Hristo Stoichkov, le surdoué et irascible Bulgare

Invité - Publié le 7 octobre 2017

En pleine course pour la qualification au mondial en Russie, la sélection bulgare se trouve dans une situation délicate. Une situation avec un air de déjà-vu, comme en témoigne le spectre du match de 1993 contre la France. Match qui continue sans doute à hanter David Ginola et ses anciens coéquipiers. Ainsi, le football bulgare a connu ses heures de gloire, en révélant au monde du ballon rond certains des plus élégants joueurs de leur génération.

Magnifique, scandaleux, théâtral, hautain, génial, autant de mots et d’adjectifs pour qualifier le grand Hristo Stoichkov. Maître de son art et dans la provocation, le bulgare, partout où il passa ne laissa personne indifférent que ce soit dans son pays natal ou à l’étranger. A tel point que des grands noms du football mondial, comme Cruyff ou Platini le reconnurent comme l’un des leurs. Le « chien », comme il est surnommé par les médias, a toujours su, volontairement ou non, faire couler l’encre à son sujet, tant par ses exploits sur le terrain que par les scandales de sa vie privée. Retour sur la vie hors normes et singulière de la légende et capitaine emblématique de la sélection bulgare.

Premiers exploits, premiers coups de sang

« Le numéro 8 m’a toujours porté chance, il symbolise l’infini. »

A l’instar de très nombreux joueurs, la vie d’Hristo a toujours tourné autour du ballon. Né à Plovdiv en février 1966, il grandit dans un pays où les tensions politiques et la pauvreté sont omniprésentes. Dès ses douze ans, il commence à faire parler de lui dans les équipes de jeunes du club de sa ville, le Maritza Plovdiv, jusqu’à faire des apparitions dans l’équipe première. Un talent on ne peut plus précoce qui lui permet de réaliser ses premiers faits d’armes en seconde division bulgare.

Comme une évidence, il est recruté à dix-huit ans par le plus grand club du pays de l’époque, le CSKA Sofia. Stoichkov découvre ainsi la même année le football professionnel et les joutes européennes. D’abord milieu offensif puis ailier ou attaquant de pointe, le jeune footballeur fait parler de lui dès sa première année au club. Sa technique, son engagement et son adresse devant le but sont appréciés de tous. Mais une première saison au haut niveau est souvent synonyme de manque de maturité. Et c’est alors qu’arrivent les premières suspensions suite à plusieurs bagarres avec des joueurs des équipes adverses. Hristo et d’autres de ses coéquipiers se font exclure dix mois des terrains.

En compétiteur hors pair, il décide de rattraper le temps perdu à son retour de suspension. Fort de son expérience, le Bulgare prend une nouvelle dimension dans son club. Pour preuve, les 38 buts inscrits, record du pays lors de sa dernière saison à Sofia en 1990. Cette année est d’ailleurs sublimée par l’obtention du soulier d’Or, récompensant le meilleur buteur européen.

Courtisé par le grand Barça de Cruyff

La suite logique de la carrière de Stoichkov est la signature dans un club important sur la scène européenne. Ce sera, excusez du peu, le FC Barcelone. Tombé sous le charme du jeu de l’attaquant depuis quelques mois, c’est le Hollandais volant en personne qui fera tout son possible pour faire signer Hristo. Naturellement, les Catalans ne sont pas les seuls à vouloir s’attacher les services du Bulgare.

Cruyff et Stoichkov se rencontrent à plusieurs occasions, lors de matchs amicaux ou de tournois organisés par le club barcelonais. L’opération de séduction est une réussite. Le génial attaquant est partant pour ce club de prestige. Mais le plus dur reste à faire, le CSKA Sofia étant un club du bloc de l’Est, les négociations s’avèrent compliquées. Les transferts n’étant pas libres et certains points légaux restant flous, ces mêmes négociations mettent plusieurs mois à aboutir. Le club catalan parvient à ses fins en 1991 après plusieurs mois de discussions. Les espoirs placés en Hristo sont illustrés par un transfert record de 4 millions de dollars, ce qui fait de lui le joueur le plus cher des pays de l’Est, devant l’ancien ballon d’Or Oleg Blokhine…  En fin technicien et grand connaisseur du football, Cruyff fait tout pour intégrer son nouveau joueur. En plus de lui offrir des cours particuliers d’espagnol et d’anglais, il répondra à toutes les demandes du Bulgare. « Hristo venait de l’Europe de l’Est. Les habitants de là-bas sont pauvres, ils ne connaissent pas la valeur de l’argent. Je lui ai dit de demander le salaire qu’il voulait, » déclara Cruyff dans la presse.

Stratégie gagnante pour le club car Stoichkov s’adapte très rapidement à sa nouvelle vie et brille dès sa première saison en Catalogne. C’est à partir de ce moment qu’Hristo commence à bâtir sa légende. Il devient alors un des joueurs majeurs de la « Dream Team » des Blaugrana. Mais, malgré ses prestations excellentes, le Bulgare garde son image de mauvais garçon. Les journaux le qualifient de « grande gueule » pour des déclarations maladroites et de « joueur méchant » suite aux trop nombreuses altercations qu’il a avec ses adversaires, les supporters ou avec les membres du staff technique. Hristo est régulièrement suspendu ce qui, pour une partie de la presse internationale, lui coûtera le Ballon d’Or en 1992. Ballon d’Or attribué à son rival, l’attaquant du Milan AC, Marco Van Basten.

En 1995, éprouvant le désir de changer d’air, il rejoint pour une année le FC Parme. Il y joue 30 matchs pour 7 buts inscrits, avant de retourner à Barcelone pour deux saisons. Stoichkov a marqué la Catalogne durant ses deux passages. Fort de ses 117 buts en 254 matchs, son palmarès impressionne : Supercoupe d’Europe 1992 et 1997, Coupes de clubs champions 1992, Coupe des coupes 1997, 5 championnats d’Espagne 1991, 1992, 1993, 1994 et 1998, Supercoupe d’Espagne 1991, 1992, 1994 et 1996. Mais il devient surtout le premier et le seul joueur bulgare à recevoir le Ballon d’Or en 1994. Il écrase toute la concurrence avec un score de 210 points et une différence énorme de 72 unités sur son dauphin, l’Italien Baggio.

Meneur et maître à jouer de la sélection bulgare

Tout comme le joueur en club, Stoichkov a brillé sur le terrain avec sa sélection entre 1989 et 1999. Rapidement cadre incontournable puis capitaine de l’équipe, il compte 83 sélections pour 37 buts marqués.

Cette génération bulgare, dans laquelle jouait Hristo, est sans doute l’une des meilleures de l’histoire du pays. Cette formation emmenée par son maître à jouer accomplit des exploits jamais réalisés auparavant. Certains sont retentissants. Le meilleur exemple s’est déroulé en 1994. Accompagné de joueurs de talents comme Emil Kostadinov, Iordan Letchkov ou encore le gardien Borislav Mikhailov, la Bulgarie se qualifie pour la Coupe du Monde aux Etats-Unis en renversant le cours des choses. Proche d’une élimination, les soldats, comme les surnomment les médias, vont finalement s’en sortir in extremis et réaliser une belle performance lors du mondial américain en atteignant la quatrième place. Durant cette compétition, Stoichkov fait briller son équipe par son intelligence de jeu. Il finit par la même occasion meilleur buteur du tournoi avec six réalisations, à égalité avec l’attaquant russe Oleg Salenko. Il continue sur sa lancée avec l’Euro 1996 (trois buts), portant à lui seul son équipe.

Hristo Stoichkov se qualifie une seconde fois en Coupe du Monde quatre années plus tard. Mais cette fois-ci, en France, la Bulgarie est éliminée dès la phase de poules avec un point uniquement et un seul but marqué. Cet évènement entraîne la décision d’Hristo de prendre sa retraite internationale un an plus tard, laissant orpheline la sélection bulgare.

De la fin de carrière de footballeur à ses débuts d’entraîneur professionnel

« Il détruit tous ses joueurs. Combien sont partis à cause de lui ? Il est médiocre, c’est une mauvaise personne. Il a détruit le Barça de cette époque. »
Ses propos traduisent les relations conflictuelles et compliquées qu’il entretient avec le nouvel entraîneur, le Néerlandais Louis Van Gaal. S’ajoutent à cela un comportement agressif sur le terrain et des déclarations maladroites devant les médias. Sa remarque de l’époque à propos de son ancien entraîneur et légende du club barcelonais vont lui attirer les foudres des socios catalans: « Cruyff est un envieux, il m’a fait la guerre parce que moi, en tant que joueur, j’ai tout gagné avec les Blaugrana, et lui presque rien. » Au même moment, Van Gaal décide de mettre Hristo sur le banc et va jusqu’à le désigner numéro trois dans la hiérarchie des buteurs. Stoichkov ne l’acceptant pas, il décide de retourner pour quelques temps seulement dans son club de cœur, le CSKA Sofia.

La suite n’est qu’une succession de quelques mois dans des championnats plus exotiques : Arabie Saoudite, Japon puis trois saisons correctes en terme de statistiques aux Etats-Unis et notamment au Chicago Fire avant de prendre sa retraite sportive en 2003, à l’âge de 37 ans.

Ayant le football chevillé au corps, Stoichkov reste en contact avec le monde du foot. Aujourd’hui commentateur sportif très apprécié dans son pays, il passe directement à la fin de sa carrière ses diplômes d’entraîneur. Hristo est appelé pour prendre en main la destinée de l’équipe nationale de Bulgarie. Il y reste trois années, de 2004 à 2007, avant de la quitter pour une pige de six mois au Celta Vigo. Puis, comme au cours de sa fin de carrière de joueur de foot, les clubs s’enchaînent : Iran, Afrique du Sud avant de retourner chez lui, à Sofia, pour une saison.

La vie de bohème menée par le chien, comme les médias bulgares aiment à l’appeler, a marqué toute une génération. Stoichkov le provocateur n’a toujours pas fini d’écorner le monde du football. Ses déclarations pleines de controverses ont sans doute fait grincer les dents des instances du football européen. « Le Ballon d’Or, c’est un arrangement, ça me rend malade. Platini est un type lisse et Ribéry est français et a gagné plein de trophées, » déclara-t-il après avoir remis le Ballon d’Or à Messi en novembre 2013. En parallèle, des scandales éclatent dans sa vie privée. Après avoir été accusé d’agressions en sortant de boîte de nuit, Hristo a dû faire face à une sombre histoire de braconnage.

Adulé autant que détesté, la légende Stoichkov s’est implantée dans le milieu du football. Le Bulgare y tient sans doute un rôle d’anti-héros, mais sa personnalité atypique manque peut-être un peu dans le football d’aujourd’hui parfois trop lisse et aseptisé. Garçon intelligent et d’une certaine façon attachant, il sait manier les mots, utilisant de temps en temps ceux qui dérangent. Si son franc parler fait débat lors de ses sorties médiatiques, tous reconnaîtront quel magnifique joueur il a été. Son palmarès, encore de nos jours, fait rêver beaucoup de jeunes et ses coups de génie ont à coup sûr marqué son temps mais aussi les plus belles pages de l’histoire du football bulgare.

Jean Mattei


Image à la une : © Ihvan Radoykov / ANADOLU AGENCY via AFP Photos

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