#3 FootballskiTrip Géorgie: On a discuté avec Giorgi Kipiani, directeur sportif du Lokomotiv Tbilissi

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 14 septembre 2016

Cet été, pendant une dizaine de jours, nous avons eu le plaisir de nous rendre en Géorgie afin d’y réaliser un nouveau FootballskiTrip. Nous vous proposons aujourd’hui un récit de notre brève rencontre de 10 jours avec la Géorgie, ses habitants, son football, ses paysages, sa culture. En espérant continuer à vous faire partager cette passion commune encore de longues années. Troisième épisode avec une interview du directeur sportif du Lokomotiv Tbilissi, Giorgi Kipiani. [In english below]


Lire aussi : #2 FootballskiTrip Géorgie: On a vécu Lokomotiv Tbilissi vs. Torpedo Kutaisi


Saguramo, centre d’entrainement du Loko le 16-08-2016

Footballski a eu le plaisir de s’entretenir avec Giorgi Kipiani, actuellement directeur sportif du Lokomotiv Tbilissi, ancien joueur professionnel et fils de la légende du football géorgien David Kipiani. Formé aux méthodes d’entraîneur en Europe et notamment aux Pays-Bas à la Johann Cruyff Academy, il nous expose ses projets pour son club, l’état du football actuel en Géorgie, les freins à son développement mais aussi ses espoirs dans un avenir plutôt lointain. Au milieu des montagnes et de la campagne de Saguramo à 30 kilomètres de Tbilissi, Giorgi Kipiani a pris le temps de nous faire un tour d’horizon exhaustif du foot en Géorgie et nous parle de ses inspirations, de Zidane à Cruyff avec quelques références à l’époque dorée de son père.

Pour commencer pouvez-vous nous parler de votre parcours, en tant que joueur puis entraîneur ?

C’est vrai que j’ai été joueur, mais pas très longtemps. Un passage rapide à Malines en Belgique puis en Hollande, c’est tout. Puis je suis arrivé à l’académie du Dinamo et j’ai fini ma carrière ici au Loko. J’ai joué quelques matchs officiels ici, et aussi un match d’Europa League, à 16 ans. J’ai arrêté très tôt ma carrière, à 18 ans, à cause de blessures assez graves. Donc j’ai commencé à étudier aux Pays-Bas à la Johann Cruyff university. Je suis revenu dans mon ancien club et le manager avait quelque chose à me proposer. On a discuté et j’ai donné mon accord, c’était une offre très intéressante et j’étais très motivé pour travailler dans ce club, pour créer cette académie de jeunes. Notre but ici est d’intégrer notre club dans le football moderne et de le développer pas à pas. Nous avons un plan sur du très long terme mais je pense sincèrement que nous sommes sur la bonne voie et que nous allons y arriver.

Donc vous voulez transformer le Loko pour en faire une plateforme de formation pour les jeunes joueurs en Géorgie. Quelle était l’identité du club avant, ce qu’il représente en Géorgie ?

Nous avons une très bonne tradition en ce qui concerne le transfert de jeunes footballeurs en Europe. Depuis 2005, nous avons fait 10 transferts. Par exemple, Luka Kikabidze qui est parti deux ans à Bastia et qui maintenant est de retour ici. Mais aussi Arabidze, Aburjania, ces gars sont partis en Europe en étant formé ici. Nous pensons que nous avons de bons atouts et notre idée est de former des joueurs assez bons pour jouer en Europe. Mais, mon travail ici est aussi d’arriver à garder ces joueurs jusqu’à ce que nous atteignions les phases de groupe de la Ligue des Champions. Je veux jouer la C1 avec eux, et l’Europa League avant cela avec eux, et après ça nous pourrons leur proposer de partir dans d’autres clubs. Actuellement nos principales difficultés viennent du fait que, souvent, les Géorgiens ne sont pas intégrés de la bonne manière dans les clubs. Ils ont des problèmes d’adaptation et reviennent. C’est compliqué vous savez parce que vous avez 17, 18 ans, et vous n’avez aucune expérience en Géorgie, je veux dire vous n’êtes pas formé comme un vrai professionnel et forcément vous avez des difficultés à réellement vous mettre au travail. C’est pour cela que je veux travailler avec eux jusqu’à leurs 21, 22 ans pour leur permettre de devenir plus populaires, les rendre plus fort pour s’intégrer à d’autres environnements.

© Footballski

© Footballski

Donc vous avez créé une méthode particulière, une philosophie propre au club ?

Nous avons créé l’académie il y a un an maintenant, comme une véritable académie professionnelle, avec notre propre programme d’entrainement et notre méthodologie. Comment nous prévoyons de faire grandir ces joueurs et comment nous allons les former, étape par étape. Nous avons différents groupe d’âges, U16, U19, et pour chaque groupe des coaches qui travaillent de manière spécifique sur les compétences à apprendre à ce stade avec une méthodologie particulière. C’est pourquoi nous pensons que cette plateforme que nous avons créée portera ses fruits si nous maintenons cette politique sur le long terme. La plupart du temps en Géorgie, les entraineurs travaillent avec leurs propres plans d’entrainement, leur méthodologie, leurs exercices, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi bien entendu, mais quand nous parlons de méthode « intégrale » et si nous voulons une académie performante, nous devons créer et appliquer la même vision commune au sein de chaque catégorie d’âge. La même méthodologie, le même « goût » pour le football. C’est pourquoi nous avons créé ce programme où tout est écrit (il nous montre le bouquin de méthodologie créé pour l’occasion). Toute la méthodologie, comment nous allons nous entrainer, de 6 ans à 19 ans. C’est aussi pour ça que ce sera de plus en plus facile de s’entrainer avec ces joueurs. Nous avons des coaches jeunes et motivés, qui travaillent avec ce programme, et chaque semaine nous évaluons ce qui va, ce qui ne va pas : ok on progresse là, mais on régresse ici. Donc nous nous améliorons et ainsi de suite. L’année prochaine, nous allons en créer un nouveau, peut-être meilleur que celui-là puisque nous allons apprendre de nos erreurs. Donc j’espère que dans 7 ou 8 ans, j’aurais un nouveau business plan et qu’en 2023 nous aurons nos propres joueurs, formés à l’académie, qui joueront la Ligue des Champions.

Quelles sont vos inspirations, que ce soit parmi les entraineurs ou l’organisation des clubs européens ?

Mon inspiration vient de Zizou. Bien sûr j’ai d’autres inspirations, et j’adore l’Ajax Academy par exemple, j’y suis allé plusieurs fois. Ils ont une vraie organisation en ce qui concerne le système de formation des jeunes, parce qu’ils savent comment faire avec les jeunes, où aller avec eux, ils savent travailler avec eux, ils savent communiquer, s’entrainer avec eux. Les coaches sont vraiment parfaits. Ils savent comment parler avec les jeunes, ce qui est primordial. Ce n’est pas qu’une question de sport, d’entrainement. C’est aussi une question de personnalité qui est très importante. C’est pourquoi nous travaillons autant avec les jeunes. Nous voulons faire d’eux des hommes à part entière et pour nous c’est important qu’ils aient également certaines valeurs dans leur vie. Et bien sûr, une fois qu’il y a ça, nous pouvons travailler sur le football. Les détails qui sont consignés dans leur méthode d’entrainement sont aussi très différents. Par exemple, si nous intégrons tout de suite cette méthodologie dans nos entrainements, je ne suis pas sûr que nous aurions des résultats, même dans 5-6 ans. Tout n’est pas qu’une question de coach mais aussi les habitudes que vous avez dans le football et la possibilité de se servir de sa culture footballistique. Par exemple, si vous préférez le 4-3-3 ou 4-5-1, ou vous préférez jouer un football offensif ou un football défensif. Actuellement, nous avons ce problème parce que personne  ne sait quel football nous jouons en Géorgie. Je sais quel type de football j’aimerais mettre en place, j’aime le 4-3-3 en losange, c’est ma vision que j’aimerais implanter ici à long terme. Mais je ne sais pas comment c’est organisé dans d’autres clubs et même en équipe nationale. Ils changent tout le temps et ça ne peut produire que des choses négatives.

Le Dinamo Tbilissi a un centre de formation très fort. Est-ce que ce n’est pas trop dur de lutter avec eux pour attirer les meilleurs jeunes joueurs dans votre centre de formation ?

Ça l’est. C’est un gros défi pour nous. Comme je vous dis, nous avons créé cette académie il y a un an. Nous avons déjà 250 joueurs. Et bien sur le Dinamo bénéficie d’un meilleur environnement pour l’instant. Ils ont plus de possibilités d’attirer des joueurs d’autres régions et ainsi de suite. Ce qui est très important aussi c’est qu’ils ont différents groupes de niveau, où les jeunes n’ont pas à payer pour être inscrits. Dans notre cas, nous faisons payer tout le monde et bien sûr nous avons quelques soucis à cause de ça mais nous progressons petit à petit. Dans deux ans, je pense que pour chaque groupe d’âge nous aurons 3 équipes. En U19 3 équipes, U18 3 équipes, 3 aussi en U17. Et je crois que dans deux ans nous aurons également de quoi faire 3 équipes en équipe première. Et ça jouera en notre faveur pour attirer de nouveaux joueurs.

Venons-en à la culture du football en Géorgie, beaucoup de gens nous disent qu’elle a disparu. Quand un jeune joueur veut devenir professionnel et intégrer un centre de formation que pensent ses parents de ce choix ? Est-ce qu’il y a encore une sorte de fierté à jouer pour le Loko ?

Vous savez actuellement nous avons de gros problèmes concernant les familles en Géorgie parce que certains ont une vision… particulière pour leurs enfants. Par exemple, si leurs enfants jouent dans un club d’un certain niveau, ils veulent qu’on lui donne un salaire même s’il est très jeune. Ils accompagnent leurs enfants dans le monde du sport de façon très négative et c’est aussi la cause de bien des difficultés. Mais vous savez quand vous parlez de culture géorgienne, nous avons eu une très bonne période, nous avons eu des équipes excellentes comme le Dinamo Tbilissi et une période de succès dans les années 1980 avec des joueurs comme Mikheil Meskhi. Depuis des choses bizarres se sont produites, peut-être dues à la chute de l’Union Soviétique et la disparition du championnat. Dans les années 1990, nous avons alors créé notre propre championnat et depuis cette période notre régressons d’année en année. La principale chose à comprendre à mon avis, et je pense que nous ne pourrons retrouver le succès que dans ce cas, c’est de comprendre que nous devons tout reprendre depuis le début. Parce que tout le monde dit que nous avons une culture, nous avons tellement bien joué dans les années 1980, vaincu l’Inter par exemple, Liverpool, etc. Arrêtons avec ça, et regardons ce qui est en train de se passer aujourd’hui. Arrêtons avec la nostalgie, l’histoire, on ne peut pas jouer avec l’histoire. Parce qu’aujourd’hui nous n’avons plus rien. Nous ne pouvons compter que sur nos propres efforts actuellement, qui seront peut-être couronnés de succès dans 10 ans. Le football n’est pas le genre de sport où vous pouvez accomplir les choses en 2-3 ans. Cela demande énormément de temps pour être compétitif en comparaison avec les autres pays européens. Nous sommes si loin d’eux.

Nous devons comprendre que nous sommes en train de perdre du temps, nous perdons à chaque fois du temps je pense. Et si nous ne comprenons pas cela, que nous perdons du temps et que nous restons comme cela, dans 5 ans nous serons toujours assis ici à parler de la même chose. Donc nous avons aussi besoin d’une décision qui vienne de gens travaillant pour la fédération par exemple mais nous avons aussi besoin qu’ils aient plus de liens avec les clubs. Nous avons besoin de plus de contrôles pour les clubs, qu’ils imposent la création de centres de formation et des plans à 10-15 ans. Par exemple nous disons que nous avons besoin d’une méthodologie précise qui soit enseignée dans tous les centres de formation. Et nous devons poursuivre la sélection, le recrutement, et par exemple pour les jeunes joueurs de 6, 7, 8 ans de créer des programmes pour les aider à progresser et atteindre un moment où ils joueront pour les équipes nationales de jeunes ensemble.  Par exemple nous partons de 9 ans, jusqu’à 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 ans. Donc nous avons besoin de 15 ans pour arriver à une équipe où les joueurs auront joué ensemble, grandi ensemble, joueront pour l’équipe nationale en ayant intégré tous ensemble cette culture durant toutes ces années. En utilisant la culture géorgienne et les méthodes modernes européennes. C’est un processus très compliqué à soutenir mais j’ai la motivation pour le poursuivre, en tout cas je ne veux pas me retrouver dans 5 ans en me disant que rien n’a été fait. Peut-être que j’arrêterai en 2020 et quelqu’un arrivera et dira « Eh mais il y a une très bonne base de travail » et je passerai la main. Et il partira en 2024 et quelqu’un d’autre viendra. Je ne dis pas que je suis le meilleur, que j’ai tout compris, mais nous devons tous comprendre où nous en sommes aujourd’hui.

Pensez-vous que ce mouvement est en train de se mettre en place ? Créer des centres de formation, développer des plans à long terme ?

Non je ne pense pas. Parce que… si j’étais par exemple le président de la fédération, c’est un ami à moi et vraiment une bonne personne, il a joué en Allemagne. Bref, si j’étais par exemple le secrétaire général, directeur ou peu importe qui je sois, mais je commencerai par cela. Bien sûr qu’il y a d’autres priorités et autour de vous beaucoup d’obstacles. Mais vous devez aussi vous intéresser à différentes choses. Si l’équipe nationale ne gagne pas ils vont mettre en cause le sélectionneur et la fédération, ce qui bien sûr n’amène rien de bon. Et croyez moi nous n’avons pas les moyens à ce stade d’être vraiment une équipe à succès. Cette génération je pense qu’elle est dépassée.

C’est ce que l’on peut voir avec de jeunes joueurs comme Jano Ananidze ou d’autres, en Europe qui n’ont pas réussi à s’adapter et à s’imposer à l’étranger. Comment vous analysez ces échecs-là ?

Je pense que quand un gars part d’ici, à seulement 16 ans, il n’a aucune expérience. Il n’est même pas populaire dans son propre pays, il n’a pas d’argent, il n’a rien. Il est tout simplement ici sans rien, et avec la mentalité géorgienne c’est difficile de s’intégrer au plus haut niveau. Je ne sais pas si vous comprenez mais je pense que c’est la raison. La raison pour laquelle j’ai créé cette académie ici au Loko. Je veux qu’ils gagnent leur vie ici, qu’ils jouent la Ligue des Champions. Je veux qu’ils soient populaires, que des gens s’attachent à mes joueurs, qu’ils viennent au stade parce qu’ils les aiment, prennent des photos, cherchent des informations sur leur carrière sur internet. Je veux élever leur popularité ici en Géorgie et ainsi les préparer à s’intégrer en Europe. Pour être honnête, si vous me demandez aujourd’hui lequel de mes joueurs serait capable d’intégrer un club européen, pas le Real ou Chelsea hein, mais disons par exemple Lille, je ne peux pas vous dire qu’ils sont prêts. Ce sont des bons gars, et je les aime comme mes frères, mais c’est trop tôt pour eux. Nous avons besoin de gens qui ont grandi ici, dans un vrai environnement professionnel. Je veux qu’ils soient conscient qu’ils peuvent jouer en Ligue des Champions, en Europa League, jouer la Coupe du Monde, gagner des trophées, le Ballon d’Or, etc. Parce que s’ils ne travaillent pas dans ce sens ils n’auront jamais l’ambition. Si vous demandez à un jeune joueur en France, à Paris par exemple, pourquoi il joue au football, il vous répondra qu’il veut jouer la prochaine Coupe du Monde. Si vous demandez ça à un géorgien il vous dira qu’il a besoin des 1000 laris de son salaire. Ou son père vous dira qu’il le prépare à partir en Russie. On est vraiment dans la merde à cause de ça. C’est pour ça que nous avons besoin de structurer les choses, d’avoir des bons coaches qui comprennent aussi certaines valeurs, qui comprennent le football et arrivent à combiner ces valeurs.

Donc pour vous les joueurs doivent changer de mentalité mais aussi les entraineurs ?

Nous avons un vrai déficit dans ce domaine également. Par exemple ce que nous avons fait pour notre académie, je n’ai pas demandé des coaches très expérimentés pour constituer le staff. J’ai commencé par trouver des jeunes coaches motivés pour travailler avec les jeunes, je leur ai dit que nous avions notre programme et maintenant « Go on ». Commencez à 0, utilisez ce programme et nous vous aiderons à l’améliorer. Mais au moins je suis sûr que leurs mentalités ne sont pas « polluées » comme les autres entraineurs. Nous avons besoin de coaches qui viennent des nouvelles générations. Nous avons besoin de jeunes gens qui comprennent leur travail, qui comprennent pourquoi il est important de commencer avec des équipes très jeunes, les entrainer, les aider à comprendre les principes du football et qui comprennent comme travailler avec différents types de personnalités.  Et nous devons tous être des exemples. Si vous voyez par exemple un club, vous vous dites que le club a l’air arrogant, vous pensez qu’il n’y a aucune discipline ici, et vous pensez que le coach ne sert à rien, vous n’allez rien faire de plus. C’est pareil avec les enfants, nous avons besoin de coaches qui comprennent comment être un soutien pour les enfants.

Avez-vous pensé à amener des entraineurs étrangers ici ?

C’est possible mais à ce niveau là nous n’avons pas assez d’argent pour le faire, mais… je ne peux pas dire non plus à 100% que ce serait une bonne décision. Quand vous n’avez pas d’expérience avec eux, pas d’entraineur géorgien dans l’équipe…je veux travailler avec mes coaches, avec ma « production locale », qui soient différents des autres, qui travaillent dur et bien avec les enfants. Je pense que nous avons davantage les moyens pour ça. La clé pour ce type de problème, je pense, ne vient pas d’engager un coach étranger parce que je pense que ce serait une manière de vouloir régler le problème trop facilement. Nous pouvons travailler dur et passer plus de temps pour former de meilleurs coaches que ceux que nous avons actuellement, dépenser et investir notre argent dans différentes choses et réussir. J’ai aujourd’hui deux projets. J’avais un projet car j’étais en contact avec Todd Bean qui était mon professeur de management à la Cruyff University. Ce gars vient de Californie et je l’ai rencontré en 2012. Maintenant je suis ici depuis 2013, j’ai commencé l’académie du Loko et je lui ai dit créons une histoire forte à partir de ça, je suis venu vous voir, vous êtes venu ici. Mais ça coutait trop cher pour le Loko. Je lui ai proposé d’aller au Barça et serrer la main de Johann, Mr Johann, et de créer une belle histoire au sujet de moi pour Johann, que j’étais en train de créer un centre de formation et que j’avais appelé ce gars pour travailler avec moi. Ce projet est tombé à l’eau mais je suis resté en contact avec lui et je pense que nous pourrons contribuer à créer quelque chose de nouveau dans le futur. Parce que mon business plan quand j’étais étudiant en Pologne c’était de créer un centre de formation, une académie nommée 10-14. Pourquoi ? Parce que mon père portait le numéro 10 et son joueur favori était Johann Cruyff, numéro 14 évidemment.

© Footballski

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Est-ce que votre père vous a poussé à vous investir dans le football justement ?

Il ne m’a pas du tout poussé à ça. Une fois qu’il avait vu mes matchs, on perdait quelque chose comme 13-0, j’avais 8 ans et il se disait que j’allais être dégouté par ce sport. J’avais 13 ans quand il est mort et je ne m’étais jamais préparé en réalité à devenir un footballeur professionnel. C’était un hobby et c’est quand j’ai eu 14 ans, que j’ai rencontré monsieur Chimkadze, que nous appelions « Charlic », qui était l’entraineur de beaucoup de grands joueurs en Géorgie comme Arveladze ou Kinkladze – il est très populaire en Géorgie, pour ses talents de recruteur aussi. Il m’a rencontré quand j’avais 14 ans et il m’a demandé pourquoi je ne jouais pas au football. Je lui ai répondu que je ne savais pas, que j’étais en train d’étudier ou je ne sais pas. Il a commencé à m’entrainer individuellement et j’ai joué seulement 3 ans, de 14 à 18 ans. Bien sûr c’était génial de jouer, comme mon père, mais c’était aussi difficile car c’était une grande responsabilité, je ne pouvais pas jouer à un niveau « normal ». Je devais être meilleur que mes coéquipiers, même si je n’étais pas très bon objectivement. Heureusement j’ai arrêté quand j’avais 18 ans et bien sur ce que je fais ici est en lien avec mon père, il me donne beaucoup d’énergie, et je pense qu’il serait heureux de me voir maintenant. Mais je n’ai rien réussi pour le moment, j’espère dans les prochaines années, et je travaille dur pour ça, et j’espère que ça se concrétisera dans les 15 prochaines années.

C’est aussi pour ça que vous avez choisi de venir au Loko, parce qu’il a aussi joué ici ?

Je n’ai pas choisi de venir ici. J’avais une proposition du président du Loko et je l’ai accepté. Il a joué ici 2 ans, j’ai joué aussi ici, mais la situation ici je dois reconnaitre est parfaite. Le staff, les joueurs tout le monde est vraiment sympa. Et ce que je vous dis maintenant c’est la même chose pour eux, nous voulons tous atteindre le même niveau, c’est important.

Vous avez dit que vous vouliez que vos joueurs gagnent en popularité en Géorgie, ce qui n’est pas vraiment le cas pour le moment, la plupart des stades sont vides. Vous pensez que la situation peut vraiment s’améliorer ?

C’est un gros problème, parce que je ne sais pas vraiment comme régler ce problème, je ne sais vraiment pas comment attirer plus de monde au stade. La seule clé pour réussir ce sera quand nous gagnerons un championnat et par exemple jouer les barrages de l’Europa League. A partir de là nous aurons une chance de construire quelque chose. J’avais un projet par exemple, de créer un petit jeu pendant les matchs et par exemple de faire gagner à quelqu’un un voyage pour Paris. Nous avions certains projets comme ça et je pense que ce sera mis en place pour 2017. Mais c’est un problème bien plus complexe parce que le football sans fans ce n’est rien. Quand je regarde les matchs de mon équipe je me sens comme si nous n’avions pas de cœur, pas de jambes. Je ne comprends pas comment les joueurs peuvent jouer dans cette situation. Mais cela demande du temps vous savez, et nous avons besoin d’équipes comme le Loko et le Dinamo par exemple. Nous avons besoin de plus d’équipes comme ça parce que nous devons y penser beaucoup plus. L’année dernière l’affluence maximale a été de 1000 spectateurs pour le match contre le Dinamo et c’est tout. C’est aussi très bizarre pour moi parce que les gens disent il faut du succès, il faut des victoires et je viendrai au stade. Mais nous avons besoin de leur aide aussi, nous avons besoin de leur soutien. Sans leur soutien nous ne serons jamais compétitifs. C’est aussi la mentalité particulière de notre peuple. Je dis toujours que la qualité de notre jeu, de nos matchs est la même que celle de nos spectateurs, elles sont égales. Les fans vous savez…c’est bizarre, quand je vais voir un match de l’équipe nationale je les reconnais mais…ils ne comprennent pas le football, ils n’ont pas cette sensation qu’ont tous ceux qui vont au stade dans le monde. C’est le plus gros problème. Et il faut beaucoup de temps pour le régler. Je crois en le peuple géorgien, je crois en notre pays mais en ce moment nous sommes dans une situation terrible.

Peut-être qu’il y a une comparaison à faire avec le rugby en Géorgie, parce que le rugby est aujourd’hui très populaire et gagne beaucoup ?

Quelqu’un m’a dit la semaine dernière « Pourquoi avons-nous besoin d’autant d’investissements dans le football, quand on voit la situation et l’importance du rugby ? » Et je lui ai répondu mais de quoi tu parles ? Ce sont deux choses différentes. Je respecte la fédération de rugby, ils font un boulot formidable mais nous ne pouvons pas comparer ces deux choses. Parce que le rugby est en progression et c’est très bien. Le football est en stagnation aujourd’hui, ce qui est très mauvais. Mais les gens qui ne comprennent pas que nous avons un énorme potentiel, pour moi ne comprennent pas. Regardez les villes qui ont de bons clubs. Les gens sont heureux, le football c’est du bonheur vous savez, quand toutes les semaines vous allez au match, vous voyez des joueurs si talentueux, et vous êtes heureux de donner ce bonheur. Et je pense que c’est le cas pour tous en Géorgie. Nous adorons le rugby mais c’est du football dont on parle, c’est différent.

Il y a aussi des différences entre des villes comme Zugdidi ou Batumi, la partie ouest de la Géorgie et Tbilissi à l’Est, en termes d’attraction pour le football. Pourquoi est-ce le cas selon vous ?

Mon opinion, ils n’ont pas beaucoup d’endroits pour se divertir. A Tbilissi, la capitale, il y a plein d’endroits où passer du bon temps. Mais les gens qui vivent dans des régions où ils ont juste une vache, une TV, quand il y a un match contre, disons le Dinamo Tbilissi ils vont aller le voir. Ce n’est pas quelque chose de très précis je vous l’accorde mais je pense que c’est une des raisons pour moi.

L’année dernière la Supercoupe d’Europe (Barça-Séville) s’est déroulé à la Dinamo Arena. Comment les gens ont réagi ? Est-ce que ça a vraiment été un gros évènement à Tbilissi ?

Nous étions très heureux, tellement heureux, les gens étaient vraiment heureux de voir jouer tant de grands joueurs. Et c’était un des plus grands évènements dans l’histoire contemporaine de notre football. Vous savez pour être honnête je voulais faire quelque chose durant le match. Je sais que personne ne m’aurait laissé faire ça mais, je voulais prendre le micro à la mi-temps, aller dans le rond central et dire aux gens « Les gars, s’il vous plait, la semaine prochaine nous jouons contre le Dinamo ou une autre équipe. Venez s’il vous plait à notre match et vous verrez également la qualité de notre jeu ». J’en ai parlé à Archil Arveladze qui a commencé à rire parce que bien entendu personne ne pensait que j’allais le faire, mais je pense que ça aurait pu marcher. Bref c’était un bel évènement, la fédération a travaillé dur pour l’organiser et le spectacle était vraiment au rendez-vous. Nous sommes très chanceux d’avoir eu un évènement comme celui-ci parce que nous n’avions pas eu l’occasion de voir un match de cette qualité depuis longtemps, même quand l’équipe nationale joue. Mais ça n’a eu aucun impact sur l’affluence des matchs suivants.

En tant que fils de David Kipiani, est-ce que vous vous sentez plus écouté, plus respecté ?

Je ne dirais pas ça comme ça, mais je sens plus de responsabilités. Je fais attention à chaque mot que je prononce vous savez. Je pense que les gens font la même chose avec moi, et je ne sais pas s’ils me croient plus ou non, mais ils sont plus stricts (rires).

Et auprès des enfants ?

Non, non. Bien sur ils savent qu’un jour il y a eu un gars appelé Kipiani qui a joué au Dinamo mais non.

Et les autres joueurs comme Meskhi, Paichadze comment sont-ils perçus ? Quels sont les idoles des jeunes géorgiens aujourd’hui ?

Non les idoles aujourd’hui jouent la Ligue des Champions, la Coupe du Monde. Les jeunes joueurs n’ont plus d’idoles géorgiennes, parce qu’il y a Messi, Ronaldo, Neymar, et d’autres joueurs qui sont des exemples pour les jeunes joueurs. Mais c’est une bonne idée de parler plus aux jeunes de nos joueurs historiques. Particulièrement de 9 à 12 ans les enfants sont très attirés par les joueurs. Ils regardent Messi et Ronaldo et veulent reproduire les gestes, les techniques.

Dernière question, quel serait votre rêve pour le football géorgien, et pour le Loko ?

Je répondrai séparément à cette question. J’ai le rêve, parlons du Loko, les joueurs de mon académie, de les voir jouer les phases de groupe de la Ligue des Champions. Et pour relier ça avec d’autres rêves, ces joueurs, je voudrais les voir dans l’équipe nationale qui jouera l’Euro ou la Coupe du Monde. C’est mon rêve, et je pense qu’il est réaliste. Je ne travaillerai pas ici si je ne le pensais pas réaliste. Parce que je suis ambitieux et je veux que mes joueurs aussi soient ambitieux. Est-ce que vous imaginez un enfant de 8 ans qui ne joue pas en pensant à ces choses-là, pourquoi est-ce qu’il continuerait ? Donc nous devons garder ce cap, cet objectif, et nous aboutirons.

***

Pour donner une idée de l’envergure de David Kipiani dans les années 1980, en Europe et en France rappelons qu’il a joué au Dinamo Tbilisi de 1971 à 1982 remportant en 1981 la Coupe des Vainqueurs de Coupe, seul trophée européen de l’histoire géorgienne. Après l’interview, Giorgi Kipiani a tenu à nous montrer un document sur son ordinateur (avec la photo du coup de tête victorieux de Zidane face au Brésil en 1998 sur son écran d’accueil). Un sondage réalisé en 1982 dans différents pays européens qui demandait tout simplement aux répondants quel était le meilleur joueur à leurs yeux. En France cela donnait : 1-Maradona, 2-Kipiani, 3-Platini. Décédé en 2001, la coupe de Géorgie porte également son nom.


Saguramo, training base of the Loko, 16-08-2016

Footballski had the great pleasure of meeting Giorgi Kipiani, the current sporting director of Lokomotiv Tbilisi, former professional player and son of Georgian’s football legend David Kipiani. After his career, he was formed to the training methods in Europe, particularly in Poland and at the Johan Cruyff Academy. He exposes his projects for the club, the actual state of football in Georgia, the problems to its development but also the possible leverages and its hope for the future. Surrounded by the mountains and the countryside of Saguramo, training base of the Lokomotiv, 30 km away from Tbilisi, he took some time to give us a full vision of football in Georgia and talked about his inspirations and models, from Zidane to Cruyff with references to the Georgian football’s golden era of his father.

To start with can you talk about your career, as a player and after that as a trainer?

Yes, I played, but not for a long time, then I kept my connection to the world of football in Holland, by studying at the Johan Cruyff university.

I was playing at the youth academy of Dinamo Tbilisi and I have finished my career here, in F.C. Locomotive. I have played official matches and an Europa League match with this team when I was 16.

I was quite young when I quit playing football. I was 18 and I had really difficult injuries, so I started to study in Holland. When I came back I got an offer from Locomotive to train the youngsters and to create strong platform for them.

Our goal is to integrate our club in the world of modern and developed football, step by step. We have a long term plan and I think we are following it very well and have a great potential to be successful.

So you want to turn the Locomotive as a platform for young players in Georgia. Was it not the case before that? What does it represent the club in Georgia?

We have a great history in European transfers. For example from 2005 to now we made 10 transfers. Like Luka Kikabidze who went to Bastia, now he came back and is part of our team. Arabidze, Aburjania, these guys are playing in Europe today…

We believe that we have a really important value and our goal is to create the opportunity for our players to play in Europe.

The greatest obstacle for our country is that players are not usually integrated to the clubs, they have trouble catching up without having any background by the age of 17 or 18. That’s why I want to follow their development until the age of 22, make them stronger and able to integrate with the European platform.

Have you developed a special education policy?

The formation of a club as a professional academy started an year ago. We created our own program, a novel training methodology of how we are going to grow these players and how we are going to assist their development. We have different age groups, from U6 to U19; there are coaches who work with them with specific programs and methodology.

That’s why we believe that this platform we created now, will be effective in a long term period. Most of the time in Georgia the coaches are working with their own plans, methodology, exercises, which is of course not bad but when we speak about complete work and if we want a strong academy we have to build and implement the same vision in each age of groups. The same methodology, the same “taste” of football. So that’s why we created this program and everything is written inside it (he shows us the methodology’s book they have developed). All methodology, how we are going to train from under 6 to under 19 y.o players. That’s why it’s getting easier to work with these players. We try to hire young, motivated coaches that are working with the system effectively and we are evaluating this every week and outline the strong and weak parts.

We are planning to create another one next year, the one that will be improved by analysing our strength and weaknesses .

I believe that by following our plan by 2023 the club is going to have the players from the academy playing the Champion’s League.

What is your inspiration ?

My major inspiration is Zizou. Of course I have other inspirations, such as Ajax academy, where I have been several times. They have a real strong platform in youth systems, as they know how to deal with young players, they know how to work with them, how to communicate with them and how to train them. The coaches are great professionals, they have the skills of communication, which is really important.

Football is not only sport, it’s not only about keeping them going, It’s also about personality, which I believe is really important. That’s why we are being careful with our younger players, we want to make them strong persons and to make them understand the major values of life.

Another inspiration is F.C. Barcelona. They have the culture that helps them play the kind of football they play. The details that are included in their training methodology are unique. For instance, if we directly implement this to our training I’m not sure we are going to have results under 5 or 6 years. Everything is not only up to the coach, but also the habits you have in football and the possibility you have to use your culture. For example the choice of 4-3-3 or 4-5-1 tactic or the choice between defensive football or offensive football.

Actually we have the problem of not being specific about the kind of football we play in Georgia.

I am specific about the kind of football I like, I prefer 4-3-3 with diamond back and this is the vision I want to implement in my team.

In other clubs and even in the national team the style changes all the time and I think It has a negative effect on the final results.

Is it hard to get the best young players in Georgia coming to play for Loko ?

It is. It is a big challenge for us. As I told you, we started the academy one year ago. We already have 250 players and of course Dinamo is getting a better environment right now. They have better possibilities to get players from other regions. The other advantage they have is having the different age groups where the players don’t have to pay, unlike us.  But, it doesn’t seem to us so difficult, I as I mentioned from the beginning our academy launched just one year ago and we are in process…

To talk about the football culture in Georgia many people told us it was disappearing. When a young player wants to be a professional player and integrates with the academy, what do his parents think about his choice? Do they feel some pride to be In the Loko?

Actually we are having major problems in this part, as families have different vision and different aspirations regarding their children.

There have been good days  in Georgian culture of football as well, we really had good teams like Dinamo Tbilisi and a very successful period like in the 80s and players like Meskhi. But time after time we went trough changes, maybe it’s the fact that the Soviet Union destroyed and the championship didn’t exist anymore. In the 1990s we were organising our own championship and for that period there was no academy, there was nothing prepared for the start of that period. That’s when the regression started. I believe we need to start everything from a new page and I think everyone should understand that.

We should respect our past, but concentrate on our present and future. We need to create our own history now.

Football is not the kind of sport where you can achieve your goals in 2-3 years, we need a lot of time and energy in order to gain competitive advantage over the other European countries. We have to understand that we are losing time right now and we have no right to do that, so we have a decision to make, which is to be made by people who are working in the association but we need them to be more connected with the clubs. We need them to be controlling the clubs more and requiring them officially to create academies and to provide 10-15 year plans. We need a strong sport methodologies that will be taught in all academies and we need to make the selection, scouting and to create a program for helping young players to grow and reach a point where they have played for the national teams, the young teams under 21. For example if we have players from 9 to 23, we need 15 years to get this children to the point where they have grown up together and are able to play for the national team but not only, they have incorporated this culture during all this years.

We should use the Georgian culture and combine it with the European modern methodologies. It’s a very hard process, but it is my goal to do this. I don’t know what tomorrow is preparing for us but I don’t want to be in this position after 5 years. Maybe I will stop in 2020 and somebody will come and say “hey it’s a very good platform I will continue this” and he will leave in 2024 and someone else will continue. I am not saying I have best solution for the development of Georgian football, but this is the way I believe is the way of success.

Do you feel this is happening right now in Georgia, creation of academies, plans, methodologies?

No, I don’t. If I were the president of the Georgian Football federation, he is a friend of mine and very good person though, who played in Germany for many years. Well if I were for example the general secretary, head coach, doesn’t matter who I am but I will start with this. Of course they are some priorities that, they have to care for, but I believe this is the way to success.

I believe that when a player leaves the country in the age of 16 without any background and experience it is truly hard for him to integrate with the new, professional environment.

This is the reason I want to create the professional academy of Locomotive, to help the growth of professionals.

I want to raise the popularity of my players, here in Georgia and then to prepare them for Europe. To be honest I can not tell that any of my players will be able to integrate in a European club and I don’t mean Real Madrid or Chelsea, but for example Lille. I cannot tell you that they are ready. No offence, but I thing it is already late for them, we need to grow the players as real professionals; it’s not only the technique we need to teach them it is the state of mind we need to form, the state of mind in which the player is ready for the challenges such as playing in Europa or champion’s league, world cup, etc.

If you ask a guy in France, in Paris why he plays football he will tell you that he wants to win the next world cup. If you ask a guy in Georgia why he plays football he will say its his job. That’s why we need to structured program, strong coaches who understand also the values of life, who understand the principles of football and have the skills to combine those details together.

So for you say not only the players but also the coaches need to change the mentality?

this is another field we have weaknesses in. I haven’t  offered the experienced coaches to work for us at the academy, but I started to look for the younger people who are motivated to work with the players, I introduced them with our program and asked them to try and start together from a blank page. We need people of new generation. We need youth that understand their job, they understand how important is to get team from a very young age groups and train them, help them understand the principles of football and the importance of personality. we, as coaches should set the example for young players and be their major support.

Did you consider bringing some foreign coaches here?

At this particular moment we don’t have the resources to do that but it is quite realistic though, but I would prefer to work with Georgian coaches and create truly Georgian “product”.

I think hiring a coach from abroad would be an easy solution of a problem that does not go through the roots of it. We can work hard and spend more time to grow better coaches than we have right now, spend and invest money in that and succeed.

Another goal I wanted to accomplish was a project with my professor at Cruyff University, Todd Bean, that was a success story of me and Locomotive introduced to mr. Johan Cruyff, but we could not proceed with that because of the lack of resources.

My final project at the Cruyff Institute was to create a youth academy in Georgia, named 10-14, as my father was playing under the number 10 and his favourite player Johann Cruyff was playing under the number 14.

About your father, did he push you to play football?

He didn’t push me. The first time he saw me playing, we lost 13-0. when I was 8 years old he said I should leave football. I was 13 when he died and I was not prepared for professional football like other players. It was a hobby, but when I was 14 I met a coach, Chimkadze, we called him “Charlic”, charlic was the coach of many famous players in Georgia, like Arveladze’s, Kinkladze etc.  He told me I should play football, He started to train me individually and I played only for 3 years since then. Of course it was a dream to play like my father, but it was really difficult as it was a huge responsibility. I was expected to be better than my teammates even though I was not as good. Fortunately I gave up at 18 and of course what I’m doing here is dedicated to my father, it gives me a lot of energy and I think he would be happy to see me now. I don’t think I am successful at the moment, but I believe I will be.

That’s why you choosed to come to Loko, because he used to play here ?

I didn’t chose to come here myself. I got an offer from the president of Loko and I agreed. He played in the club for 2 years, and as I have mentioned I have ended my career as a football player in Loko. The environment in the club is perfect, we share exactly same vision and goals here and that is important.

You said you want your players to be popular here in Georgia, as we saw it is not the case for the moment, most of the stadiums are empty. Do you think it’s a situation that can be improved?

It’s a big problem because I don’t know how to solve this case, I really don’t know, how to attract people to come to the stadium. The only key to success is to win the championship and play the qualification for EL, from there we have a chance to build something. I wanted to launch a project that in its nature includes the competitions during the match. I don’t understand how the players can play on an empty stadium, without any cheering at all. It needs time and we need teams like Loko and Dinamo for people to have the will to cheer the players up. Last year the maximum spectator was 1000 people who came only for the game against Dinamo and that’s it. People say they need the action at the field to come and watch it, which is also strange for me, because our players need their support in order to make the game interesting.

I always thought that the quality of our football and spectators are exactly the same at this stage. While attending the match of the national team I felt that the emotion of Georgian crowd is different from other countries’ and  That’s the biggest problem and I think it needs time to gain proper attitude. Nowadays we are not in a good position, but I believe in Georgian people and I believe in our country.

Maybe the comparison between football and rugby in Georgia is at stake, because rugby at that time is very successful?

People think that we should stop investing in football and put more resource and effort in rugby, as it is more successful; I respect the rugby federation, they are doing really good job but we don’t have to compare those two sports to each other. Rugby is progressing and it’s perfect, but football is the field that has huge potential and needs development and effort right now. I believe that successful and developed Football brings happiness to the city and the whole country.

There are different situations in cities like Zugdidi or Batumi, the western side of Georgia and Tbilisi and the east, in the attraction for football. Why do you think this is the case?

In my opinion, they don’t have so much places to have fun. Tbilisi is the capital, and there is more to do or to be engaged in, unlike the regions. I believe it is one of the main reasons.

When the UEFA Super Cup took place in Tbilisi last year (in 2015 between Barcelona and Fc Sevilla) how did the people react ? Was there a massive excitement toward this match ?

People were happy to see so many talented players in our country, it was one of the biggest event in our contemporary football history. To be honest, I wanted to go after first half, on the middle of the pitch with a microphone and say to people that next week we will have a match between Dinamo and Locomotive, but I knew nobody would let me do that. I told Archil Arveladze about this idea and he laughed as he also knew it was not possible, but I think it would have worked. The match was  organised well, the previous football federation did a good job and worked hard to organise the match, the show was wonderful. We were lucky to have this kind of event in our country. People were happy to see the match with this kind of quality, but it didn’t have any impact on the attendance at the following games.

As the son of David Kipiani, do you feel you are more listened, more trusted?

I wouldn’t say so, but I feel more responsibility. I pay attention to every word I say. I believe that people are doing the same when they are listening to me and I don’t know if they believe me or not, but they are more strict you know (laughs)

And for the kids also ?

No, no. They know I am the son of David Kipiani, but all they know is that he was just one of the players of Dinamo long time ago.

Among the other players such as Meskhi, Paichadze. Who are the idols of the young players in Georgia today ?

For the youth the idols are from the Champion’s League, World Cup. The young players don’t have idols from Georgia, as nowadays Messi, Ronaldo, Neymar, are the ones who set the example to the young players. But I think they should have information about our historical players.

Last question, what is your dream for Georgian football, and for F.C. Locomotive ?

Let’s split this question into two parts. speaking of Locomotive, I wish for having my players in the group stage of Champion’s League and for them to be the part of national team that will be playing at the World Cup. I believe that my dream is quite realistic, I’m being ambitious and I want my players to feel the same way. We will only succeed with the aims and goals set correctly

***

To give an overview to the significance of David Kipiani lets’ start with the fact that he played in Dinamo Tbilisi from 1971 to 1982, winning the Cup Winner’s Cup in 1981. After the interview, Giorgi Kipiani showed us also a document on his laptop (with a photo of Zidane’s winning head against Brazil in 1998 as homepage), a poll conducted in 1982 in many European Countries asking people who is the best player. In France the results were : 1-Maradona, 2-Kipiani, 3-Platini. in 2001 the actual Georgia’s Cup is named after him.

Antoine Gautier


Image à la une : © Footballski

#3 FootballskiTrip Géorgie: On a discuté avec Giorgi Kipiani, directeur sportif du Lokomotiv Tbilissi
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