La Russie, ce sera sans eux #15 – la Roumanie

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 20 novembre 2017

La phase de groupes des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 est arrivée à son terme. Alors que la Croatie a été la dernière équipe à avoir décroché sa qualification, Footballski revient sur le parcours des équipes d’ores et déjà assurées de ne pas être en Russie en juin prochain. Avec aujourd’hui la Roumanie, qui vit une période bien difficile depuis l’Euro 2016.

LES RÉSULTATS

Roumanie – Monténégro : 1-1
Arménie – Roumanie : 0-5
Kazakhstan – Roumanie : 0-0
Roumanie – Pologne : 0-3
Roumanie – Danemark : 0-0
Pologne – Roumanie : 3-1
Roumanie – Arménie : 1-0
Monténégro – Roumanie : 1-0
Roumanie – Kazakhstan : 3-1
Danemark – Roumanie : 1-1

Groupe E :

1. Pologne 25 pts
2. Danemark 20 pts
3. Monténégro 16 pts
4. Roumanie 13 pts
5. Arménie 7 pts
6. Kazakhstan 3 pts

Après un Euro 2016 catastrophique, la Roumanie a cherché du sang neuf et fait appel à un sélectionneur étranger pour la première fois depuis… 1934! Dans un groupe E sans grand nom, les choses semblent au départ serrées entre la Pologne, favorite, et ses principaux poursuivants que sont le Danemark, la Roumanie et le Monténégro. Mais dès le départ, les choses tournent mal et la Roumanie fait rapidement ses adieux à la Coupe du Monde russe. La résignation pointe dès la première journée de cette campagne qualificative. Une résignation toute roumaine.

Face au Monténégro, les Roumains dominent leur match d’ouverture. L’équipe est solide mais manque de réalisme, jusqu’à la 85e minute et l’ouverture du score de Popa. Le plus dur semble fait mais deux minutes plus tard, Stevan Jovetic égalise sur un coup-franc a priori anodin. Un premier coup derrière la tête qui en appelle un autre. Au bout des arrêts de jeu, Nicolae Stanciu tire trop fort et trop haut le penalty de la victoire. Le match nul sonne comme une défaite et les regrets d’autant plus grands que les autres résultats étaient favorables. Le travail de Christoph Daum est d’ores et déjà sapé par un moral en berne. La Națională se reprend face à une équipe d’Arménie en perdition et réduite à 10 dès la troisième minute de jeu, mais prend un nouveau coup au Kazakhstan. A l’instar des Polonais lors de la première journée, les Roumains dominent le Kazakhstan mais se montrent incapables de dérouler un jeu efficace sur l’ersatz de terrain qu’est l’horrible synthétique d’Astana et concèdent un nouveau nul.

Déjà compromise, la qualification devient illusoire après la sèche défaite à domicile face à la Pologne. Dès lors, Daum semble lâché de toutes parts. Les critiques fusent, parfois au sein même de la FRF, la fédération nationale de football, et les joueurs ne semblent pas forcément adhérer au projet. La suite des résultats est ainsi à l’avenant : défaites contre les concurrents directs, victoires contre les « petits » que sont l’Arménie et le Kazakhstan. Seules exceptions, les deux nuls face au Danemark, dont le dernier, arraché à l’extérieur et en infériorité numérique, ressemble à un dernier baroud d’honneur avant le licenciement du sélectionneur allemand.

LES RAISONS DE LA NON QUALIFICATION

Comme le présageait Gheorghe Hagi lors d’une sortie restée mémorable face aux journalistes, le football roumain est un éternel malade. Dès les années 90, le Roi avait saisi les insurmontables difficultés qui allaient poindre. La Națională était pourtant à son meilleur niveau. Après les exploits de la Génération dorée, rien. La Coupe du Monde russe sera la 5e consécutive que la sélection roumaine vivra devant son poste de télévision. La faute à un seul homme ?

C’était en 2017. Si près, si loin… © Alexandru Dobre / Mediafax Foto

Après un Euro calamiteux sous les ordres d’un trop frileux Anghel Iordănescu, la FRF s’est mise en tête, à l’instar de nombreux autres pays de l’Est, de faire appel à un technicien étranger. L’heureux élu, Christoph Daum, est censé faire l’affaire, à défaut d’être un choix prioritaire. Avec lui, la Națională doit retrouver de l’allant offensif, briller de nouveau par un jeu offensif débrider. « Nous serons toujours offensifs, nous attaquerons même sans avoir le ballon » clame ainsi l’Allemand lors de son discours d’intronisation. L’arrivée de Daum est presque unanime, dans l’espoir d’en finir avec les sélectionneurs locaux sclérosés. Les médias comme l’opinion publique voient en lui la fin des copinages entre agents de joueurs et fédération. Las, tout s’est rapidement effondré.

Ce que Daum n’a pas su voir venir, c’est le mental. Ce mal récurrent enfoui profondément dans l’inconscient collectif roumain. Un mal qui ressort dès le premier match, tel un diable jaillissant de sa boite. Face au Monténégro, la Roumanie encaisse donc un but égalisateur en fin de match, avant de rater un penalty au bout du temps additionnel. Remplacé quelques secondes plus tôt, l’artilleur en chef Bogdan Stancu ne peut le tirer, et Nicolae Stanciu craque sous la pression, ratant le cadre. Tout y est. Tous les ingrédients sont réunis pour que la fatalité anéantisse déjà les espoirs de qualification. Comme dit précédemment, les espoirs de qualification tournent court dans cette campagne.

Fatalisme ou pas, la Roumanie a perdu sous Daum tout ce qui faisait récemment sa force : discipline, rigueur défensive et efficacité devant le but. Là où Iordănescu avait réussi à bâtir un collectif solide, capable de se qualifier pour l’Euro 2016 en encaissant deux petits buts seulement, les Roumains en encaissent dix, soit un par match. Un bilan néanmoins parfaitement alourdi par les six unités encaissées face à la seule Pologne. Incompris d’une partie de ses joueurs, lâché – voire sabordé – par sa fédération, Daum impose de son côté des choix parfois déroutants. Désireux de conserver son autorité, ce dernier met l’accent sur les « bons coéquipiers » et prend appui sur un groupe d’éléments modèles. Les fortes têtes, telles que Constantin Budescu ou Denis Alibec, sont ainsi oubliés, parfois au profit de joueurs en difficulté en club, comme Nicolae Stanciu. D’autres choix, comme la présence de Valerică Găman en milieu de terrain lors du déplacement au Monténégro, sont tout simplement inexplicables. La Roumanie manque certes de profondeur de banc et de joueurs en réussite à long terme en club, capable de tirer l’ensemble vers le haut à eux seuls, à l’image des Lewandowski ou Jovetic qui lui ont fait si mal durant cette campagne. Mais dans des conditions similaires, Pițurcă et Iordănescu avaient eu de bien meilleurs résultats.

Dans ce marasme ambiant, un homme a démontré une fois plus, si cela n’était pas déjà clair, qu’il n’était peut-être pas l’homme de la situation que l’on espérait à ses débuts : Răzvan Burleanu. Si Christoph Daum s’est retrouvé dans le premier vol pour Bucarest, c’est que le boss de la FRF est allé le sortir de sa pré-retraite en l’arrosant à hauteur de 540 000 euros. Au final, cher payé pour deux victoires contre l’Arménie en dix matchs. Voyant que la tête de son petit protégé ne tiendrait pas bien longtemps au vu des premiers résultats, Burleanu a par la suite savamment occupé son temps en servant Daum en pâture aux journalistes, contribuant à créer un climat délétère autour de la sélection, ce qui a tout sauf aidé un groupe au mental déjà défaillant. Ce même Burleanu qui parlait dans ses dix commandements d’intégrité, de coopération et de bonne gouvernance, glumă ieftină (vaste blague en VF) ! Cerné de toutes parts et sans soutien de la part même de son président, Daum finit par craquer lors d’une conférence de presse, adressant un virulent « Je suis plus roumain que vous » aux journalistes roumains ligués contre lui. Des journalistes (le terme est flatteur) qui sont, il est vrai, quotidiennement à la recherche de scandales en Roumanie pour faire vendre du papier.

LES MOTIFS D’ESPOIR

A son arrivée, Christoph Daum clamait vouloir favoriser l’émergence de jeunes pousses. Force et de constater qu’hormis Romario Benzar et Răzvan Marin, peu de nouvelles têtes ont su s’imposer. La faute à une situation compliquée pour la grande majorité de ceux qui ont choisi de quitter la Liga 1 pour les championnats étrangers. Cantonnés aux bancs de touche européens, ceux-ci – Andrei Ivan et Dorin Rotariu en tête – perdent du temps dans leur progression et l’opportunité d’être appelés en sélection. Tout n’est cependant pas morose, et la jeunesse est bel et bien le plus bel espoir que la sélection puisse avoir.

Le trou générationnel que connaît la Roumanie depuis dix ans serait-il sur le point d’être comblé ? Avec son premier titre national, le FC Viitorul a mis en lumière les vertus d’une formation oubliée depuis presque deux décennies en Roumanie. La réussite sportive (et financière) du modèle Hagi pousse d’autres clubs à miser sur ce travail à long terme, à l’instar du Dinamo ou du CSU Craiova. Parmi les perles révélées par le Viitorul, Cristian Ganea, Dragoș Nedelcu ou Bogdan Țîru sont les principaux candidats pour la sélection. A condition de garder un temps de jeu suffisant. Mais ils ne sont pas les seuls. Car les sélections U21 et U19 portent également leur lot de promesses. Toutes deux sont en tête de leur groupe de qualification pour les prochains Euros, ces équipes restent en course pour ces compétitions avec des joueurs qui peuvent pour certains postuler à la grande équipe (Florinel Coman, Denis Man, Alexandru Cicâldău, Ianis Hagi).

Loin du pays, les jeunes Roumains formés à l’étranger sont également un réel motif d’espoir. Des jeunes partis très tôt de Roumanie, et qui profitent d’une formation peut-être plus aboutie que dans bien des clubs de Liga 1. Parmi eux, Vlad Dragomir est le plus prometteur. Meneur de jeu de l’équipe U23 d’Arsenal et international U21 à 18 ans à peine, le natif de Timișoara progresse vite et est déjà inclus avec parcimonie dans le groupe pro par Arsène Wenger, notamment en Ligue Europa. Outre Dragomir, d’autres noms sont à suivre: Claudiu Micovschi (ailier gauche, Genoa), Marius Marin (milieu, Sassuolo), Nicolae Cârnat (attaquant, Wolverhampton), Andrei Radu (gardien, Inter Milan) ou Ionuț Rus (gardien, Lazio Rome) sont des noms à suivre. Encouragée par le cas Florin Andone (parti enfant vivre en Espagne), la FRF organise également régulièrement des tests de détection pour les jeunes issus de la diaspora roumaine, principalement en Italie et en Espagne, mais également durant l’été en Roumanie, lorsque les enfants d’expatriés roumains reviennent en vacances au pays. Toujours avec l’espoir d’y trouver une future pépite à faire évoluer en sélection.

Cosmin Contra, l’homme idéal pour redresser la sélection? © prosport.ro

ET MAINTENANT ?

Après de nombreuses compétitions manquées, la Roumanie a enfin rejoué un Euro en 2016, mais rate donc de nouveau une Coupe du Monde. Afin de ne pas repartir dans une longue série d’absences, la FRF a tenté de faire table rase au plus vite. Christoph Daum a donc été remercié avant même la fin des qualifications. Pour lui succéder, un entraîneur était ciblé : Dan Petrescu. Le technicien du CFR Cluj souhaitait néanmoins conserver son poste en club, ce que la fédération a refusé. Elle s’est donc, dans son souci de retravailler avec un entraîneur du cru, tournée vers Cosmin Contra. Un entraîneur au profil similaire (un Roumain ayant longtemps évolué dans un grand championnat européen, la Liga), mais à l’expérience plus courte sur le banc. Après avoir redressé avec efficacité un Dinamo en perdition, le voilà amené à faire de même avec la sélection.

Contra dispose pour cela d’une totale marge de manœuvre. Peut-être un peu trop d’ailleurs. Le retour de Bogdan Lobonț dans le groupe et la nomination d’Adrian Mutu dans le staff provoque quelques inquiétudes quant à une mainmise des hommes du Dinamo sur l’équipe nationale, et un éventuel système de copinage. Contra a ainsi pu nommer librement son staff et a pu profiter des deux derniers matchs d’éliminatoires pour tester son système de jeu. S’en sont suivis deux amicaux en novembre, aux résultats mitigés avec une victoire face à une Turquie en perdition, puis une lourde défaite 0-3 face aux Pays-Bas, certes avec une équipe très expérimentale. D’autres amicaux sont prévus au printemps. Un temps tout à fait suffisant pour préparer une équipe compétitive pour les prochains éliminatoires. Sans oublier la Ligue des Nations, pour laquelle la Roumanie a toutes ses chances sur le papier, avec le deuxième meilleur indice des équipes de la Ligue C, derrière la Hongrie. Cosmin Contra a donc une immense pression sur les épaules. Une non-qualification à l’Euro 2020 est totalement exclue, surtout que Bucarest en est l’une des villes-hôtes.

Adrian Mutu à la fédération, un rôle flou et bien des interrogations. © frf.ro

Pierre-Julien Pera et Alexandru Lazar


Image à la Une : © Dan Horia Tautan / Mediafax Foto

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A propos de l'auteur

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d’hiver 1998. L’est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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