annexé a perdu son indépendance, son nom et sa capitale pour devenir une simple province de l’Empire ottoman administrée par les sultans d’Istanbul. Au fur et à mesure de l’affaiblissement du pouvoir central, l’oppression devint de plus en plus sévère et les citoyens de cette province bulgare, non-musulmans, se virent lourdement imposés par des taxes (comme celle sur le sang) et des obligations spécifiques. Les restrictions des libertés individuelles étaient, quant à elles, au plus fort. Les non-musulmans pouvaient vivre conformément à leur religion, mais à la condition de ne pas provoquer les Musulmans. Un concept de provocation bien particulier, chaque famille chrétienne se devant d’accueillir tout hôte musulman inopiné, lui fournir le gîte et le couvert et même lui payer un tribut pour l’usure dentaire causée par la mastication de la nourriture. Ce qui entraîna des rébellions isolées : les histoires de Bulgares assassinant leurs hôtes turcs inopinés étant nombreuses.

L’éveil économique dans les Balkans, permis par le progrès technique durant le 19e siècle, ainsi que l’injustice permanente pour les non-musulmans, a provoqué de sérieuses secousses sociales. Notamment en Bulgarie, où de nombreux citoyens se transformèrent en virulents opposants du régime. Ce fut le cas d’un jeune poète nommé Hristo Botev, influencé par un père déjà farouchement opposé à l’Empire ottoman et avocat d’un mouvement nationaliste bulgare. Le jeune Botev fut rapidement contraint à l’exil, après avoir prononcé un discours dans son village accusant les autorités ottomanes. Cela ne l’empêcha pas de garder de forts liens avec le mouvement révolutionnaire bulgare et de devenir un porte-parole de tous les exilés bulgares d’Europe. Pendant cette période, il écrivit beaucoup de poèmes traitant de l’exploitation de la classe ouvrière bulgare par l’Empire ottoman. Poète, révolutionnaire, journaliste engagé, Hristo Botev cumula les casquettes et les combats pour la cause bulgare.

Puis, vint la dernière étape pour la libération. Botev, nouveau président du mouvement de révolte, profita des montées des tensions pour lancer un soulèvement contre l’Empire. Le manque de préparation de cette révolution accoucha d’une souris ou plutôt de l’insurrection ratée de Stara Zagora. Malgré la présence d’Ottomans en nombre venus pour sécuriser la province, Botev fomenta une nouvelle révolte pour libérer la Bulgarie. Sans soutien populaire, le groupe de révolte se mesura seul aux Ottomans. Hristo Botev tomba sur le champ de bataille à seulement 28 ans, devenant un martyr pour la cause de l’indépendance bulgare.

Le combat pour l’indépendance ne s’arrêta pas là et la Bulgarie, en 1878, fut libérée de la Turquie par la Russie. Botev était mort, mais ses écrits, eux, restèrent. Ils lui permirent de devenir le symbole de cette nouvelle Bulgarie fière de retrouver sa liberté, son identité, ses racines et ses traditions. Le nom de Botev servira pêle-mêle à nommer des places de villages, des astéroïdes, des montagnes ou même une radio nationale. Botev est devenu l’image de la Résistance, reprise à l’étranger jusqu’en … Antarctique où une falaise porte son nom.

Botev Plovdiv, l’un des premiers clubs de football bulgare

Il aurait été surprenant que le football échappe au phénomène. Les étudiants de Plovdiv, au moment de fonder l’un des premiers clubs du pays, pensèrent naturellement à Hristo Botev. En 1912 selon la version officielle. Cependant, les informations douteuses voulant l‘attester et l’entrée en guerre de la Bulgarie cette année là, entraînant la fermeture de toutes les écoles de sport, démentent cette version des faits. Il est plutôt probable que le club aurait été fondé autour de 1917, lorsque des documents officiels et une trace d’un premier match furent trouvés. C’est à ce moment que les couleurs du club jaune et noir auraient été choisies, selon une version, en fonction du drapeau de l’Empire autrichien, allié du Royaume de Bulgarie. Le Botev, alors une équipe de lycéens, débuta par des matchs contre d’autres équipes de Plovdiv, puis des équipes du pays. Ensuite, en 1925, vint le premier match international contre … Fenerbahçe, une équipe turque ! Une sorte de nouveau combat contre l’Empire ottoman, cette fois sur un terrain de football. Le score fut de 2-6 en faveur des Turcs, sans qu’il y eut de morts ou de changement géopolitique.

Le football se structura en Bulgarie et un championnat du nom de King’s Cup se créa sous forme de tournoi à élimination directe en 1924. En battant le Levski Sofia 1-0 devant 300 supporters, Botev Plovdiv remporta son premier championnat en 1929. Ce succès entraîna la ferveur des habitants de la ville. Plusieurs milliers d’entre eux se réunirent à la gare de Plovdiv pour congratuler leurs nouveaux héros au son d’hymnes bulgares. Botev Plovdiv devint le troisième club à devenir champion du pays après le Vladislav Varna (prédécesseur du Tcherno More) et le Slavia Sofia. Il est intéressant de noter que les trois clubs se battent toujours pour savoir lequel d’entre eux fut fondé le premier. Un point commun les unit pourtant : de par leurs structures, leur organisation et leur implication, ces trois clubs auront été des précurseurs du football bulgare et auront contribué à l’essor du football en Bulgarie. C’est aussi eux qui ont inspiré l’établissement en 1937 d’une division nationale de football.

Club de l’armée sous le Parti communiste

Un tournant de l’histoire du club se produisit en même temps que l’arrivée du Parti communiste en Bulgarie. Faisant fi des racines, de l’identité et des noms des clubs de football, le Parti les plaça tous sous la tutelle de ministères. En 1947, le FC Botev devient une équipe militaire, représentant la garnison militaire de Plovdiv. Les interventions du gouvernement central ne s’arrêtèrent pas là. Le Parti changea aussi le nom du club en DNV, DNA puis SKNA (Club de Sport de l’Armée nationale). Indépendamment des différentes associations et fusions, un seul nom était retenu par les supporters : Botev. Le Parti eut beau effectuer son grand nettoyage, les fans montrèrent toujours un soutien inconditionnel à leur club, scandant « Botev » dans les tribunes pour rappeler cette fierté de leur ville et de leur pays. Cela faisait 30 ans que le club était devenu une institution et il était tout bonnement impossible de le rendre différent.

Malgré le fort soutien populaire, le Botev ne rayonnait pas particulièrement dans un championnat acquis aux causes des équipes de la capitale. La centralisation du gouvernement avait pour but de favoriser les équipes de la capitale et d’en faire une vitrine. Ainsi, en 1950, le gouvernement décida d’unifier les équipes de l’armée à Sofia et expulsa le club de Plovdiv hors de la première division. Ce qui ne l’empêchera pas de revenir. Mais le problème persista. Les clubs à l’extérieur de Sofia furent toujours méprisés et pénalisés, comme l’étaient les Bulgares pendant la période ottomane. Un exemple flagrant l’illustra en 1953 lors d’un match opposant le CSKA Sofia au Botev Plovdiv : l’absence du club jaune et noir sur le terrain offrit une victoire aisée 3-0 sur tapis vert au CSKA. Il se trouve que les joueurs avaient été réquisitionnés « par hasard » la veille du match pour effectuer des exercices militaires dans un camp !

bultras, botev plovdiv

Les Bultras de Plovdiv fêtent le 169è anniversaire de la naissance de Botev (2017) | © bultras

L’année 1957 resta marquée par le retour du nom Botev dans le nom du club, désormais « ASK (Armée Sport Club) Botev Plovdiv ». Ce grand changement annonça aussi de nouveaux résultats. Une coupe fut obtenue en 1962, accompagnée de multiples places d’honneurs en championnat lors de ces années fastes. La consécration arriva en 1967, quand le Botev remporta le championnat lors de la meilleure année de l’histoire du football bulgare (Le CSKA et le Slavia atteignirent les demi-finales de la Coupe d’Europe). Au total, seules trois équipes hors Sofia (Botev, Spartak Plovdiv et Stara Zagora) gagnèrent le championnat sous l’ère communiste, situant le niveau de l’exploit. Pour autant, ce succès n’en appela pas d’autres.

Durant la même année 1967, le Parti communiste décida une nouvelle fois de tout changer en fusionnant trois clubs de Plovdiv (Botev, Spartak, Akademik) sous le nom de Trakia. Parmi les trois, seul le Botev s’en sortit mieux puisque le Trakia jouait avec les couleurs jaune et noir et évoluait dans le même stade. Cette décision signa la mort de l’Akademik et du Spartak (champion de Bulgarie en 1963), et aussi la fin de l’apogée du Botev. Au contraire, le Lokomotiv tira avantage de cette situation pour devenir le club numéro un de la ville, au moins sur le plan sportif. Mais comme toujours, le résistant Botev revint plus fort, gagnant une coupe et terminant cinq fois troisième en championnat entre 1981 et 1991. Pour les fidèles supporters, il faudra attendre plus de 22 ans, soit 1989 et la chute du régime pour que revienne Botev dans le nom du club. Les chants à la gloire du héros résonnèrent alors plus fort que jamais.

Effondrement et restructuration

La suite est assez symptomatique du football de l’Est tel qu’on le connait aujourd’hui. Le hooliganisme a pris une part considérable dans les tribunes du Botev Plovdiv, éloignant un certain nombre de supporters lambdas et historiques. Des actionnaires en forme de requins, des propriétaires peu scrupuleux et des politiques véreux ont entraîné des problèmes financiers débouchant sur un effondrement total du club en 2010. Mais là encore, l’esprit de résistance de Hristo Botev permit de soulever des montagnes.

« Celui qui tombera dans le combat pour la liberté ne mourra jamais » extrait du poème « Hadzi Dimitar » de Hristo Botev

La restructuration du club apporta rapidement un grand bénéfice pour le Botev. Tzvetan Vassilev acheta 90% des parts du club et laissa 10% aux fans. L’équipe revint en première division après trois saisons. Des investissements rénovèrent l’académie et le stade. En plus de cela, les résultats se révélèrent meilleurs qu’avant la banqueroute. Avec un modèle financier stable et le soutien des fidèles Bultras, le Botev Plovdiv peut se montrer résolument optimiste pour le futur. Porté par l’esprit de son héros, le club veut inverser la tendance dans le football bulgare, dans la lignée des poèmes plus que jamais d’actualité du révolutionnaire Hristo Botev.

Damien F. 


Image à la une : © dupnitsa.net

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