Daniel Prodan, pilier de la génération dorée roumaine de 1994

Hadrian Stoian
Hadrian Stoian - Publié le 18 novembre 2016

Mercredi 16 novembre 2016 s’est éteint chez lui, à Voluntari, un joueur pas comme les autres pour la sélection roumaine en la personne de Daniel Prodan. Si « Didi » nous a tristement quitté hier suite à un arrêt cardiaque, son souvenir demeurera impérissable pour tous les Roumains. Présent aux côtés de Gheorghe Hagi et de Gheorghe Popescu lors de la Coupe du Monde 1994, Prodan restera l’un des symboles de l’une des plus incroyables réussites de la Națională à l’échelle mondiale. Portrait.

Prodan, légende du Steaua

Le défenseur débute dans le football professionnel à 19 ans dans sa ville natale, au sein de l’Olimpia Satu Mare en 1991. Il rejoint deux saisons plus tard le Steaua Bucarest. Comment a-t-il pu attirer l’attention des plus grands clubs roumains en jouant dans un club si modeste? Prodan explique :  » Je suis allé à un match en Belgique. Il y avait les dirigeants du Steaua et du Dinamo. Ion Moldovan me voulait au Dinamo, mais je ne l’ai pas compris, j’étais complètement ailleurs. Après un match avec l’équipe nationale des jeunes, Țiți Dumitriu m’a emmené à Ghencea. Puiu (Iordănescu, ndlr) m’a dit : « Petit, je te veux au Steaua ! » « Oui enfin, monsieur si je le veux… » ai-je répondu. Le lendemain je rencontrais le Général Oțelea qui était à la tête du club. » 

À l’époque, son salaire est estimé à 7 500 dollars par an. Un record pour un si jeune joueur !

« J’ai demandé un salaire de 30 000 dollars pour quatre ans. C’était beaucoup d’argent ! Le Général Oțelea m’a dit : « reste ici, et on va voir… » Iordănescu a dit alors « je vais sortir moi-même l’argent de ma maison !« . Et il y est allé, et a rapporté l’argent. »

Afficher l'image d'origine

Prodan il y a quelques années, au stade national de Bucarest avec une écharpe du Steaua datant de l’époque ou celui-ci était joueur.

La génération dorée

Entre 1993 et 1997, Prodan apparaît 121 fois sous le maillot du club de l’Armée, gagnant chaque année le titre de champion de Roumanie. En Europe, il est l’auteur du seul but du Steaua face aux Glasgow Rangers (sa future équipe) dans cette victoire historique du club. Un but d’une admirable reprise de volée du gauche (à voir ci-dessous). Il se distingue particulièrement par sa classe et son efficacité défensive qui lui donnent un nom à l’international après sa première sélection sous le maillot tricolore le 2 juin 1993 (face à la Tchécoslovaquie, perdu cinq buts à deux).

En 1994, il démarre le Mondial face à la Colombie. « Quand le match a commencé, j’ai regardé Asprilla normalement. Il était clair qu’il serait mon adversaire direct. Je me suis dit : il ne pourra pas me dribbler normalement balle au pied depuis Valderrama ! ». La Roumanie s’impose sur le score de trois buts à un. Dans cette World Cup américaine, la Roumanie voit sa formidable épopée prendre fin en quart de finale, au bout de maudits tirs aux buts face à la Suède. Un immense désillusion après avoir préalablement éliminé l’Argentine. La Roumanie signe là son plus beau parcours en Coupe du Monde, et Prodan est loué pour y avoir grandement contribué après avoir participé à tous les matchs du tournoi. Il lui faut toutefois attendre la fin du tournoi pour le voir ouvrir son compteur en équipe nationale, le 12 novembre 1994, avec un but qui scelle la victoire roumaine face à la Slovaquie sur le score de trois buts à deux à la 81ème minute. Un match qui se joue, comme un symbole, à Ghencea, le stade du Steaua.

En 1996 et trois ans après que d’autres joueurs de la génération dorée roumaine aient quitté le pays, Prodan fait ses adieux au Steaua et part tenter sa chance en Espagne du côté de l’Atletico Madrid.

Le démon des blessures

Prodan signe à l’Atletico, où il passe deux saisons en défense avec Diego Simeone, l’actuel entraîneur de l’équipe. Son acclimatation au club se déroule bien et de grands espoirs sont placés en lui. Pourtant en 1998 tout bascule : Daniel Prodan est opéré d’une torse du ménisque externe. Il raconte : «  Je suis parti voir un spécialiste de ce genre de blessures. J’ai lu tout ce qu’il était possible de lire sur le sujet… Mais il ne m’a fait qu’une simple arthroscopie ! Le ménisque externe était tordu, ce qui a ajouté une friction entre le fémur et le tibia. Et sur cette blessure, je jouais, je jouais, je jouais… Arrivé à l’Atletico, j’ai joué puis je suis parti avec la sélection nationale. J’ai dit à Puiu : « Ca me fait très mal au genou. » Il m’a répondu « Quoi?  Tu joues pour ceux qui te paies pour jouer et tu ne jouerais pas pour ton pays? » J’ai reçu une infiltration et j’ai joué. À Madrid, les gens qui m’ont reçu m’ont dit :  » Tu as joué avec ton équipe nationale et tu ne pourrais pas joué ici, où tu es payé? » Et donc j’ai joué ! »

Par la suite, Prodan a beaucoup remis en cause son médecin de l’époque, le docteur Filipescu : « C’est lui qui a tué ma carrière ! Je l’ai vu la première fois juste avant le Mondial. Il aurait très bien pu me dire « Mec, avec ton problème tu ne devrais pas jouer le Mondial ! » Il m’a promis que je pouvais jouer. Baresi m’a dit qu’il avait eu le même problème et qu’il avait été résolu avec trente jours d’arrêt. Moi, le liquide passait encore dans mon genou, l’opération n’a pas été bien menée. « 

Prodan doit recevoir une nouvelle opération lors de son arrivée en 1998 aux Rangers : « J’ai vu directement Martens en arrivant qui m’a dit  » Tu as 60% de chance de pouvoir rejouer, cela dépendra de tes gènes. » En voyant les radiographies, il m’a demandé : « Ouah, qu’est ce que c’est? Qui t’as fait ça? » « Un gars, Filipescu« , « Il avait un pistolet ? Parce qu’il t’a massacré ! » C’est la fin de la carrière internationale de Daniel Prodan. Sa blessure ne lui permettant plus d’espérer évoluer au plus haut niveau, il passe trois ans aux Glasgow Rangers sans être en capacité de disputer un seul match.

nintchdbpict000001218244

Conscient de cet état de fait, Daniel Prodan quitte l’Écosse en 2000 en prêt vers son ancien club, le Steaua, avec lequel il ne peut jouer aucun match, puis au Rocar Bucarest, modeste club du quartier de Berceni. Tout juste promu, ce club aujourd’hui défunt lui permet de retoucher un petit peu au football et même de marquer trois buts en une saison, et de revenir jouer en équipe nationale en tant que capitaine. Une dernère sélection en guise d’adieu.

Car son état empire, et il se retrouve contraint de jouer au FC Național Bucarest, avec une parenthèse italienne du côté de Messine. Entre 2001 et 2003, Prodan ne disputé que dix-sept matchs officiels. Il met un terme à sa carrière à la fin de cette saison 2002/2003.

« À part courir tout droit, je ne peux plus rien faire aujourd’hui. Si je rejouais au football, mon genou lâcherait après trois ou quatre jours seulement ! » Daniel Prodan

Depuis sa retraite, Prodan s’est toujours montré assez discret vis-à-vis des médias, tout en répondant présent aux sollicitations de la part de son club du Steaua et des célébrations pour les joueurs de 1994. Daniel Prodan s’est donc éteint chez lui ce mercredi d’un arrêt cardiaque, en présence de sa femme. L’histoire retiendra un destin footballistique brisé mais qui a contribué à la plus grande fierté du football roumain jusqu’à présent et dont le nom résonnera encore longtemps dans les travées aujourd’hui désertes de Ghencea.

Hadrian Stoian

Daniel Prodan, pilier de la génération dorée roumaine de 1994
4.83 (96.67%) 6 votes

A propos de l'auteur

Hadrian Stoian

Hadrian Stoian

Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

pays de l'auteur footballski

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
On a vécu Roumanie vs. Pologne et Juventus Bucuresti vs. CSM Ramnicu Valcea

Après un Euro 2016 riche en déplacements et le début de saison du championnat polonais, cette semaine internationale sonnait pour...

Fermer