On a vécu Dinamo Saint-Pétersbourg vs. Dinamo-2 Moscou

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 7 avril 2017

Le Dinamo Leningrad a été fondé en 1922 et est l’un des sept à avoir disputé la première edition du championnat d’URSS, en 1936. Pour l’aspect historique de ce club qui ne l’est pas moins, nous ne pourrions que vous conseiller de lire notre article traitant de la déchéance récente du Dinamo Saint-Petersborug. La saison dernière, le Dinamo a eu du mal à se lancer en 2. Division Ouest (troisième échelon russe), mais est parvenu à enchaîner les bonnes performances après la trêve afin d’assurer son maintien.

Mais depuis cet été, c’est peu dire que le Dinamo est au-dessus du lot dans sa ligue, puisqu’à la trêve le club est leader avec 10 points d’avance sur son poursuivant, Dolgie Proudy, et peut entrevoir l’espoir d’un retour en FNL dès la saison prochaine – en espérant que le FK Chelyabinsk, actuellement troisième en zone Ural-Povolzhie, le rejoigne également.


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Pour atteindre ces objectif, il va falloir affronter un sérieux client, qui n’en est pas moins un ami : le Dinamo-2 Moscou, qui avait fini quatrième à la trêve, à 14 points de son adversaire du jour. Rappelons que c’est le Dinamo Moscou qui a aidé son frère de Saint-Pétérsbourg à ne pas de nouveau faire faillite et se relancer au troisième échelon du football russe. Après avoir lâché les rênes du Dinamo Moscou, Rotenberg en est devenu d’ailleurs le président : « Le matricule du Dinamo Saint-Pétersbourg signifie l’apparition d’un projet de football totalement nouveau sur la Neva« . Pour célébrer la reprise et un match entre clubs qui s’entraident, rendez-vous dans le nord de la ville, côté Vyborgsky, à la Nova Arena.

Quittons donc la plantureuse Perspective Nevski pour prendre le métro M1, jusqu’à son avant-dernier arrêt au nord, Grazdhanskiy Prospekt. Changement de décor : le béton a pris le pouvoir, les façades sophistiquées du centre-ville laissent place aux blocs homogènes, tantôt aurore, tantôt jaune mimosa, souvent beige-gris. Ici, pas de visite guidée, pas de palais, pas de canaux aux ponts majestueux, pas de musées, mais simplement de quoi loger et vivre. Bienvenue dans Saint-Pétersbourg l’authentique, celle qui ressemble à tant de ces villes de l’Est balayées par le style réaliste socialiste, celle qui semble à mille lieux de sa grande soeur européenne qui fait tant chavirer, et à raison, les touristes du monde entier. Les McDonald’s, Burger King et Subway peuvent bien montrer leur dents et surtout leur gros bedons, au carrefour des boulevards Grazdhanskiy et Prosvechenia, plein d’opulence qu’ils sont et de malbouffe surcalorique puante à bas prix qu’ils vendent, mais ça reste les seuls îlots de la décadence yankee dans cette forêt de ciment, n’arrivant que trop mal à la transformer en Logorama.

Nous longeons donc le boulevard Garzdhanskiy, vers le sud, entouré de ses bâtisses longilignes au pied desquelles fleurissent les petits commerces et traversés ici ou là de petits parcs histoire de donner à manger aux pigeons. Les seuls édifices qui font fausse note dans ce paysage qui ressemble fortement à une zone verte en l’an 2017 sur Simcity 2000, se trouvent aux abords du ruisseau Mourinskii. Dans ce décor de terrain vague, l’église Sretenskaya Gospodnia (« de la Présentation du Seigneur »),  s’élève sur la gauche, tandis que le complexe sportif Nova Arena se trouve au-delà du ruisseau ; des petits sentiers idéals à la promenade balafrent le territoire en-deçà de celui-là pour former le parc Mourinskii.

La première église Sretenskaya Gospodnia, construite en bois, se trouvait un peu plus au sud, aux abords du parc Piskariovskovo, et sa paroisse comptait près de 2500 membres à l’aube de l’an 1900. Mais puisque 20e siècle rime avec totalitarismes, l’église ferme ses portes en 1933 pour être transférée bon an mal an aux services de défense aérienne. Aujourd’hui, on trouve une école sur ces lieux. La première pierre de la nouvelle église, au carrefour des boulevards Garzdhanskiy et Lounatcharskovo, fut posée en 2000. Construite sur base de dons uniquement, il a fallu attendre neuf ans pour qu’elle célèbre sa première messe (de Noël), et seize ans pour qu’elle soit enfin consacrée par le Mitropolite de Saint-Pétersbourg. Des travaux de décoration sont encore en cours à l’heure actuelle, tout comme l’aménagement du terrain autour.

© Footballski.fr

En face de ce lieu saint, donc, se dresse la Nova Arena, vaste complexe sportif inauguré en mai 2013 et qui regroupe, pêle-mêle, plusieurs terrains de football (extérieur, intérieur, beach, etc.), un centre de fitness, un studio de cosmétique, un spa, une Quest room et un restaurant panoramique, le tout sponsorisé notamment par la branche russe de la Juventus Academy, qui vise à assurer un suivi des futurs talents par des spécialistes italiens. Le grand terrain, vers lequel nous guide les indications on ne peut plus claires, est doté d’un gazon synthétique, de dimensions de 102×66 mètres d’une tribune latérale de 792 places.

Le Dinamo, qui tentera de récupérer le Petrovsky une fois que le Zenit aura déménagé dans le Krestovsky, doit donc se contenter de cette arène minimaliste mais simple et rutilante, avant de peut-être rejoindre la Malaya Arena en cas d’accession en FNL, puis, enfin, le Petrovsky si le plan suit son cours.

On arrive donc dans ce stade assez coquet, avec la bonne surprise de ne pas devoir payer de ticket d’entrée, et même de recevoir une réduction de 10% au restaurant qui jouxte les tribunes, pour ceux qui ont envie d’une ambiance VIP. Les tribunes sont pleines et le match ne va pas tarder à commencer, il faut donc s’y résoudre : on le suivra de la dernière marche des escaliers, position idéale puisque de l’autre côté du couloir se trouve la cinquantaine d’ultras du Dinamo Saint-Pétersbourg, qui se fait déjà entendre. Le match est animé, autant sur le terrain que dans les tribunes, et le groupe local fait entendre sa voix malgré l’absence de tambours. Grâce aux murs de publicités qui bordent les trois autres côtés du terrain, un petit écho se fait sentir et nul doute qu’un bruit de fond arriver à se frayer un chemin jusque dans les cuisines du boulevard Grazdhanskiy.

Sans surprise, les jeux de maillots nous offrent une opposition entre Bleu et Blanc et Bleu et Blanc – Saint-Pétersbourg ayant le privilège d’arborer la couleur bleue sur le haut et sur les chaussettes. Le premier quart d’heure augure un match équilibré, avec une grosse occasion de chaque côté. La 21e minute, ensuite, est le moment choisi pour un pogo général chez le groupe ultra, avant que les chants ne repartent de plus belle jusqu’à la mi-temps.

Le match va bientôt commencer | © Footballski.fr

Après quelques occases concédées aux visiteurs, le Dinamo Saint-Pétersbourg met le pied sur le ballon et le capitaine Evgeniy Pesegov, aux allures d’un Gaizka Mendieta des grands jours, fait figure de chef d’orchestre et est à la base de tous les mouvements des Bleu. Ambidextre, doté d’une excellente vision du jeu, d’un toucher de balle soyeux et d’un esprit de leadership à toute épreuve, le joueur formé au Krylya Sovetov épate littéralement la galerie sur les quarante-cinq premières minutes, sous le regard bienveillant de Marchisio et ses potes qui « se trouvent » dans la tribune d’en face. La pause indique un 0-0 malgré l’une ou l’autre tentative vaine du Dinamo Saint-Pétersbourg, bien en jambes pour cette reprise après un premier quart d’heure plus compliqué.

Les tribunes se vident alors pour aller chercher un thé ou un verre d’eau, offerts gratuitement par l’intendance locale, à côté de délicieux hot dogs – payants, ceux-ci. Toutefois, on n’est pas non plus obligé d’avoir besoin des services culinaires dinamovistes, puisqu’un groupe d’amis se partage langoureusement un petit sac rempli de pilons de poulet encore chaud dans les gradins.

Les ultras tardent à se remettre en place lorsque la seconde mi-temps démarre mais sont bel et bien présents à la 48e, quand un superbe coup franc de captain Pesegov finit au fond des filets : 1-0, le Dinamo marque au meilleur moment ! Malgré quelques contre-attaques initiées par Latsevitch côté visiteurs, les locaux tiennent bien le match et ne sont que trop peu inquiétés par le Dinamo-2. La rencontre, enlevée, sera encore ponctuée par quelques belles occasions, surtout côté Dinamo SPB. Les ultras tiennent le même rythme et nous offrent même un bouquet final à la 80e, avec ce craquage en règle de quelques fumis qui, par la force du vent, vont immiscer leur pollen dans les narines de l’ensemble des spectateurs et qui obligent d’ailleurs l’arbitre à arrêter un temps la rencontre, le temps que la sécurité bienveillante ramasse les quelques objets calcinés.

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Après cet apothéose, des dernières minutes un peu plus haletantes et une pression accrue du Dinamo-2 verront le gardien Kavlinov calmer la populace en captant un ballon par-ci ou prenant son temps pour un six mètres par-là. Coup de sifflet final, poignée de mains avec le corps arbitral et les adversaires, avant de profiter d’un bain de foule bien avenant en compagnie de leurs valeureux ultras.

Une bien belle victoire pour le Dinamo Saint-Pétersbourg, solide et méritée, qui leur permet d’entamer la dernière ligne droite du championnat de manière idéale. Une place de leader confortée et confortable contre l’un des ténors de la division, et un gain de confiance idéal avant d’entamer les prochain matchs, dont un bouillant duel contre son dauphin, le Dolgie Prudy, le dimanche 16 avril.

Il est donc temps de repartir vers la station de métro, à Akademicheskaya cette fois, pour prendre un bon bol d’air de ciment avant de reprendre le métro et de retrouver le plein air en plein Nevski, dans Saint-Pétersbourg la belle, la charmante, la majestueuse, qui semble si proche mais si lointaine de notre épopée dinamoviste. Comme quoi, à Saint-Pét’ il y en a pour tous les goûts, c’est d’ailleurs pour ça qu’on se dirige vers l’un des nombreux restos du coin pour déguster une Borscht maison, des pelmenis et un décilitre de vodka. За «ДИНАМО» !

Le résumé du match est disponible ici.

Les notes Footballski

Standing du stade (2,5/5) :

Le stade ne paie pas de mine et est loin des habituels petits stades de petites divisions à l’est, d’accord, mais cette installation flambant neuve est sympathique, confortable, le terrain est nickel, la tribune est proche de celui-ci et couverte, c’est pas mal pour de la D3.

Disponibilité des billets (4/5) :

Disponibilité des places surtout, puisque c’était gratuit. Arriver à l’avance permettra d’avoir une place assise – sinon, faut se mettre sur les marches.

Tarifs (5/5) :

Gratuit, tout simplement.

Ambiance (4/5) :

Le parcage des ultras s’est fait entendre pendant tout le match, et s’est même permis de craquer quelques fumis en fin de rencontre. Une belle ambiance. Il faut cependant attendre des grosses actions ou un but pour que le reste du stade s’enthousiasme.

Risques (5/5) :

RAS – la présence policière conséquente permet d’éviter tout débordement.

Accessibilité et transports (4/5) :

Il faut prendre le bus pour arriver juste devant le stade, sinon l’enceinte se trouve à mi-chemin entre deux stations de métro – compter 15 minutes à pied pour rejoindre l’une ou l’autre.

Boissons (2/5) :

Thé et eau étaient servis gratuitement avant le match et à la mi-temps, mais pas de traces de bière ; et même si cela ne concerne pas les boissons, il semblait autorisé d’amener ses pilons de poulet faits maison pour casser la croûte. Pas mal.

Quartier environnant (1/5) :

Pas le plus joli de la ville, assurément, à moins d’aimer les blocs de béton ; le complexe sportif se trouve dans un terrain vague en face de l’église Sretenskaya Gospodnia et semble la seule grosse attraction du coin (si on enlève le centre commercial Akadem à la station Akademitcheska).

 

N. B. : Tout comme le match Zenit-2 vs. Spartak-2, ce récit s’est déroulé le week-end précédant la tragédie qui a frappé Saint-Pétersbourg ce lundi, et qui rend le football dérisoire face à la peine rencontrée par ses habitants. Toutes nos pensées vont vers les victimes, leurs familles, leurs proches et quiconque touché par la tragédie qui s’est déroulée dans le métro de Saint-Pétersbourg ce lundi.

Thomas Ghislain


Image à la une : © Thomas Ghislain |  Footballski.fr

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