On a vécu le 290ème derby de Prague

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 29 novembre 2018

Prague a son château, Prague a son pont, Prague a son cimetière juif, Prague a ses centaines de clochers, Prague a aussi son derby ! Prague est si belle, Prague est si chantante et délicate. Pourtant deux fois par an, pendant quatre vingt dix minutes, Prague vibre pour son Sparta et son Slavia, Prague s’embrase et hurle pour les deux « S ». 290ème derby de l’histoire, Footballski était bien évidemment sur place pour l’occasion.

« Want some tickets ? »

Tout commence en août 2018. Nous sommes alors en plein FootballskiTrip estival et nous recherchons déjà notre future destination. Notre regard se tourne vers le week-end de la Toussaint et la République Tchèque. En effet, le programme est alléchant, derby de Prague, plusieurs matchs de D1 et D2 dans la capitale et surtout week-end prolongé ! Quel plaisir de revenir à Prague, trois ans après un premier trip estival dans la capitale tchèque, nous voici déjà de retour en Europe centrale.


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Mais avant de profiter de ce derby historique il a fallu se procurer des billets, et cela ne fut pas une mince affaire. La vente de billets au grand public est annoncée pour mi-octobre à 12 heures sur TicketPortal, un site tchèque qui permet d’acheter des billets pour les grands événements dans le pays ainsi que pour les matchs de Fortuna Liga. La priorité est laissée aux membres du Sparta Club et aux abonnés. Au vu des affluences de la saison, on se dit que ça devrait aller. Manque de chance, une heure avant l’ouverture de la vente au grand public le match affiche déjà guichets fermés. La faute aux dirigeants du Sparta qui ont fait du grand n’importe quoi. Les membres du Sparta Club pouvaient prendre trois billets en plus du leur, tandis que les abonnés pouvaient en prendre deux de plus.

Résultat des courses, un stade affiche déjà complet et des Français sont dépités. Nous ne nous laissons pas abattre, on contacte le club pour avoir des accréditations (sait-on jamais), mais le Sparta nous répond qu’il ne reste aucune place en tribune presse. Nous nous tournons vers le côté obscur du football, le marché noir… Dans les tréfonds de l’internet tchèque, nous tombons sur des sites de petites annonces avec des revendeurs qui s’en mettent plein les poches. Les abonnés profitent de l’excellente stratégie commerciale des dirigeants pour rembourser l’abonnement ! Les places se vendent à plus de 200 euros l’unité, du grand n’importe quoi…

Le moral au plus bas, nous vérifions le calendrier pour trouver une alternative footballistique. Il y a bien de la D2 à l’autre bout du pays au même moment, mais le coeur n’y est vraiment pas… Alors que tout semble perdu, nous tombons par hasard sur une publication du compte Twitter du Sparta. 98 tickets sont mis en vente aux enchères et les bénéfices iront directement à la fondation Sparta, destinée aux anciens joueurs avec des problèmes de santé. Pendant trois jours intenses nous sommes derrière nos ordinateurs a guetter l’évolution des enchères, couronne par couronne, pour au final à la dernière seconde glaner les précieux sésames. Nous pensons être arrivés au bout de nos peines.

Malheureusement, nous ne sommes pas au bout de nos péripéties… TicketPortal nous file deux codes pour acheter les billets. Manque de bol, chez l’un ça ne fonctionne pas et chez l’autre il manque un billet ! Nous repassons de longues heures à échanger des courriels, tenter de trouver une hotline inexistante, contacter toutes les pages Facebook en rapport avec le site pour que, finalement, tout rentre dans l’ordre. Quel soulagement à l’impression des billets !

Une mâtinée à Zizkov

Quoi de mieux pour commencer un dimanche et qui plus est un jour de derby que de se réveiller avec un bon match de D2 locale ? Trois ans après être tombé amoureux du Slavoj Vysherad et du stade du Viktoria Zizkov, nous faisons notre grand retour dans l’enceinte. Entre les appartements de Zizkov se dresse un petit stade de quartier et une odeur de saucisse flotte déjà à dix heures du matin dans l’arrondissement praguois. Aujourd’hui, ce n’est plus le Slavoj Vysherad qui évolue dans ce stade. Lui qui a connu une seule saison en D2 est redescendu et a pu retourner dans son stade minuscule. Le grand Viktoria Zizkov, avec son titre de champion de Tchécoslovaquie en 1928, a tout de même du mal à exister depuis son retour en FNL et dans le monde professionnel. Dernier du classement, le Viktoria évolue aujourd’hui contre Trinec et se doit de l’emporter pour remonter au classement. Malheureusement, le club satellite du Slavia Prague (quasiment la moitié de l’effectif est prêté par le Slavia) ne convertit aucune occasion et perd 3-0… Nous nous consolons dans la bière et le jarret à la broche, désormais prêts pour assister au derby.

D2 Tchèque, du jaret, des bières et des copains | © Antoine Jarrige/Footballski

Derby Day

La D2 nous a ouvert l’appétit, nous allons désormais connaître cette ambiance si particulière qu’est le derby de Prague. Les deux clubs se détestent depuis toujours, les deux S se disputent des parties effrénées depuis le début du siècle dernier. Mais aujourd’hui, le contexte est encore plus particulier, puisque le Sparta fête son 125e anniversaire cette année, et malgré un début de saison très compliqué, avec notamment une élimination en Ligue Europa contre le modeste club serbe de Subotica, les Grenat vont mieux et enchaînent les bons résultats. De son côté, le Slavia a fait des misères récemment aux Girondins de Bordeaux et montre qu’il ne fut pas champion deux ans avant par accident. Le niveau est proche entre les deux équipes et aujourd’hui, la lutte pour la suprématie en Fortuna Liga est en jeu. Le grand gagnant peut en effet dépasser le Viktoria Plzen au classement et prendre la tête du championnat.

Prague est aujourd’hui grenate ou rouge et blanche. Chacun choisit son camp et prend la direction de la Generali Arena (Letna pour les nostalgiques) située dans l’ouest de la capitale. Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l’enceinte, nous sentons une atmosphère tendue, ça sent la poudre comme on dirait. En effet, il y a fréquemment des incidents entre les supporters des deux camps et nous sommes plutôt surpris de voir une faible présence policière à proximité du stade. Nous arrivons en avance, nous profitons de l’instant en dehors de l’enceinte. Les groupes de supporteurs se forment, les hools deviennent plus nombreux, et parmi cette foule une famille aux couleurs du Slavia qui se glisse à travers les fans du Sparta sous le regard plus qu’intrigué de ces derniers.

L’heure du coup d’envoi approche, nous en profitons pour rejoindre nos places. La Fondation Sparta ne fait pas dans la dentelle, nous serons au bord du terrain juste à côté du parcage visiteur. Un parcage qui fait déjà le plein et qui semble chaud bouillant. Les insultes fusent déjà lors de l’entrée des deux équipes pour l’échauffement, au loin on voit les ultras du Sparta écouter les consignes du capo, du côté du Slavia on cherche déjà à s’embrouiller avec les supporteurs à proximité…

© Julien Duez

L’ambiance est électrique et les vingt deux joueurs rentrent sur la pelouse pour le 290e derby de l’histoire. Le Sparta aligne sa colonie roumaine (trois Roumains figurent dans le onze de départ) face à un Slavia qui repose avant tout sur son maestro Zmrhal. Les tifos sont déployés des deux côtés, le combat peut commencer.

La lutte est féroce sur le terrain et il faut avouer qu’on ne sait pas où donner de la tête. Entre le football, le cameraman qui bouche la vue et les tribunes qui vibrent, pas le temps de s’ennuyer. Il faut attendre la douzième minute de jeu pour voir une autre chorégraphie dans les tribunes. La tribune latérale brandit un beau tifo pour le 125e anniversaire du club et met un peu de couleurs dans la performance des ultras du Sparta qui sont, il faut bien le dire, complètement à la ramasse. Certainement perturbés par l’ouverture du score de Kudela pour les visiteurs à la demi-heure de jeu, ils ont l’occasion de se refaire suite à la belle remontada avant la pause. Tetteh puis Kanga sur pénalty permettent au Sparta de rejoindre les vestiaires à la pause sur le score de 2-1.

No pyro no party | © Julien Duez

Les oreilles qui sifflent, il est temps pour nous de satisfaire un besoin naturel avant d’assister au second acte de cette passionnante rencontre. Malheureusement, le Sparta nous garde une petite surprise : une seule zone toilette pour toute la tribune latérale; Il faut prendre notre mal en patience, jouer des coudes, pour finalement retourner à notre place au coup d’envoi de la seconde mi-temps. La seconde période est dominée par le Slavia, qui, soutenu par ses ultras, semble inarrêtable. Tout le contraire des ultras du Sparta qui semble totalement dépassé par l’évènement…

Entre des bâches mises à l’envers et des tifos ridicules et minuscules, le Sparta est complètement bouffé dans les tribunes. Le Slavia, quant à lui, allume fumi sur fumi et retourne totalement son parcage. Un soutien qui porte finalement ses fruits avec un but de Soucek en fin de match. La rencontre se termine par une succession de fautes, de provocations entre supporters et aboutira finalement à un match nul qui n’arrange personne. Le Slavia peut être fier d’avoir tenu le coup dans une ambiance hostile, les ultras du Sparta rentrent dépités par une performance en tribunes catastrophique. De notre côté, nous félicitons le Camerounais Ngadeu Ngadjui pour son bon match avec le Slavia. Le doux rêve du derby est terminé, mais d’autres histoires restent à vivre…

Antoine Jarrige


Image à la une : © Julien Duez

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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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