L’URSS et la Coupe du Monde #2 : 1962, espoirs et désenchantement

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 27 décembre 2017

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques et russes aux différentes Coupes du Monde. Nous enchainons avec le second épisode de la riche histoire de l’URSS avec la Coupe du Monde et l’édition 1962, organisée au Chili.


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« Laissez-nous la Coupe du Monde ; à part elle, nous n’avons plus rien. »

Lors du Congrès de la FIFA en 1956, trois pays étaient en lice pour l’organisation de la Coupe 1962 : l’Argentine, le Chili et l’Allemagne de l’Ouest (RFA). Il était évident que la Coupe du Monde n’allait être organisée trois fois de suite en Europe. Il restait donc à choisir entre les deux pays d’Amérique du sud pour devenir, après l’Uruguay (1930) et le Brésil (1950), le troisième pays du continent à organiser la compétition. Et, grâce au travail du Président de la Fédération chilienne M. Carlos Dittborn, le Chili remporta la confrontation.

Cependant le Chili aurait pu ne pas accueillir la Coupe du Monde. En effet le Chili connut en mai 1960 une série de tremblements de terre dévastateurs à Concepción et à Valdivia d’une magnitude de 9.5 sur l’échelle de Richter, faisant des milliers de morts et détruisant une grande partie des infrastructures du pays, notamment les villes supposées accueillir les matchs de la Coupe du Monde comme Concepción, Talca, Antofagasta et Valdivia. Et malgré le retour à la charge des Argentins, Dittborn, pour qui cette compétition était la consécration de sa vie (il mourut un mois avant le début de la compétition à l’âge de 38 ans), permit tout de même au Chili d’organiser sa compétition. Sa déclaration « Laissez-nous la Coupe du Monde car à part elle, nous n’avons plus rien » marqua les esprits et fut le slogan de cette Coupe du Monde.

Une rue de Valdivia après le tremblement de terre ourplnt.com

La compétition se déroula du 30 Mai au 17 Juin 1962 dans quatre villes du pays, Arica (stade qui porte le nom de Carlos Dittborn et où eut lieu le match d’ouverture), Rancagua, Santiago du Chili et Viña del Mar. Le format de la compétition restait identique à celui de 1958, à savoir 16 équipes dispatchées en quatre groupes. Les deux premiers de chaque groupe passaient au tour suivant. Vainqueur de la compétition précédente, le Brésil fait partie des favoris de la compétition en alignant quasiment la même Sélection. La Suède, défaite chez elle en 1958, en finale contre le Brésil de Pelé (5-2), fait aussi partie des prétendantes au titre suprême.

Etat des lieux de la Sbornaya

La Sbornaya arrive au Chili en position de force avec son titre de Champion d’Europe 1960. Victorieuse de la Yougoslavie 2-1, l’URSS a remporté le premier titre continental de l’histoire. Au Chili, les Soviétiques attendent beaucoup de leur sélection pour faire mieux que lors de la Coupe du Monde précédente durant laquelle l’URSS avait été éliminée par la Suède 2-0 en quart de finale. Les Autorités soviétiques qui ont compris l’importance des victoires sportives pour leur image de marque à travers le Monde, n’attendent que la victoire. Les joueurs savent ce dont sont capables les dirigeants. La preuve avec le CSKA qui a été littéralement dissout en 1952 à cause des joueurs présents en majorité dans la sélection défaite outrageusement par la Yougoslavie lors du huitième de finale des Jeux Olympiques d’Helsinki.

Lors du tour préliminaire de qualification pour la Coupe du Monde, l’Union soviétique se balade dans un groupe composé de la Turquie et de la Norvège. Les Soviétiques terminèrent premier du groupe avec quatre victoires, onze buts marqués et seulement trois encaissés.

Gavryl Kachalin dispose comme en 1958 et en 1960, d’un effectif fantastique avec Lev Yachine dans les cages (Vladimir Maslachenko son remplaçant), Igor Netto, Valeri Voronin, Valentin Ivanov, Viktor Ponedelnik ou encore Josef Sabo. En gros, tout le gratin de l’Union soviétique de l’époque !

la Sélection soviétique en 1962

Un sélectionneur comme Tcherchessov ou Deschamps aimerait bien avoir des conditions de préparation telles que Kachalin en disposait à l’époque ! En effet, la Sbornaya s’est réunie dès le premier mars 1962 en Hongrie pour un stage de préparation qui dura plus d’un mois ! On peut imaginer l’enchantement des clubs qui voyaient leurs meilleurs joueurs partir alors que le Championnat faisait rage. Celui qui en souffrit le plus est sûrement le Torpedo Moscou qui vit six joueurs de son équipe-type quitter le navire (Metreveli, Ivanov, Ostrovsky, Voronin, Manoshin et Gusarov). Les noirs et blancs finirent d’ailleurs le championnat à la septième place… La Sélection soviétique rejoindra finalement le Chili en faisant des arrêts en cours de route pour jouer quelques matchs de préparation, au Costa Rica notamment.


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La compétition

Les Soviétiques se retrouvent dans un groupe composé de la Yougoslavie, de l’Uruguay et de la Colombie. L’ensemble des matchs du groupe sont programmés à Arica dans l’Estadio Carlos Dittborn à l’extrême nord du pays.

Le 31 mai 1962, l’URSS se défait de la Yougoslavie grâce à deux réalisations de Valentin Ivanov (51e) et de Ponedelnik (83e) alors que la Sbornaya est obligée de jouer à dix en raison d’une blessure d’Eduard Dubinsky. A cette époque, les changements étaient interdits… Un certain Pelé aura le même problème mais tiendra jusqu’au bout lors du match du Brésil contre la Tchécoslovaquie malgré une blessure. Il ne rejouera plus durant le reste de la compétition.

Le match suivant, le 3 juin 1962, c’est la Colombie qui s’avance face aux Soviétiques. Les choses se passent très bien puisque l’URSS mène 4-1 à trente minutes du terme de la rencontre grâce à un doublé d’Ivanov (8e, 11e) et deux réalisations de Tchislenko (10e) et de Ponedelnik (56e). Mais ce jour-là, l’araignée noire n’est pas dans un bon jour. Yashin effectue une mauvaise prestation et encaisse quatre buts dont un corner direct. Il évitera cependant aux siens la défaite en réalisant en toute fin de match un arrêt décisif. L’URSS s’en sort finalement bien avec ce nul 4-4. Le troisième match est donc décisif pour les hommes de Kachalin qui affrontent l’Uruguay le 6 Juin 1962. Ce match resta dans les mémoires non pas à cause de la victoire soviétique 2-1 et des buts de Mamychkin et Ivanov en fin de match, mais grâce au geste de fair-play d’Igor Netto.

championat.com

Les deux équipes sont dos-à-dos en deuxième période (1-1) lorsque Chislenko frappe au but et envoie le ballon dans les buts. L’arbitre montre directement le rond central, signe que le but est validé. Sauf que le ballon est passé par l’extérieur du petit filet et les Uruguayens s’empressent de le faire signaler à l’arbitre. Et ils ne sont pas les seuls à voir l’erreur puisqu’Igor Netto s’en va voir Chislenko pour lui demander la confirmation que le but n’est pas valable. Il s’empresse par la suite d’en référer à l’arbitre qui au final invalide le but. Le but en fin de match de Valentin Ivanov mettra fin aux débats et récompensera ainsi l’esprit sportif de la Sélection soviétique. « J’ai au final ressenti un sentiment de soulagement » dira Netto par la suite.

L’Union soviétique finit ainsi première de son groupe, devant la Yougoslavie et retrouve, comme en 1958, le pays organisateur en quart de finale de Coupe du Monde, le Chili.

Le match a lieu le 10 juin 1962 à Arica. Devant plus de 17000 spectateurs, les chiliens ouvrent le score à la 11e minute par Sanchez. Tschislenko répond à la 26e. Mais à peine trois minutes plus tard, Rojas permet aux siens de reprendre l’avantage en frappant des 25 mètres et profite d’un Yashin dérangé par un groupe de joueurs et ne peut réagir suffisamment vite pour stopper le ballon. Le score n’évoluera pas par la suite et voit ainsi la Sélection soviétique sortir de la compétition pour la deuxième fois de suite en quart de finale face au pays organisateur.

Igor Netto aux prises avec un chilien

Les « coupables » de l’élimination

Cette édition fut la dernière à ne pas être retransmise à la télévision. Malgré cela, les Soviétiques imputèrent la responsabilité de l’élimination à Ivanov et Yashin, le premier parce qu’il a perdu le ballon au départ de l’action, le deuxième car il n’a pas pu l’arrêter. Difficile d’imaginer que l’un des meilleurs buteurs de l’histoire de la Coupe du Monde et celui qui recevra le Ballon d’Or l’année suivante se sont faits descendre de retour au pays ! Ivanov finira meilleur buteur de la compétition avec 4 buts en 4 matchs aux côtés de Garrincha (Brésil), Vava (Brésil) Sanchez (Chili), Jerkovic (Yougoslavie) et Albert (Hongrie)


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Yashin aura pourtant été héroïque en tenant sa place au Chili, victime d’un traumatisme crânien et obligé d’être sur le terrain en raison de son image de star. Vladimir Maslachenko pourtant au top de sa forme ne jouera pas la moindre minute au Chili alors que l’état de santé de l’araignée noire était connu de tout le monde. Lev Yashin vivra en effet la pire épreuve de sa carrière. En Union soviétique, les supporters lui en veulent au point de le siffler à l’entrée de chaque match la saison suivante. Mais son moral d’acier lui permettra de revenir au top et de faire taire l’ensemble de ses détracteurs.

Igor Netto souligna la différence tactique entre les Sélections et le besoin pour la Sélection soviétique d’évoluer. En effet, l’Union soviétique continuait de jouer avec un schéma en WM alors que les autres jouaient déjà avec quatre attaquants et quatre défenseurs, voire pour le Brésil avec trois attaquants et trois milieux de terrain. La Sbornaya ne fut par la suite plus jamais en décalage d’un point de vue tactique, bien au contraire…

On peut souligner le fait qu’un Soviétique aura tout de même participé à la finale de la Coupe du Monde 1962 entre le Brésil et la Tchécoslovaquie ! Il s’agit de Nikolaï Latychev l’arbitre qui fut par ailleurs un des seuls arbitres de l’histoire du football à arbitrer quatre matchs durant une seule Coupe du Monde.


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Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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