L’oeil du recruteur #11 : Arthur Masuaku

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 3 mars 2016

L’œil du recruteur revient et c’est toujours le même principe. Un rapport détaillé, technico-tactique d’un joueur de nos championnats, tous les quinze jours, qui mériterait de jouer à un niveau un peu plus élevé qu’il ne le fait actuellement. L’occasion aussi de vous faire découvrir un joueur qui pourrait débarquer dans un grand championnat d’ici quelques mois. Aujourd’hui, Arthur Masuaku de l’Olympiakos.

Arthur Masuaku

Nom complet : Arthur Masuaku
Né le : 7 novembre 1993 à Lille
Pays : France / République Démocratique du Congo
Taille – Poids : 1.79 m – 70 kg
Poste (pied) : Latéral (gaucher)
Autre(s) poste(s) : milieu gauche
Club : Olympiakos – Super League, Grèce
0 sélection, 0 but avec la France.

CARRIÈRE

Non conservé après plusieurs années au centre de formation du RC Lens en raison d’une taille jugée trop petite, il décide d’aller quelques kilomètres plus loin, à Valenciennes. Un choix judicieux, puisque sa carrière décollera véritablement à un nouveau poste : celui de latéral gauche. L’année 2013-2014, sa première chez les pros, est celle de la révélation. La France du foot découvre ce jeune joueur infatigable et très offensif dans son couloir gauche. Il s’offre même le luxe de marquer son premier but dans l’élite au Vélodrome, face à Steve Mandanda, en janvier 2014.

S’il ne peut empêcher la relégation de son équipe, ses prestations ne passent pas inaperçues. Un temps courtisé par l’OM, il rejoint finalement la Grèce, et l’Olympiakos, pour une somme estimée à 400k€. Dans un club habitué à jouer les premiers rôles, son adaptation se passe à merveille. Masuaku ne cesse de progresser. Il marquera, par exemple, pour son premier match de Ligue des Champions contre l’Atletico Madrid (victoire 3-2). En Super League, il finit par être désigné meilleur latéral gauche du championnat. Son armoire à trophée se garnit aussi d’un championnat et d’une coupe de Grèce.

© -/AFP/Getty Images

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Resté en Grèce malgré quelques belles offres, sa saison 2015-2016 est un peu moins impressionnante, étant peut être légèrement moins performant. Mais, il possède déjà une petite expérience sur la scène européenne (15 matches en deux ans). Son choix de l’Olympiakos lui a permis de continuer sa progression dans un club bien structuré, et d’engranger des trophées. Moins exposé que d’autres latéraux Français, il affiche une certaine régularité, avec près de 70 matches à ce jour avec O Thrylos.

Appelé quelques fois en sélection de jeunes avec la France (3 sélections en U18, 2 en U19), il a été présélectionné pour évoluer avec les Espoirs il y a quelque temps. Disposant de la nationalité congolaise, il a, pour l’instant, décliné les appels du pied des Léopards, préférant attendre sa chance avec les Bleus. À 22 ans, il ne souhaite sans doute pas précipiter un choix qui a beaucoup de conséquences sur une carrière.

UTILISATION ACTUELLE

À l’Olympiakos, le système adopté par les entraîneurs qu’a connus Masuaku est le plus souvent un 4-2-3-1 plutôt classique, voire un 4-3-3 en fonction de l’adversaire. Ce qui ne change pas, dans l’absolu, grand chose pour lui. Titulaire indiscutable, son rôle est d’être capable de fournir une grosse activité dans son couloir, que ce soit pour apporter offensivement comme pour effectuer le travail défensif. « En championnat, c’est quelqu’un qui va de l’avant. Il est souvent en attaque, à essayer de faire le surnombre devant », explique Manuel Da Costa, défenseur central de l’Olympiakos.

Pas avare d’effort, loin de là, sa qualité technique lui permet de créer de nombreux décalages, et des situations intéressantes. Idéal, par exemple, pour renverser le jeu. Avec 9 passes décisives en quasiment 70 matches, il sait aussi être décisif, même si beaucoup de ses centres n’ont pas été convertis par maladresse de l’attaquant. Son pied gauche est précis, et, bien exploité, il peut être une véritable machine à centres, avec un taux de réussite (et de précision, donc) plutôt élevé.

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Il n’hésite pas, par exemple, à casser les lignes adverses balle au pied. Cela permet à son bloc de remonter, et de basculer dans le camp adverse, comme sur cette image juste au dessus, lors d’un match face au Panathinaïkos. Ce genre de chevauchées ne sont pas rares de sa part, et débouchent souvent sur un centre dans la surface, ou une frappe.

Par ailleurs, il collerait parfaitement à une équipe jouant dans un système en 3-5-2. En effet, plutôt porté sur l’offensive, il peut parfois laisser quelques espaces dans son dos, surtout si sa montée n’est pas compensée. S’il doit impérativement progresser sur cet aspect défensif, une défense à trois postes axiaux lui laisserait la liberté offensive nécessaire pour exprimer son potentiel, tout en ayant une sécurité derrière. Son talent est un véritable atout pour son équipe, à un poste qui a trop longtemps été sacrifié par les équipes. Son gros volume permet de pouvoir écarter le jeu, et de mettre le danger dans la surface adversaire, à condition d’avoir un attaquant avec un bon jeu de tête et avec un bon sens du but, capable d’être à la retombée du centre, ou du second ballon.

C’est aussi un joueur qui peut être utile sur corner, placé à l’entrée de la surface. Sur un corner joué à deux, il est souvent trouvé en retrait pour enchaîner sur une frappe. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait contre l’Atletico, s’offrant son premier but dès son premier match européen (voir série de photos ci-dessous). Sur le corner, Ibrahim Afellay l’avait sollicité, et Masuaku a enchaîné un contrôle et une frappe dans le petit filet opposé. Une situation qu’il a répétée à quelques reprises, avec moins de succès.

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PROFIL

  • Dans un championnat (Super League grecque) où les défenses ne sont pas forcément les plus réputées d’Europe, loin de là, Masuaku sait profiter des espaces laissées par les adversaires, et multiplier les appels dans son couloir. « Nous, on a la chance d’être une équipe qui attaque, donc il n’est pas souvent derrière à défendre et à subir les attaques des autres, à part lorsqu’on joue en Champions League où les équipes sont plus fortes et les matches plus équilibrés », analyse Manuel Da Costa, son compère en défense. Il est souvent à l’origine de décalages (comme sur la photo ci-dessous, où il décale son coéquipier dans le couloir), et reçoit souvent des transversales de la part de son milieu de terrain. Utile si l’équipe intéressée dispose d’un bon relayeur, capable d’orienter rapidement le jeu en une ou deux touches de balle maximum.
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  • Gaucher, il dispose d’une bonne frappe de balle, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à utiliser, notamment sur des corners joués en retrait à l’entrée de la surface, ou après une percée avec le ballon depuis son couloir vers l’axe du terrain.
  • Il est aussi capable de multiplier les efforts et les appels pendant 90 minutes, offrant des solutions à son équipe pour écarter le jeu. Le fait d’avoir enchaîné les matches depuis presque deux ans lui a fait s’étoffer un peu, et avoir un peu plus de « caisse ».
  • Pas forcément très grand, mais pas petit non plus (1 m 79, dans la moyenne haute), Masuaku correspond tout à fait à ce profil du latéral moderne qu’on peut voir un peu partout en Europe, alliant technique, puissance et vitesse. Il n’est pas rare, par exemple, de le voir prendre de vitesse son vis-à-vis (comme sur la photo ci-dessous, face au PAOK) et de faire une différence, ou de revenir à pleine vitesse sur l’attaquant qui partirait au but. Sur l’aspect physique, il est difficile à bouger, même face à des attaquants plutôt imposants. Il sait aussi s’imposer au duel aérien, même face à des attaquants plus grands.
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  • Ayant commencé sa pratique du football à un poste plus avancé sur le terrain, il en a conservé quelques traces, notamment dans ses contrôles, crochets et autres changements de direction. Plutôt vif, il fait souvent ses différences dès la prise de balle, et sa technique, pour un latéral, est très au-dessus de la moyenne. « Il a eu la chance d’évoluer au poste de milieu de terrain et de se retrouver aujourd’hui arrière gauche. C’est un atout qu’il a par rapport aux autres. Quand il se retrouve dans la partie offensive, il n’est pas perdu. Il est dans une position qu’il connaît, qu’il a déjà maitrisée lors de sa formation en France », expose Manuel Da Costa.
  • Au niveau des points à améliorer, son manque de rigueur (ou de présence) défensive est parfois trop souvent créatrice d’opportunités adverses. En effet, étant donné qu’il a tendance à beaucoup monter, il peut parfois laisser un adversaire et des espaces dans son dos, ce qui peut mettre l’équipe en danger. Son placement défensif est aussi perfectible. Plus globalement, Masuaku est un ancien milieu converti en un latéral porté vers l’offensive, avec tout ce que cela comporte.
  • Il prend parfois des cartons jaunes évitables pour des contestations ou des petites fautes, mais il n’a jamais été expulsé depuis ses débuts professionnels. Il commet rarement de grosses fautes en retard, étant un joueur qui tacle assez peu (trop peu, même) et qui préfère défendre debout.
  • Comme tout gaucher, son pied droit n’est pas son atout n°1, et il s’en sert assez peu. Masuaku doit travailler sur ce point-là pour devenir plus complet, et éviter d’être mis en difficulté quand il doit vite relancer sur son mauvais pied. Il doit aussi tenter plus souvent sa chance, puisque sa frappe est de qualité et ses tirs sont souvent cadrés. « Les gauchers, ils ne jouent vraiment que sur leur bon pied. Je lui dis de jouer avec son pied droit. Ça reste un point faible chez lui, mais il arrive à se sortir de situations où il est sur son mauvais pied. Il a vraiment des qualités qui font que même quand il est en difficulté sur son pied droit, il arrive à se remettre sur son pied gauche et à se mettre dans de bonnes conditions », souligne l’international marocain.
  • Forcément, son influence sur le jeu est réduite dès lors que son équipe n’est pas maître de la possession. Dans ce sens, son profil correspond mieux à une équipe joueuse, portée sur l’offensive. Dans le cas contraire, son potentiel serait alors sous exploité. Parfois, lorsqu’il sent qu’il va être dominé, Marco Silva utilise Salino à sa place, dans un profil de défenseur « pur » assez peu porté vers l’avant, comme lors de la victoire sur la pelouse d’Arsenal.
  • Arthur Masuaku est un jeune joueur (22 ans), qui ne boucle que sa troisième « vraie » saison. Un élément à tenir en compte lorsqu’on observe ses performances, surtout celles à l’échelle européenne où il affiche, logiquement, plus de difficultés. « Ce qui lui manque, comme tous les jeunes joueurs, c’est de l’expérience et le fait d’enchaîner les saisons pour en prendre. D’être un peu plus attentif sur le terrain aussi, avoir un peu plus de concentration. Ça s’apprend petit à petit, match après match, avec des gens autour de soi. Je pense que c’est l’un de ses seuls défauts qu’il ait. C’est juste ça qu’il a à améliorer pour devenir un grand arrière gauche », ajoute l’ancien défenseur de Nancy et du PSV.

ÉVALUATION

Comme évoqué ci-dessus, Arthur Masuaku est le prototype parfait du latéral moderne : très offensif, avec un aspect défensif perfectible. À 22 ans, il a déjà une belle expérience dans un club réputé en Europe, bien qu’évoluant dans un championnat qui ne l’est pas. Pas forcément dans la lumière, et arrivé sur la pointe des pieds dans un club où il a côtoyé quelques gros noms (Mitroglou, Cambiasso, Chori), il a pu accumuler les matches et les minutes sereinement. Avec deux campagnes de Ligue des Champions à son compteur, des victoires face à la Juventus, Arsenal ou l’Atletico (avec un but), il a (déjà) quelques jolies lignes sur un CV qui figure déjà sur le bureau de quelques clubs ici et là.

Des lignes que n’ont pas forcément certains de ses « concurrents » français à ce poste et qui bénéficient d’une meilleure exposition. Surtout, il a pu évoluer et progresser dans un club où la pression des supporters est permanente, voire oppressante parfois, et où il a pu côtoyer et apprendre auprès de quelques coaches réputés. Un contexte loin d’être facile. En quittant Valenciennes pour la Grèce, il n’avait pas forcément choisi la facilité ni le confort, mais il a su démontrer qu’il savait là où il voulait aller. En progressant par étapes. Force est de constater que son plan de carrière, pour l’instant, se passe comme prévu. Le temps est maintenant venu de passer à l’étape suivante. « Il a fait deux années en championnat grec, il a fini deux fois champion. Il a aussi deux participations en Ligue des Champions, avec de bonnes performances à la clé. Il ne faut pas faire n’importe quoi, si un club vient le voir ou fait une proposition, il faut peser le pour et le contre, et voir le mieux pour lui. Il faut qu’il emmagasine des matches pour maîtriser ce poste au maximum », confirme Manuel Da Costa

© Valerio Pennicino/Getty Images

© Valerio Pennicino/Getty Images

Alors, forcément, la marche qui l’attend maintenant est grande. L’Olympiakos est un grand club, joue l’Europe chaque année et gagne des titres, mais évolue dans un championnat très hétérogène, où l’adversité n’est pas forcément de très haut niveau tous les week-ends. Et cela se voit lorsque l’Olympiakos se confronte à de grands clubs européens, ou à d’autres moins réputés (Dnipro, Anderlecht) : souvent l’équipe apparaît comme limitée, incapable de franchir cette marche supplémentaire sur la scène européenne. Surtout, il s’agit d’une équipe ultra-dominatrice de son championnat, où l’équipe a la possession durant la grande majorité du temps, ce qui donne plus d’occasions à Masuaku de briller offensivement, tout en étant un peu moins sollicité défensivement. Disons qu’il est dans un certain confort en championnat.

Forcément, des doutes peuvent exister sur sa capacité à reproduire cette même régularité dans un championnat plus réputé, dans une équipe pas favorite pour le titre et dans un pays où le niveau global est plus élevé et hétérogène. Comme le reste de son équipe, il a été en difficulté face aux équipes de très haut niveau, notamment lors de la double confrontation face au Bayern (défaites 3-0 et 4-0). Mais, à 22 ans, sa marge de progression est encore énorme, sachant qu’il ne s’agit que de sa troisième « vraie » saison chez les professionnels. Au niveau de ses progrès à faire, Masuaku doit encore progresser dans la partie défensive, notamment dans la couverture des appels, donnant parfois l’impression de relâcher sa concentration.

Évoluant à un poste où le vivier n’est pas si abondant et auquel il s’est fixé bon gré mal gré, il présente toutes les caractéristiques du bon coup pour le club qui fera l’offre adéquate. Surtout qu’il peut aussi évoluer un cran plus haut sur le couloir gauche. Certes, il n’est plus aussi abordable financièrement (en termes d’indemnité transfert) qu’au moment de son départ de Valenciennes, mais il reste encore abordable pour la plupart des clubs européens avec un peu d’ambitions. Dans les mains d’un fin tacticien, dans une équipe joueuse, il est un véritable diamant brut à polir et perfectionner. Son potentiel, en tout cas, est énorme, tout comme sa marge de progression. Et l’exemple de Kostas Manolas, brillant à l’Olympiakos et qui ne cesse de progresser avec la Roma, pourrait donner des idées à certains directeurs sportifs de relever le pari.

Cibles types : AS Rome, Séville, Villareal, Inter Milan, Genoa, Sunderland, West Ham.
Prix : 6 – 8 000 000 €.
Rapport qualité / prix : Bon, avec potentielle plus-value importante
Note du joueur : B+
Note du potentiel : A-

Martial Debeaux


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L’oeil du recruteur #2 : Andraz Sporar (Olimpija Ljubljana / FC Basel)
L’oeil du recruteur #3 : Andrija Zivkovic (Partizan)
L’oeil du recruteur #4 : Nikita Korzun (Dinamo Minsk / Dynamo Kiev)
L’oeil du recruteur #5 : Viktor Kovalenko (Shaktar Donetsk)
L’oeil du recruteur #6 : Marko Grujic (Crvena Zvezda / Liverpool)
L’oeil du recruteur #7 : Naby Keita (Red Bull Salzburg)
L’oeil du recruteur #8 : Karol Linetty (Lech Poznan)
L’oeil du recruteur #9 : Bartosz Kapustska (Cracovia)
L’oeil du recruteur #10 : Georgi Melkadze (Spartak Moscou)

Image à la une : © MARCO BERTORELLO/AFP/Getty Images

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Le pied gauche d'Holebas, la hargne de Karagounis, la technique de Fortounis, la classe de Nikopolidis & le jeu de tête de Charisteas.
04/07/2004 à tout jamais.

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