On a vécu le tout premier match du CSA Steaua Bucarest

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 28 juillet 2017

Le dimanche 23 avril est un jour historique pour le football roumain. Ce jour-là, le club omnisport CSA Steaua Bucarest, que beaucoup de puristes et supporters en Roumanie qualifient de « vrai » Steaua, relance sa mythique section football. Trois mois plus tard, il était l’heure pour la toute jeune équipe de disputer cette semaine le tout premier match de son histoire. Footballski y était.

Pour la première fois, je me rends au stade Ghencea. Malheureusement, ce match amical contre la modeste équipe du Comprest GIM Bucarest, évoluant en 4ème division, ne se joue pas dans le grand stade, mais sur un terrain annexe. Malgré un lendemain de soirée particulièrement difficile, c’est surexcité que je me mets en chemin vers le Stade. Habitant non loin, je fais le trajet à pied. Aux alentours du stade, personne. On peut en revanche apercevoir de nombreux tags, comme « Muie Dinamo » ou « Doar CSA Steaua » qui témoignent du passé du club et qui font d’ailleurs encore plus monter l’excitation. En arrivant au parking, je commence à voir du monde. Il est 10 heures du matin et les supporters du CSA sont déjà bien présents, réunis en petit groupe sirotant des sodas pour certains, des bières pour d’autres. On peut aisément sentir que ça fait longtemps qu’ils attendaient le retour de leur club et du fameux rituel d’avant match. Quelques policiers sont présents, mais tout le monde est très détendu.

© Alex Fievet / Footballski

Ne connaissant pas l’enceinte, je décide une fois les grilles passées de suivre le flot de supporters. C’est aussi l’occasion d’admirer le stade d’une autre perspective et de passer devant les installations des autres sections omnisports du club. Les stickers des différents groupes de fans du club sont légion. Enfin, après cinq minutes de marche, j’arrive au terrain. La fouille est particulièrement sommaire, mais les boissons sont interdites. En pleine gueule de bois et sous 34 degrés en plein cagnard, ça va être dur. Comme je m’y attendais, il n’y a pas de tribune autour du petit terrain annexe, mais les alentours sont déjà pleins, il y’a déjà beaucoup de banderoles et de grands drapeaux. Les différentes sections ultras de la Peluza Sud et de la Peluza Nord sont là. C’est debout et collé à la grille que l’on va suivre le match.

© Alex Fievet / Footballski

Sur le terrains, les deux équipes s’échauffent tranquillement. Il reste cinq minutes avant le début du match quand soudain arrive un gros cortège de supporters, qui viendront se placer juste autour de moi. Il y a beaucoup de monde, tellement que plusieurs dizaines de supporters n’ont même pas de vue directe sur le terrain. Visiblement, ils s’en foutent, ils sont là pour chanter !

Les capos installent au plus vite un tambour et un mégaphone et c’est parti, on peut commencer. Les premiers chants résonnent. L’ambiance est chaude au bord du terrain alors que sur celui-ci, le début de match est timoré. La bataille se joue au milieu de terrain, mais petit à petit, le CSA prend le dessus. L’équipe alignée est très jeune, moins de 20 ans de moyenne d’âge pour les titulaires, dont le plus âgé, Bogdan Sitaru, n’a que 26 ans. Parmi eux se trouve notamment le fils du regretté Daniel Prodan, ancienne gloire du grand Steaua.

« On est stelist de père en fils. Je suis né et j’ai grandi à Ghencea. J’ai commencé le foot à huit ans au Steaua et j’avais vraiment envie de marquer le premier but du club! »

À force de domination, le CSA Steaua obtient un pénalty logique et ouvre le score. L’histoire retiendra que le premier buteur de l’histoire du CSA se nomme Alin Predescu. Un jeune joueur qui a avoué par la suite avoir insisté pour tirer le penalty: « On est stelist de père en fils. Je suis né et j’ai grandi à Ghencea. J’ai commencé le foot à huit ans au Steaua et j’avais vraiment envie de marquer le premier but du club! » Un but qui donne aux supporters l’occasion de lancer les premiers « Muie Dinamo! Muie Dinamo! » La chaleur n’ayant pas l’air de les déranger, ils décident également de craquer quelques fumigènes.

© Alex Fievet / Footballski

Menant dès le premier quart d’heure de jeu, le CSA domine un peu plus encore les débats et double rapidement le score. Cette fois-ci les chants sont à l’honneur de Marius Lăcătuș, la légende du club, vainqueur de la Coupe d’Europe 1986 qui a décidé de revenir diriger et entraîner le club où il a vécu ses plus grands succès. Le troisième but vient juste avant la mi-temps. Sans avoir tremblé une seule seconde, le CSA Steaua mène ainsi 3-0 à la pause.

Dès le coup de sifflet ramenant les équipes aux vestiaires, tout le monde se rue vers la supérette la plus proche pour aller se désaltérer. Les clients du petit magasin ne sont pas visiblement pas au courant du match et se montrent quelque peu déboussolés de le voir plein à 11 heures du matin, un dimanche. Le temps de se désaltérer et de revenir vers le terrain, le match reprend. Paradoxalement, le CSA Steaua accroît sa maîtrise du match dans cette seconde période, mais sans parvenir à tromper le portier adverse. J’en profite pour avoir l’agréable possibilité d’échanger avec un supporter roumain sur le monde ultra du foot en Roumanie, une discussion vraiment enrichissante.

© Cristina Hoinara

Après le coup de sifflet final, les célébrations et remerciements des joueurs durent de longues minutes. L’équipe du CSA Steaua est très jeune, encore un peu désorganisée, mais extrêmement motivée et fière de jouer pour les couleurs du plus grand club de Roumanie. Alors qu’elle ne sait pas encore dans quelle division elle va évoluer cette saison (Liga IV ou Liga V, réponse le 20 août au plus tard), elle vient de dominer une équipe de Liga IV sans aucune discussion possible. De très bon augure pour la saison à venir. Les supporters ne s’y trompent pas. Le retour de leur équipe est une véritable fête. Le CSA a ainsi d’ores et déjà vendu les 1 000 abonnements mis en vente pour la saison. En comparaison, le FCSB n’en met plus en vente depuis six ans… Devant ce succès populaire, le club pourrait revoir ses plans et quitter le terrain annexe de Ghencea pour évoluer cette saison sur le terrain voisin de son équipe de rugby équipé d’une tribune de 4 000 places. En attendant d’en savoir plus sur l’avenir du nouveau club, il est temps de rentrer. Malgré un léger accrochage avec la police, le cortège se met en route relativement tranquillement vers la sortie, en chantant à la gloire de leur équipe, contre Gigi Becali, le FCSB, et surtout le Dinamo.

Alex Fievet


Image à la Une : © Asociația Steliștilor 1947

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A propos de l'auteur

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Pierre-Julien Pera

Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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