Semaine spéciale Dnipro : Kolomoyskyi – le pouvoir, la guerre et le Dnipro

Damien F - Publié le 22 mai 2015

Nouvel article de notre semaine spéciale Dnipro avec son président, Igor Kolomoyskyi. Entre pouvoir, guerre et Dnipro, Footballski vous propose son portrait.

Dnipro Footballski

Un puissant oligarque

En évoquant le football ukrainien, un nom revient souvent. Celui de Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche et le plus puissant d’Ukraine qui aurait déjà investi plus d’un milliard dans son club du Shakhtar Donetsk. Derrière cet homme fort, arrivent les frères Surkis, deux sulfureux frères multimillionnaires à la tête du Dynamo, membres du puissant clan de Kiev. Un troisième clan, celui de Dnipropetrovsk, se partage avec les deux premiers les richesses de l’Ukraine. Considéré comme le plus puissant sous la présidence de Leonid Koutchma (jusqu’en 2005), le clan dont est issue Yulia Timochenko, a perdu du terrain au profit de celui de Donetsk mais dirige toujours le FC Dnipro Dnipropetrovsk. Le club est présidé par l’oligarque Igor Kolomoyskyi, troisième fortune du pays estimée à 2,4 milliards de dollars selon Forbes.

Kolomoyskyi (vous pouvez écrire aussi Kolomoysky, Kolomoisky, Kolomoiskiy ou Kolomoyskiy), ukrainien-chypriote israélien d’origine juive, est le  propriétaire et président du FK Dnipro Dnipropetrovsk. Né dans une famille juive d’ingénieurs, il est l’un des nombreux profiteurs de la chute de l’empire soviétique. Pour cela, il lui a suffi de cofonder en 1992 ce qui est aujourd’hui la plus grosse banque d’Ukraine, PrivatBank. A la fin des années 1990, il a élargi ses opérations commerciales en prenant possession de diverses compagnies, dont le FK Dnipro Dnipropetrovsk. Cela lui permet de maîtriser une partie du football ukrainien à travers divers accords commerciaux qui impliquent plusieurs clubs de football ukrainiens.

Les sphères du pouvoir dans le football ukrainien ne se limitent pas à un seul club. Comme le relate le Huffington Post, Rinat Akhmetov est accusé de détenir directement et indirectement pas moins de quatre équipes de Premier Liga autres que le Shakhtar (Metalurg Zaporojie, Illichivets Mariopol, FK Sebastopol et Mettalurg Donestk).

« Le président d’un de ces clubs est venu à un match de son équipe dans la doudoune du Shakhtar et a assisté au match en portant celle-ci« , raconte Alexey Andronov, commentateur télé.

Le Dnipro n’est pas en reste. En plus de la très bonne relation entretenue avec Volyn Lutsk, d’autres clubs sont soupçonnés d’être dans le giron de Kolomoyskyi, qui n’apprécie pas beaucoup que ses ordres ne soient pas respectés. Comme quand le FK Kryvbass est allé gagner sur la pelouse du Dnipro. Dans la foulée, le club historique de Kryvyï Rih a été déclaré en cessation de paiement et dissous, Kolomoyskyi ayant décidé de couper les vivres. Notre ami lucarne-opposée.fr vous raconte plus en détail ce cas, qui n’est pas isolé dans le football ukrainien.

« Tout le monde sait que seuls quatre ou cinq clubs essaient de jouer au foot. Les autres sont juste là pour faire de l’argent« , disait à la BBC la femme d’un ancien joueur ukrainien en 2009.

Bien qu’attentive à ces faits, l’UEFA n’a pour l’instant pas pu sanctionner le club. En revanche, le financement obscur par Igor Kolomoyskyi de la toute neuve Dnipro Arena aurait incité l’UEFA à écarter, pour l’Euro 2012, ce nouvel écrin. Dnipro n’est pas un club sain financièrement et possède des millions d’euros de dettes, ce que n’apprécie pas le gouvernement ukrainien. Lors du huitième de finale contre l’Ajax, toutes les recettes de billetterie ont directement servi à rembourser les dettes au lieu d’en faire profiter le club. En cas de non-paiement des dettes, l’UEFA risque de ne pas délivrer de licence au Dnipro pour la prochaine compétition européenne.

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Konoplyanka et ses coéquipiers chantent pour l’Ukraine |© fcdnipro.ua

Une main de fer

Avec l’éclatement des conflits, l’Ukraine est devenue une zone politique à risques. La grande star ukrainienne, Yevhen Konoplyanka, qui n’avait rien demandé, s’est retrouvé au cœur d’une lutte interne entre les deux puissants oligarques Rinat Akhmetov et Igor Kolomoyskyi. Le premier, bien connu pour ses liens avec Yanukovych, est accusé par les activistes pro-ukrainiens d’avoir financé des militants séparatistes à Donetsk. Le second est un allié de Yulia Timoshenko. Kolomoyskyi est devenu, en mars 2014, gouverneur de l’Oblast de Dnipropetrovsk, ce qui est mal passé auprès de Vladimir Poutine qui l’a qualifié dans la foulée d’ « escroc ». Un mois plus tard, le nouveau gouverneur offrait une prime de 10.000€ sur ses propres fonds pour la capture de chaque saboteur russe capturé et des primes distinctes pour leur armement.

Pour contrer la menace séparatiste, l’homme fort du clan de Dnipropetrovsk  a dépensé 10 millions de dollars pour créer sa propre milice citoyenne : le Dnipro Bataillon. Le bataillon volontaire Aidar a également été soutenu publiquement par l’oligarque, comme ceux d’Azov et de Donbass. La réponse russe ne s’est pas faite attendre. Le Comité d’Enquête de la Fédération de Russie a demandé à Interpol de placer Kolomoyskyi sur sa « wanted list » pour « crimes de guerre ». Même la ville de Dnipropetrovsk, d’ordinaire calme comme un cimetière, vit la montée du patriotisme : on y voit des drapeaux fleurissant aux balcons ou des voitures de résidents repeintes aux couleurs nationales !  Le mot de la fin fut donné par Petro Porochenko, président ukrainien, qui décida de limoger le gouverneur pour protéger la paix.

Après le début de la révolution d’Euromaïdan, lors du mercato hivernal de la saison 2013-2014, Liverpool s’est assuré de la présence de Konoplyanka en acceptant de payer la clause libératoire de 15 M€. La visite médicale se révéla même concluante. Le seul obstacle fut Kolomyskyi, qui était farouchement opposé au transfert. Suffisant pour déclencher l’effondrement de l’accord. Celui qui est aussi le président de la communauté juive unie d’Ukraine, préférait négocier avec Tottenham (club de la communauté juive de Londres) et son président Daniel Levy avant, au final, de se rétracter et d’ignorer les obligations contractuelles pour garder Konoplyanka en Ukraine. Le but, réussi, était d’accroître la notoriété du club et aller le plus haut possible avec ce fantastique joueur, quitte à le laisser partir gratuitement.

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Santé ! | © fcdnipro.ua

Un avenir encore plus doré ?

Pour l’un des oligarques les plus puissants du pays,  défier le puissant clan de Donetsk et son Shakhtar demeure une belle opportunité à saisir. Le football étant un élément clé dans la lutte des pouvoirs des différents clans, Kolomoyskyi compte qualifier le plus tôt possible son club en Ligue des Champions. Peut-être même compte t-il utiliser la crise politique dans le Donbass pour faire perdre au Shakhtar le contrôle de la première ligue ukrainienne ? Ce pari aurait pu se réaliser cette année grâce à la deuxième place acquise lors du championnat de la saison dernière. Mais une défaite surprenante contre le FC Copenhague au 3ème tour préliminaire (2-0 ; 0-0) scella les espoirs de celui qui est surnommé Bonifatsiy pour la ressemblance de sa coupe de cheveux avec le personnage de la série animée « Каникулы Бонифация » (Les vacances de Bonifatsiy). Un mal pour un bien avec ce parcours en Europa League réussi au-delà des espérances…

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© fcdnipro.ua

Pour la saison prochaine, le coach Markevych a annoncé vouloir 3 à 5 recrues cet été. Le président possède les moyens et l’envie de rendre son club encore plus compétitif. Seulement, le principal obstacle sur la route de ses ambitions reste la dette faramineuse du club dans le viseur de l’UEFA et son fair-play financier. Sachant la marge de manœuvre étroite d’Akhmetov, il va être difficile pour Dnipro de dépenser beaucoup d’argent sans se faire sanctionner par les instances européennes. Heureusement, avec ce brillant parcours, le club de la ville surnommée la « Lviv de l’Est »  a montré que la détermination et le travail sont parfois plus importants que la richesse. Cela tombe bien, c’est la principale raison pour laquelle nous vibrons au gré des exploits de Dnipropretrovsk dans cette Europa League.

 Damien Goulagovitch


Photo à la une : © DNR-News

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