On a vécu FK Spartak Moscou vs. Zénit Saint Pétersbourg

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 22 avril 2017

Ce dimanche c’est derby en Russie! Et quel derby! Le Spartak d’un côté avec ses 34 trophées reçoit un Zenit Saint Pétersbourg en petite forme cette saison. Ce Spartak-Zenit c’est aussi le choc entre les deux capitales de la Russie : d’un côté la capitale administrative et de l’autre la capitale culturelle. Depuis toujours les deux équipes se rendent coup pour coup, surtout depuis la chute de l’Union Soviétique où les deux équipes (et le CSKA) se disputent le titre quasiment chaque année. La fin de saison approche et le Spartak a l’occasion de faire le trou pour la course au titre. Alors prêt pour un match de folie?

Skhodnya ©Footballski

C’est avec une touche de déception que nous nous réveillons à Skhodnya, dans la banlieue nord-ouest de Khimki, en ce dimanche matin. Le match de la veille nous a laissé un goût amer dans la bouche, un goût d’inachevé. Le sourire revient tout de même sur nos visages quand en soulevant les rideaux nous voyons un mince filet de neige à l’horizon. En effet pour mon premier séjour en Russie, j’ai la chance de découvrir la neige en plein avril. La campagne russe, les maisons colorées, les Lada enneigées, la Russie vraie! Le match étant seulement à 20 heures, nous profitons de la journée pour partir à l’exploration de cette ville qui ne fait plus réellement partie de la campagne mais se rapproche progressivement des tentacules de la mégapole moscovite. Le dépaysement est total, ici on ne trouve pas encore de grattes-ciels ni de routes à six voies en plein centre ville! Le plein d’air pur et frais est effectué, l’envie de taper dans le ballon est trop grande avant le match qui nous attend. Puis vient l’heure de nous rendre à Moscou.

Le trafic moscovite est plutôt dégagé en ce dimanche, ce qui est assez rare pour être signalé. Nous arrivons en voiture à proximité de l’enceinte du Spartak, cette merveilleuse Otkrytie Arena qui sera le théâtre du match décisif pour le titre. Car en effet, ce soir en cas de victoire du Spartak Moscou, le CSKA Moscou et le Zenit Saint Pétersbourg seraient relégués à 10 et 11 points respectivement. L’enjeu est de taille pour le Spartak et pour ses supporters qui attendent depuis désormais quinze ans un nouveau titre … Impressionnants depuis le début de la saison, les « cochons » (doux surnom du Spartak) partent logiquement favoris face à un Zenit plus que mollasson depuis son élimination contre Anderlecht en Europa League. Nous voici donc à proximité du stade et même si nous sommes à plusieurs centaines de mètres de l’enceinte, nous pouvons déjà supposer qu’il n’y aura aucun débordement à l’extérieur. En effet tout les deux mètres on retrouve un policier ou un maître chien pour décourager toute tentative de rapprochement fraternel entre hooligans. Malheureusement pour nous, le temps ne sera pas de la partie. La neige s’est transformée en pluie et un vent glacial a fait son apparition. L’ambiance sera forcément au rendez vous, le stade affiche guichets fermés. Les billets se sont vendus à vitesse grand V et heureusement pour moi, mon ami Vlad a pu récupérer des places sur le site du Spartak. Nous arrivons tout pile à l’ouverture des portes et l’excitation est déjà palpable, les ultras du Zenit sont toujours cloîtrés à l’extérieur du stade entourés par une marée de robocops. Deux heures d’avance c’est tout de même bien tôt, surtout quand le contact que nous devions rencontrer nous pose un fabuleux faux plan. On fera avec, on observe progressivement les gradins se garnir et on peut appercevoir avec un plaisir particulier un petit morceau du futur tifo de la Fratria situé en face de nous. Après avoir stické quelques endroits stratégiques, nous succombons finalement et créons une carte Otkrytie Bank, unique moyen pour dépenser son argent dans les boutiques et buvettes du stade. Un bon thé noir et nous voilà parti pour un match qui s’annonce chaud bouillant.

Dès l’arrivée des portiers du Zenit sur la pelouse pour l’échauffement, on peut déjà sentir la haine et cette rivalité entre les deux clubs, les « s*cez le Zenit » et autres chants amicaux pleuvent dans le stade. Le parcage du Zenit se remplit quand à lui progressivement. Pourtant annoncé complet celui ci sera rempli aux trois-quarts et on pourra noter la présence du défenseur central Lombaerts dans les rangs des ultras. Au niveau des compositions d’équipe il n’y a pas vraiment de surprise. Carrera et Lucescu ont fait dans la simplicité en affichant un onze type même si on retrouve Hernani  en milieu défensif chez les joueurs de Saint Pétersbourg. Il est vingt heures, les joueurs débarquent sur la pelouse sous l’hymne de la RPL. Le spectacle est lancé, la Fratria lance un tifo en deux temps avec la mention « Moscou, la meilleure ville au monde, capitale d’une suprématie complète ». Le ton est donné et les vingt deux acteurs se lancent comme des bêtes dans l’arène. Du côté de la Fratria c’est la panique, le gigantesque tifo ne se décroche pas et reste bloqué pendant plus de cinq minutes … Cinq minutes c’est le temps que va mettre Glushakov pour se procurer une première occasion dangereuse mais Lunev, l’ancien portier d’Ufa, détourne la frappe du moscovite. Les insultes pleuvent en tribunes, le parcage du Zenit situé juste à côté de nous provoque sans cesse le public du Spartak. Les bleus et blancs vont même nous faire l’honneur de craquer le premier pyro de la partie. La Fratria répliquera aussitôt avec un nouveau tifo se moquant ouvertement de l’entraineur roumain du Zenit et de la direction. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les supporters de cette tribune ne sont pas vernis ce soir … Après avoir loupé la première action de Glushakov, ils vont cette fois ci manquer l’ouverture du score de Promes! Le néerlandais récupère le ballon en pleine surface et fusille Lunev. Les fumigènes pleuvent, un mec allume un extincteur et arrose la tribune entière. Les ultras du Zenit quand à eux sont bien calmés et assistent impuissants à une large domination du Spartak sur le terrain. Les joueurs du Zenit sont méconnaissables, Giuliano pourtant si doué techniquement peine à assurer ses passes, tandis que son compère brésilien du milieu de terrain Hernani perd ballon sur ballon. La mi-temps est sifflée, on peut souffler un peu.

© fratria.ru

Quoi de mieux pour se réchauffer qu’un petit détour vers le sauna du stade c’est à dire les toilettes? En entrant dans cette véritable zone de guerre on se croirait en plein aqua tellement la fumée est importante. La nouvelle restriction interdisant aux supporters de fumer en tribunes ne s’applique vraisemblablement pas partout. Puis voici l’heure de remonter dans le froid pour assister à cette seconde période. Lucescu n’a pas du être tendre avec ses joueurs puisque ceux-ci repartent pieds au plancher et ont le mérite de réveiller les ultras du Zenit. Dominateurs, les bleus vont voir leurs efforts récompensés à la 66ème minute de jeu grâce à Dzyubaninho qui d’un magnifique contrôle orienté en pleine surface, s’ouvre le chemin du but et égalise. Scènes de joie dans le parcage du Zenit! C’est le moment choisi par quelques hooligans du Spartak pour s’introduire dans les gradins occupés par les visiteurs mais ceux ci seront violemment repoussés par la sécurité. Le ton monte des deux côtés, les ultras du Zenit en profitent pour se réchauffer et par la même occasion relancer l’industrie du textile en brûlant quelques écharpes de la Fratria. Sur le terrain le jeu a tendance à s’équilibrer mais sur une sublime percée de Promes, Samedov l’ancien du Lokomotiv égalise à bout portant. La surdité n’est pas loin pour un bon nombre de supporters vu le nombre de décibels provoqués par ce but du Spartak. Les fumigènes sont de sortis jusqu’au coup de sifflet final. Les ultras du Zenit dépités ont baissé les bras, le titre ne sera certainement pas pour cette saison. L’arbitre libère l’Otkrytie Arena et ses 43000 spectateurs, le Spartak a frappé un grand coup et a fait un grand pas pour le titre. De notre côté nous nous rendons vers le bus du Zenit pour prendre quelques photos avec notamment une ancienne connaissance de notre Ligue 1, Yohan Mollo. Nous quittons le stade rouge et blanc pour voguer vers d’autres horizons mais une chose est sûre : ce ne sera pas mon dernier voyage sur la terre des gladiateurs spartakistes.

Antoine JARRIGE


Image à la une : © fratria.ru

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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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