L’URSS et la Coupe du Monde #3 : 1966, la belle performance

Robin Bjalon
Robin Bjalon - Publié le 17 janvier 2018

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques aux différentes Coupes du Monde. Aujourd’hui : le troisième épisode de l’histoire de l’URSS avec la Coupe du Monde et l’édition 1966, organisée en Angleterre.


Lire l’épisode précédent : L’URSS et la Coupe du Monde #2 : 1962, espoirs et désenchantement


100e minute de jeu à Wembley. Finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, à domicile, et l’Allemagne de l’Ouest. Le ballon de l’attaquant Geoffrey Hurst heurte la barre transversale puis franchit – ou pas ? – la ligne de but. Après consultation avec son arbitre de touche Tofiq Baqramov l’arbitre suisse Gottfriend Dienst accorde le but, qui redonne l’avantage aux Anglais. Ceux-ci gagneront la finale 4-2, ce qui reste à l’heure actuelle le seul titre majeur de l’histoire des Trois Lions.

Essentiellement connue pour cet épisode c’est pourtant en 1966 également que l’URSS réalise son meilleur parcours en Coupe du Monde de l’histoire des sélections soviétique et russe. Face au Portugal d’Eusébio, à l’Angleterre de Bobby Charlton et au Brésil de Pelé, double tenant du titre, la sélection soviétique dirigée par Nikolai Morozov finit quatrième après avoir été éliminée par l’Allemagne de l’Ouest du jeune Franz Beckenbauer en demi-finale.


Lire aussi : Tofiq Baqramov, un azéri en finale de Coupe du Monde


UNE PHASE DE GROUPES BIEN GEREE

Placée dans le pot 2 avant le tirage au sort de la compétition en compagnie d’autres nations fortes du football européen – la Hongrie, l’Angleterre et l’Allemagne de l’Ouest – les hommes aux maillots rouge et blanc floqués CCCP héritent d’un groupe compliqué, composé du Chili, de l’Italie et de la Corée du Nord, seule représentant asiatique du tournoi.

Pour son entrée dans la compétition, l’URSS affronte la Corée du Nord à Ayresome Park, à Middlesbrough. Devant à peine plus de 20 000 spectateurs, Eduard Malafeev, l’attaquant du Dinamo Minsk, inscrit un doublé. Devenu entraîneur par la suite, il est notamment passé par Heart of Midlothian en Ecosse il y a une dizaine d’années. Anatoli Banichevski marque l’autre but pour obtenir un succès net et sans bavures (3-0). Pour son deuxième match, la sélection soviétique se déplace encore plus au nord de l’Angleterre : à Sunderland. Roker Park est plein ce jour-là : près de 30 000 spectateurs sont venus voir l’URSS affronter la sélection italienne de l’Interiste Alessandro Mazzola et de Paolo Barrison. Dans un match âpre et serré, c’est Igor Tchislenko qui donnait la victoire aux Soviétiques à l’heure de jeu (1-0). Joueur clé du Dinamo Moscou des années 50 et 60, Tchislenko était également très souvent utilisé par Nikolai Morozov sur le front de l’attaque. De manière intéressante, le natif de Moscou était également joueur de « hockey russe » (un ancêtre du hockey sur glace moderne, beaucoup pratiqué en URSS et qui se jouait sur des terrains de foot gelés l’hiver). En 1961, il avait même remporté le titre national avec…son club du Dinamo Moscou et sa section hockey !

Assurée d’être qualifiée après deux victoires, l’URSS affrontait l’équipe coriace du Chili pour son dernier match de poule. Arbitré par John Drapeau, un nord-irlandais, la partie se soldait sur une victoire 2 buts à 1 des Soviétiques grâce à un doublé de Valeri Porkuyan, transfuge cet été-là du Chornomorets Odessa au Dynamo Kiev. Titulaire à la faveur d’un turn-over installé par Morozov, le natif de Kirovohrad au sud-est de Kiev, inscrit deux de ses quatre buts sous le maillot soviétique. Trois victoires en trois matches. Six points, donc (la victoire valait 2 points à l’époque). Seul le Portugal faisait aussi bien dans le groupe C.

 

LA HONGRIE NE PEUT RESISTER

Le 23 juillet à Sunderland, c’est donc la Hongrie qui se dresse face à l’URSS, portée par une équipe jeune et prometteuse emmenée par son attaquant Ferenc Bene. Ce match avait une connotation symbolique pour les deux pays : dix ans après l’insurrection de Budapest (octobre-novembre 1956) lors de laquelle les forces soviétiques écrasèrent la révolte populaire menée par Imre Nagy, les deux pays se retrouvaient sur un autre terrain : celui du football. La violente répression de 1956 avait par ailleurs marqué la fin du « Onze d’Or » hongrois, composé de talents exceptionnels comme Ferenc Puskás, Sándor Kocsis et Nandor Hidegkuti, et entraîné par le francophile Gusztav Sebes.

En phase de groupe, la sélection hongroise avait terminé deuxième, derrière le Portugal. Avec sept buts inscrits en trois matchs, la ligne offensive de la Hongrie inspirait par ailleurs le respect. Et pourtant, grâce à deux réalisations signées Tchislenko et Porkuyan, l’URSS passait sans trop de soucis l’obstacle hongrois. Malgré la réduction du score par Bene, auteur de quatre buts au total dans la compétition, l’URSS accédait à la demi-finale pour y retrouver la RFA. Cela reste le meilleur résultat des sélections soviétiques et russes en Coupe du monde à l’heure actuelle.

Le match URSS-Hongrie à Sunderland en intégralité. Commentaires en russe

UNE FIN DE PARCOURS DECEVANTE

En demi-finale, les hommes de Nikolai Morozov affrontent donc à Goodison Park à Liverpool l’équipe d’Helmut Schon, qui règnera pendant quinze ans après sans partage sur le football européen et mondial. L’épisode important de ce match intervient à la 44ème minute. L’Allemagne vient d’inscrire le premier but via Helmut Haller. Tchislenko, lancé en profondeur et pas en position de hors-jeu, se prend les pieds avec Sigfried Held et se blesse. Les Soviétiques se retrouvaient alors à dix sur le terrain (les changements n’étaient alors pas autorisés en cours de match).

Et même presque neuf en réalité. En effet, la direction générale de la fédération soviétique n’avait pas prévu que la Sbornaya aille si loin et avait acheté des tickets retour pour Moscou juste après les quarts de finale et certains joueurs étaient rentrés en URSS! Il ne restait donc plus que quelques joueurs disponibles pour la rencontre. Yozhef Sabo était l’un d’entre eux. Quoique blessé à la jambe droite, il dût participer à la rencontre pour faire le nombre. Ainsi, malgré la performance XXL de Lev Yashin ce soir-là (il sera élu meilleur gardien du tournoi), les Rouges sont battus 2-1 après un deuxième but de Beckenbauer, et un signé Porkuyan pour les Soviétiques.

Le rêve de titre mondial s’arrête là pour les coéquipiers de Tchislenko. Ce sera la première défaite pour la sélection soviétique en 1966, avant d’en connaître une seconde sur le même score quelques jours plus tard à Wembley pour la troisième place. Un but de José Augusto Torres, le partenaire en attaque d’Eusébio à Benfica et en sélection, en toute fin de partie permettait au Portugal de finir troisième, sa meilleure performance en Coupe du Monde. Eusébio avait auparavant inscrit le premier but sur pénalty suite à une main dans la surface soviétique.

Les belles années entamées avec les médailles d’or aux Jeux olympiques en 1952 et 1956 et au titre européen en 1960 allaient bientôt se terminer. Quatre ans plus tard, l’URSS perdra contre l’Uruguay en quart de finale après prolongations avant. S’ensuivent deux décennies de disette sur le plan international avant la chute de l’URSS.


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Image à la une : STAFF / AFP

L’URSS et la Coupe du Monde #3 : 1966, la belle performance
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A propos de l'auteur

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Etudiant en Histoire et Russe à l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg. Du froid, de l'ambiance, des passes manquées, des histoires, voila ce que j'aime !

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